No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Jeff Goldblum: « I Shouldn’t Be Telling You This »

Dans la plupart des cas, un disque de célébrités est un exercice grandiose d’auto-indulgence pour des gens qui ont trop d’argent, trop de liberté et trop peu d’amis pour qu’on leur dise non.

Mais Jeff Goldblum et son fidèle Mildred Snitzer Orchestra transcendent cela dans I Shouldn’t Be Telling You This, une suite extrêmement agréable aux Sessions du Studio Capitol. Goldblum est légitime dans cette démarche ; c’est un vétéran de s touches d’ivoire depuis 30 ans et, à ce titre, il a fait plusieurs concert sà la Rockwell Table and Stage de Los Angeles ces dix dernières années. Un joueur moins confiant aurait pu se servir de son statut de star pour se hisser au premier plan, mais Goldblum reconnaît que le jazz n’est pas une question de projecteurs ; il s’agit de l’interaction du groupe dans son ensemble.

Des instrumentaux comme « Driftin » et « The Cat » donnent au groupe leurs meilleures chances de s’éclater à fond, Joe Bagg volaera même le spectacle sur son orgue Hammond. L’auteur-compositeur-interprète britannique Anna Calvi se joint à lui pour transformer en quelque chose d’urgent et de guttural l’épisode des années 70 d’un mash-up de « Four on Six » de Wes Montgomery et « Broken English » de Marianne Faithfull. De même, l’étonnante contribution de Sharon Van Etten à l’ouverture de l’album « Let’s Face the Music and Dance ».Son phrasé est remarquable, avec une étonnante illusion d’aisance qui transforme le chagrin d’amour ainsi traduit en quelque chose que l’on a, encore et encore, envie d’entendre.

 

Peut-être la partie la plus importante de I Shouldn’t Be Telling You This est sa facilité d’accès. C’est du jazz pour le plaisir des gens qui ont une connaissance encyclopédique des musiciens aux côtés de quelqu’un qui aurait pu traverser la vie jusqu’à présent en croyant que le jazz était quelque chose qu’on entendait seulement dans les ascenseurs. Vous pouvez l’enfiler lors d’un dîner chic, et il n’ennuiera personne ; vous pouvez vous asseoir et l’analyser note par note et découvrir de nouveaux plaisirs à chaque écoute. Et c’est un plaisir, une marche lente et douce que l’on sent sur la peau, que l’on goûte sur la langue et que l’on fait rouler dans la bouche.

Avec I Shouldn’t Be Telling You This, Goldblum prouve une fois de plus que le Mildred Snitzer Orchestra est un autre moyen de nous charmer tous.

***1/2

13 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Joel Miller: « Unstoppable »

Saxophoniste (ténor et soprano), compositeur, improvisateur, leader d’orchestre essentiel à l’écosystème du jazz montréalais, Joel Miller réalise un rêve : composer pour un grand ensemble à forte teneur jazz, créer le prolongement orchestral de son univers créatif.

Au terme d’un cycle d’apprentissage auprès du compositeur et pédagogue John Rea, ainsi que du maestro français et pédagogue Guillaume Bourgogne, Joel Miller accouche d’une maîtrise en composition de l’œuvre Unstoppable, « fantaisie épique » où se succèdent 4 tableaux répartis en 14 stations – « Song Story », dirigé par Christine Jensen, « What You Can’t Stop », « Dance of the Nude Fishes » et « Deerhead Hoof ».

Les référents sont différents, témoignent des intérêts musicaux du compositeur et improvisateur pour le folklore afro-péruvien, pour l’avant-rock de « Deerhead Hoof » et consorts, pour le minimalisme américain post-Steve Reich, pour les big bands de jazz moderne ou contemporain.

Véritable synthèse orchestrale de Joel Miller, cette œuvre rassemble 18 interprètes chevronnés, et dont l’instrumentation est singulière, dans un contexte jazzistique — saxophones, trompettes, flûtes, clarinettes, cor, guitare, piano, contrebasse, percussions. Fantaisie épique, on ne pourra pas dire mieux

***1/2

19 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Sable Blanc: « Homecoming »

Les albums ont vu leur rôle changer de manière conséquente en matière de composition de la production numérique d’aujourd’hui. Développé autour de l’inspiration tirée d’un récent voyage à New York, Sable Blanc sort ici une collection élégante et ciblée de morceaux, chacun racontant sa propre histoire. On y trouve une très une belle interaction entre la sensation de l’instrumentation réelle et le pouls de l’électronique qui entoure la musicalité de l’ensemble.

On pendra pour exemple les moments jazzy comme « Limo And Theatre » (feat. Reuben Lewis) particulièrement révélateurs tant les coups de trompette froids enflammenront l’air de l’automne alors qu’à l’inverse, la séquence rapide des notes de piano cherchera une fin appropriée à l’atmosphère qui cultivera le bon goût et l’élégance de Yakima Pepperoni. L’album sera, ainsi, accompagné d’une série de photographies accompagnées d’explications révélante le processus de réflexion et la façon dont l’artiste est finalement arrivé à son Homecoming.

***

6 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Iiro Rantala:  » My Finnish Calendar »

La particularité de ce My Finnish Calendar du pianiste finlandais Iiro Rantala est de proposer 12 morceaux improvisés avec pour chaque titre une évocation musicale d’un mois de l’année… car le pianiste Iiro Rantala a décidé de mettre en musique le passage d’une année entière dans son pays, la Finlande.

Disque de jazz mais pas seulement, My Finnish Calendar évoque l’esprit des albums en mode  solo piano de Gonzales avec ce côté joueur et par moment très virtuose dans la manière de poser les notes, avec pour chaque mois une humeur un ressenti différent.
Les mois d’été seront légers et entraînants tandis que les mois d’hiver seront mélancoliques et sombres. Le tout, comme partout en Europe.

Quelles que soient les saisons, cela donnera un album très varié et très riche avec des variations et des nuances présentes tout au long des cinquante minutes de ce disque, un opus ludique et virtuose à la fois.

***1/2

5 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Kjetil Mulelid Trio: « What You Thought Was Home »

Alors que la plupart des trios jazz s’aventurent dans d’autres directions musicales, Kjetil André Mulelid poursuit dans une veine jazz assez traditionnelle. Il faut dire que le jeune homme n’en est qu’à son deuxième album sous ce format et qu’il intervient, en parallèle, dans le projet Wako, formation moins classique dans sa composition. Deux ans après le très bon Not Nearly Enough To Buy A House, le trio piano-contrebasse-batterie revient donc pour un disque qui se démarque légèrement de son prédécesseur.

Si l’alliage entre le Danois et ses deux amis norvégiens est immuable, comme la précision de leurs interventions, on repère rapidement que les qualités mélodiques d’une bonne partie des neuf titres de l’album s’avèrent plus affirmées. « Folk Song, Far Away » ou « When Winter Turns Into Spring, » par exemple, se démarquent ainsi par un véritable thème, interprété au piano par Mulelid, revenant au début et à la fin du morceau et laissant, classiquement, de la place pour des soli au milieu. À l’aise dans ces exercices, à la limite de la démonstration de virtuosité, que sont ces passages en solitaire, Mulelid et le contrebassiste Bjørn Marius Hegge se positionnent donc l’un après l’autre dans ces travaux, offrant aux auditeurs de belles variations et de jolis moments, quand bien même l’ensemble reste dans un registre assez couru.

 

Seul titre composé par Hegge, « Bruremarsj « permet même au Norvégien de dialoguer mélodiquement avec le piano, faisant rebondir gracieusement son instrument pour cette « marche nuptiale » à la belle allure. Délibérée et revendiquée, l’inclinaison vers des phrases mélodiques amène donc le trio à proposer, sur le même album, des moments plus légers et immédiats (ceux décrits précédemment), des instants plus mélancoliques (le caudal « Homecoming » au tempo moins soutenu) et des passages dans lesquels il s’agit d’aller vers des terrains un peu plus libres et improvisés. Dans ce registre, relevons le très intéressant « Tales » dans lequel les cordes du piano sont pincées par Mulelid, celles de la basse objets de slides et les fûts d’Andreas Skår Winther être détimbrés, ou bien « A Cautionary Tale Against A Repetitive Life « qui laisse des plages de respiration avant que les doigts du leader du trio ne courent sur le piano.

***1/2

1 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Mats Eilertsen: « Reveries & Revelations »

Contrebassiste de renom au CV bien garni dans la sphère jazz norvégienne, Mats Eilertsen s’éloigne ici de sa zone de confort en s’aventurant dans l’écriture d’une œuvre différente, dans le fond comme dans la forme. Rien ne préfigurait d’ailleurs un tel revirement à l’écoute de la plupart de ses précédents efforts, en solo comme en trio. En effet Reveries & Revelations tranche clairement avec le reste de sa discographie fraîche de seulement dix ans. Mieux : il fait basculer sa musique vers des formes abstraites difficilement identifiables tout en l’ouvrant à un intimisme à fleur de peau donnant à l’ensemble une intensité nouvelle, viscérale et plutôt remarquable.

Le musicien fait ici littéralement corps avec son instrument, cette contrebasse que l’on entend ici grincer (« Tundra »), vibrer, gronder. Celui-ci s’est comme d’habitude adjoint les services de figures majeures de la scène norvégienne pour parfaire son tableau, ainsi retrouve t-on le guitariste Geir Sundstøl (« Nightride », « Hardanger ») ou le trompettiste Arve Henriksen (« Supersilent ») sur la magnifique crtcvonclusive « Appreciate ». En donnant une impulsion quasi incantatoire voire obsessionnelle (« Endless) » à ses nouvelles compositions, Mats Eilertsen ouvre son jazz à un champ des possibles qui attise notre curiosité pour l’avenir. Nous nous contenterons pour l’instant de ces quelques percées nocturnes à la beauté saisissante et crépusculaire.

****

9 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Theon Cross: « Fyah »

Le jazz semble reprendre des couleurs depuis quelques années, avec la profusion de jeunes artistes, surtout en provenance de Grande-Bretagne, peu, néanmoins, apportent quelque chose de nouveau et de réellement excitant, à de rares exceptions près telles que Sons Of Kemet, dont Theon Cross fait partie.

Avec la sortie de son premier album Fyah, le musicien met à l’honneur son instrument de prédilection, le tuba, dont les sonorités graves résonnent comme des basses aux vibrations profondes. Accompagné des musiciens d’exception que sont la saxophoniste Nubya Garcia et le batteur Moses Boyd, Theon Cross se réapproprie une certaine histoire du jazz pour lui offrir des couleurs contemporaines, où underground urbain, afrobeat, musique caribéenne et groove vicieux issus des fanfares de Louisiane, donnent le tournis.

Il plane sur Fyah un esprit be bop, qui donne à l’ensemble une dimension extrêmement accessible, même pour ceux qui n’ont aucune affinité avec l’univers jazzistique, appuyé par la qualité musicale de l’ensemble, alliant magistralement modernité et tradition, le tout habillé par quelques invités prestigieux : Artie Zaitz (guitare), Tim Doyle (percussions), Wayne Francis (saxophone ténor) et Nathaniel Cross (trombone). Magistral.

***1/2

18 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire