Owen: « The Avalanche »

24 juin 2020

Pour quiconque connaît l’une des œuvres de Kinsella, ce genre de lyrisme franc ne sera pas une surprise. The Avalanche est le dernier album d’un projet solo de longue date nommé Owen et il est à considérer comme une évolution, plutôt une extension, de son travail dans des groupes emo/indie de premier plan comme American Football ou Joan Of Arc. Kinsella a publié un flot régulier d’albums sous le nom d’Owen pendant près de 20 ans, créant un corpus plus autobiographique que celui de ses nombreuses autres formations.

À cet égard, The Avalanche n’est pas différent. Neuf chansons de rock indie acoustique d’une facture exquise qui porte son cœur, parfois douloureusement, sur sa manche. Mais ce qui le différencie, ce sont les profondeurs sombres de sa propre psyché dans laquelle Kinsella voyage. En évitant la complexité qui le caractérise et les signatures temporelles décalées au profit d’arrangements plus larges et plus profonds, Kinsella a la possibilité de laisser son lyrisme prendre toute sa place.

Et il pourrait bien le faire. Bien que le lyrisme et l’imagerie présents dans The Avalanche soient parmi les plus sombres de Kinsella et contrastent fortement avec les douces subtilités de son instrumentation, c’est aussi l’un de ses morceaux les plus forts et les plus transparents, et le troisième titre « On With the Show » pourrait bien en être le meilleur exemple.

Quatre minutes de basse en loop et de guitares jen carillons, le tout soutenu par des percussions discrètes, musicalement c’est le morceau le plus optimiste ici. Sur le plan des paroles, cependant, il traite de l’échec cuisant et des angoisses qui l’accompagnent ; la juxtaposition parfaite dans ce qui est par ailleurs une offrande pleine d’entrain.

Ailleurs, il y a des moments de résignation tranquille (« I Should Have Known »), de dépression (« Dead for Days ») et d’acceptation de soi (« I Go, Ego »), et bien qu’il semble y avoir très peu d’optimisme, The Avalanche n’est pas tant un disque morose qu’un disque sincère ; une fenêtre sur la vie récente d’un certain Mike Kinsella. Le voyage est lourd, bien qu’il ne soit pas aussi lourd que celui que Kinsella a vécu, et bien qu’il ne soit jamais agréable de ruminer sur les troubles émotionnels que d’autres ont subis, il est difficile d’imaginer qu’Owen puisse sortir un disque aussi fort si tout avait été fluide ettranquille.

***1/2


Ride & Pêtr Aleksänder: « Clouds in the Mirror »

3 mai 2020

En août 2019, le groupe britannique Ride (dont le premier album en 1990, Nowhere, a longtemps été considéré comme un classique du shoegaze) a sorti This Is Not a Safe Place, son deuxième album depuis sa reformation en 2014. Le disque a été salué à juste titre pour son savant mélange de garage/psych des années 1960, de guitare pop des années 1990 et d’harmonies Laurel Canyon intelligemment intégrées.

Clouds in the Mirror est le même album, mais différent, un travail d’exploration sans faille qui utilise comme base les voix principales (de Mark Gardener et Andy Bell) des morceaux de l’album original et les investit d’arrangements néo-classiques pour cordes, piano et synthétiseur.

Les personnes chargées de ces traitements sont Eliot James (producteur, entre autres, du Two Door Cinema Club, des Kaiser Chiefs, de Plan B) et Tom Hobden (du groupe Noah and the Whale). Sous le nom de Pêtr Aleksänder, James et Hobden ont réinterprété les chansons en se concentrant principalement sur les sensibilités émotionnelles que les chants génèrent.

Le résultat final est un mash-up-made-in-heaven pour les fans d’électronique suprêmement harmonieuse et de touches de pop-psych, qui ne sont ni l’un ni l’autre défait par les extraits de voix présentés. En effet, des morceaux tels que « Clouds of Saint Marie », « Shadows Behind the Sun », Repetition and the Friedrich Nietzsche-referencing Eternal Recurrence prouvent à quel point de telles expériences peuvent être satisfaisantes. Idéal pour l’expérience ambient complète et monumentale.

***1/2


Lightning Dust: « Spectre »

25 novembre 2019

Voilà un dique quon peut écouter plusieurs fois sans jamais vraiment savoir de quoi il est fait. Spectre est un album classieux mais inclassable. Est-il folk ? Oui sans aucun doute, avec « Led Astray » »et  sa musique façon Jefferson Airplane / White Rabbit /Hot Tuna. C’est rock si l’on considère les guitares sur le refrain de « When It Rains » ou bien le duo électrique/folk sur une chanson comme « Run Away » . Toutefois, l’intérêt de spectre réside dans la voix de sa chanteuse Amber Webber. Une voix polymorphe qui peut aussi bien se faire grave et pleine de solennité sur une chanson comme « Joanna » et son piano plaqué sur une batterie martiale. Et puis également un qui sait se faire spectral, doux et sensible sur un titre comme « More ».

L’album reste cohérent de bout en bout, alors même qu’on passe df Folk au rock, puis à des titres presque krautrock (« 3AM/100 Degrees ») du moins sur la première moitié de ce titre de sept minutes. C’est très riche d’orchestrations, les compositions sont belles, les genres variés, c’est sensible et beau, c’est à écouter et à réécouter, entendre et réentendre.

***1/2


Versus: « Ex Voto »

23 août 2019

Versus fait partie de ces groupes indie rock lnex-yorkias aussi sous-estimés qu’ils sont grands. En trois décennies, le quatuor avait, en effet contribué à l’explosion du genre avec d’innombrables classiques. Cette année, il fête son retour après presque dix ans d’absence avec unsixième album nommé Ex Voto.

Sous la houlette de Richard Baluyut et Fontaine Toups le combo continue d’explorer sa créativité et son inventivité en se montrant toujours aussi à l’aise entre grunge, rock alternatif et power-pop, Versus met en scène ses aspiration sur des morceaux implacables à l’image de « Gravity » en guise d’introduction mais également « Moon Palace » qui a de quoi rappeler l’alchimie entre Dan Bejar et Neko Case de The New Pornographers et « Mummified ».

Ex Voto est doté d’une imagerie de science fiction sans tomber dans du fantastique pur et dur et tout ceci prouve que les new-yorkais n’ont rien perdu de leur ingéniosité. Que ce soit sur la ballade alt-country de « Nothing But U » ou allures college rock de « Atmosphere », Versus continue à repousser les limites au plus loin et ira jusqu’à allier l’acoustique, l’électrique et le synthétique sur « Baby Green » pour une montée en puissance des plus dingues. En somme, ce sixième opus sonne comme un retour en force d’un des groupes les plus intrigants de New York.

***1/2