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Versing: « 10000 »

Le premier album de Versing, l’autoproduit Nirvana, n’avait pas été capté par les radars il y a deux ans. Toujours est-il qu’avec ce premier jet, le quatuor de Seattle a suffisamment séduit un label local qui tenait à diversifier son image pour lui permettre une seconde chance nommée 10000.

A mi-chemin entre noise-pop et post-punk, Versing nous hypnotise, nous entraîne et nous éblouit à chaque seconde. Chaque mélodie de guitares tantôt mélodiques tantôt rugueuses arrive à rentrer dans les oreilles sans jamais en sortir que ce soit sur des titres comme l’introductif gentiment noisy « Entryism », « Offering » ou bien même « Violeta ». Convoquant aussi bien Viet Cong que Protomartyr dans la démarche sans oublier Merchandising période post-punk, le groupe vise toujours aussi juste notamment avec « By Design » où ils privilégient les rythmiques aux distorsions de guitare.

Par moments, Versing semble verser ses hommages aux héros des années 1990 que sont Pavement et Sonic Youth sans jamais tomber dans la pâle copie. Il n’est pas rare de croiser des sonorités que n’auraient renié la bande à Thurston Moore et Kim Gordon comme sur « Tethered » aux guitares dissonantes ou sur la conclusion nommée « Renew » qui a de quoi rappeler les ambiances dignes de Goo. De Stephen Malkmus, il en résulte d’autres perles mélodiques à l’image de « Long Chord », « Sated » sans oublier « Survivalist ».

Ce second opus fait le grand écart habilement entre les années 1990 et cette décennie. Ambitieux, mélodique et résolument entraînant du début à la fin, le groupe de Seattle peut espérer se faire une place qui ira plus loin que les frontières du « Grunge County ».

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12 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Drenge: « Strange Creatures »

Strange Creatures, troisième opus de Drenge, est décrit par les frères Loveless comme leur album le plus abouti, intelligent et réfléchi, ce qui peut nous interroger tant ce qui ressortait du groupe jusqu’alors était la spontanéité et l’immédiateté d’un son brut et rugueux.
Au lu de l’énoncé des titres on comprend tout de suite que, tout comme au vu de la pochette,vont s‘ouvrir à nous les portes d’un univers cauchemardesque, tout droit sorti d’un film d’horreur ou un thriller psychologique.
Cette découverte ne sera cependant pas la seule surprise de Strange Creatures. En effet, si « Bonfire Of The City Boys », morceau d’introduction, donne naissance à un son bien gras, des déflagrations de batteries et un chant scandé aux accents de Mark E. Smith, on demeure encore dans une zone de confort identique à celledes albums précédents,. Très rapidement pourtant ce scénario initial sera abandonné au profit d’un sentier sinueux moins direct où chaque virage est l’occasion de découvrir de nouvelles sonorités, et de nouvelles influences.
Les références seront nombreuses ; Killing Joke (« Teenage Love ») mais aussi Depeche Mode (« When I Look Into your Eyes » et ses réminiscences de Dave Gahan.

Il faudra, toutefois admettre, que, même si le résultat n’est pas toujours des plus percutants (comme sur « No flesh Road ») les influences sont bien digérées et maîtrisées.

« Prom Night » et « This Dance » nous envoient sur le dance-floor alors que le slow lanngoureux qu’est « No Flesh Road » ou le conclusif « When I Look Into Your Eyes » marquent, eux, que cette idée festive s’achève quand les lumières se rallument.

Strange Creatures est un opus déroutant parce qu’hybride et parce qu’il nous fait naviguer dans des univers différents. Pas véritablement originaux, que ce soit le post-punk de « Bonfire Of The City Boys » ou le romantisme exacerbé reliquat des années 80 (« Never See The Signs ») , il n’en est que plus louable malgré son parcours en dents de scie et ses circonvolutions un peu floues et approximatives.

***1/2

5 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Swervedriver: « Future Ruins »

Rescapés du bouillonnement rock des 90s, Swervedriver continue à prodiguer aujoirdhui une pop énervée sur fond de murs de guitares explosives. Parmi les derniers représentants du shoegaze encore en activité, le combo livre un album en forme de déclaration d’amour à ce genre enseveli et à la puissance de l’électricité servie par la six cordes.
Le groupe taquine ainsi la mélodie un peu à la façon les Écossais de Teenage Fanclub mais avec un goût plus appuyé pour les arrangements propulsés à la distorsion et aux roulements de caisse claire. « Mary Winter » qui ouvre ainsi l’album se révèle comme le titre le plus réussi de ce Future Ruins, grâce à un cantilène qui s’incruste dans le pavillon auditif pour ne plus en sortir. « The Lonely Crowd Fades In The Air » poursuivra le même registre pop sans se révéler, toutefois, aussi frappant. Plus loin, « Drone Lover » vrombira comme une pépite et le plus power pop « Spiked Flower » se révèle ra tout aussi attachant..


Le reste des morceaux peinera néanmoins à convaincre. La faute à une son monolithique et répétitif et une voix fragile qui manque de charisme pour transformer l’essai de ces brûlots sur la longueur « Golden Remedy » ou « Good Times Are So Hard To Follow , titre on ne peut plus ironique.

La même remarque pourra être également faite sur ce « Everybody’s Going Somewhere & No-One’s Going Anywhere » qui semble, lui, aussi, n’aller nulle part.

Jormis la nostalgie sympathique d’un son anachronique, il ne reste malheureusement pas grand-chose à se mettre sous la dent. Swervedriver auraient sans doute gagné à expérimenter davantage et à débrider leur créativité sur ce Future Ruins, quitte à l’éloigner des codes balisés d’un idiome qu’il a déjà bien longtemps exploré.

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29 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Dilly Dally: « Heaven »

Pas besoin de chercher très loin ces temps-ci pour réaliser que la scène indie rock se plaît à ressusciter le rock alternatif des années 90. Pendant que des groupes tels que Nothing renouent avec le shoegaze, d’autres sautent à pieds joints dans le grunge. C’est le cas de la formation torontoise Dilly Dally, qui nous livre son deuxième album, le très réussi Heaven, après le célébré Sore sorti en 2015.

Dilly Dally, c’est un peu un mélange entre l’énergie brute de Nirvana et un chant désespéré à la Kurt Cobain, avec un soupçon d’arrogance qui n’est pas sans rappeler les Pixies. Le groupe se plaît dans les rythmiques assez lentes qui laissent place aux variations d’intensité, entre des couplets souvent plus doux et des refrains où la voix de la guitariste Katie Monks se déchaîne en cris douloureux.

Pour Heaven, la formation a fait appel au réalisateur Rob Schnapf connu pour son travail sur plusieurs albums d’ Elliott Smith mais qui a aussi collaboré avec Beck et Guided By Voices. Bien sûr, la seule présence de Schnapf contribue à renforcer cette impression que Dilly Dally sort directement d’une autre décennie ; cela pourrait en agacer certains mais on sent qu’ici, la réalisation est au service du groupe, et non l’inverse, ce qui permet aux chansons d’Heaven d’éviter le piège d’une nostalgie trop calculée.

La voix de Monks occupe le centre de l’espace sonore et son timbre peut parfois évoquer Courtney Love (Hole) ou mêmeP.J . Harvey à ses débuts. Les guitares sont toutefois mieux définies laissant les mélodies émerger plus facilement du magma de cris et de distorsion. C’est ce qui permet à Dilly Dally de jouer sur les contrastes, alternant entre lumière et noirceur. C’est sans doute là ce qui distingue Heaven de son prédécesseur, qui sonnait davantage comme un coup de poing, alors que les nuances sont devenues plus riches malgré une uniformité au niveau des tempos.

Il serait présomptueux de qualifier Heaven d’album « féministe », mais il n’en demeure pas moins que plusieurs titres abordent l’importance de s’affirmer en tant qu’individu (sans suivre les stéréotypes de genre, un thème sous-jacent au texte de « Bad Biology »). « Believe in yourself ‘cause that’s all the matters », chante Monks sur le puissant « Believe », tandis que sur « Doom », elle nous invite à préserver notre différence en proclamant : « What’s inside you is sacred ». Le groupe ne craint pas non plus d’explorer ses zones d’ombre, comme sur « Sober Motel », qui aborde les problèmes de toxicomanie qui ont failli sonner le glas de la formation.

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31 octobre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Weakened Friends: « Common Blah »

Weakened Friends est un trio qui vient de Portland dont la musique baigne dans le rock fougueux des années 90. Leur premier albumCommon Blah, en est l’archétype avec voix rocailleuse et presque gémissante d’une guitariste, Sonia Sturino, qui nous offre des riffs monstrueux et d’une section rythmique infernale (Annie Hoffman à la basse et de Cam Jones à la batterie).

Leurs compositions sont à mi-chemin entre pop-punk et rock alternatif, que ce soit sur l’ouverture efficace en diable de « Peel », les perles résolument Pixies de « Blue Again » ou les hurlements de Sonia Sturino comme sur « Early » et « Aches ».

Impossible de ne pas penser à la scène musicale de Seattle mais encore à Hole et Weezer sur certains titres flamboyants et passionnants comme « Waste » et « Younger » qui est orienté vers le post-hardcore.

Tout au long de ce Common Blah qui se clôt avec un « Good Friend » montrant toute la vulnérabilité de Sonia Sturino affirmant avoir survécu à une période rude, Weakened Friends se montrecapable de réactiver un rock à même de décrasser des oreilles longtemps affadies.

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31 octobre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire