Pretty Matty: « Pretty Matty »

Les sonorités power-pop et grunge des années 1990 continuent à inspirer de jeunes talents en devenir. C’est notamment le cas pour Pretty Matty qui est le nom du projet musical de Matthieu Morand un jeune musicien venu tout droit de Toronto qui évoque avec goût son amour pour ces influences qui l’ont forgé à travers un premier album.

Les compositions de Pretty Matty baignent dans les nineties avec des riffs acidulés et une interprétation nonchalante pour accompagner le tout. Pretty Matty plonge dans un spleen post-adolescent comme l’attestent des titres hypnotiques à l’image de « Another Shot »mais encore de « Broken Doorbell » et « F+B ».

Entre brulôts ayant une durée moyenne de plus d’une minute (« I’m Fine », « Kicked Out », « So Down ») et moments plus abrasifs et pesants (« Be A Cop », « Vacay »), Pretty Matty est n’est pas non plus que sensiblerie. Ce premier album qui s’achève avec un « What You Did » est à l’image d’un disque qui capture rage post-adolescente mâtinée de mélancolie déjà désabusée.

**1/2

Normcore : « Six Pack »

S’il sagit de passer à l’exégèse,, bien plus que le phénomène « Normcore » (le fait de passer incognito en portant des vêtements neutres), la musique du quatuor du même nom évoque plus les jeans déchirés et les chemises bûcherons telles que l’on les affectionnait dans les années 1990. A tout les coups si l’on se prenait à fouiller la discothèque de Normcore on y trouverait l’intégrale de Weezer et de Nirvana et peut-être même les quelques albums de Snot pour reprendre le titre d’un des morceaux du dique.

Une musique chargée en électricité qui se déguste comme un 6 pack de bière et dont les guitares reprennent l’esthétique des influences éviouées plus avant, et une agressivité justement dosée qui n’obère ni les mélodies ni les harmonies vocales du groupe. Excellent !

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Lazy Day: « Letters »

Lazy Day avait débuté en tant que side-project de Tilly Scantlebury. L’ex-musicienne de Copyright Control a décidé de se lancer dans une nouvelle aventure musicale avant de recruter trois autres musiciens pour en faire un véritable groupe. Son nouvel EP Letters est le résultat de ce nouveau mariage.

Composé de cinq titres, Lazy Day continue à appliquer son indie rock grungy sentant bon les années 1990. Avec l’interprétation toujours riche en émotion de Tilly Scantlebury, les compositions à la fois fougueuses et entêtantes font mouche en particulier sur l’introductif « Double j ».

On peut en dire autant de titres nostalgiques à l’image de « Tell Me » et de « Mumma » irrésistibles. Letters s’achève avec un « Mostly Me » catalysant toute l’énergie de cet EP où Lazy Day arrive à mettre en scène de façon parlante son univers particulier.

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Superseed: « Superseed »

Superseed nous vient de Bristol, Angleterre. Quintet formé en 2017 sur les cendres d’autres formations, avec la particularité de tenir dans ses rangs trois chanteurs/guitaristes, le groupe propose un rock plaisant et calibré pour que ça marchhe avec Superseed, premier album éponyme. 16 titres, 66 minutes, ça laisse le temps de se faire un avis. Belles harmonies, superbes mélodies et belles influences au programme avec pêle-mêle : The Wilhearts, Pearl Jam, Stone Temple Pilots, Supergrass, Alice In Chains ou Foo Fighters.

On a donc à faire avec, en gros, le rock des années 90. Y a pire. La pochette, dans un style psyché, est stylée, alors que la musique du groupe est multistyle, piochant notamment dans le heavy rock ’70s (« Heavy Times »), la power pop (« Turn the Screw », « This is the Way to go »), et aussi (et surtout) le grunge (« Uneasy Swarm », « Quicksand »). Ça fonctionne bien mais on n’arrive pas à percevoir une identité propre. Bien que maîtrisant son sujet à la perfection et faisant passer un bon moment à l’auditeur, le combo s’éparpille trop pour déchaîner, dans l’immédiat, les passions.

**1/2

Dead Soft: « Big Blue »

Ce trio venu de Vancouver pratique, grosso modo, du bon gros indie rock nineties mâtiné d’une attitude grungy. Après un premier album éponyme, Big Blue débute par « I Believe You », une vraie petite pépite qui mérite son statut de « single ». À vrai dire, ce disque en compte pas mal, alors on aurait très bien pu sélectionner un autre titre. Au programme, du fuzz dans tous les coins, une rythmique solide, des mélodies infectieuses, une forme de mélancolie powerpop (les paroles parlent de malaise, de sentiments conflictuels, le genre de choses évoquées dix mille fois de dix mille manières différentes)…

Big Blue contient des titres et des mélodies qui peuvent être comparés à dix milles autres aussi, dans le même genre, quelque part entre un Weezer première période et un Pixies. Ça reste toutefois un sacré bon disque qu’on aura plaisir à écouter et réécouter.

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Lacing: « Without »

Voici un album qui à décidé de mélanger la force de frappe du grunge avec un chant venu droit du shoegaze deux genres considérés comme morts. Pourtant, sans parler abusivement de revival et inspiration aidant, l’un comme l’autre se trouvent bien en vie dans ce disque.

On trouve même un certain talent dans cet cette hybridation. Si certaines pistes font bien sur la part belle aux murs de guitares saturées (« 92 », « Swirl »), voire un peu au punk sur « Regret » et sa déferlante sonore, on part ira plus volontiers sur des choses plus calme et introspective dans une bonne moitié du disque. En saturant les guitares à l’extrême, le son finit par devenir une sorte de brouillard, un arrière plan qui noie le reste, en particulier le chant, dans un espèce de halo lumineux et gris.

Without est un disque qui met du temps à s’apprécier pleinement. Les genres y sont nombreux, les rebondissements, changements de rythmes, de genres tout autant. Sans perdre sa cohésion, l’album explore à droite et à gauche de son fil rouge et sort volontiers de sa zone de confort. Sous le signe de l’éclectisme, il ravira quand même les amateurs de grunge, de rock alternatif, de rock progressif, de shoegaze.

L’ alchimie fonctionne donc plutôt bien et la musique assuré par un quatuor motivé et inspiré, est belle, puissante, lumineuse et triste dans toute sa simplicité. Un must pour les fervents du genre.

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Great Grandpa: « Four Of Arrows »

On a pu faire connaissance avec Great Grandpa ainsi que son premier album intitulé Plastic Cough ce quintet issu de Seattle et avait fait forte impression aveclun mélange de grunge-pop et d’indie rock acidulé et bon vivant. Maintenant qu’il possède une certaine notoriété, les voici de retour deux ans plus tard avec son successeur intitulé Four of Arrows.

Ne vous attendez pas à une redite de Plastic Cough de la part de Great Grandpa. Le groupe mené par le chant toujours aussi passionné d’Alex Menne a décidé d’entreprendre un virage musical à 90° en misant sur des compositions plus acoustiques. Il en ressort des titres plus émouvants mais plus étoffés comme l’introduction nommée « Dark Green Water » qui nous prend de court avec sa fausse fin avant de repartir de plus belle mais encore « English Garden » et « Bloom ».

Les influences dignes de Pinkerton ne sont jamais lointaines tant les sonorités power-pop se font sentir par là comme « Mono no Aware » et son introduction surprenante ou bien même « Ending » et « Human Condition » qui flirtent avec l’emo. Quoi qu’il en soit, Great Grandpa réussit ce virage musical sans jamais trahir ses origines grâce à ses compositions plus luxuriantes. Un flot d’émotions se dégage tout au long de ce Four of Arrows résolument abouti et cohérent avec un morceau digne de « Split Up The Kids » comme exemple flagrant avant que la conclusion beaucoup plus électrique nommée « Mostly Here » vienne nous emporter. Le second album de Great Grandpa ira à coup sûr les placer dans un autre niveau grâce à des compositions plus sentimentales et sincères.

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Starcrawler: « Devour You »

Héritière de Courtney Love (Hole) ou Donita Sparks (L7), Arrow De Wilde cache bien son jeu. Elle chante, elle invective, elle hurle et c’est pour cette réison que Starcrawler s’était fait remarquer avec son précédent disque éponyme. Le groupe entend bien remettre le couvert : un rock indie simple, direct, grungy et punky, un peu plus sophistiqué que sur son premier album, mais pas suffisamment pour oublier de s’en méfier en permanence.

Starwrawler affiche les mêmes intentions ; Devour You donc. Entre grosses ficelles rock old school et attitude rebelle, les 13 titres ici présents s’adressent clairement à la frange de population qui a craqué et craque encore pour les disques les plus rock de l’iguane ou de Jack White. En gros, si vous aimez le rock avec des tripes, vous allez aimer Devour You . Si vous préférez les choses plus proprettes, passez votre chemin.

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Wives: « So Removed »

Les New-yorkais de Wives sortent So Removed, un premier album sous influence. En effet, le quatuor – au sein duquel on retrouve Andrew Bailey, guitariste de DIIV, revendique reprendre le rock là où l’avaient laissé Nirvana ou les Pixies (époque Trompe le Monde et Bossa Nova), et si ça n’en fait pas de lui le plus original du moment, ses compositions – toutes en maîtrise – brillent quand même par leur puissance et leur homogénéité.

Autant se l’avouer d’entrée : avec cette voix perchée, un peu fainéante, ironique, posée sur des riffs énormes et sales, et qui tarde toujours à s’énerver, le fantôme de Franck Black plane sur chaque titre de l’album, parfois bluffant (« The 20 Teens », « Why Is Life »), parfois absurde (« Hit Me Up »). Mais il serait trop simpliste de résumer Wives à cette seule influence.

La vénération du groupe pour Nirvana transpire tout autant, mais plus dans les intentions (la rage, l’urgence) que dans les sonorités : l’introductif « Waving Past Nirvana », à double sens, est à lui seul une déclaration d’amour et un hommage hyper inspiré à l’époque de l’ « uniforme » grunge.

Dans ce déluge sonique, le groupe sait aussi surprendre par des morceaux plus intrigants. Il y a tout d’abord deux longues plages shoegaze plus progressives, savamment bruitistes (« Even The Dead », le magistral « Workin »), qui rappellent volontiers le magnétisme onirique et dense de Sonic Youth. Il y aura aussi le final « The Future Is A Drag »» , qui est une forme de manifeste grunge et décadent.

Wives a parfaitement regardé ses glorieux aînés, et s’ouvre un chemin enthousiasmant entre les étoiles du rock indé américain. Dans le futur, pourtant, le groupe devra réussir à faire le pas de côté qui lui manque pour affirmer une réelle identité. Mais il a le temps pour lui, un élément que nous pouvons lui donner en gage.

***1/2

Magon: « Out In The Dark »

Magon, c’est l’excroissance d’un duo nommé Charlotte & Magon qui nous avait offert un premier album nommé Lyrical Miracle qui était un pur bijou de pop psychédélique bien cosmique et déjanté. Les deux artistes ont décidé de s’émanciper chacun de son côté et c’est le guitariste originaire de Tel-Aviv Magon de dégainer en premier avec un album solo nommé Out In The Dark.

Magon a décidé de revenir à un côté beaucoup plus épuré et proche de ses racines musicales. Loin de la pop psychédélique, il revient à des sources plus indie rock et lo-fiainqi qu’une esthétique digne de The Cramps.

Cela se matérialiser sur des morceaux comme « King Of Nothing », le mélodique « Thinking Of You » qui suit ainsi que qu’un midtempo façon Breeders nommé « Landslide » .

Rappelant aussi bien les Pixies période Bossanova sur « Third Dimensional Love » que The Cure sur d’autres moments comme le plus pop « Song For Nimrod », Magon est bel et bien dans son élément. Il ne manque plus que d’autres perles acidulés à l’image de « The Streets », « In The Library » et autres « My Reflection » pour s’apercevoir du talent toujours infaillible du guitariste de Tel-Aviv. Avec Out In The Dark, les années 1990 ne sonneront jamais surannées.

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