Perturbator: « Lustful Sacraments »

23 mai 2021

« C’est un album sur les mauvaises habitudes, l’insatisfaction et la dépendance. Un regard global sur la façon dont nous, en tant qu’espèce, penchons vers l’autodestruction ».Voilà ce qu’a déclaré James Kent, alias Perturbator, artiste de synthwave, à propos de sa nouvelle sortie Lustful Sacraments, un album qui marque une nouvelle maturation et une évolution musicale de ses chansons sombres et inquiétantes, fusionnant le sous-genre électronique avec des éléments gothiques, post-punk et industriels.

L’instrumental « Reaching Xanadu » sonne à la fois comme un présage et un triomphe, contribuant à donner le ton de ce qui suit, y compris la chanson titre, un numéro gothique propulsif dans la veine de The Sisters of Mercy.

« Excess » monte d’un cran : il prend de l’ampleur au fil du temps, avec des voix aboyées qui se fondent dans des guitares qui carillonnent et des synthés qui ricochent. C’est un son évocateur qui évoque une poursuite en voiture dans un futur proche à la Blade Runner tandis que « Secret Devotion (featuring True Body) » se voudra êtreun charmeur à combustion lente, avec un rythme élastique et des vocaux plaintifs. C’est un hymne new wave qui induit une transe et qui est aussi le moment le plus pop de l’album.

« Death of the Soul », en revanche, est le morceau le plus agressif de l’album, avec un riff de synthétiseurfaçon Krautrock déformé et une rythmique impitoyable. Son motif industriel austère rappelle les débuts de Nine Inch Nails et des groupes comme Nitzer Ebb et Front 242, profondément cinématographique dans son ambiance à la noirceur évocatrice.

« The Other Place », un superbe bijou scintillant, sinistre et grandiose, avec une ligne de synthé serpentine et une basse souterraine qui chatouillera d’oreille sera implacable, et pourrait être parfait pour un film d’horreur ou sur une piste de danse.

« Kent » descendra d’un cran sur les derniers morceaux de Lustful Sacraments, offrant des textures ambiantes gothiques sur le titre appropriéqu’est « Dethroned Under A Funeral Haze », une mélancolie hypnotique redevable à The Cure avec son nid de sonorités superposées.

La dernière piste procurera un autre étourdissement discre en démarrant avec ce qui ressemble au thème d’Halloween s’il était enregistré sous l’eau, avant de se transformer en vagues sonores immersives et océaniques. Lustful Sacraments est, au final, une toile sonore appropriée aux sombres ruminations de Kent, et constitue une écoute appropriée dans notre présent dystopique. C’est un album endeuillé, mais apaisant, un voyage sonore et spectral pour ceux qui cherchent à se ressourcer en une musique où la darkwave crée des paysages sonores inquiétants et chargés de riffs.

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Exit To Eden: « Love And Other Nightmares »

19 janvier 2021

Exit To Eden vient de Vienne et nous livre une bonne dose de rock gothique sur leur mini-album Love And Other Nightmares. Ce qu’ils proposent est une version groovy du rock gothique, influencée par des groupes comme Killing Joke, Christian Death et Lacrimosa, pour n’en citer que quelques-uns.

La seule chose différente, est que ce mini-album est accompagné d’une entrée assez atypique, un poème qui ressemble un peu à du Eminem en train de se saouler au whisky, ou quelque chose comme ça. Le poème n’est pas très choquant non plus, il convient néanmoins d’entrer dans les clichés gothiques,.

Heureusement, le reste de l’album est très rock, avec les guitares, le chant grinçant et l’atmosphère sombre du rock gothique. »Goth ‘n Roll Head » est un morceau uptempo, avec un chant énergique qui donne souvent un coup de pouce à toute la scène post-métallique, les cris et tout le reste. Une fois de plus, l’auditeur n’aura affaire à rien de renouvelé ou d’innovant. Vous avez peut-être déjà entendu tout cela, mais ce sera tout de même une fête de rock sombre décente.

On peut sans crainte estimer que« Without That Pain » est le morceau-pharedu disque. Cet air lent et lent rappelle queque peu l’époque du goth rock Tiamat, ce qui est un compliment en termes de références. C’est aussi le titre où le chant distinct semble le mieux convenir. De plus, d’un point de vue musical, « Without That Pain » est un morceau très convaincant. La vraie qualité d’Exit To Eden brille de tous ses feux. « One Bad Day », le groupe se plonge enfin dans les influences de Sisters Of Mercy et LOove Like Blood, ce qui est également un compliment.

Que retenir alors de Love And Other Nightmares ? En mettant ensemble cette version du rock gothique avec des paroles sur l’amour qui a mal tourné, les comparaisons avec des groupes comme lui sont plausibles. Pourtant, contrairement à la musique surproduite de Him, Exit To Eden propose un son brut, sinistre et granuleux. Mon conseil, regardez ça. Il se peut que ce soit quelque chose qui vous plaise ou que vous n’aimiez pas du tout. Le fait est que l’on n’entend pas beaucoup de death rock/gothic rock ou quel que soit le nom qu’on lui donne aujourd’hui fait de ce disqueun opus très réjouissant.

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Gaia Guarda: « Anatomy of Fear »

4 janvier 2021

Le TripHop est un genre qui joue souvent avec l’avenir – Gaia Guarda l’utilise comme base pour sa musique d’inspiration gothique dont le socle est constitué de trois instruments très anciens : Le violoncelle, le violon et la harpe. Gaia, basée à Montréal, joue de la harpe tandis que Michelle et Jessica (qui sont membres, avec Gaia, du groupe de metal Uriel) contribuent aux deux autres. Avec le batteur Rocky Gray, elle a écrit un disque qui est autant tourné vers l’avenir que vers le passé et qui reflète le présent. La combinaison d’une base de cordes classique avec des rythmes triphop n’est pas vraiment nouvelle, les cordes sont utilisées dans le son Bristol depuis des décennies déjà. Cependant, sur le premier album de la jeune femme c’est différent, car les cordes ne sont pas des ornements d’une musique autrement très orientée vers le rythme, mais en sont la pièce maîtresse. Néanmoins, n’imaginez pas que lerendu soit comme celui de Joanna Newsomen raison de la harpe – elle est différente et beaucoup plus proche de certains groupes de synthétiseurs comme Wolfsheim ou VNV Nation. Sa musique est à la fois classique et nouvelle – c’est donc un bon exemple de musique néo-classique.

Les paroles sont souvent très introspectives et révèlent une personne non pas reposée mais hantée. « J’ai couru à travers le monde / Tu ne me trouveras pas, je dois survivre / Je ne peux pas expliquer la force qui me pousse à ne jamais t’abandonner » ( I ran across the world / You won’t find me, I must survive / I can’t explain the force pushing me to never give up on you) – elle fuit mais en même temps ne veut pas oublier une certaine personne. Cela ressemble parfois à une perspective masochiste sur sa propre douleur et ses racines. Gaia Guarda est certainement une artiste très bien entraînée à observer lorsqu’elle fait tomber certaines limites et s’aventure en territoire inconnu, reliant le passé, le présent et l’avenir de l’écriture de chansons à une nouvelle approche de la musique. Si elle acquiert alors une perspective (dans ses paroles) extérieure à la sienne, ne se contentant pas de s’appuyer sur sa propre expérience, elle peut devenir une des grandes voix dans la mouvance indie. 

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House of Harm: « Vicious Pastimes »

29 septembre 2020

Vicious Pastimes est le premier opus de ce groupe post punk et new wave de Boston, un « debut album » qui se veut être une véritable déclaration d’intention. En effet, le son du disque rappellera aux gens les anciens groupes new wave/post punk qui combinent des éléments électroniques et des paroles romantiques sur une instrumentation scintillante et parfois sombre. On ne peut pas regarder la pochette de l’album et ne pas faire la distinction avec Pornography, qui pour de nombreux fans de Cure, est leur meilleur. Vicious Pastimes est un disque magnifiquement conçu, qui, lui aussi, pourrait trouver de nombreux fervents du combe.

Avant la sortie dudit album, House of Harm avait déjà publié quelques « singles » , ainsi que plusieurs bandes démo.Sur ce projet vraiment abouti groupe semble capable d’exprimer sa vision en un seul morceau avec des chansons fraîches et cohérentes mais il montre aussi qu’il n’a pas peur de mettre en avant ses sources d’inspiration  Comme mentionné, il y a des chansons plus sombres qui montreront l’influence de Pornography, par exemple « Against the Night », « Waste of Time » ainsi que le morceau-titre. Les synthés sombres et le timbre de voix servent de réimpression, mais ne tombent jamais dans l’ imitation. C’est là que House of Harm brille ; une originalité distincte qui mérite vraiment d’être notée

Le morceau d’ouverture « Isolator » commence avec un synthé lourd influencé par l’EBM, mais se transforme en quelque chose de plus léger, et le titre suivant, « Coming of Age » illumine vraiment l’atmosphère grâce à un synthé léger et scintillant. « Behind You » utilisera un son de guitare qui rappellera quelque chose dont les groupes britanniques et australiens The Chameleons et Death Bells étaient friands : une jolie composition aux tonalités sombres et n’ayant  pas peur de s’appuyer sur des sons préexistants tout en y apportant une approche originale.

Bien que le groupe intègre des éléments darkwave, la chanson « Catch » sera ainsi beaucoup plus lumineuse, y compris sur les morceaux les plus sombres. La batterie entraînante et le synthétiseur complètent le ton vocal de la chanson et en font un morceau vraiment romantique. « Always » s’appuie sur le son de « Catch » et fait à nouveau appel à une musicalité anjouée pour parfaire ce climat. Le dernier morceau, « Control »,  apportera une belle tonalité centrale. Il est sombre, agréable et fera honneur à l’influence influence post-punk du milieu des années 80  telle qu’elle était véhiculéepâr certains des groupes précités et il sera, à cet égard, une excellente façon de conclure un disque presque  parfait. 

Vicious Pastimes contient tous les éléments que les fans de synthé, d’électronique, de post punk et de goth se doivent d’apprécier. Il est sombre, parfois clair, et se suffit à lui-même en termes d’originalité et il pourrait être une belle introduction à tout nouveau venu dans le genre et il est déjà, de ce fait, un élément essentiel de la scène « néo-gothique ».

***1/2


Twin Tribes : « Ceremony »

6 août 2020

Ce duo de Brownsville, Texas, délivre un son gothique nostalgique et traditionnel qu’il approfondit sur ce deuxième abum, Ceremony. Avec des riffs de guitare courageux trempés dans le delay et des voix enfouies dans la réverbération, l’influence de légendes gothiques telles que The Cure et The Sisters of Mercy est emblématique du son de la musique de Twin Tribes. Luis Navarro et Joel Nino, Jr. gardent un peu de mystère sur les origines de leur groupe, mais ce qui est apparent, c’est leur influence sur la scène gothique actuelle. Le style visuel frappant mais discret, associé à leur musique propre et dansante, rend le groupe difficile à ignorer. La cérémonie commence par une intro sombre et rêveuse, intitulée « Exilio ». Comme la chanson ne suit pas la structure traditionnelle des compositions lambdas, le début de l’album a une qualité cinématographique, ce qui donne l’ambiance des morceaux à suivre. Moody et mystérieux, « The River » regorge de synthétiseurs de rêve, de chants atmosphériques et de guitares magnifiquement obsédantes qui montrent à quoi les éléments de la grande musique gothique des années 80 auraient pu ressembler avec une production moderne de qualité, ce que des groupes populaires comme Drab Majesty ont fait ces dernières années. Le chant est plus direct que sur certains autres morceaux et les guitares, bien qu’elles ne manquent pas de retard, sonnent clairement et sont présentes.

L’aspect percussif laisse beaucoup à désirer, mais la nature simpliste fonctionne bien avec ce style de musique qui se concentre plus sur l’humeur que sur la dynamique. « Obsidian » est un morceau down-tempo et mélancolique qui rappelle « Charlotte Sometimes » de The Cure. La voix et les sons atmosphériques inversés et rééchantillonnés se succèdent en cascade comme des vagues. Le kick est lourd et l’ambiance aussi. Le dernier morceau, « Shrine », se démarque du reste par un rythme de swing différent de celui des autres chansons, et il y a un air de nostalgie dans la façon dont le chant est prononcé – chanté beaucoup plus doucement que le reste, le chant replié et enfoui dans un brouillard de réverbération, ce qui ajoute à la nature mélancolique du morceau. « Shrine » sonne comme si elle convenait bien à la fin d’un film gothique de John Hughes. Twin Tribes ne sort pas des sentiers battus, mais Navarro et Nino font un sacré bon travail pour briller à l’intérieur. Leur force réside dans la création d’une ambiance, même s’ils peuvent parfois trop ressembler à d’autres artistes. Cela étant dit, leur avenir semble prometteur. Ils savent certainement comment écrire de bonnes chansons et créer une ambiance visuelle derrière eux qui peut nous laisser curieux, de voir ce qu’ils trouveront ensuite.
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Gordian Stimm: « Your Body In On Itself »

4 avril 2020

Les six chansons de ce premier disque, enregistrées entre 2013 et 2020, couvrent plusieurs genres et abordent toutes sortes de sujets vitaux. Gordian Stimm (Maeve de itoldyouiwouldeatyou) tente de donner un sens à la physicalité et aux émotions tangibles et imaginaires.

Le LP s’ouvre sur le titre de 7 minutes « Bleeding Out in a Septic Tank » », un morceau plein de imprévus, de notes de piano et de samples, où Gordian Stimm évoque la « merde pour le cerveau » (shit for brains) et examine le pouvoir de la psychiatrie. Le son pop fracturé se situe quelque part entre Times New Viking, Thom Yorke et Sophie alors que son chant synthétisé flotte sur un gros son de basse : « J’ai été validé bien au-delà de ma date de péremption » (I’ve been validated well and truly past my sell-by date). Elle se termine par des cris d’émotion : « Je tourne les talons mais je suis toujours là » ( click my heels but I’m still here). « ia Mater (Sorry Mate) » suit rapidement et cette chanson s’oriente davantage vers l’électronique moderne de style Baths avec des paroles poignantes : « Une autre pensée à miner, un autre sentiment coincé à l’intérieur » (Another thought to undermine, another feeling stuck inside) ; « La vérité fait mal bien que je ne comprenne pas le but, mes dents vont mâcher les souvenirs in situ » (Truth hurts though I don’t get the point, my teeth will chew through the memories in situ).

Avec des phrases comme « Garder la fantaisie vivante, comme un puritain qui s’agite, je te vénère car je vis pour tes petits soupirs » (keeping the fantasy alive, like a puritan flailing, I will worship you for I live for your little sighs), « Miscellaneous Body Parts » est une sorte de chanson d’amour. Elle s’ouvre dans un style plus traditionnellement accessible, mais aborde des sujets importants et vitaux en se tournant vers un son qui ravira les fans de Wind in the Wires – l’ère Patrick Wolf : « Déployez vos, nos, mes diverses parties du corps » (Fold out your, our, my miscellaneous body parts). Ces vibrations de conte de fées gothique se poursuivent jusqu’à « The Very Best of Friends » – en particulier dans ses premières lignes qui ne manqueront pas de vous « démanger » : « Poux ! Des poux ! ont trouvé le moyen de s’introduire dans mon crâne. Maintenant que je suis une mère pour eux, je peux me sentir comblée » (Lice! Lice! Have found a way to scurry into my skull. Now that I’m a mother to them I can feel fulfilled ).

Gordian Stimm parle ensuite des ténias, des parasites et du shopping à un supermarché Waitrose et explique comment le fait de vivre dans cet environnement toxique lui a donné l’impression d’avoir enfin trouvé un foyer, bel examen de la façon dont les relations toxiques peuvent affecter les actions, les mentalités et les personnalités – et pas toujours pour le mieux…

« Song for Self Help » est une autre pcomposition très personnelle où Maeve s’ouvre vraiment ; une de ces chansons aignées dans l’électronique qui aborde des sujets tels que la dysmorphie corporelle, l’importance de la santé mentale et l’impact de l’automutilation : « Mon corps est trop bousillé et bizarre. Rien de ce que je fais ne le changera » (My body is too fucked and weird. Nothing that I do will change it’) ; « Je n’arrive pas à comprendre ce que je suis, alors maintenant je laisse des bleus sur mon visage » (I can’t seem to work it out what the fuck I am so now I’m leaving bruises on my face). Le dernier morceau, « Synthetic Retinas », est une autre pièce puissante qui offre un aperçu des pensées les plus intimes de Maeve, alors que sa voix douloureuse exprime comment « je peux ressentir quelque chose que je n’ai peut-être jamais ressenti auparavant » (I can feel something that maybe I haven’t felt before) avant de passer à une fin convenablement paroxistique comme se doit d’être la conclusion des albums habités et néo-gothiques..

***1/2


Sphaèros: « Possession »

8 mars 2020

Après 30 ans passés à créer dans de multiples médias (sculpture, visualisation rétinienne, voyages, musique, poésie) jil décidé de tout mélanger en un seul monstre protéiforme : Sphaèros Possession.

On y touve sept pièces musicales et sept films, nés de sphères, sans forme préconçue, créés spontanément comme une écriture automatique, pour laisser parler les esprits. Ce travail est constitué d’une superposition de couches successives de sons, de visions, de poésie et de couleurs. Une fois reliés entre eux, ces éléments créent un univers kaléidoscopique vivant unique qui mêle la vision, l’audition et la pensée spirituelle à l’Au-delà et à ses mondes parallèles.

Pour créer cette pièce, il a passé trois ans dans mon monde intérieur, vivant une vie presque monastique afin de trouver l’essence même de la création, et de partager sa vision de la magie et de la réalité aussi ouvertement que possible, sans aucune concession.

Bien qu’il s’agisse d’un projet personnel, quelques amis l’ont aidé tout au long du chemin pour le chant, la danse, les arrangements, la batterie. La liste qu’il en dresse est explicite et édifiante :

« Holly Carlson (danse envoûtante), Adrian Bang (double batterie), Louise Ebel Pandora (Lucifer), symphonie monotone (danse du sang), Machiavel Machina (la bible isaac contre Xvl), Lenny Kray (studio /mix recording), Sylvia Kochinski (récital de poésie de Sphaèros), Stephanie Swan Quills (chant de poésie d’Aleister Crowley), Dante Fontana (Neckrocifer act), Anja, Attila bela babos, Roky Erickson (de l’interview d’Atom Brain »)

Ne restera plus alors que de plonger dans le paranormal, laisser couler toutes ses obsessions et explorer son mysticisme, un univers ténébreux et mystérieux. On embarquera alors dans l’au-delà, dans l’irréel et on sera perdu dans ce périple inquiétant dès les premières notes de l’obscure introduction nommée « Lucifero ». Mélangeant savamment krautrock, rock psychédélique et musique avant-gardiste afin de n’en garder que des codes peu conventionnels, le membre d’Aqua Nebula Oscillator évoque les forces maléfiques durant ce magma puissant des morceaux solennels tels que « Sorcière » et « Vibration » où tous les sonorités allant de cris de jouissance de femme aux mélodies déconstruites. Nous voici en plein délire rituel où les aspects théâtraux de « Void » et « Oeil » convoquent cris d’animaux, sons de synthés monocordes tout comme la voix de notre hôte bien spectral qui se lance dans diverses incantations sataniques. Vous voilà prévenus au menu de ce Possession qui ne fait pas du tout dans le conventionnel.

***1/2


The Devastations: « Coal »

2 février 2020

Il est presque inévitable de reconnaître les similitudes entre The Devastations et leur compatriote Nick Cave. Conrad Standish pose, en effet, son murmure noir sur la majeure partie de Coal, chantant des « torchsongs » sans torche, perfectionnant sa marche en état d’ébrieéé sur la corde raide de ce disque. Mais il y a suffisamment de fioritures curieusement ornées dans ce deuxième album de Devastations pour leur donner leur propre espace et personnalité, et pour faire de Coal plus qu’un épigone de même nature.

Sur un rythme fruité et programmé et un orgue scintillant, Standish s’épanouit profondément dès le début de l’opus avec « Sex & Mayhe », puis s’étend littéralement sur les cordes, le jeu entre piano et optique et le roucoulement des voix féminines. Il faudra à peine trente secondes pour réaliser qu’il s’agit d’un album fait pour minuit, rempli d’introspection comme seuls la nuit et les verres vides peuvent offrir. Les couplets de « The Night I Couldn’t Stop Crying » abritent des cordes à peine audibles qui vous mènent à un refrain au piano, fourni par Tom Carlyon, un musicien dont les ajouts d’orgue et de piano donnent à Coal une lueur et un optimisme cachés entre ses plis de velours.

Entre Tindersticks et Black Heart Procession, ces moments d’ouverture sont riches, accueillants, sombres et ce, sans aucune faiblesse. « I Don’t Want To Lose You Tonight » en est la preuve, avec l’aide de Padma Newsome, de Clogs, qui prête son violon à la ballade la plus discrète du combo. Les chambres sont des rings de boxe, les poings ont des griffes et les amoureux sont des combattants. Le seul problème est que ces sons, ces métaphores deviennent un peu trop familiers – il y a un million d’artistes en plus de Cave qui vantent ce genre de rock à la voix grave et aux tabourets de bar, qui couvent avec un charme certain, et trop souvent, The Devastations en fait langoureusement partie.

« Cormina » est un autre exemple de complainte floue et apparemment sans direction, avec une guitare minimale et tordue et très peu d’autre enluminure. Le dernier morceau, eDance With Mee, connaîtra un sort tout aussi ambigu et se termine sur une note de piano apathique. Mais, heureusement, avant d’en arriver là, nous aurons le plaisir d’écouter « Man of Fortune » avec le chant de Bic Runga qui servira de parfait contrepoint au grognement étouffé de Standish et , finalement, « Take You Home », un festin gothique ambulant d’accords de puissance et d’orgues sifflants qui met en valeur The Devastations, un combo dans la fleur de l’âge et qui résume pourquoi Coal – malgré ses défauts – est un morceau poli et légèrement nuancé, digne d’un peu de votre temps.

***1/2


Ptwiggs: « Darkening of Light »

14 janvier 2020

Quand on se veut artiste, il vaut mieux aller loin ou rester chez soi, pousser le processus jusqu’à ses limites, ne pas se contenter de s’engager mais s’immerger dans le produit final, c’est prendre en considération chaque détail. Voir par exemple, les évolutions de Grimes ou de la gagnante de Visions ou Drag Race Sasha Velour et ont poussé deux artistes à mettre l’accent sur ce qui les distinguait ; respectivement, les gémissements de nymphe de Grimes et la tête chauve de Velour s’étant débarassée de sa perruque. La musicienne australienne Phoebe Twiggs, connue sous le nom de Ptwiggs, adopte une approche tout aussi grande. Des titres comme « Never Meant to Exist », «  Psychosis » et « Eternal Chains » ne font pas allusion à une voix torturée, ils l’exposent. La démarche menaçante et entêtante de la musique donne à ce côté sombre une toile sur laquelle ce climat peut étendre son ombre. Sur son dernier disque, Darkening of Light, Ptwiggs trouve un point d’orgue dans la pénombre et s’en écarte rarement.

Le titre Darkening of Light s’applique à ce que Ptwiggs fait à cette musique de transe qu’elle aime tant, la dépouillant des éléments percussifs et remplissant le vide avec du bruit. En un sens, ils atténuent la sensation souvent euphorique du genre. Ce n’est pas qu’elle enlève la totalité du rythme sous chaque chanson, plutôt que de faire glisser celles qu’elle fournit sur la piste de danse standard. « Trust » commence de façon clairsemée, puis est coupé par un cri qui déclenche une chaîne de bruit qui se termine par une conflagration. Quand le bruit se dissipe, il est inutile de pouvoir rétourner au calme.

Cette dichotomie entre des mélodies hautes et allongées et des interruptions dentelées sous-tend le flux du disque. Ce qui ressemble à des chants de Noël se retrouve finalement au sommet de la batterie militante et martiale de « When Shaken by a Strong Wind », ainsi que sur « Worth It  , les forces adverses peuvent se trouver en désaccord (agréable sur le plan sonore), comme si le messager des paroles transmettait ses paroles à travers un maelström.

Pourtant, Darkening of Light cherche et découvre le côté le plus lumineux du sombre. Tout comme les avertissements autosyntonisés de l’Anneau de pureté, « Ebb and Flow » voit Ptwiggs chanter dans une atmosphère beaucoup plus calme, bien que les sentiments ne soient pas moins sombres : le partage de l’âme, le lâcher prise.

Malheureusement, on n’entendra plus guère sa voix ou quoi que ce soit de si distinct sur les deux numéros suivants. Avec cet opus, Ptwiggs s’appuie pleinement sur sa nature macabre et abrasive, mais l’inconvénient est que cela la maintient fermement enracinée dans une structure similaire pour chaque chanson. Au moment où « Never Enough » se déroule, les astuces du disque deviennent familières : les notes douces et étirées, interrompues par des cliquetis intermittents et plus aigus au milieu du morceau. Le résultat est cohérent, mais il n’est pas encore assez fort pour atteindre de nouveaux sommets.

Au final, la stridence des synthés sur « The Town of Death », plus proche, donne à l’album un sinistre sentiment de finalité. A ce moment, le rythme s’arrête, permettant à Ptwiggs d’entrer en scène sur un gémissement qui se veut pérenne. Peu de temps après, une poignée de sons déchireront la paix, une fois de plus suite à la promesse de Darkening of Light de priver les gens de leur confort et, ce faisant, en s’engageant ainsi dans ce climat lugubre qu’elle a ainsi créé, la chanteuse et productrice australienne manœuvre presque à son détriment.

***1/2


Silvertomb: « Edge of Existence »

12 décembre 2019

En 2010, Peter Steele, icône de Type O Negative, disparaissait, laissant un grand vide dans le cœur de ses fans, et de ses amis. Parmi eux, les membres du groupe eux-mêmes. Et Kenny Hickey et Johnny Kelly, amis sincères ds Steele. Il y a un an à peu près, le duo lance le premier single de ce nouveau projet. Si, comme beaucoup, on s’attendait à y retrouver pas mal de l’univers du combo de Brooklyn. On ne peut qu’être étonné à l’écoute de Edge of Existence. Bien sûr, on ne baigne pas dans la joie, mais on ne patauge pas dans le gothic metal sépulcral pour autant ; plutôt dans un metal prog stoner doom psychédélique. Et à l’écoute, ça ne se révèle pas beaucoup plus évident. Groovy, heavy, délicatement sombre, porté par un riffing puissant et une voix à la limite de la justesse parfois (Kenny ne cherche jamais à singer feu Peter, et c’est tant mieux), et riche en fluctuations de température au sein d’un même morceau.

Edge of Existence est parfois difficile à suivre (« So True », par exemple). Globalement, ce premier album portant sur des sujets aussi légers que le suicide, l’addiction, la dépression et la perte est de ces œuvres qui auront du mal à atteindre leur public, à mi-chemin entre plusieurs styles et à la complexité certaine. Inutile donc d’y chercher un « héritier », ou même un vague air de famille. Avec autre chose non plus, d’ailleurs ; Silvertomb est une créature d’un nouveau genre avec laquelle il faudra se familiariser.

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