Gordian Stimm: « Your Body In On Itself »

Les six chansons de ce premier disque, enregistrées entre 2013 et 2020, couvrent plusieurs genres et abordent toutes sortes de sujets vitaux. Gordian Stimm (Maeve de itoldyouiwouldeatyou) tente de donner un sens à la physicalité et aux émotions tangibles et imaginaires.

Le LP s’ouvre sur le titre de 7 minutes « Bleeding Out in a Septic Tank » », un morceau plein de imprévus, de notes de piano et de samples, où Gordian Stimm évoque la « merde pour le cerveau » (shit for brains) et examine le pouvoir de la psychiatrie. Le son pop fracturé se situe quelque part entre Times New Viking, Thom Yorke et Sophie alors que son chant synthétisé flotte sur un gros son de basse : « J’ai été validé bien au-delà de ma date de péremption » (I’ve been validated well and truly past my sell-by date). Elle se termine par des cris d’émotion : « Je tourne les talons mais je suis toujours là » ( click my heels but I’m still here). « ia Mater (Sorry Mate) » suit rapidement et cette chanson s’oriente davantage vers l’électronique moderne de style Baths avec des paroles poignantes : « Une autre pensée à miner, un autre sentiment coincé à l’intérieur » (Another thought to undermine, another feeling stuck inside) ; « La vérité fait mal bien que je ne comprenne pas le but, mes dents vont mâcher les souvenirs in situ » (Truth hurts though I don’t get the point, my teeth will chew through the memories in situ).

Avec des phrases comme « Garder la fantaisie vivante, comme un puritain qui s’agite, je te vénère car je vis pour tes petits soupirs » (keeping the fantasy alive, like a puritan flailing, I will worship you for I live for your little sighs), « Miscellaneous Body Parts » est une sorte de chanson d’amour. Elle s’ouvre dans un style plus traditionnellement accessible, mais aborde des sujets importants et vitaux en se tournant vers un son qui ravira les fans de Wind in the Wires – l’ère Patrick Wolf : « Déployez vos, nos, mes diverses parties du corps » (Fold out your, our, my miscellaneous body parts). Ces vibrations de conte de fées gothique se poursuivent jusqu’à « The Very Best of Friends » – en particulier dans ses premières lignes qui ne manqueront pas de vous « démanger » : « Poux ! Des poux ! ont trouvé le moyen de s’introduire dans mon crâne. Maintenant que je suis une mère pour eux, je peux me sentir comblée » (Lice! Lice! Have found a way to scurry into my skull. Now that I’m a mother to them I can feel fulfilled ).

Gordian Stimm parle ensuite des ténias, des parasites et du shopping à un supermarché Waitrose et explique comment le fait de vivre dans cet environnement toxique lui a donné l’impression d’avoir enfin trouvé un foyer, bel examen de la façon dont les relations toxiques peuvent affecter les actions, les mentalités et les personnalités – et pas toujours pour le mieux…

« Song for Self Help » est une autre pcomposition très personnelle où Maeve s’ouvre vraiment ; une de ces chansons aignées dans l’électronique qui aborde des sujets tels que la dysmorphie corporelle, l’importance de la santé mentale et l’impact de l’automutilation : « Mon corps est trop bousillé et bizarre. Rien de ce que je fais ne le changera » (My body is too fucked and weird. Nothing that I do will change it’) ; « Je n’arrive pas à comprendre ce que je suis, alors maintenant je laisse des bleus sur mon visage » (I can’t seem to work it out what the fuck I am so now I’m leaving bruises on my face). Le dernier morceau, « Synthetic Retinas », est une autre pièce puissante qui offre un aperçu des pensées les plus intimes de Maeve, alors que sa voix douloureuse exprime comment « je peux ressentir quelque chose que je n’ai peut-être jamais ressenti auparavant » (I can feel something that maybe I haven’t felt before) avant de passer à une fin convenablement paroxistique comme se doit d’être la conclusion des albums habités et néo-gothiques..

***1/2

Sphaèros: « Possession »

Après 30 ans passés à créer dans de multiples médias (sculpture, visualisation rétinienne, voyages, musique, poésie) jil décidé de tout mélanger en un seul monstre protéiforme : Sphaèros Possession.

On y touve sept pièces musicales et sept films, nés de sphères, sans forme préconçue, créés spontanément comme une écriture automatique, pour laisser parler les esprits. Ce travail est constitué d’une superposition de couches successives de sons, de visions, de poésie et de couleurs. Une fois reliés entre eux, ces éléments créent un univers kaléidoscopique vivant unique qui mêle la vision, l’audition et la pensée spirituelle à l’Au-delà et à ses mondes parallèles.

Pour créer cette pièce, il a passé trois ans dans mon monde intérieur, vivant une vie presque monastique afin de trouver l’essence même de la création, et de partager sa vision de la magie et de la réalité aussi ouvertement que possible, sans aucune concession.

Bien qu’il s’agisse d’un projet personnel, quelques amis l’ont aidé tout au long du chemin pour le chant, la danse, les arrangements, la batterie. La liste qu’il en dresse est explicite et édifiante :

« Holly Carlson (danse envoûtante), Adrian Bang (double batterie), Louise Ebel Pandora (Lucifer), symphonie monotone (danse du sang), Machiavel Machina (la bible isaac contre Xvl), Lenny Kray (studio /mix recording), Sylvia Kochinski (récital de poésie de Sphaèros), Stephanie Swan Quills (chant de poésie d’Aleister Crowley), Dante Fontana (Neckrocifer act), Anja, Attila bela babos, Roky Erickson (de l’interview d’Atom Brain »)

Ne restera plus alors que de plonger dans le paranormal, laisser couler toutes ses obsessions et explorer son mysticisme, un univers ténébreux et mystérieux. On embarquera alors dans l’au-delà, dans l’irréel et on sera perdu dans ce périple inquiétant dès les premières notes de l’obscure introduction nommée « Lucifero ». Mélangeant savamment krautrock, rock psychédélique et musique avant-gardiste afin de n’en garder que des codes peu conventionnels, le membre d’Aqua Nebula Oscillator évoque les forces maléfiques durant ce magma puissant des morceaux solennels tels que « Sorcière » et « Vibration » où tous les sonorités allant de cris de jouissance de femme aux mélodies déconstruites. Nous voici en plein délire rituel où les aspects théâtraux de « Void » et « Oeil » convoquent cris d’animaux, sons de synthés monocordes tout comme la voix de notre hôte bien spectral qui se lance dans diverses incantations sataniques. Vous voilà prévenus au menu de ce Possession qui ne fait pas du tout dans le conventionnel.

***1/2

The Devastations: « Coal »

Il est presque inévitable de reconnaître les similitudes entre The Devastations et leur compatriote Nick Cave. Conrad Standish pose, en effet, son murmure noir sur la majeure partie de Coal, chantant des « torchsongs » sans torche, perfectionnant sa marche en état d’ébrieéé sur la corde raide de ce disque. Mais il y a suffisamment de fioritures curieusement ornées dans ce deuxième album de Devastations pour leur donner leur propre espace et personnalité, et pour faire de Coal plus qu’un épigone de même nature.

Sur un rythme fruité et programmé et un orgue scintillant, Standish s’épanouit profondément dès le début de l’opus avec « Sex & Mayhe », puis s’étend littéralement sur les cordes, le jeu entre piano et optique et le roucoulement des voix féminines. Il faudra à peine trente secondes pour réaliser qu’il s’agit d’un album fait pour minuit, rempli d’introspection comme seuls la nuit et les verres vides peuvent offrir. Les couplets de « The Night I Couldn’t Stop Crying » abritent des cordes à peine audibles qui vous mènent à un refrain au piano, fourni par Tom Carlyon, un musicien dont les ajouts d’orgue et de piano donnent à Coal une lueur et un optimisme cachés entre ses plis de velours.

Entre Tindersticks et Black Heart Procession, ces moments d’ouverture sont riches, accueillants, sombres et ce, sans aucune faiblesse. « I Don’t Want To Lose You Tonight » en est la preuve, avec l’aide de Padma Newsome, de Clogs, qui prête son violon à la ballade la plus discrète du combo. Les chambres sont des rings de boxe, les poings ont des griffes et les amoureux sont des combattants. Le seul problème est que ces sons, ces métaphores deviennent un peu trop familiers – il y a un million d’artistes en plus de Cave qui vantent ce genre de rock à la voix grave et aux tabourets de bar, qui couvent avec un charme certain, et trop souvent, The Devastations en fait langoureusement partie.

« Cormina » est un autre exemple de complainte floue et apparemment sans direction, avec une guitare minimale et tordue et très peu d’autre enluminure. Le dernier morceau, eDance With Mee, connaîtra un sort tout aussi ambigu et se termine sur une note de piano apathique. Mais, heureusement, avant d’en arriver là, nous aurons le plaisir d’écouter « Man of Fortune » avec le chant de Bic Runga qui servira de parfait contrepoint au grognement étouffé de Standish et , finalement, « Take You Home », un festin gothique ambulant d’accords de puissance et d’orgues sifflants qui met en valeur The Devastations, un combo dans la fleur de l’âge et qui résume pourquoi Coal – malgré ses défauts – est un morceau poli et légèrement nuancé, digne d’un peu de votre temps.

***1/2

Ptwiggs: « Darkening of Light »

Quand on se veut artiste, il vaut mieux aller loin ou rester chez soi, pousser le processus jusqu’à ses limites, ne pas se contenter de s’engager mais s’immerger dans le produit final, c’est prendre en considération chaque détail. Voir par exemple, les évolutions de Grimes ou de la gagnante de Visions ou Drag Race Sasha Velour et ont poussé deux artistes à mettre l’accent sur ce qui les distinguait ; respectivement, les gémissements de nymphe de Grimes et la tête chauve de Velour s’étant débarassée de sa perruque. La musicienne australienne Phoebe Twiggs, connue sous le nom de Ptwiggs, adopte une approche tout aussi grande. Des titres comme « Never Meant to Exist », «  Psychosis » et « Eternal Chains » ne font pas allusion à une voix torturée, ils l’exposent. La démarche menaçante et entêtante de la musique donne à ce côté sombre une toile sur laquelle ce climat peut étendre son ombre. Sur son dernier disque, Darkening of Light, Ptwiggs trouve un point d’orgue dans la pénombre et s’en écarte rarement.

Le titre Darkening of Light s’applique à ce que Ptwiggs fait à cette musique de transe qu’elle aime tant, la dépouillant des éléments percussifs et remplissant le vide avec du bruit. En un sens, ils atténuent la sensation souvent euphorique du genre. Ce n’est pas qu’elle enlève la totalité du rythme sous chaque chanson, plutôt que de faire glisser celles qu’elle fournit sur la piste de danse standard. « Trust » commence de façon clairsemée, puis est coupé par un cri qui déclenche une chaîne de bruit qui se termine par une conflagration. Quand le bruit se dissipe, il est inutile de pouvoir rétourner au calme.

Cette dichotomie entre des mélodies hautes et allongées et des interruptions dentelées sous-tend le flux du disque. Ce qui ressemble à des chants de Noël se retrouve finalement au sommet de la batterie militante et martiale de « When Shaken by a Strong Wind », ainsi que sur « Worth It  , les forces adverses peuvent se trouver en désaccord (agréable sur le plan sonore), comme si le messager des paroles transmettait ses paroles à travers un maelström.

Pourtant, Darkening of Light cherche et découvre le côté le plus lumineux du sombre. Tout comme les avertissements autosyntonisés de l’Anneau de pureté, « Ebb and Flow » voit Ptwiggs chanter dans une atmosphère beaucoup plus calme, bien que les sentiments ne soient pas moins sombres : le partage de l’âme, le lâcher prise.

Malheureusement, on n’entendra plus guère sa voix ou quoi que ce soit de si distinct sur les deux numéros suivants. Avec cet opus, Ptwiggs s’appuie pleinement sur sa nature macabre et abrasive, mais l’inconvénient est que cela la maintient fermement enracinée dans une structure similaire pour chaque chanson. Au moment où « Never Enough » se déroule, les astuces du disque deviennent familières : les notes douces et étirées, interrompues par des cliquetis intermittents et plus aigus au milieu du morceau. Le résultat est cohérent, mais il n’est pas encore assez fort pour atteindre de nouveaux sommets.

Au final, la stridence des synthés sur « The Town of Death », plus proche, donne à l’album un sinistre sentiment de finalité. A ce moment, le rythme s’arrête, permettant à Ptwiggs d’entrer en scène sur un gémissement qui se veut pérenne. Peu de temps après, une poignée de sons déchireront la paix, une fois de plus suite à la promesse de Darkening of Light de priver les gens de leur confort et, ce faisant, en s’engageant ainsi dans ce climat lugubre qu’elle a ainsi créé, la chanteuse et productrice australienne manœuvre presque à son détriment.

***1/2

Silvertomb: « Edge of Existence »

En 2010, Peter Steele, icône de Type O Negative, disparaissait, laissant un grand vide dans le cœur de ses fans, et de ses amis. Parmi eux, les membres du groupe eux-mêmes. Et Kenny Hickey et Johnny Kelly, amis sincères ds Steele. Il y a un an à peu près, le duo lance le premier single de ce nouveau projet. Si, comme beaucoup, on s’attendait à y retrouver pas mal de l’univers du combo de Brooklyn. On ne peut qu’être étonné à l’écoute de Edge of Existence. Bien sûr, on ne baigne pas dans la joie, mais on ne patauge pas dans le gothic metal sépulcral pour autant ; plutôt dans un metal prog stoner doom psychédélique. Et à l’écoute, ça ne se révèle pas beaucoup plus évident. Groovy, heavy, délicatement sombre, porté par un riffing puissant et une voix à la limite de la justesse parfois (Kenny ne cherche jamais à singer feu Peter, et c’est tant mieux), et riche en fluctuations de température au sein d’un même morceau.

Edge of Existence est parfois difficile à suivre (« So True », par exemple). Globalement, ce premier album portant sur des sujets aussi légers que le suicide, l’addiction, la dépression et la perte est de ces œuvres qui auront du mal à atteindre leur public, à mi-chemin entre plusieurs styles et à la complexité certaine. Inutile donc d’y chercher un « héritier », ou même un vague air de famille. Avec autre chose non plus, d’ailleurs ; Silvertomb est une créature d’un nouveau genre avec laquelle il faudra se familiariser.

***

Shana Falana: « Darkest Light »

Imaginons, un rock genré shoegaze nimbé de lourdes guitares grasses et qui flirteraient avec un chant et des ambiances carrément gothique ? C’est le parti pris de cet album qui s’épanouit dans le mélange des styles et régale avec son de cloches et autres petits détails caché ici et là au seins des compositions.

Le résultat est résolument triste, voir dépressif. La musique de Shana Falana porte en elle la marque de la douleur, hautement porte  par un chant habité et hanté, c’est selon. Une pointe de psychédélisme pour finir en beauté, sur quelques grosses basses et des  percussion tribale, il n’en faut pas plus pour séduire. Sachons, toutefois, que tout n’y est pas si noir et que l’album apporte son lot de lumière avec quelques pistes résolument dans le halo lumineux d’un trip sous acide.

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Fern Mayo: « Week of Charm »

Fern Mayo avait fait ses premiers pas en 2015 avec son premier album intitulé Happy Forever. Et même si elle n’a pas connu le succès tant attendu, l’auteure-compositrice-interprète venue de Brooklyn a de suite bâti son univers musical résolument attachant. Trois ans après son EP qui a suivi, Katie Capri récidive dans la matière avec son successeur intitulé Week of Charm.

L’album s’ouvre sur un « Echo » qui est à l’image de cet opus envoûtant et émouvant mettant en avant le chant désespéré de la native de Brooklyn et ses arrangements indie rock hypnotiques. Fern Mayo mise sur le pathos sans jamais en faire trop mais suffisant pour que l’on puisse se perdre. Elle ainsi que son acolyte musical Michael Thomas nous offrent de moments poignants comme « The Sweets » légèrement estival avant que les distorsions de guitare ne prennent le dessus mais également les allures gothiques de « Goddess Under Exclusions » et de « Pivot » nous laissant jamais indifférent.

Katie Capri nous bouleverse avec son chant alarmiste et ses compositions gentiment gothiques et chaotiques telles que « Hard Candy » et « Saying Goodbye » riches en nuances avant que la conclusion plus acoustique et touchante nommée « The Wheel » viendra mettre un terme à ce voyage riche en contraste. Week of Charm est un disque ambitieux et enivrant de la part d’une Fern Mayo qui mise tout sur les émotions et a réussi sa mission.

***1/2

Stephen Mallinder: « Um Dada »

Stephen Mallinder était l’un des fondateurs du célèbre groupe de Sheffield, Cabaret Voltaire. Il était au sein du combo qu’il formait pendant un temps avec Richard.H Kirk et Chris Watson le chanteur et bassiste. Fascinés par les dadaïstes des années 1910, le groupe avait emprinté son nom au célèbre café-bar de Zürich qui accueillait la plupart de ces gens aussi talentueux qu’azimuthés. Si les Cabaret Voltaire n’existent plus depuis 1994, Richard Kirk continue de travailler sous cet alias en solo, surtout afin de faire de rares apparitions scéniques. De son côté,Mallinder, aussi nommé « Mal » par la plupart des fans du groupe, a quitté le Royaume-Uni après la dissolution du groupe et s’est installé en Australie.
Là bas, il est devenu docteur et professeur en musicologie. Sa carrière musicale s’est un temps stoppée (il a néanmoins participé à quelques petits projets pendant les années 2000, comme Amateur Night In The Big Top, l’album solo de Shaun Ryder (des Happy Mondays). Il aura fallu attendre 2013 et la formation de Wrangler avec Benge (clavier de John Foxx & The Maths) ainsi que Phil Tunge pour que Mal reprenne sérieusement du service dans la musique. Ce nouveau projet, croisement entre la musique industrielle pure et l’électrofunk des années 80, se concrétise avec la sortie de deux albums, l’excellent L.A Spark en 2014 et le nettement moins bon White Glue en 2016. Un peu plus tard, Wrangler s’associe avec le chanteur John Grant et le projet change de nom, se nommant alors Creep Show. Leur album (unique pour le moment), sorti l’an passé, Mr. Dynamite, poursuivait les expérimentations de Wrangler avec le chant de Grant. Mallinder, n’ayant sorti qu’un seul disque solo il y a déjà bien longtemps (Pow Wow en 1982), se lance dans le même temps dans la confection d’un nouvel opus.
Ce dernier est selon lui une réaction à la vague de nostalgie des musiciens envers le matériel analogique, qu’il pense beaucoup trop intellectualisé. Son nouvel album, presque à la manière des dadaïstes, sera quasiment fait en « composition automatique », laissant les machines s’exprimer d’elles mêmes pour nous faire danser. Nommé Um Dada et produit par Benge, le disque n’est finalement pas tellement différent des productions de Wrangler. Mallinder construit sa musique de la même manière : à partir d’un attirail assez impressionnant de machines analogiques (au hasard, un Roland System 100, un Moog Modulaire, une Linn LM1), il fait s’entremêler basses rondes et hypnotiques sur des rythmiques foutraques. Le tout est augmenté de samples de sa propre voix et d’autres effets si caractéristiques de son créateur, qu’on trouvait déjà dans la musique de Cabaret Voltaire.

L’album lui-même est composé de neufs titres, tous assez similaires dans la production. Cette homogénéité est appréciable, d’autant plus que les morceaux s’enchaînent dans une fluidité parfaite. De l’ouverture sur le funky « Working (You Are) » jusqu’au final avec l’entraînant « Hollow », l’auditeur à tout le temps de dodeliner de la tête en rythme sur les morceaux, tous assez dansants. Mention spéciale à « Satellite » qui évoque furieusement Human League ; des compatriotes originaires eux-aussi de Sheffield; ou bien « Colour » », qui rappelle là non-seulement par le nom mais également par la musique le meilleur des toutes dernières productions de Cabaret Voltaire. Dans le même temps, des titres comme « Robber », ou « Um Dada », renouent avec la veine plus dark de l’ariste. L’album, finalement assez intemporel par sa production, fait à la fois intervenir le meilleur des années 80 et 90 afin d’en apporter une synthèse parfaite, aux accents parfois un peu DIY mais maîtrisée de bout en bout et main de maître par un fin connaisseur du genre.
Permettant aux fans les plus nostalgiques de retrouver la veine la plus dansante de l’univers de Stephen Mallinder, Um Dada reste également l’un des meilleurs disques de musique électronique de l’année 2019. N’apportant cependant rien de bien nouveau à un genre déjà bien fourni, le disque reste tout de même un véritable plaisir à écouter.

***1/2

Ardours: « Last Place On Earth »

L’écoute de « Catabolic », de Ardours avair suscité le désir d’en savoir plus sur ce combo qui évoquait The Gathering aor son énergie « gothique » et sa joliesse affirmée. Sachant que la chanteuse Marianella Demurtas n’est autre que la vocaliste de Tristania et qu’elle s’associe pour le coup-ci à un complice de longue date, Kris Laurent, pour accoucher de ce premier album souhaité comme le chaînon manquant entre gothique, rock et metal. Ce qui est assez bien vu. On trouve ici l’accroche sucrée pop, le côté un poil pompeux du gothic metal à chanteuse, et une énergie rock très contenue. Bref, Last Place on Earth est le genre de disque qui pourrait fédérer large.

Alors, peut-on en être déçu ? Pas vraiment ; il faut dire que dès le premier titre écouté, on est informé, et on se doute de la suite des événements ; une autoroute aux paysages qui se ressemblent, où l’on peut adopter une conduite tranquille en se laissant bercer par un style très étudié et très efficace. On accepte  d’entrer dans le jeu ou on en sort.

***

David J with Asia Argento & Anton Newcombe: « Migena & the Frozen Roses »

L’ancien protagoniste du Bauhaus et de Love And Rockets, David J. Haskins, revient cette année pour compléter le troisième volet d’une trinité palpitante avant le très attendu Missive To An Angel From The Halls Of Infamy, un double album épique de nouveaux titres à paraître mais déjà disponible en précommande via Bandcamp.

Une série d’activités a débuté cette année avec la sortie de la version autonome de RSD, le poignant et malheureusement pertinent « Thoughts And Prayers ». Un morceau qui s’incruste dans votre cerveau avec une facilité déconcertante, un message sincère et un appel cinglant à lâcher des armes. Les motifs de guitare hypnotiques suintent lorsque les mots sortent de la langue d’un David J au phrasé venimeux.

dans une déclaration de venin. Vient ensuite la collaboration inattendue avec la militante #MeToo Rose McGowan sur « The Auteur (Redux / The Starlet’s Cut) », le chant de McGowan entrelacé aux côtés de celui de David J., et construit sur un fond de sons ambiants avec un bruit assourdissant semblable à celui des musiques gothiques originales de Haskins.

Aujourd’hui, on bénéficie d’une nouvelle collaboration avec Asia Argento (fille de Dario Argento) et Anton Newcombe (Le massacre de Brian Jonestown) pour le dernier thriller « Migena & the Frozen Roses ». Une lecture dramatique, sur une urgence ambiante, construite par Newcombe, qui rappelle un peu le maestro d’avant-garde John Cale. C’est l’appel et la réponse entre Argento et Haskins qui travaillent avec une suprématie qui confine au sublime mais aussi au sensuel. Voilà un opus effrayant et impressionnant, inspirant à d’une excellence artistique qui s’écoule avec une confiance sans effort. Migena & the Frozen Roses est recèle une fièvre l’excitation devient si palpable su’elle devrait se profiler vers un horizon s’étendant à perte de vue.

***1/2