Irreversible Entanglements: « Open The Gates »

24 novembre 2021

Irreversible Entanglements a été qualifié de groupe de free jazz, mais il serait malvenu de cataloguer ces cinq explorateurs musicaux. Nés d’une nécessité sociopolitique, Moor Mother (voix, synthé), Keir Neuringer (sax), Aquiles Navarro (trompette), Luke Stewart (basses) et Tcheser Holmes (batterie, percussions) sont en train de devenir collectivement une force emblématique des années 2020. Leur utilisation du jazz comme base – libre mais aussi orientée vers le groove – sert de point de départ à des excursions vers d’autres formes musicales ainsi que vers des préoccupations de justice sociale, d’afro-futurisme et de notre relation avec le grand univers. Les comparaisons avec Sun Ra et l’Art Ensemble of Chicago, tant sur le plan musical que spirituel, ne seraient pas erronées.

Les textes de Moor Mother sont des poèmes parlés. Il n’est pas clair dans quelle mesure elles sont préconçues ou en flux de conscience. Quoi qu’il en soit, l’auditeur n’a pas besoin de suivre au départ le fil sémantique de ses passages – le sens devient clair à travers le choix de ses mots. On ressent ce qu’elle dit avant même d’avoir la possibilité d’appliquer la cognition. Et ses histoires et observations sont des représentations tranchantes d’événements actuels et d’histoires réfléchies.

Sur le plan musical, Irreversible Entanglements couvre un large éventail de structures, allant d’explosions de formes libres à des rythmes denses. En plus des influences mentionnées ci-dessus, il y a une touche de soul, de funk et de fusion. Mais Open The Gates – un double album – donne au groupe l’occasion d’explorer son côté spacieux et psychédélique, avec des morceaux plus longs comprenant des mouvements atmosphériques. On y trouve également une forme d’exaltation, qu’il s’agisse des cornes de Neuringer et Navarro, qui s’élèvent et discordent simultanément, ou du refus de Stewart et Holmes de rester assis ou de jouer de manière conventionnelle.

Qu’ils aient demandé ce rôle ou non, Irreversible Entanglements est devenu un porteur de culture, lançant des avertissements sur les inégalités passées, présentes et futures. Leur musique peint une image de l’Amérique sombre – où l’espoir s’estompe mais n’est pas perdu… pour autant.

***1/2


Silvia Tarozzi: « Mi specchio e rifletto »

24 août 2020

Silvia Tarozzi, inspirée par la poétesse Alda Merini et ses études avec le compositeur Garret List, a travaillé avec l’histoire personnelle intime pour écrire des chansons d’amour, de maternité et du mystère caché derrière le rideau de la vie quotidienne.  Pendant près d’une décennie, Tarozzi s’est exercée à mettre en musique la poésie d’Alda Merini, puis à la remplacer par la sienne pour refléter ses propres expériences de vie. Le résultat est que Mi specchio e rifletto est à la fois poétique et profondément autobiographique.  

Collaborateur de longue date d’Eliane Radigue et improvisateur libre talentueux, Tarozzi inspire une conscience aussi sensible tout en faisant écho aux ancêtres de la musique progressive.  Les chefs-d’œuvre du passé résonnent partout : les douces explorations de chambre du Penguin Cafe Orchestra, la science-fiction de Franco Battiato, le free jazz abstrait de Maria Monti, la douceur de Caterina Caselli.

En tant qu’interprète solo, Tarozzi a collaboré avec les compositeurs Eliane Radigue, Pauline Oliveros, Pascale Criton, Cassandra Miller et Martin Arnold. Son approche musicale a été particulièrement influencée par le travail et l’amitié avec Oliveros. En duo avec Deborah Walker, et en tant que membre de l’Ensemble Dedalus, elle a travaillé avec Christian Wolff, Jürg Frey, Michael Pisaro, Catherine Lamb, Sébastien Roux, et bien d’autres. Elle a précédemment publié le film de Philip Corner Extreemizms : early & late en 2018.

***1/2