Selah Broderick: « Anam »

17 janvier 2021

Pour les Broderick, la musique est vraiment une histoire de famille. Si les profils artistiques composites de Peter et Heather sont désormais des réalités bien établies de la scène indépendante, l’étendue de leurs horizons créatifs a même réussi à impliquer les inclinations musicales des parents ; après que Peter ait partagé avec son père Steve le développement de vieilles lignes harmoniques jouées à leurs enfants dans leur enfance (Broderick & Broderick, 2013), c’est maintenant au tour de la mère Selah de « débuter » officiellement avec un album entièrement sous son propre nom, qui rassemble des chansons interprétées et écrites dans un laps de temps étendu sur quarante ans.

Avec le soutien instrumental minimal de ses deux fils, ces chansons sont devenues Anam, une œuvre qui non seulement révèle une voix folklorique intemporelle, mais poursuit également l’idée de calme et de transcendance typique de l’activité de Selah en tant que professeur de yoga et érudit des disciplines orientales, menée au fil des ans.

L’empreinte folklorique originale, qui apparaît immédiatement dans le morceau d’ouverture, le traditionnel « Every Bush And Tree » fidèlement présenté dans sa version enregistrée par elle en 1979, et dans la ballade psycho-folk enchantée  « Witnessing », n’est cependant pas le seul élément qui caractérise un album dont les deux faces se terminent en effet par de longs instrumentaux, parsemés d’enregistrements sur le terrain et de couches synthétiques extatiques, spontanément orientés vers la transcendance. L’apport de Peter et Heather, sans doute décisif pour que l’œuvre prenne forme, d’un point de vue strictement sonore, se limite en fait à des dialogues vocaux occasionnels, à des parties rythmiques délicates et surtout à des arrangements de cordes, qui recouvrent les chansons acoustiques de Selah et ses douces interprétations d’une patine de romantisme poussiéreux (« Green Eyes », « Rainy Day » ».

Au-delà des considérations sur la « familiarité » artistique de la famille Broderick et la curiosité de la participation active de ses enfants aux débuts tardifs de leur mère, Anam descend en tous points de la sensibilité de Selah Broderick à l’écriture musicale et aux paysages sonores fortement évocateurs.

***1/2


Grievous Angels: « The Summer Before The Storm »

16 janvier 2021

The Grievous Angels ont fait leurs débuts en 1986 mais The Summer Before The Storm, leur huitième album, est leur plus grand succès à ce jour. Le groupe a été aidé par un invité spécial, Andy Maize de Skydigger, dont le travail avec le combo semble ici être la marque d’une adéquation naturelle.

L’album démarre avec style avec le rocking, presque rockabilly, « The Morning After ». Il passe rapidement à un style plus traditionnel avec le deuxième morceau, le magnifique « All Night Depanneur », qui est une chanson de perte douloureuse, écrite comme un roman avec des vers très descriptifs. Le frontman Charlie Angus et Maize échangent leurs voix et s’harmonisent tout au long du morceau, ce qui ajoute beaucoup de profondeur et de texture. Ailleurs, Mercier fait un duo avec Angus sur le morceau folklorique « Mile Out Of Kirkland ».  Là encore, la combinaison des voix est étonnante et apporte beaucoup d’émotion à la chanson. Elle comporte également un superbe refrain, « à un mile de Kirkland/le monde était en train de brûler » (a mile out of Kirkland/the world was burning down). Il faut une grande habileté pour lier la politique à une chanson d’amour populaire au goût d’accordéon.

Musicalement, le disque est très varié. Cajun, rock, folk, mais surtout, l’album est rock et plein d’énergie. Ce que l’on entend, c’est un groupe de musiciens qui s’amusent tout en écrivant sur des sujets très sérieux. Angus est toujours membre de Parliament, il est donc compréhensible que l’album se situe à l’extrémité politique du spectre lyrique. Les chansons abordent des thèmes tels que la théorie de la conspiration, la crise climatique, les trobles et le stress post-traumatiques aini la violence. Il a été enregistré à la veille de la pandémie, et de ce fait, il résonne encore plus lourdement.

The Grievous Angels avaient fait trop peu d’albumsnotables à ce jour. Ce nouvel opus corrige à merveille le tableautant il est accommodé de musique brillante et de paroles fortes. À cet égard l’ajout d’Andy Maize et de Janet Mercier et bienvenu tant il parvient à faire de The Summer Before The Storm un album folk galvanisant pour une époque telle que celle que nous vivons.

***1/2


Sam Moss: »Shapes »

10 janvier 2021

Sam Moss peit être un guitariste d’enfer quand il est d’humeur, il « parle » couramment le folk, le jazz, le blues et le country, et il est capable de jouer de la six cordes sans le moindre problème. Il joue localement dans un groupe de reprises country et western appelé Rear Defroster, dont la rauque « feell good » atmosphère éclate périodiquement dans une démonstration de virtuosité technique. Mais Moss a aussi le don de la retenue. Son dernier album, Shapes, est réduit à de la fumée et des ombres, les parties instrumentales sont réticentes, les mélodies fortes mais tremblantes, livrées dans un ténor filiforme et murmurant, le backing band réduit au minimum, la batterie à la basse, les cordes occasionnelles et pas grand chose. Tout comme Richard Buckner, Damien Jurado et d’autres artistes à la voix douce, Moss a la capacité de faire beaucoup de choses avec peu de moyens et d’obtenir un coup de poing dévastateur avec très peu de force.

Le morceau d’ouverture, « Shapes Out of the Dark », est du Moss stricto-sensuen matière de guitare, avec lumière et l’air se frayant passages dans les espaces entre les notes. Ici, Moss met un rebond jazzy, façon Django Reinhardt dans son frappé de guitare, mais en gardant le volume bas. Le ton est triste, la mélodie se courbe en douceur, comme il le fait remarquer : « Vous n’étiez pas préparés à la façon dont le monde s’est effondré sur vous/ avec un coup lourd et sourd, cette lueur de jeunesse est assommée » (You were unprepared for the way the world came down on you/with a dull heavy blow, that youthful glow is knocked out of you).

Ailleurs, un petit ensemble remplit ces chansons adroites et épurées. Moss lui-même joue de la guitare et parfois du violon, Benjamin Burns de Honeysuckle est à la batterie, Michael Siegel joue de la basse et Stephen Ambra, très occasionnellement, comme sur le subtil « Ways », ajoute un peu de violoncelle. Parmi les morceaux denses et complets, « Talkers » est peut-être le plus fort, avec son rythme endiablé à trois bases, son son de guitare et de violoncelle au timbre profond, son battement, sa voix chargée d’émotion. Un break instrumental particulièrement fin coupe la mélodie en deux, permettant une interaction riche et vibrante entre la guitare électrique, la basse et le violoncelle.

Les paroles de Moss sont plutôt bonnes aussi, pleines de la contemplation tranquille du vieillissement et de la mort, mais pas du tout effrayées par elles. Le morceau « Morning Light », choisi en treillis et surtout optimiste, évoque l’agréable surprise de se réveiller avec un être cher. Il équilibre finement le contentement et l’angoisse existentielle dans la phrase : « Nos jours ne seront pas assez longs pour dire que j’avais assez connu ton toucher pour être satisfait, je me demande ce qui va suivre ? » (Our days will not be long enough to say I had known your touch enough as to be satisfied, I wonder what is next ?)

Shapes est un album drôle, dans la mesure où il se rétrécit un peu à l’écoute. Il insiste pour se glisser dans le fond. Il détourne l’attention de lui-même. Pourtant, si vous l’écoutez un moment, vous vous rendez compte qu’il est calme mais résonnant, comme un diapason que vous entendez à peine, mais qui vibre avec tous les sons qui vous entourent. Penchez-vous un peu. Cela en vaut la peine.

***1/2


Rupert Wates: »Lamentations »

1 décembre 2020

Avec ce Lamentations, nous sommes gratifiés par d’adorables chansons folkloriques sur le dixième album de l’auteur-compositeur-interprète Rupert Wates. Né à Londres, il vit aux États-Unis depuis 2007 mais ne peut et ne veut pas renier ses racines britanniques.

Le choix de la guitare et le style vocal sont souvent dus à d’illustres prédécesseurs britanniques comme Bert Jansch ou John Martyn, pour n’en citer que quelques-uns. Rupert Wates a cependant rompu avec la « tradition ». Et a grandi avec Bob Dylan, Paul Simon et Joni Mitchell. Sur ses précédents albums et concerts, il a osé proposer des chansons jazzy ou de cabaret. Il s’inspire de la vie elle-même : douloureuse mais nécessaire au bonheur.

Lamentations, il explore le carrousel de la naissance et de la mort, vu à travers les yeux d’un enfant. N’abandonnez pas, il y a aussi beaucoup d’amour et d’espoir cachés en elle. Et surtout beaucoup d’intimité dans des interprétations chaleureuses. Rupert Wates est un conteur d’histoires. Et ces histoires et sa guitare ont suffi à enregistrer l’album en une soirée. Pas d’overdubs, pas d’arrangements, juste lui et sa guitare acoustique. La classe à l’état pur !

***1/2


Snowgoose: « The Making of You »

29 novembre 2020

Le deuxième album de Snowgoose commence par une voix féminine, belle et solitaire, celle de la co-fondatrice du groupe, Anna Sheard, qui teste une mélodie montante. « Cœurs en feu, nouveaux désirs de découverte, en route, voyageant des heures durant dans la nuit » (Hearts on fire, new desires to discover, on their way, traveling hours through the night), trille-t-elle en ajoutant son vibrato ténu des sonorités pures comme si elles émergeaient de l’eau. Elle ressemble un peu à Jacqui McShee de Pentangle, un peu moins à Sandy Denny de Fairport Convention, et, en tout cas, elle fonde ses attentes sur une sorte de revivalisme folk des années 60, agrémenté d’un peu de jazz et de blues. C’est normal, et, au fur et à mesure que l’album avance, dans un bourdonnement de guitares, le bruit sourd de la basse, la pulsation des filtres du mélodica, ce sera néanmoins la voix de Sheard qui vous arrêtera. Lorsqu’elle atteint le refrain de cette première chanson, « Everything », elle abandonne les mots en cascade, dans un son magnifique et liquide. The Making of You vous rappellera peut-être les albums classiques, mais il vaut vraiment la peine d’être écouté en tant que tel.

Snowgoose, attire des musiciens britanniques connus de tous, sauf du folk. Jim McCulloch, le principal partenaire artistique de Sheard au sein du groupe, s’est fait connaître en jouant dans les Soup Dragons. Dave McGowan, qui joue de la basse, a fait du temps avec Belle and Sebastian, BMX Bandits, Mogwai et Isobel Campbell. Ray McGinley, du Teenage Fanclub, joue de la guitare et Stuart Kidd, du groupe Euros Child, est le batteur. Des collaborateurs occasionnels sont issus de formations tout aussi célèbres et non folkloriques comme Belle and Sebastian, Camera Obscura et les Pearlfishers.

La chanson titre est la pièce maîtresse du disque avec sontintement de cymbal et son, un enchevêtrement modal de guitares acoustiques. La chanson est écrite avec une légère réticence, mais elle s’épanouit avec certitude lorsque Sheard chante « Es-tu assez mûr pour le voyage ? As-tu faim de son prix ? C’est l’essence même de tqui tu es » (Are you open for the ride? Are you tall enough for the ride? Are you hungry for the prize? It’s the making of you). Les arrangements instrumentaux s’épanouissent avec le martèlement des tambours et des arcs de guitare slide, et Sheard double sa voix. La chanson, tout comme ses paroles, passe de l’hésitation à une sorte de bravade pour saisir le jour dans un joli crescendo.

Ailleurs, Snowgoose prend des couleurs sombres et jazzy, dans la lignée de Pentangle, comme dans la cool et sophistiquée « Goldenwave » ou la pétillante valse qu’est « Deserted Forest ». Il y a un arrangement de cordes dans cette dernière coupe, qui va souligner le phrasé urbain et aéré de Sheard ; elle se situe quelque part entre le folk pur et le chant du piano-bar. Tout cela est plutôt bien, plutôt indépendant et sans prétention. Cela semble à la fois tout à fait naturel et soigneusement planifié. Il n’y a pas de détails à régler ni d’excès malheureux.

Vous avez peut-être tout le Pentangle dont vous avez besoin et toute la convention Fairport que vous pourriez vouloir écouter. The Making of You ne remplacera aucun de ces favoris, mais il peut certainement se tailler une place sur l’étagère à côté d’eux. Faites-lui de la place ; ce truc est sacrément bon.

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Rome: « The Lone Furrow »

6 novembre 2020

Au début de l’année, on pouvait avoir l’impression que tous ceux qui pouvaient se le permettre remettaient à plus tard les sorties. Depuis le début de l’été, en temps normal, c’est-à-dire pendant la saison sèche, les, supposés, grands albums ont commencé à sortir les uns après les autres, et le disque que nous avons sous les yeux peut certainement être considéré comme l’un des meilleurs à ce jour.

Comme c’est toujours le cas avec les bons albums, il y a beaucoup plus à dire à leur sujet que ce que permet la portée d’une critique. The Lone Furrow fait, à cet égard, référence à une multitude d’idées dans une myriade de langues, à travers des musiques très diverses et avec l’aide de nombreux chanteurs connus. Mais ne pensez pas que le LP est quelque chose d’alambiqué et peu attrayant ! Le fait que l’album parvienne à être une écoute extrêmement agréable et accessible malgré sa complexité fait partie de ce qui en fait un grand album.

Bien que vous n’ayez peut-être pas entendu parler de Jerome Reuter, l’auteur-compositeur-interprète luxembourgeois à l’origine de Rome, la liste des chanteurs invités sur son nouvel album devrait vous donner une idée de son ancienneté, de ses affinités musicales et peut-être aussi de l’estime dont il jouit auprès de ses collègues musiciens. Alan Averill de Primordial a prêté sa voix, tout comme Nergal de Behemoth et J.J. de Harakiri for the Sky – et ce n’est pas liste exhausr-tive.

Ce n’est certainement pas le cas de Jerome Reuter ; sa voix profonde et sombre a suffisamment de caractère. Mais chacun des invités ajoute quelque chose de personnel à l’album, par son parcours et sa langue maternelle ; le produit final étant un morceau de musique qui, du point de vue linguistique, englobe toute l’Europe, de la Pologne aux îles britanniques, en passant par l’Autriche, la France et le Luxembourg, ainsi que l’Amérique.

Les chanteurs invités pourraient laisser entendre qu’il s’agit d’un album de black metal, mais ce n’est pas le cas. Sur le plan philosophique, The Lone Furrow est proche du black metal en ce sens qu’il affiche une aversion pour les diverses ramifications de la civilisation occidentale et cherche à établir un lien avec notre passé païen, amoureux de la nature et respectueux de la nature.

Il n’est ni facile ni vraiment nécessaire d’étiqueter le LP en termes de genre, puisque presque chacun des treize titres de l’album a son propre caractère. Cependant, pour nous orienter, posons quelques pierres angulaires : vous entendrez des morceaux de « spoken word », avec un fond de sons sphériques, puis il y a du plain folk avec guitare acoustique, percussions et voix, mais aussi de l’Americana et de la chanson française, ainsi que de la musique industrielle. Le tout est agrémenté d’extraits de films, de pièces de théâtre et de discours. Les paroles sont poétiques, la voix pleine de Weltschmerz, toutafois, l’atmosphère générale n’est pas celle de la mélancolie – c’est plutôt celle d’une résistance obstinée.

L’album s’ouvre avec « Masters of the Earth », un morceau en spoken word dans lequel les mots sont accompagnés de sons de la nature et de bourdonnements chargés électroniquement. « La civilisation moderne », dit-on, « n’est pas supérieure, n’est pas éclairée », et « l’homme moderne (…) n’a ni grâce, ni but » (Modern civilization is not superior, is not enlightened, and (modern man (…) has neither grace, nor purpose). Des déclarations difficiles, peut-être, mais néanmoins vraies. Ce discours, dont l’auteur est Aki Cederberg, est suivi d’une chanson folklorique assez traditionnelle, « Tyriat Sig Tyrias », avec des guitares acoustiques, des percussions, des flûtes et des cloches.

« Ächtung, Baby ! », peut-être mieux caractérisé comme néofolk, shonore de la présence de Alan Averill de Primordial comme chanteur invité et prête allégeance aux anciens dieux et aux hiérarchies naturelles, d’une manière calme, harmonieuse et assurée. Le titre du morceau est une référence à l’album Achtung Baby de U2, mais il n’y a pas lieu de penser que le essage est positif. « Umlaut » fait toute la différence alors que « Achtung ! »,dans la forme impérative, signifie simplement « Attention ! » ou « Ecoute ! » ; « Ächtung ! » est un ostracisme, une exclusion de la société.

Les choses deviennent audiblement un peu plus sauvages et dangereuses avec le cinquième morceau, « Angry Cup », mettant en scène Adam Nergal Darski de Behemoth. Les percussions ont gagné en agressivité par rapport aux morceaux précédents, tout comme le chant. Certains chants en polonais ont des sonorités particulièrement menaçantes.

« The Twain » sert vira de calme avant la tempête, et le tout culmine avec la piste centrale de l’album, la piste numéro sept sur treize, « Kali Yuga Über Alles ». La musique est post-industrielle, comme l’époque dans laquelle nous vivons. Notre civilisation, nous dit-on, a dépassé son apogée. Les percussions ressemblent à des bombes qui frappent le sol et qui font vibrer chaque point des paroles. Fantastique !

Après « Kali Yuga Über Alles », l’album se ralentit quelque peu et semble un tantinet décevant, ce qui ne veut pas dire que les chansons qui suivent ne valent pas la peine d’être entendues ou sont de moindre qualité – il est juste difficile de se concentrer sur autre chose juste après le largage de certaines bombes.

Pour mettre l’eau à la bouche, disons que le reste des saveurs de l’album, se devra d’êtrs découvert par soi-même.

Il ne me restera donc plus qu’une chose à dire. Non, vous les gens bizarres qui répandent des théories de conspiration sur Internet, « über alles » n’est pas nécessairement une référence à l’Allemagne nazie ou à son hymne. Il est beaucoup plus probable que le titre de la chanson « Kali Yuga Über Alles » fasse référence à la chanson « California Über Alles » des Dead Kennedy. Et l’utilisation de cette phrase a été voulue ironiquement en premier lieu.

***1/2


Will Butler: « Generations »

26 septembre 2020

Cela fait cinq ans que le multi-instrumentiste d’Arcade Fire Will Butler a sorti un album studio solo et quatre depuis l’album live Friday Night. Avec l’arrêt de l’enregistrement d’un nouvel album d’Arcade Fire à cause de COVID-19, Butler n’a pas laissé son temps en prison arrêter le processus de création de Generations dans son studio de Brooklyn. 

L’album explore l’exploration de Butler dans l’histoire et sa vocation d’artiste. Dans une déclaration, il dit que Generations soulève des questions comme « Quelle est ma place dans l’histoire américaine ? Quelle est ma place dans le présent de l’Amérique ? En fin de compte, il s’agit de réfléchir sur notre place dans le monde. « 

L’album commence avec « Outta Here », un morceau à l’énergie hypnotique, suivi de « Bethlehem », qui dégage la même énergie mais d’une manière inspirée du punk. Le disque tout entier est empreint de nostalgie, notamment sur des titres comme « Close My Eyes » et « Surrender », qui rappellent le chef-d’œuvre d’Arcade Fire, The Suburbs, sorti en 2010.

C’est un album de nature folk, avec un punch intense mais avec une touche intemporelle. Ainsi, « Not Gonna Die » sera une autre ballade remarquable qui met en scène un saxophone de qualité et des guitares superposées. Butler chante les façons dont il ne mourra pas et d’autres façons dont il pourrait mourir – un sujet sinistre, indubitablement, mais c’est avant tout une chanson qui se démarque de par sathématique. 

Generations présentera une ampleur d’émotions, à la fois brutes et sincères. Vous ne pouvez pas vous empêcher de vous poser la même question que celle que génère le disque : Que dois-je faire ? Qu’est-ce que je peux faire ?

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Joshua Burnside: « Into the Depths of Hell »

13 septembre 2020

Le dernier album de Joshua Burnside, Into the Depths of Hell, fait partie de ces albums pour lesquels, lorsque la tournée sera annoncée, votre ami vous demandera quelle chanson vous êtes le plus pressé de voir en concert et à qui vous pourrez répondre : « Toutes. »

L’album est, en effet, incroyable et, si vous avez suivi Joshua Burnside sur les médias sociaux, vous aurez vu le clip musical de « War On Everything », qui vous donne un petit aperçu de ce qui va suivre. L’ambiance générale du disque rappelle légèrement Willy Mason ou Alexi Murdoch; il touche à l’Americana, au folk irlandais et met en avant le point fort de Burnside, le récit.

« Under The Concrete » a une mélodie merveilleusement amusante et édifiante qui nous transporte tout au long delson déroulé. La chanson elle-même semble simple et paisible, mais elle nous montre à quel point un crochet dans la mélodie peut être puissant. Les trois chansons suivantes sont « And You Evade Him/Born In The Blood », « Whiskey Whiskey » et « Driving Alone In the City At Night ». Placées l’une après l’autre dans un ordre parfait, chacune a son propre son distinct de guiares en glissando et se déroule sous la douce voix folk de Burnsides.

Certains d’entre vous savent peut-être comment Burnside lutte contre la peur de l’avion et dans « Whiskey Whiskey », sa voix nous chante : « Mon estomac se retourne et je regarde le personnel de cabine pour voir s’il y a des signes d’inquiétude, mais il ne donne pas grand-chose ». C’est un petit texte qui fait partie intégrante de la composition, mais c’est une phrase que beaucoup de gens peuvent comprendre.

« Driving Alone In The City At Night » dure plus de six minutes, mais chaque seconde est comptée. Cette chanson est tellement chaotique, avec ses guitares rapides, sa batterie, son auto-accord extrême et des paroles parcimonieuses. Burnside est presque brisé par le chagrin alors qu’il nous chante avec ce qui ressemble à la pluie qui tombe sur un toit de tôle. Il crée une image si claire que vous pouvez vraiment voir l’histoire de cette chanson se dérouler dans votre tête.

« War On Everything » se démarque complètement des autres titres de l’album et est probablement l’une des plus fortes du disque. La structure et le chant sont très intelligents et votre oreille veut constamment en entendre plus. Les instruments à cordes lui donnent une énorme et intense profondeur au point qu’on sera tentéde la réécouter et la chanter aussi fort que possible. En tant que final d’un concert, ce serait le titre idéal.

Le dernier morceau, « Nothing For Ye », nous ramène à ce pour quoi Burnside est le plus connu : le chant et les histoires. Il nous rappelle cette période de l’enfance où l’on écoutait de vielles et traditionnelles contines folkloriques avec une histoire magnifiquement racontée et des paroles telles que : « Eh bien, je n’ai rien pour toi aujourd’hui ma chère, pas d’huile dans le réservoir, L’eau que je crains sera aussi froide que la pluie, qui tombe en Décembre, Non, je n’ai rien pour vous aujourd’hui ma chère. Je n’ai rien pour toi, ma chérie, si j’avais assez d’argent, je t’achèterais une bague, car j’avais peur qu’un jour tu t’enfuies avec un docteur parce que je n’ai rien pour toi, ma chérie ».

Well I have nothing for you today my dear, no oil in the tank, The water I fear will be as cold as the rain, that falls in December, No I have nothing for you today my dear. Eh bien, je n’ai rien pour toi, ma chère, Si j’avais assez d’argent, je t’achèterais une bague, car j’ai peur qu’un jour tu t’enfuies avec un médecin car je n’ai rien pour toi ma chère. » (Well I have nothing for you today my dear, no oil in the tank, The water I fear will be as cold as the rain, that falls in December, No I have nothing for you today my dear. Well, I have nothing for you, my sweet darling, If I had enough money I’d buy you a ring, for I worried someday you’ll run off with a doctor cos I have nothing for you my sweet darling).

À l’écoute de ce titre,on ne pourra que ressentir un sentiment ou un souvenir agréable d’il y a de nombreuses années. Into the Depths of Hell est un album étonnant. Il a un tel poids, une telle intensité et un tel chagrin qu’il touche un nerf qui est à la fois joyeux et réconfortant. Après l’avoir écouté, vous n’aurez qu’une envie, celle de le réentendre. Ce sera un opus qui gardera sa place sur les étagères pendant de nombreuses années.

****1/2


The Cradle: « Laughing In My Sleep »

2 septembre 2020

The Cradle, le projet solo de l’auteur-compositeur-interprète et multi-instrumentiste Paco Cathcart, sort ici un album de 21 titres, Laughing In My Sleep et dont le « single » principal, « One Too Many Times », avec Lily Konigsberg (de Palberta) en backing vocals, est une belle complainte sur les erreurs de communication, que l’on peut entendre ici.

Avec des mélodies intrigantes et tordues, Catchcart vous entraîne tout au long de l’album avec sa propre interprétation de l’Americana et du Folk qui vous fait écouter du début à la fin. « Society Of Men », par exemple, nous offre des mélodies rythmées et sinueuses qui s’harmonisent avec la voix parlée de la chanson et mettent parfaitement en valeur le chant sur le morceau. Sur des morceaux comme « End Of The Day » nous voyons le rythme se ralentir, les mélodies scintillantes s’accordent parfaitement avec les rythmes bien travaillés qui se fondent si bien sur ce morceau. La simplicité permet de faire briller tant de choses sur cet album.

L’histoire et l’émotion des paroles de ces chansons sont incroyablement bien mises en valeur tout au long de l’album. « Bottom Bell » est un excellent exemple de l’histoire racontée sur l’album, mais vous avez tellement de choix en ce qui concerne l’honnêteté et la profondeur des paroles sur Laughing In My Sleep, la chanson titre sera un bon exemple alors que des morceaux comme « Eyes So Clear » et l’accroche de « I’ll Walk » se montreront contagieux.

Disque qui évolue au fur et à mesure qu’il passe des racines folkloriques aux moments électroniques, Laughing In My Sleep est un album qui explore les sons et les genres pour vous apporter un quelque chose qui ne pourra jamais être reproduit.

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Saskia: « Are You Listening ? »

5 août 2020

Are You Listening ? est le quatrième album de l’auteure-compositrice-interprète londonienne Saskia Grffiths-Moore et il marque un véritable avancement d’un talent exceptionnel.  Le disque est une collection du meilleur de son répertoire des cinq dernières années et, à la différence de sa précédente production, Are You Listening ? est (à la seule exception d’une merveilleuse reprise de l’hymne « Hallelujah » de Leonard Cohen) entièrement son propre travail.  C’est un album exceptionnel, rempli de chansons vraiment excellentes, toutes magnifiquement interprétées et superbement produites. 

Dans une vie antérieure, avant de décider que sa voix claire et chaleureuse et ses paroles qui font réfléchir devaient être partagées avec le reste de l’humanité, Saskia était une thérapeute de Harley Street et, mon garçon, cette expérience n’imprègne-t-elle pas son écriture de chansons. Ces chansons sont empreintes d’une profonde compréhension des émotions humaines et d’une capacité à trouver des raisons d’espérer et d’être optimiste, même dans les situations les plus pénibles. L’écoute de cet album est une expérience réconfortante et revigorante.

Il n’y a pas de solo éblouissant ni de trucage en studio ici.  La caractéristique principale de chaque chanson est la voix enchanteresse de Saskia, rehaussée par ses propres auto-mutilations et construite sur un simple accompagnement de guitare acoustique. Le tout est subtilement rehaussé par David Ian Roberts à la guitare, Thomas Holder à la contrebasse, Ali Petrie au piano, Gabriella Swallow au violoncelle et sur le morceau « These Hours Only », une autre contribution à la guitare de l’auteur-compositeur-interprète australien Cooper Lower.  Susanne Marcus Collins a fait un merveilleux travail de production, offrant un son propre et respectueux, en parfaite adéquation avec ces grandes chansons.

L’album commence comme il faut pour continuer. Un joli passage de guitare acoustique conduit au premier des magnifiques passages vocaux d’harmonie, Saskia offrant un sage conseil à ceux qui s’apprêtent à l’écouter : « Are You Listening? Focus on my voice. ». Le son est doux et les paroles sont réfléchies ; un véritable avant-goût des délices à venir.

« In Time » est une belle chanson, avec des paroles qui donnent de sages conseils pour aller de l’avant sans oublier les leçons du passé. « These Hours » fait référence de manière douce et rassurante à la gestion d’une relation stable en acceptant de manière pragmatique que les hauts et les bas sont inévitables. « The Presence » est obsédante et poignante avec des paroles qui prennent une résonance particulière en ces temps ravagés. « Write Me a Song » est un numéro fantastique qui, avec son accompagnement de guitare au doigt, son contenu lyrique et sa prestation vocale rappelle fortement Joan Baez à son apogée.  C’est une chanson qui n’aurait pas été déplacée dans le cadre d’un club folk des années 60 et qui serait un bon candidat pour le single principal de l’album.

« Best Of You » est la première des deux nouvelles compositions de l’album et c’est un conseil de vie merveilleusement contemplatif en particulier la ligne où la vocalistenous dit « Ne cédez pas aux préjugés – nous sommes tous d’une même espèce » (Don’t give in to prejudice – we are all of one kin ).  Et, en effet, nne le sommes-nous pas ?.  La deuxième des nouvelles chansons est « Come Comfort Me » ; c‘est probablement le titre la plus sombre de l’album, avec des paroles qui plaident pour le confort dans une situation sombre, voire mortelle.

« After » est probablement une des plus belles chansons de séparation avec des paroles reconnaissent la douleur de la séparation et exprimant un désir : celui d’absorber cette douleur tout en s’accrochant à l’optimisme d’une réconciliation heureuse. »  Sur Bring It Down », Saskia évoque Joni Mitchell avec son chant d’un morceau d’auto-analyse provocateur qui culmine dans la splendide phrase « Opening up is not so hard ». 

« Wash it Away » reflète, sur un fond champêtre de guitare grattée, la nature fugace et transitoire de la vie et fait courageusement face à l’inévitabilité d’une mort qui arrivera avant que nous ne soyons prêts. Il donne le réconfort suivant : « Nous ne supporterons pas nos pertes, mais nous ne conserverons pas non plus nos gains » (We won’t bear our losses, but neither will we keep our gains).

L’album se termine par cette version sobre, respectueuse et élégante de « Hallelujah ;apparemment la première chanson que Saskia ait jamais interprétée en public et qui a continué à figurer dans son set live depuis.  C’est une fin appropriée à un excellent album equ’on ne peut que recommander de découvrir tant cette « dame » est sur le point de devenir une grande star.

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