Short Fictions: « Fates Worse Than Death »

Dans la catégorie emo revival, on peut citer Short Fictions. Ce quatuor venu de Pittsburgh avait débarqué début 2015 avec une démo ; suite à cela, sa popularité popularité n’a cessé de croitre permettant au combo de publier ce « debut album », Fates Worse Than Death.

Voulant prouver qu’ils sont plus qu’un groupe emo, c’est avec huit compositions atypiques que Short Fictions compte sortir des sentiers battus notamment avec l’introduction racée mais mélodique intitulée « Apocalypse With Anyone But You ». Fates Worse Than Death surprend pour ses influences sur mesure allant du college-rock (« Cities Under Water », « Really Like You ») au post-hardcore (« Nothingness Lies Coiled At The Heart Of Being (It’s Such A Good Feeling) »).

On y perçoit des arrangements menés aux cuivres et au glockenspiel sans oublier des interludes en spoken-word afin de casser la monotonie. Le combo compte nous surprendjusu’au bout du bout , que ce soit sur « Fates Worse Than Death Pt II: Anthropocene » ou savec « I’m Proud To Know You, You Are Special (Goodbye, Ryan) ». Le final nommé « Property of Pigeons » catalyse toute la tension que regroupe ce premier album avec classe et agilité et nous convainc d’un talent qui ne demande qu’à germer.

***1/2

Mister Goblin: « Is Path Warm ? »

Sam Woodring, Two Inch Astraunots, s’émancipe avec son nouveau projet Mister Goblin. Après avoir publié un premier EP en décembre dernier, le musicien de Silver Spring présente son premier album nommé Is Path Warm ?.

Mister Goblin ne s’éloigne pas de ses origines musicales mais arrive à trouver un compromis sur ces huit morceaux. A mi-chemin entre indie folk et emo, Sam Woodring nous sert des ballades acoustiques telles que « Between You and Me » et « The Forgettery » mais aussi des morceaux pop-punk électriques comme « No Crime Here » et « SYML ».

Avec comme principales thèmes sa crise existentielle et sa santé mentale, le musicien américain réussit tout de même à convaincre avec sa plume touchante et vraie que nature. Sur Is Path Warm?, il cicatrise ses douleurs les plus profondes que ce soit sur « Health Class Teacher » en guise d’introduction mais aussi sur « Calendar Dogs » qui compte également la participation de Sadie Dupuis aux choeurs. Mister Goblin a réussi à se réinventer après l’aventure Two Inch Astronaut et à concilier les influences lorgnant aussi bien du regretté Elliott Smith que Fall Out Boys ou Jimmy Eat World.

***1/2

Turnover: « Altogether »

Ceux qui ont suivi la trajectoire musicale de Turnover les ont découvert en mode emo avec leurs deux premiers albums. Toutefois, ce style n’aura pas duré longtemps pour le groupe de Virginia Beach qui a étonné son entourage avec son Good Nature qui empruntait un virage plus onirique. Le pari est maintenu mais risqué mais la formation menée par Austin Getz ne compte pas en rester là su son petit dernier, Altogether.

Marchant sur les pas de leur prédécesseur, Turnover (ainsi que le producteur Will Yip) se complait dans ce virage dream-pop et jangle-pop mais à une légère différence. On y décèle des arrangements on ne peut plus étoffés avec l’intervention des cuivres sur les premières secondes de « Still In Motion » ainsi qu’une palette musicale plus large. Il ne faudra pas s’étonner si le groupe de Virginia Beach explore les sonorités lounge, disco, funk et jazz sur des morceaux toujours mélodiques et aériennes comme « Much After Feeling », « Number On The Gate » et autres « Sending Me Right Back » qui nous feront planer comme jamais.

On y décèlera aussi des allures plutôt 80’s notamment sur les enivrants « Parties » et « Valley Of The Moon » qui est une preuve que Turnover possède un large éventail d’influences. Altogether montre de nouveau un Austin Getz de plus en plus serein et déterminé à mettre son passé tumultueux derrière lui tout au long de ce quatrième album qui se clôt avec le subtil « Temporary Love ». Le groupe de Virginia continue de prendre ses aises et de nous étonner à chaque opus par son intelligibilité.

***1/2

From Indian Lake: « Dimly Lit »

From Indian Lakes avait fait parler de lui avec son album Everything Feels Better à l’automne 2016. Ce projet musical californien mené par Joey Vannucchi est considéré comme étant une valeur sûre de l’emo revival américain de cette décennie. Cette fois-ci, il décide d’opérer un changement drastique sur ce nouvel album intitulé Dimly Lit.

Dix ans après sa formation, From Indian Lakes souhaite évoluer et élargir ses horizons musicaux et ce nouvel opus va répondre à cette problématique. Cela s’entendra parfaitement à travers des morceaux plus pop et plus synthétiques comme l’entraînante introduction « New Love » mais également « It Pulls You Up » et « No One Else » qui garderont, toutefois, une base indie rock.

Le nouvel album est également riche en collaborations, ce qui est une nouveauté. On peut citer Soren Bryce de Tummyache qui pose sa voix à trois reprises sur les enivrants « Dissonnance », « Cover My Eyes » et « Almost There » tout comme Nandi Rose Plunkett de Half Waif qui intervient sur « Your Heartbeat Against Me » et sur « A Bad Dream ». Mention spéciale à Miriam Devora des excellents Queen of Jeans sur les divins titres que seront « Garden Bed » et « Faces ». Chaque invité apporte ainsi son ingrédient spécial sur des compositions qui rappeleront la grâce de M83 et de The Postal Service.

Entre temps, on qura pu apprécier les cexplorations indie pop électroniques autant oniriques que pêchues que sont « Breathe It Out » et « When It’s Love You Want ». From Indian Lakes a indéniablement réussi sa réinvention artistique avec ce Dimly Lit résolument aventureux et novateur sans jamais désorienter sa fan base initiale.

***1/2

Harmony Woods: « Make Yourself At Home »

Venue tout droit de Philadelphie, Harmony Woods avait publié son album, un Nothing Special qui faisait mentir son intitulé en permettant à Sofia Verbilla de se faire un nom sur la scène DIY locale. Grâce à cela, elle peut aujourd’hui avec un Make Yourself At Home au titre plus inclusif.

Ons’installe donc comme chez soi et on prête l’oreille à ses peines de cœurs. Dès l’introduction faussement acoustique, « Swing », la musicienne extériorise ses maux les plus profonds avant de s’y’attaquer de plus belle avec les plus électriques « Best Laid Plans » et « That’s Okay ».

Toujours à mi-chemin entre indie rock DIY et allures emo, Harmony Woods met en scène ses luttes intérieures suite à une relation amoureuse des plus malsaines qu’elle vient de traverser.

Elle paviendra ainsi nous toucher sur « The City’s Our Song » mais également « Ghosts » et « Burden » qui sortent du lot avec ce sujet très sombre bien exploité sur des arrangements musicaux des plus incroyables. Ajoutons cela à « Misled » et « Sagittarius » où Harmony Woods continue de voir plus clair à travers cette relation qui l’a laissé des séquelles en établissant un parallèle à un deuil. Make Yourself At Home n’est pas un album indie rock DIY à consonances emo comme un autre mais plutôt un votage émotionnel que nla chanteuse trace pour arriver à l’apaisement et, de ce fait, un retour à la case départ.

***

Cultdreams : « Things That Hurt »

Things That Hurt fait partie de ces albums qui ne fait pas mentir son titre ; tout y est incandescent mais dans le spectre de l’ultraviolet. Et si la doulour ou ma violence y sont prégnantes elle est si gravée qu’elle en devient larvée, mentale, psychique plutôt que physique.

Things That Hurt est une ode au désespoir latent, la célébration d’une existence de déceptions et de frustrations mises en musique avec talent. Pour tout ceux qui aime le chant emo, mâtiné de shoegaze, de post punk, et d’un poil de grunge et qui fraient dans le segment de la désillusion.

***

Tiny Moving Parts: « breathe »

Début 2018, Tiny Moving Parts avait publié un album intitulé Swell Le trio emo/math-rock venu du Minnesota avait imposé un style fougueux et électrique. Celui-ci ne leur fait pas défaut sur l’énergique breathe qui paraît aujourd’hui.

Voici donc venir dix nouveaux titres où les influences emo, math-rock et post-hardcore que le trio arrive à distiller sans difficulté. Démarrant en trombe avec « The Midwest Sky », Tiny Moving Parts balance la sauce avec l’interprétation presque hurlée du guitariste Dylan Matthiesen et ses rythmes galopantes notamment sur « Light Bulb », « Icicles » mais aussi sur « Polar Bear » qui envoient à toute allure. On y décèle même un banjo en plein milieu du morceau « Verterbrae », c’est dire l’originalité.

En dix morceaux pour une demie-heure de musique, Tiny Moving Parts remplit honorablement le contrat avec des uppercuts comme « Bloody Nose » et « I Can’t Shake ». breathe ne nous laisse justement aucun moment de répit tant leur fusion musicale explosive nous prend à la gorge sans discontinuer.

***

Future Teens: « Breakup Session »

Future Teens avait réalisé, il y a quelques années, un premier album nommé Hard Feelings. Le quatuor venu de Boston arrivait à émouvoir avec des histoires personnelles sous fond d’indie rock/pop-punk. De retour avec Breakup Session il nous narre la fin des vécances et le temps de dire adieu à certaines habitudes prises par les amoureux

L’été se termine et il est temps de dire adieu à nos habitudes et aussi à nos amoureux de vacances. Telle est la principale devise d’un combo qui entreprend, sur cet album, un virage résolument emo. Cela s’entendra sur des morceaux sentimentaux à l’image de « Happy New Year » en guise d’introduction avec, en outre, l’interprétation riche en émotions d’Amy Hoffman.

Ce ne sera que le début car le groupe décide de vider son sac sur des titres comme « Born To Stay », « Frequent Crier » ou encore de « So What ». Le tandem Amy Hoffman/Daniel Radin se partage le micro et fait partager ses frustrations et ce sentiment de ne pas être accepté par ses pairs Cela se fera également au travers de titres teintés d’ironie comme « Emotional Bachelor » et « Swiped Out » qui resteront un pur condensé de rock « emo. » Le virage musical qu’entreprend Future Teens n’étonne qu’à moitié car ce courant permet de mieux transmettre leurs émotions. En ce sens, Breakup Session arrivera à convaincre partiellement.

***

Have Mercy: « The Love Life »

Ce quatrième album de Have Mercy est un album triste. En fait, tous les disques de la bande le sont. Cette voix, ces mélodies, c’est atmosphères sont familières et tellement prenantes. Make The Best Of It, le prédécesseur, était le disque le plus abouti et le plus fort, sortant les grosses guitares tristounes et des refrains en or massif. Dommage que le quintet de Baltimore souffre de ce manque de reconnaissance du public car il est constamment encensé par la critique. The Love Life ne dérogera pas à la règle, cette nouvelle livraison se posant là en termes de qualité d’écriture et de mélodies tire-larmes. En versant du coté plus pop de leur son. Il a toujours été présent mais caché derrière ces grosses guitares. Ces 11 nouvelles compositions sont plus subtiles dans les ambiances. Prenez « We Ain’t Got Love », qui démarre avec une voix et une guitare acoustique pour terminer sur une explosion sonique flamboyante.

Cette entrée en matière laissait présager d’un album bien rentre dedans. Ce ne sera pas le cas. Ou tout du moins beaucoup moins qu’on ne pouvait l’imaginer. C’est « Heartbeat » qui prend le relais avec un morceau Jimmy Eat World-esque en diable, sans franchement haussé le ton, mais toujours rempli d’émotions. Et ce refrain restera scotché que vous le vouliez ou non. La suite navigue entre emo-pop classieuse (la superbe « 40oz », « Mattress On The Floor »), emo-rock qui envoie (« Clair », « So Like You »), et ballades frissonnantes (les bouleversantes « Dressed Down » et « 8006 Hedgeway CT. »). Have Mercy n’ont pas changé du tout au tout. Il y a une certaine forme de continuité dans leur discographie. On évolue par petites touches et on ajoute des éléments pour rendre leur musique à la fois plus pop et toujours plus chargée en émotions. Moins immédiat que son prédécesseur, mais tout aussi réussi, The Love Life narre l’histoire d’un amour perdu. A la fois simple et beau. 

***1/2

Bring Me The Horizon: « amo »

On n’a pas eu besoin de l’attendre longtemps ce nouvel album lde Bring Me The Horizon. Lévolution de Bring Me The Horizon depuis Count Your Blessings laisse perplexe. Jusqu’à Sempiternal, tout allait à peu près bien, même pour les fans de la première heure. On allait de plus en plus vers la mélodie, mais cela restait suffisamment heavy pour que l’on s’y retrouve sans sourciller. Ça s’est franchement compliqué avec That’s The Spirit en 2015, qui voyait la bande abandonner toute forme de violence pour se concentrer uniquement sur la
mélodie et les refrains ultra accrocheurs. Quatre ans plus tard, ça ne va pas s’arranger pour les fans. amo coupe totalement le cordon avec toutes leurs sorties précédentes. Electro, pop, hip- hop, rock, c’est ça que vous entendrez pendant les 52 minutes et 13 morceaux qui composent cette nouvelle production.

Le principal souci d’amo, ce ne sont mêmes pas les chansons. C’est simplement que les quatre titres proposés en amont de la sortie officielle de l’album sont ceux le plus portés guitares de l’album. Du coup, difficile de digérer le reste d’une traite à la première écoute. « Mantra » aurait pu se retrouver sur That’s The Spirit et fait le lien entre les deux albums, « Wonderful Life » emprunte un riff à Limp Bizkit et balance du refrain catchy à qui veut bien tendre l’oreille (des cuivres sur le final et quelques mots susurrés par Dani Filth, tandis que « Medecine » et Mother Tongue » (d’où est tiré le nom de l’album) sont des titres qu’auraient pu composer Linkin Park, radiophoniques et suffisamment poppy pour attirer les ondes radio. Et que dire ? Ça fonctionne sans problèmes.
On retrouvera des traces de grosses guitares sur l’excellent « Sugar Honey Ice & Tea », où les synthés et les voix trafiquées sur le refrain son réellement bien vus et sur la bien nommée et beaucoup plus remplissage « Heavy Metal » (qui ne lnest pas vraiment). Le reste des titres naviguera donc bien entre electronica et hip-hop et pop. « Nihilist Blues » (avec Grimes en invitée) et « why you gotta kick me when I’m down » qui balancent synthé et beats, et réussissent à nous faire nous emballer bien qu’elles ne soient pas des chansons qu’on imaginait un jour sortir sur un disque de Bring Me The Horizon.
Par contre, quand le groupe se plante, il le fait bien comme il faut : « In The Dark » est trop gentillette et aurait pu être chantée par un épigone de Justin Bieber et « Fresh Bruises » sera aussi à mettre du côté des ratés.


La surprise viendra en fait de « don’t know what to say » qui clôt l’album de manière des plus orchestrales (sûrement inspiré de leur live au Royal Albert Hall où la bande avait été accompagné d’un orchestre symphonique) et est au final une belle réussite. C’est une ballade, mais elle tient le coup avec des paroles pleine de sensibilité à propos d’un proche atteint d’un cancer. On sent sur ce final que la groupe est en total contrôle de son son et ce n’est pas un hasard si amo a été produit par Jordan Fish et Oli Sykes. D’ailleurs on sent clairement l’énorme influence du claviériste-percussionniste-chanteur depuis son arrivée ; il n’est que se rappeler Worship, son ancien groupe de chillwave…
Ce n’est assurément plus du deathcore, mais depuis la sortie de leur premier album, Bring Me ne l’est plus véritablement. Il faudra donner du temps à ce disque, qui paradoxalement et malgré son apparente accessibilité, est tellement varié, que l’on a du mal à y trouver un fil conducteur. Une fois acceptée que le groupe ne reviendra plus jamais en arrière et avance comme bon lui semble, il sera plus aidé de reconsidérer Amo pour ce qu’il est ; un album concept autour de l’amour, beau et destructeur à la fois inspirée de la propre histoire de son frontman. Expérimental, hétérogène, bizarre, mais aussi hyper catchy, on ne pourra reprocher au combo de stagner au travers de cet opus.

***1/2