bauwaves: « u r everything »

22 mai 2021

u r everything, le premier album de bauwaves d’Austin, TX, a été écrit à la fin d’un épisode dépressif. Le chanteur Lew Houston a sété atteint d’une dépression profonde en 2016, et, alors qu’il se sortait, l’inspiration a lui est venue pour engranger des compositions qui ont donné naissance à u r everything.

Cette histoire de fond semble importante – une grande partie du disque traite de la dépression et trouve les narrateurs autobiographiques de Houston en quête de connexion. Mais au-delà du thème, c’est un disque qui sonne comme s’il se débarrassait d’une brume spleenesque ; les guitares grésillent et s’embrouillent, et la voix de Houston se situe quelque part entre la plainte indie punk et le glas. 

Cepandant la carte de visite de u r everything, plus que ses guitares grunge et le chant plaintif de Houston, est la façon dont tous ses membres jouent ensemble : c’est-à-dire de façon rapide et désordonnée, comme si l’ensemble risquait de s’effondrer à tout moment. Les rythmes ne gardent pas la cadence, ils testent plutôt la capacité du groupe à redresser le véhicule à grande vitesse qu’est chaque chanson. Par moments, c’est exaltant, on dirait un vestige du rock ‘n’ roll de la fin des années 80 ou du début des années 90 ; ailleurs, comme sur « years later », le groupe semble plus perdu qu’expérimental, comme si les rythmes qui étaient sur le point de s’effondrer s’étaient effectivement effondrés pendant l’enregistrement.

Ces contretemps se produisent surtout sur la première partie de l’album, celle qui contient ses meilleurs titres, comme si le groupe avait enregistré tous les morceaux les uns après les autres, en prenant de l’assurance au fur et à mesure. « early morning summer » ajoute une guitare acoustique à l’instrumentation du groupe, ce qui permet de différencier la chanson en tant que single et d’ajouter la variété nécessaire à l’album. Mais plus qu’une simple sonorité, la chanson montre Houston dans son état le plus vulnérable, sa voix hurlante ruminant des pensées suicidaires. À partir de là, les choses deviennent plus punk et tout aussi déprimées sur « to the floor » et « like sinking », donnant à la deuxième phase de u r everything un élan et une ligne directrice qu’elle n’a pas au départ. 

C’est sur le dernier morceau de l’album, la chanson titre, que tout se met vraiment en place. Les rythmes tremblants et les guitares démesurées ne sont pas seulement un style – ils ressemblent à la vie, une métaphore du voyage tumultueux dans lequel chacun se trouve. « Sans toi, il n’y a rien » (Without you, there’s nothing), gémit Houston comme si sa vie en dépendait, ce qui est en quelque sorte le cas. u r everything est, à cet agard, autant un disque qu’un chemin vers l’acceptation de soi. Au terme de son périple, Houston a réalisé que la vie valait la peine d’être vécue et l’a transposé en chanson. Cela ne veut pas dire que ce sera facile, mais parfois, c’est dans les moments où tout s’écroule que l’on trouve le plus de sens.

***


Leave Your Body Behind: « Post Mortem Paradise »

13 mai 2021

Leave Your Body Behind ; voilà un nom sombre et trompeur pour un groupe qui sonne étonnamment doux. Un examen plus attentif du titre de leur deuxième album, Post Mortem Paradise, contraste en outre avec l’austérité initiale et l’on est conduit dans un pays où il n’y a pas de squelettes dans le placard, mais simplement un ensemble de neuf mélodies douces-amères qui réconfortent l’auditeur. Enregistrées sur un studio portable à huit pistes pendant la pandémie, ces chansons illustrent l’anatomie de l’acceptation de la perte et de la libération par phases progressives. Il n’y a pas de morosité excessive, mais plutôt une mélancolie saisissante avec un récit sincère et une lumière attachante au bout du tunnel. 

Des voix musclées mais agréables ornent le disque et sont essentielles pour vous guider vers la terre promise de Post Mortem Paradise, cette hauteur de son si proche que le chanteur se sent comme un confident et un compagnon d’infortune. Basé dans les Midlands, Leave Your Body Behind était autrefois un groupe complet qui s’est transformé en un one man band à l’époque de la distanciation sociale. Le frontman Max Hickman crée des ambiances intimes et écrit des textes poétiques et existentiels qui méritent qu’on y prête attention. Les bons paroliers semblent rares de nos jours.

« Led Astray » donne un ton incliné et plutôt désenchanté, mais « Death of this Feeling » ouvre le spectre dans toute son ampleur, avec une luminosité omniprésente qui vous illumine mais vous met aussi dans une humeur méditative et réfléchie. Cela se retrouvera sur « Static Creation » dont la plénitude apaisante brille aussi magnifiquement qu’un coucher de soleil. Une merveille de lumière solaire qui explose. « Never Change » apporte une touche d’insolence qui peut rappeler le Brian Jonestown Massacre à l’époque de Take It From The Man ! et insuffle un groove plus joyeux. De même, le bohème « Daisy Chain » fait naître une atmosphère plus optimiste qui balaie tout. 

Tous les morceaux de l’album s’imbriquent les uns dans les autres comme des variations évoluant dans les perspectives et le bien-être émotionnel. Il y a une quête permanente de la paix de l’esprit, particulièrement visible sur les deux derniers titres « Deliverance » et « Sunshine’s Gone ». Les mots de Leonard Cohen nous viennent à l’esprit dans ce royaume de clair-obscur : « Il y a une fissure dans tout, c’est comme ça que la lumière entre » (there is a crack in everything, that’s how the light gets in). Les notes finales de la dernière piste ressemblent à un esprit qui s’envole de façon épique et, en se dissolvant dans l’éther ; nous convient à entrer dans l’abîme pour avoir la chair de poule. 

***1/2


Madee: « Eternity Mingled With The Sea »

5 mars 2021

Bien que l’on savoute le fait que Ramón Rodríguez réussisse si bien sa carrière en tant que The New Raemon, on peut être encore plus heureux d’avoir un nouvel album de Madee entre les mains après une première tentative de réunion en 2014 doù était issu, un «  single » « Age Of Ruin » . Aujourd’hui, ces vieux amis, et une fois de plus, Antonio Postius (ex Mourn, Gyoza), qui remplace Lluís Cots à la batterie, décident d’enregistrer ce nouvel album ensemble.

Ce n’est pas que pendant cette période il n’y ait pas eu de bons groupes par ici, mais il serait difficile d’en trouver un avec une sensibilité aussi particulière que celle de Madee. Il faut aussi ajouter à la leur celle de Mark Swanson, poète et photographe américain, qu’ils ont rencontré par l’intermédiaire de Jeremy Enigk, qui est chargé d’écrire les paroles de ces douze nouvelles chansons. Ainsi Eternity Mingled With The Sea se révèle être un travail de collaboration dont tous les membres ont participé à sa composition, profitant de leur cofinement.

Cependant, malgré la distance physique entre Swanson et le groupe, et dans le temps, par rapport à leur précédent album,Antartica (2007), le présent opus sonne avecce soupçon de familiarité et de proximité qui sont immédiatement réconfortantes. On pourrait même dire que plus que jamais, le groupe s’est attaché à faire un album de chansons, dans lequel son indéniable talent pour tisser des arrangements intéressants est au service des mélodies.

Bien que dans l’ouverture « Caldera », puis dans « The Hunting Party », ils montrent l’élan de leurs débuts, la plupart des titres optent pour plus de retenue et d’élégance. Leur son relie l’héritage des grands noms des années 80 (U2, Peter Gabriel, Simple Minds, The Cure) et des années 90 (Sunny Day Real Estate, Elliott) dans des mid-tempos suggestifs où l’intensité ne se mesure pas en nombre de décibels. Des morceaux comme « Blanchard Avenue Blues », « The Way Home » ou « Night Of The New Moon » pnve petit quelque chose qui les rend si spéciaux qu’on ne peut que saluer un retour par la grande porte, même s’il faut espérer qu’ils n’auront pas besoin d’une autre pandémie pour se remettre ensemble.

***1/2


Hospital Bracelet: « South Loop Summer »

16 février 2021

Il y a un étrange trope en musique qui peint l’été comme un moment de joie, avec une fin de saison teintée d’une nostalgie sépia. Mais le mordant South Loop Summer de Hospital Bracelet n’est pas sans rappeler que le trio emo de Chicago a trouvé la juste note pourmettre à plat les changements d’humeur qu’implique la métamorphose des saisons.

Tout au long du disque, Eric Christopher aborde des sujets tels que les relations, la solitude, la sobriété et les abus avec une franchise sans faille. Il s’agit peut-être des thèmes de base de l’emo, mais ne vous attendez pas à un mélodrame angoissant. Malgré tous les sentiments positifs suscités par un Chicago ensoleillé, South Loop Summer est moins un drame de maturité qu’une horreur psychologique. Nous sommes peut-être aux premières loges en 2021, mais il est peu probable qu’il y ait un autre album cette année qui soit aussi troublant ou lyrique.

C’est particulièrement vrai pour « Feral Rat », « Sheetz » et « Happy Birthday », qui possèdent des récits graphiques et on y trouve une telle charge émotionnelle qu’il c’est presque oppressant, comme l’est le fait de se retrouver coincé sous une avalanche et de grimper dans la neige pour respirer.

Ce sentiment de claustrophobie ne se retrouve pas dans la musique, mais South Loop Summer est plutôt un voyage sonore audacieux à travers des jams pop-punk et des titres indie-rock tortueux. Le fait qu’un album puisse s’ouvrir avec les grands yeux du base-ball moderne et se terminer avec le cœur blessé de Big Thief souligne encore cette large palette.

En ce qui concerne le sujet, le fait que l’album mérite d’être écouté à plusieurs reprises et témoigne de la qualité des chansons écrites par Hospital Bracelet. C’est une chanson magnifiquement construite, dense sur le plan thématique et si bien écrite que le L du « Loop » (surnom du métro) de Chicago sic! est présent dans chaque note. Cela peut rendre l’écoute difficile, mais ces contes façonnés tels qu’ils sont par le combo exigent d’être entendus.

***1/2


Porridge Radio: « Every Bad »

21 décembre 2020

Dana Margolin a raison, son combo, Porridge Radio, est peut-être une des meilleures formations d’aujourd’hui sur le registre qui est le sien.

Porridge Radio ressemble rindubitablement , de par son nom, à un groupeun peu mièvre, mais soyez assurés qu’ils sont tout le contraire. Le groupe a été créé en 2015 après que Dana Margolin ait commencé à travailler sur des chansons et à apprendre la guitare seule dans sa chambre à Brighton. Avec l’ajout de Sam Yardley (batterie), Georgie Stott (clavier) et Maddie Ryall (basse), le groupe est devenu un élément familier du circuit britannique du bricolage. 

En mars, les Canadiens ont secrètement sorti leur nouvel album Every Bad, qui fait suite à leur premier album auto-enregistré de 2016, Rice, Pasta And Other Fillers. Every Bad est un reflet frénétique d’angoisses communes auxquelles une personne d’une vingtaine d’années peut s’identifier, comme le moment où vous réalisez que vous êtes maintenant adulte et que vous n’êtes pas sûr de faire quelque chose correctement.

Margolin n’a pas son pareil en matière de lyrisme quand il est question de communiquer des émotions complexes dans les limites de ses chansons. Sa prestation est enivrante, elle vous fait ressentir chaque saisissement, vous ramène au moment exact où vous avez ressenti cette même chose ainsi appelée « motion. Le premier morceau, « Born Confused », vous emmènera directement à l’intersection de la perte, itinéraire allant du « fuck you » à la joie. La ligne d’ouverture frappante – « Je m’ennuie à mourir, discputons-noue »( I’m bored to death, let’s argue)le met en scène une scène amèrement ironique. À la fin de la chanson, Margolin échange son discours pince-sans-rire contre un gémissement indécis en répétant « Merci de m’avoir quitté/ Merci de me rendre heureuse » (Thank you for leaving me/ Thank you for making me happy). Cela peut sembler peu impressionnant, banal et masturbatoire d’entendre Margolin chante sur la détresse émotionnelle, mais elle passe ainsi maître de déstabiliser un texte avec sa voix et donner à ses paroles un tout nouveau sens.

Every Bad est, en fait, un processus d’apprentissage, tant sur le plan de la composition que sur le plan émotionnel. Porridge Radio s’est propulsé au-delà de ses origines lo-fi, créant un album ambitieux et rugissant qui repousse les limites du langage et du bruit. « Don’t Ask Me Twice » en est le parfait exemple, la chanson commence avec le son brut de la guitare et de la batterie, alors que Margolin commence à craquer ; envoyant l’auditeur s’envoler dans un lieu saint, avec des échos du dernier mantra de Margolin. Au deuxième couplet, elle s’est complètement brisée, alors qu’ils éclatent en une bruyante tempête de grêle, mais ne vous inquiétez pas, il y a un arc-en-ciel à la fin.

Ces morceaux se plient et se brisent et le son fluctue de l’exaltation au désarroi en passant par l’épuisement, comme un exorcisme musical. Un exemple de l’évolution sonore constante se matérialise sur « Lilac » où Margolin chante « Je ne veux pas que nous devenions amers, je veux que nous allions mieux » (“ don’t want us to get bitter, I want us to get better), avant qu’elle ne se transforme en une vague de guitares et de cordes, « Je veux que nous soyons plus aimables avec nous-mêmes et avec les autres » (I want us to be kinder to ourselves and to each other), crie-t-elle alors que la vague sonore s’écrase autour d’elle. Avec un album qui s’attaque à la complexité de la maturation, « Lilac » donne l’idée que nous ne sommes pas si mauvais que ça quand il s’agit de grandir.

Dans un monde qui rend impossible la suppression de la peur existentielle, Every Bad est la conversation que vous pouvez utiliser. Elle vous fera certainement tourner en bourrique lorsque vous vous retrouverez à ce carrefour émotionnel qui vous forcera à accepter la vulnérabilité et à purger la négativité. Puissions-nous tous apprendre à être autonomes, comme sur chacun de ces morceaux.

***1/2


bauwaves: « u r everything »

12 décembre 2020

u r everything, le premier disque de bauwaves, un combo issu d’Austin TX, a été écrit à la fin d’un épisode dépressif. Le chanteur Lew Houston a souffert d’une profonde dépression pendant près d’un an en 2016, et c’est au moment où il sortait de ses griffes que l’inspiration a commencé à frapper et lui a donné l’opportunité de composerles chansons qui allaient donner naissance à u r everything.

Cette histoire est importante : une grande partie du disque parle de la dépression et trouve les narrateurs autobiographiques de Houston en mal de connexion. Mais ce n’est pas seulement un sujet d’actualité, c’est un disque qui semble se dégager d’un brouillard dépressif ; les guitares crépitent et s’embrouillent, et le chant de Houston se situe quelque part entre les gémissements du punk indie et le glas de la mort. 

Cependant, plus que les guitares grunge et le chant de Houston, c’est la façon dont tous ses membres jouent ensemble qui est la carte de visite de ce disque : rapide et désordonné, comme si tout cela pouvait s’effondrer à tout moment. Les rythmes ne suivent pas le rythme, mais mettent à l’épreuve la capacité du groupe à redresser le véhicule de vitesse que constitue chaque chanson. Parfois, c’est exaltant, on dirait un reste de rock ‘n’ roll de la fin des années 80 ou du début des années 90 ; ailleurs, comme dans « years later », le groupe semble plus perdu qu’expérimental, comme si les rythmes qui étaient sur le point de s’effondrer s’étaient en fait effondrés pendant l’enregistrement.

Ces contretemps se produisent surtout sur la première face de l’album, car celui-ci est à nouveau chargé de ses meilleurs morceaux, comme si le groupe avait tout enregistré de manière séquentielle, se mettant plus à l’aise pour jammer les uns avec les autres au fur et à mesure. « early morning summer » ajoute un peu de guitare acoustique à l’instrumentation du groupe, ce qui permet de différencier la chanson en tant que single et d’ajouter une variété bien nécessaire à l’album. Mais la chanson ne se limite pas à la sonorité, elle montre Houston au plus vulnérable, sa voix hurlante ruminant des pensées suicidaires. À partir de là, les choses deviennent plus punk et tout aussi déprimées sur « to the floor » et « like sinking », ce qui donne à la deuxième face un élan et une ligne de fond qu’elle n’a pas au premier plan. 

C’est le dernier morceau de l’album, le titre « u r everything », quand tout s’assemble vraiment. Les rythmes tremblants et les guitares surdimensionnées ne sont pas seulement du style, ils sont comme la vie, une métaphore du voyage tumultueux que tout le monde fait. « Sans vous, il n’y a rien » (Without you, there’s nothing), hurle Houston comme si sa vie ne dépendait que de lui ; d’une certaine manière, c’est le cas. u r everything est autant un disque qu’un chemin vers l’acceptation de soi. Au terme de son voyage, Houston a réalisé que la vie vaut la peine d’être vécue et l’a calcifiée en chansons. Cela ne veut pas dire que ce sera facile, mais parfois, ce sont les moments où les choses commencent à s’effondrer qui nous permettent de trouver le plus de sens.

***1/2


Tiña: « Positive Mental Health Music »

13 novembre 2020

Avec ce poignant Positive Mental Health Music, Tiña, fait ses débuts en tant que producteur sur le label Speedy Wunderground. Une première sur deux fronts – pour Tiña, et pour le label Speedy après 7 ans de sorties de et de compilations – ce recit confessionnel de onze titres est une expérience soignée de production et d’écriture de chansons : un ensemble de musique grunge incisive, prudente et attentionnée.

Vous aurez déjà entendu quelques-uns des morceaux de la musique de Positive Mental Health. « I Feel Fine » est une production de Speedy, sortie l’année dernière seulement, suivie de « Dip », « Rosalina » et « Golden Rope ». Avec ces succès, Tiña a créé un précédent : faire du grunge sain sur lequel on peut danser. Sur leur album, le groupe élargit ce mandat pour inclure le psychédélisme, l’indie, la pop et le post-punk, tout cela servant à canaliser les luttes très personnelles mais totalement universelles de l’auteur-compositeur Josh Loftin, qui a écrit beaucoup de ces chansons pour surmonter une dépression nerveuse.

« Rosalina » et « I Feel Fin » » s’inclinent, puis s’élancent comme le sombre espoir d’un dépressif en convalescence tandis que « Rooste » » relève lentement la tête pour s’élancer vers le ciel, la batterie et la guitare s’ouvrant sur le falsetto de Joshua Loftin. Ces coupures démontrent la capacité de Tiña à maintenir la douleur et l’espoir ensemble dans un même espace. 

« Golden Rope » poursuivra l’expérience, explorant les idées suicidaires à travers des ciselures légères et des percussions éclaboussantes, tandis que « It’s No Use » entre dans une tonalité mineure pour représenter ces moments terrifiants de maladie mentale où l’espoir s’envole complètement. Cependant, des chœurs intelligents se joignent à la ligne titulaire vers la fin, représentant que notre souffrance n’est jamais complètement isolée, peu importe à quel point elle peut être ressentie. Pendant ce temps,  » »Closest Shave » va examiner les éléments ennuyeux de la souffrance – « J’ai failli me couper la tête » » (I almost cut off my own head) – Loftin chantantcette impasse de découragement avant que les touches tourbillonnantes n’offrent à nouveau une pointe d’espoir.

Bien qu’elles soient toutes différentes, ces chansons ont en commun leur volonté de dire la vérité. Pour atteindre ce but, Tiña a enregistré directement sur cassette de la musique de santé mentale positive ; l’analogique se déroule chaleureusement et honnêtement dans un ruban de courageux confessionnaux. Présentés comme ces confessionnaux sur des riffs brillants, souvent à la gomme à bulles, et des compositions réfléchies et mémorables, Tiña a trouvé une formule à la fois unique et accessible.

Loftin évoquera ainsi, sur le remarquable titre d’ouverture, « Buddha », qu’il se sent bien s lorsque sa maison brûle autour de lui. Dans ce morceau comme dans tous les autres, Positive Mental Health Music s’ouvre à chaque écoute, révélant de nouveaux joyaux lyriques – un moment relaté par-ci, un rire à gorge déployée par-là – alors qu’il retrace les hauts et les bas, ces éléments divers qui prennent possession du cerveau humain.

***1/2


Record Setter: « I Owe You Nothing »

9 novembre 2020

Narifs de Denton au Texas, Record Setter ont débuté comme un groupe de « title fight worship » (lutte pour le titre) selon leurs propres termes avecDime n 2014, mais ils ont progressivement élargi leur son au fil des ans, le poussant dans toutes sortes de nouvelles directions sur Purge en 2017. C’est sur ce nouvel album I Owe You Nothing — leur premier pour le label Topshelf — qu’ils ont vraiment ouvert leur son et leur message. « Purge a été cette demi étape, ne pas pouvoir lâcher prise et dire juste ce que je veux dire vraiment ou entièrement », a déclaré la guitariste/chanteuse Judy Mitchell, « Avec celui-ci, je ne fais pas ça ».

I Owe You Nothing ressemble en effet à un album où absolument rien n’est retenu. Mitchell élève plusieurs fois la voix pour crier, et on dirait que ce n’est pas seulement pour des raisons artistiques, mais aussi parce que l’émotion dans ces chansons est si brute et bouleversante.

Musicalement, I Owe You Nothing se situe ainsi entre le screamo dur des années 90, l’emo du Midwest, le post-rock climactique, le revival emo des années 2010 et bien d’autres choses encore, et les chansons s’enchaînent toutes directement les unes aux autres. Il n’y a pas d’autre moyen d’écouter cet album que de commencer à le terminer, et quand on le fait, il est difficile d’imaginer ne pas se sentir emporté. C’est un de ces albums qui se contentent de cocher toutes les cases et de faire tout correctement. La majorité des influences musicales de l’album ont été créées par des jeunes de 20 à 25 ans, mais Record Setter vous donne l’impression de les écouter pour la première fois, ce qui n’est pas une mince affaire si l’on considère le nombre de groupes d’emo de style années 90 qui ont vu le jour au cours de la dernière décennie.

Pour un album qui relie musicalement toutes sortes de sons différents, c’est une histoire de séparation avait déclaré Mitchell. Elle a également exprimé sa déception de voir que les gens vont probablement « considérer tout l’album sous l’angle de la transsexualité ou des LGBT », car elle aborde les thèmes de la découverte et de la dysphorie des genres tout au long de l’album, mais les chansons sont beaucoup plus universelles que cela. Elles sont pleines de douleur et de désespoir, de doute et d’acceptation, et, à l’écoute, ces sentiments se manifestent intensément quelle que soit son orientation.

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Sinai Vessel: « Ground Aswim »

3 novembre 2020

Le deuxième album de Sinai Vessel trouve son auteur, Caleb Cordes, en pleine introspection, une réflexion sans relâche sur les choses qui le font vibrer, lui et les autres.

Lorsque Death Cab For Cutie a sorti The Photo Album en 2001, le chanteur Ben Gibbard l’a décrit comme une série d’instantanés qui documentaient les événements qui se déroulaient à l’époque où il écrivait les chansons. Ground Aswim affiche, à bien des égards, une perspective similaire. Caleb Cordes cueille des moments de sa vie, et les présente avec tendresse et élégance sur le genre de rock indé qui semble simple, mais qui est faussement complexe. De « Where Did You Go ? » qui ouvre l’album en douceur, au tonnerrevéhiculé par « All Days Just End », le Nord-Carolinien chante d’une manière qui transmet pléthore d’émotions, mais sans jamais se sentir forcé ou mis en avant – son ton est direct et pourtant touchant.

Cet élément de simplicité et d’émotion se retrouve également dans le travail du producteur Tommy Read. Son toucher est léger (le passage soudain à la guitare et au chant à la fin de Fragile, par exemple, est un choix simple mais inspiré), et la plupart des chansons peuvent être jouées avec peu d’interférences. Il y a un subtil bourdonnement ambiant qui murmure doucement sous les morceaux de Ground Aswim, mais, à part cela, il y a très peu de trucage dans la production, et c’est plutôt la montée et la descente parfaitement mesurée de l’instrumentation du groupe qui crée la dynamique de l’album.

Au cœur de l’album, « Cordes » met à nu tous les éléments de sa personnalité, qu’ils soient négatifs ou positifs. Sur « Shameplant, » qui se flétrit, il brosse un tableau de lui-même qui regarde constamment l’horizon – même face à la personne qu’il aime, il cherche une issue. C’est un texte brutalement honnête qui inonde Cordes d’une lumière crue : « Je t’aime. Sauf pour la partie de moi qui ne l’aime pas » (I love you. Except for the part of me that does not.Mais au fur et à mesure que la chanson progresse, le doute s’installe sur le fait que sa haine de soi est en fait une forme de doute de soi, estimant que « c’est une chose d’agir, et une autre de simplement croire » (t’s one thing to act on, and another to just believe).

Ground Aswim est le genre de disque qu’il est difficile de cerner, non pas parce qu’il est unique, ou révolutionnaire, ou parce qu’il défie le genre, mais parce qu’il est tout simplement très, très bon. De la même manière que Bright Eyes, Empty Country et Phoebe Bridgers ont récemment sorti des disques bourrés de brillantes compositions, Sinai Vessel a créé un disque qui se situe au sommet de la musique alternative, mêlant des éléments de rock complexe, d’émo confessionnel et d’indie subtilement saisissant.

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Barely Civil: « I’ll Figure This Out »

10 septembre 2020

De l’emo du Middle West ; avec le travail de pionnier de groupes comme American Football, Cap n’ Jazz et The Get Up Kids au milieu des années 90 et sa récente résurgence sous des groupes comme The Hotelier, The World is a Beautiful Place et Into it, Barely Civil a fait ses preuves en tant que niche générationnelle clé dans le renouveau de l’émotion. Originaire du Wisconsin, le combo s’est annoncé comme un compatriote prometteur de la communauté avec un premier album We Can Live Here Forever, sorti en 2018. Cette sortie, comme celle de ce deuxième opus, semble familière. À savoir, être résent et correct, c’est tout ce que l’on peut attendre du sous-genre : les refrains chantés, les guitares qui piaillent, les mélodies arpégées – Barely Civil ressemble à leurs aînés. 

Bien que dérivé, le groupe sonne bien au-delà de ses années : ils savent à quoi, ou à qui, ils veulent ressembler et ils le font avec compétence et conviction. Sur I’ll Figure this Out, le groupe se retrouve à réfléchir à son développement personnel et à un meilleur avenir grâce à son introspection et à son honnêteté émotionnelle typiques. L’album a une propension post-rock pour la mélodie calme/vif : « Graves Avenue » oppose le chant feutré du frontman Conor Erickson à des guitares qui claquent et à une batterie qui bat la chamade ; « North Newhall » suit le mouvement, ponctuant les guitares qui claquent de « blast beats » sporadiques.

Ce n’est pas nouveau, en fait, c’est sur cela que American Football et The World is a Beautiful Place ont construit leurs carrières respectives, et on peut le voir venir à un kilomètre d’ici. 

Il y a quelques points forts : » Box for my Organs » combine la « bombasserie » sonore et la vulnérabilité émotionnelle à l’effet d’excitation de l’âme et T »he Worst Part of December » propose une méditation astucieuse et sobre sur le déclin de la vingtaine. Ces moments forts sont cependant trop peu nombreux et trop éloignés pour que l’album ne soit qu’une imitation de ses influences réalisée avec compétence. 

Barely Civil a besoin d’avoir un peu confiance en ses capacités, c’est une équipe incroyablement soudée et elle fait ce qu’elle fait avec des prouesses impressionnantes. On ne peut pas s’empêcher de penser que le désir du groupe d’imiter ses ancêtres les a empêchés de réaliser leur potentiel.

***1/2