Barely Civil: « I’ll Figure This Out »

10 septembre 2020

De l’emo du Middle West ; avec le travail de pionnier de groupes comme American Football, Cap n’ Jazz et The Get Up Kids au milieu des années 90 et sa récente résurgence sous des groupes comme The Hotelier, The World is a Beautiful Place et Into it, Barely Civil a fait ses preuves en tant que niche générationnelle clé dans le renouveau de l’émotion. Originaire du Wisconsin, le combo s’est annoncé comme un compatriote prometteur de la communauté avec un premier album We Can Live Here Forever, sorti en 2018. Cette sortie, comme celle de ce deuxième opus, semble familière. À savoir, être résent et correct, c’est tout ce que l’on peut attendre du sous-genre : les refrains chantés, les guitares qui piaillent, les mélodies arpégées – Barely Civil ressemble à leurs aînés. 

Bien que dérivé, le groupe sonne bien au-delà de ses années : ils savent à quoi, ou à qui, ils veulent ressembler et ils le font avec compétence et conviction. Sur I’ll Figure this Out, le groupe se retrouve à réfléchir à son développement personnel et à un meilleur avenir grâce à son introspection et à son honnêteté émotionnelle typiques. L’album a une propension post-rock pour la mélodie calme/vif : « Graves Avenue » oppose le chant feutré du frontman Conor Erickson à des guitares qui claquent et à une batterie qui bat la chamade ; « North Newhall » suit le mouvement, ponctuant les guitares qui claquent de « blast beats » sporadiques.

Ce n’est pas nouveau, en fait, c’est sur cela que American Football et The World is a Beautiful Place ont construit leurs carrières respectives, et on peut le voir venir à un kilomètre d’ici. 

Il y a quelques points forts : » Box for my Organs » combine la « bombasserie » sonore et la vulnérabilité émotionnelle à l’effet d’excitation de l’âme et T »he Worst Part of December » propose une méditation astucieuse et sobre sur le déclin de la vingtaine. Ces moments forts sont cependant trop peu nombreux et trop éloignés pour que l’album ne soit qu’une imitation de ses influences réalisée avec compétence. 

Barely Civil a besoin d’avoir un peu confiance en ses capacités, c’est une équipe incroyablement soudée et elle fait ce qu’elle fait avec des prouesses impressionnantes. On ne peut pas s’empêcher de penser que le désir du groupe d’imiter ses ancêtres les a empêchés de réaliser leur potentiel.

***1/2


KIdbug: « Kidbug »

6 août 2020

Composé de Marina Tadic de Eerie Wanda, Adam Harding de Dumb Numbers, Bobb Bruno de Best Coast et Thor Harris de Swans, le super groupe Kidbug s’est réuni pour sortir son premier album éponyme né de la romance de Tadic et Harding, Kidbug est une rencontre entre le grunge et la pop dans une longue lettre d’amour.

Après s’être rencontrés lors d’une fête annuelle pour les vacances du label, Tadic et Harding ont commencé à s’échanger des chansons d’amour comme un John et un Yoko des temps modernes. Avec ses amis Bruno à la basse et Harris à la batterie pour compléter le son, Kidbug fait une musique collaborative rafraîchissante tout en expérimentant simultanément la forme et l’exécution. Il n’y a rien de prévisible dans ce groupe.

Avec un temps d’antenne d’un peu moins de 35 minutes, Kidbug est extrêmement conscient de lui-même. Personne ne veut écouter des gens amoureux se lamenter pendant des heures, même si ce serait facile à faire. Onze morceaux, cependant, c’est la longueur parfaite et, certaines chansons ressemblant davantage à des intermèdes tandis que d’autres s’effacent progressivement, Kidbug maîtrise l’art de laisser les auditeurs respirer. Avec un sujet aussi brut et honnête que celui de Kidbug, l’espace est tout aussi important que le son.

Les deux premiers « singles », « Lovesick » et « Good Inside », s’affrontent, juste après l’introduction, « Now Let’s Go To Sleep ». Immédiatement, le ton de la voix de Tadic invite les auditeurs à entrer alors qu’elle se délecte dans son registre grave et flirte avec sa voix de tête. La guitare fuzz de « Lovesic » » est un précurseur du son qui se répandra tout au long du disque, tandis que les chœurs de « Good Inside » deviennent leur propre ligne rythmique, signalant à quel point la musique sera enjouée.

« Moonglue » et « Never » sont deux des morceaux les plus courts de l’album, même si, vu la façon dont le premier passe sans heurt au second, il est clair qu’ils étaient destinés à être couplés ensemble. En utilisant des tons plus sombres et des lasers, « Moonglue » est révolutionnaire dans la mesure où la mélodie vocale complète les lignes de guitare au lieu de l’inverse. Mais c’est « Never » qui vole la vedette. S’ouvrant sur un riff de guitare qui aurait facilement pu être tiré du catalogue de Nirvana, la voix de Tadic va en crescendo et se superpose à elle-même en chantant sans cesse le point central de l’album, « never gonna let go again/ never gonna, never gonna let go of you ».

La simplicité de ces morceaux évolue vers la complexité musicale tandis que le groupe fait travailler ses muscles d’écriture de manière impressionnante. « Woozy » est un mur de son, mettant en valeur la voix de Harding et les accompagnements cinématographiques avant de se terminer à la dernière minute. Il s’arrête soudainement avant que la cloche de vache et les coups de guitare ne lancent les auditeurs dans « Theme from Kidbug ». Avec Tadic et Harding qui se relaient, cette chanson englobe vraiment tout ce qu’est Kidbug : la collaboration, le plaisir et l’amour.

Comme pour certaines autres chansons, « Together » et « Stay » donnent l’impression d’être côte à côte. La première utilise des techniques rythmiques complexes, en suivant un peu le rythme de la manière la plus captivante musicalement. Dans « Together », Tadic chante la facilité avec laquelle « nous nous déplaçons dans un univers parallèle » (easily we move into a parallel universe), tandis que les filtres vocaux et le travail électronique de « Stay » donnent l’impression d’être dans l’autre monde auquel elle faisait référence.

La star de Kidbug est sans aucun doute l’avant-dernier morceau, « Yesterday » ». Un duo approprié pour Tadic et Harding, le lyrisme est à la fois intime et déchirant. « Toute ma vie, je me suis dit qu’il n’y avait personne pour moi » (All my life told myself there was no one for me), chantent-ils, « mais maintenant je sais la vérité/ il n’y avait personne d’autre pour moi » (but now I know the truth to be/ there was no one else for me ). Le « closer » , « Dreamy », qui met en scène Dale Crover de Melvins, est un véritable morceau de rock indépendant avec des accords puissants et de nombreux solos instrumentaux.

Né de l’amour, Kidbug est électrique, émotionnel et le début de quelque chose de remarquable. Portant leur cœur sur leurs manches, ou dans ce cas les chansons, Kidbug est le début de ce qui, espérons-le, deviendra une longue histoire d’amour pour ces quatre personnes au talent impressionnant.

***1/2


Proper : «I Spent The Winter Writing Songs About Getting Better»

19 juillet 2020

Être gay, noir et emo, c’est une accroche, un différenciateur pour ce groupe emo de la cinquième vague. Ou est-ce la sixième vague à ce stade ? Quoi qu’il en soit, ce groupe non googlable nommé Proper, a trouvé une niche dans un domaine très fréquenté, mais sous-estimé, des groupes punk-pop émotionnels modernes.

Ce genre peut être soit super-direct, soit super-obtus. Proper. reprend la première tactique, en rendant tout super-personnel, en insérant autant de mots que possible dans les phrases. C’est un peu une attaque maniaque d’autodérision, une misère de lycée à l’ancienne sur des mélodies enjouées. Vous savez, s’ennuyer, sécher les cours, être rejeté, être rejeté parce qu’on est bizarre. Et puis grandir avec tout ça qui rôde sous la surface. Ou, dans le cas de Proper, au grand jour.

Mais, en plus des plaintes habituelles concernant le fait d’être trop maigre ou d’aimer une musique différente de celle de toutes les masses sans cervelle (bien qu’il y en ait une partie), le chanteur/compositeur principal, Erik Garlington, introduit la race et la sexualité d’une manière qui semble correspondre naturellement aux thèmes du genre. Il ne fait qu’ajouter une couche supplémentaire à un récit déjà bien chargé qui consiste à essayer de grandir dans des régions du monde qui n’apprécient pas ou ne valorisent pas le rock ‘n’ roll en général. Les gens sont stupides. Et c’est pourquoi nous avons l’émo.

Le truc, c’est que Garlington peut écrire un morceau. Est-il le meilleur chanteur du monde ? Pas vraiment. Mais il fait des chansons et des mélodies qui sont très modernes. Et les mélodies et les thèmes sont universels et aussi vieux que le temps : C’est dur d’être un adulte. Toutes les choses de notre passé nous affectent, et toutes les choses actuelles qui se dressent sur notre chemin ne font qu’aggraver et amplifier ces problèmes. Le contenu peut être brut et éclairant. La musique est libre, en zigzag et en zag, ce qui bat l’enfer accord de puissance après accord de puissance (ce qui est parfois bien, mais pas toujours).

J’ai écouté cet album encore et encore et il y a juste quelque chose d’unique que je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. C’est peut-être la spécificité des paroles. C’est peut-être la grande dynamique de la musique (j’aime bien les choses fortes et douces). Peut-être que c’est le combo. Quoi qu’il en soit, si vous aimez ce rock ‘n’ roll poétique, ça vaut vraiment le coup de faire un tour, de cliquer ou autre. Parce que la misère n’est plus seulement pour la génération X.

***1/2


Owen: « The Avalanche »

24 juin 2020

Pour quiconque connaît l’une des œuvres de Kinsella, ce genre de lyrisme franc ne sera pas une surprise. The Avalanche est le dernier album d’un projet solo de longue date nommé Owen et il est à considérer comme une évolution, plutôt une extension, de son travail dans des groupes emo/indie de premier plan comme American Football ou Joan Of Arc. Kinsella a publié un flot régulier d’albums sous le nom d’Owen pendant près de 20 ans, créant un corpus plus autobiographique que celui de ses nombreuses autres formations.

À cet égard, The Avalanche n’est pas différent. Neuf chansons de rock indie acoustique d’une facture exquise qui porte son cœur, parfois douloureusement, sur sa manche. Mais ce qui le différencie, ce sont les profondeurs sombres de sa propre psyché dans laquelle Kinsella voyage. En évitant la complexité qui le caractérise et les signatures temporelles décalées au profit d’arrangements plus larges et plus profonds, Kinsella a la possibilité de laisser son lyrisme prendre toute sa place.

Et il pourrait bien le faire. Bien que le lyrisme et l’imagerie présents dans The Avalanche soient parmi les plus sombres de Kinsella et contrastent fortement avec les douces subtilités de son instrumentation, c’est aussi l’un de ses morceaux les plus forts et les plus transparents, et le troisième titre « On With the Show » pourrait bien en être le meilleur exemple.

Quatre minutes de basse en loop et de guitares jen carillons, le tout soutenu par des percussions discrètes, musicalement c’est le morceau le plus optimiste ici. Sur le plan des paroles, cependant, il traite de l’échec cuisant et des angoisses qui l’accompagnent ; la juxtaposition parfaite dans ce qui est par ailleurs une offrande pleine d’entrain.

Ailleurs, il y a des moments de résignation tranquille (« I Should Have Known »), de dépression (« Dead for Days ») et d’acceptation de soi (« I Go, Ego »), et bien qu’il semble y avoir très peu d’optimisme, The Avalanche n’est pas tant un disque morose qu’un disque sincère ; une fenêtre sur la vie récente d’un certain Mike Kinsella. Le voyage est lourd, bien qu’il ne soit pas aussi lourd que celui que Kinsella a vécu, et bien qu’il ne soit jamais agréable de ruminer sur les troubles émotionnels que d’autres ont subis, il est difficile d’imaginer qu’Owen puisse sortir un disque aussi fort si tout avait été fluide ettranquille.

***1/2


Silverstein: « A Beautiful Place to Drown »

7 mars 2020

Les groupes emo restent encore dans les parages aujourd’hui mais leurs membres vieillissent ; ils se retrouvent donc à un carrefour de leur route où leur carrière peut évoluer de deux façons.

La plus facile est de s’en tenir à des chemins bien usés. Après tout, c’est l’émotion qui a fait le succès du groupe. Le problème, c’est que les rock stars riches et d’âge moyen n’ont plus vraiment de quoi être tristes, et que, par conséquent, leurs textes sonnent forcées et peu sincères.

Heureusement, Silverstein a pris un autre chemin, plus difficile, mais, au bout du compte, plus gratifiant et meilleur : Il a évolué. Le 10e album du groupe, A Beautiful Place to Drown, porte toujours l’ADN de Silverstein, mais il minimise l’émo en faveur du post-hardcore et du métal, continuant ainsi à faire progresser une récente démarche ainsi antreprise sur cet opus.

Dès le premier morceau, « Bad Habits », l’ambiance punk est à l’honneur, avec une pointe de pop-punk dans un premier temps, en raison du chant et de la tonalité générale. Ce qui le ramène dans le domaine du post-hardcore, ce sont les lignes criardes, utilisées comme un accent plus qu’une caractéristique, qui font que les influences de la guitare métallique sont pop.

En continuant sur cette voie, « Burn It Down » n’a presque rien d’émo, et c’est mieux pour lui. Caleb Shomo de Attack Attack ! et plus récemment Beartooth – groupes de metalcore et de hardcore – fait son apparition et son influence y est plus qu’évidente. « Where Are You » fait un peu perdre le pied. Ce n’est en aucun cas une jam lente, mais le changement de rythme est opportun.

L’un des points forts de l’album est « Infinite », qui utilise une apparition d’Aaron Gillespie de Underoath pour lui donner un aspect plus dramatique et plus expansif. Le refrain a des nuances du Top 40 du rock – pensez à Imagine Dragons – une couche presque éthérée sur un jeu de guitare inspiré du punk cumulé à une nuance electro sans qu’aucune instrumentation électronique ne soit tangible.

Après le peu inspirant « Shape Shift », viendra « All On Me », qui est le plus proche des racines emo de Silverstein sur ce A Beautiful Place to Drown. Il s’agit d’une chanson de rupture sérieuse avec un côté d’apitoiement, chantée sur une mélodie qui ne serait pas déplacée dans un drame romantique.

Une fois que vous serez bercé dans un sentiment de calme et de sécurité, l’album vous lancera tête baissée dans « Madness », qui s’ouvre sur le riff de guitare le plus dur et le plus hardcore de l’album et Princess Nokia, star de l’emo-rap, y fera une apparition sur un couplet.Les textes rageurs, échangés avec les cris particulièrement agressifs du chanteur Shane Told, seront, à cet égard, le point culminant de l’album en termes d’énergie.

Suivront « Say Ye » et « Stop » qui reviendront dans la zone pop-punk introduite dans le premier titre. « Madness » est une composition difficile à suivre et elle sonnera peu plate à l’écoute de l’album dans son ensemble.

« September 14″ », quant à lui, mélange des paroles emo et une technique de guitare punk. Son pont est le moment métal de l’album grâce, en outre, à sa voix criée et un rythme qui entraînera tout auditeur à lâcher prise et se livrer à fond. L’album se terminera avec « Coming Down », qui se distinguera surtout par un refrain qui semble conçu spécialement pour se loger dans notre tête pendant un bon bout de temps et « Take What You Give », leatroisième et dernière des reprises emo.

Le plus grand a priori qu’on pourrait avoir à l’égard de A Beautiful Place to Drown est la stigmatisation que la musique emo a développée depuis son apogée.On saluera alors cette volonté à aller de l’avant en souhanitant qu’elle n’effraie les fans de punk ou de métal au point d’obérer les chances que pourrait avoir Silverstein à surnager.

***1/2

 


Four Year Strong: « Brain Pain »

1 mars 2020

Il est difficile de croire que Four Year Strong est un groupe qui a vint ans d’âge, mais, quand on entend les compositions spectaculaires de leur dernier album, Brain Pain, cela devient évident. Bien que le groupe ait certainement marqué les scènes pop-punk et post-hardcore avec ses albums révolutionnaires, Rise or Die Trying et Enemy Of The World, il n’a pas peur de s’éloigner des sons qui l’ont fait connaître, et c’est exactement ce qu’il fait avec Brain Pain.

La première chose que les fans de longue date remarqueront sur cet album est l’indéniable lourdeur de certains moments. Le travail des guitares en particulier est remarquable, mais même des chansons comme la chanson titre, « Brain Pain » ne ressemblent à rien de ce que le groupe a sorti auparavant. Prenez cela et associez-le à un lyrisme très conscient de soi et aux harmonies vocales caractéristiques de Four Year Strong, et vous obtiendrez facilement l’un de leurs meilleurs disques à ce jour. 

Il est presque difficile de résumer Brain Pain sans qu’on ne fasse découvrir l’album en entier, piste par piste, et ce n’est certainement pas mauvais signe – cela signifie simplement qu’il y a un petit quelque chose de spécial dans chaque chanson de cet album. Le morceau d’ouverture, « It’s Cool », par exemple, commence sur un ton très théâtral et orchestral, mais passe rapidement à l’une des chansons les plus heavy du groupe. Puis vient l’accrocheur « Get Out Of My Head », porté par un travail à la guitare au son presque nu-métallique et un refrain classique de Four Year Strong qui, malgré le titre de la chanson, est sûr de vous rester coincé dans la tête. Et puis il y a la folle rupture dans « Crazy Pills » et le fantastique son de guitare dans le morceau suivant, « Talking Myself In Circles ». 

Il y a facilement quelque chose qui fait que chaque morceau se démarque, et c’est à la fois la plus grande force de l’album et parfois sa plus grande faiblesse. Bien qu’il soit un véritable bang après l’autre, il peut aussi parfois donner l’impression d’un coup de fouet. Les changements drastiques dans les chansons optimistes et accrocheuses comme « Learn To Love The Lie » et « Brain Pain », d’influence plus métal/hardcore, suffisent à vous faire tourner la tête. Mais heureusement, à la manière de Four Year Strong, une fois que le refrain a été joué, tout semble s’accorder. 

L’album ne perd jamais vraiment de sa vigueur non plus. Alors que l’intro de « Seventeen » ressemble presque à une chanson de Knocked Loose, elle se transforme rapidement en un morceau étonnamment lumineux et optimiste. Il y a aussi un moment pour prendre une pause dans la superbe piste acoustique, « Be Good When I’m Gone », avant que l’album ne se termine inévitablement en force quelques chansons plus tard avec « Young At Heart », qui, sans surprise, ne ressemble en rien aux chansons qui le précèdent. 

Après une décennie de collaboration, de nombreux groupes peuvent avoir du mal à trouver l’équilibre entre l’essai de nouveaux sons et la fidélité à ce qui a fait tomber les fans en amour avec eux au départ, mais dix-neuf ans plus tard, Four Year Strong a réussi d’une manière ou d’une autre à perfectionner l’art de l’expérimentation. Brain Pain est certainement un album classique de Four Year Strong dans ses harmonies vocales et ses refrains accrocheurs, mais il donne aussi au groupe une certaine marge de manœuvre pour explorer de nouvelles sonorités tout en donnant rarement l’impression d’être forcé. Brain Pain est la preuve que le groupe a définitivement de la résistance en 2020.

***1/2


Short Fictions: « Fates Worse Than Death »

20 janvier 2020

Dans la catégorie emo revival, on peut citer Short Fictions. Ce quatuor venu de Pittsburgh avait débarqué début 2015 avec une démo ; suite à cela, sa popularité popularité n’a cessé de croitre permettant au combo de publier ce « debut album », Fates Worse Than Death.

Voulant prouver qu’ils sont plus qu’un groupe emo, c’est avec huit compositions atypiques que Short Fictions compte sortir des sentiers battus notamment avec l’introduction racée mais mélodique intitulée « Apocalypse With Anyone But You ». Fates Worse Than Death surprend pour ses influences sur mesure allant du college-rock (« Cities Under Water », « Really Like You ») au post-hardcore (« Nothingness Lies Coiled At The Heart Of Being (It’s Such A Good Feeling) »).

On y perçoit des arrangements menés aux cuivres et au glockenspiel sans oublier des interludes en spoken-word afin de casser la monotonie. Le combo compte nous surprendjusu’au bout du bout , que ce soit sur « Fates Worse Than Death Pt II: Anthropocene » ou savec « I’m Proud To Know You, You Are Special (Goodbye, Ryan) ». Le final nommé « Property of Pigeons » catalyse toute la tension que regroupe ce premier album avec classe et agilité et nous convainc d’un talent qui ne demande qu’à germer.

***1/2


Mister Goblin: « Is Path Warm ? »

27 novembre 2019

Sam Woodring, Two Inch Astraunots, s’émancipe avec son nouveau projet Mister Goblin. Après avoir publié un premier EP en décembre dernier, le musicien de Silver Spring présente son premier album nommé Is Path Warm ?.

Mister Goblin ne s’éloigne pas de ses origines musicales mais arrive à trouver un compromis sur ces huit morceaux. A mi-chemin entre indie folk et emo, Sam Woodring nous sert des ballades acoustiques telles que « Between You and Me » et « The Forgettery » mais aussi des morceaux pop-punk électriques comme « No Crime Here » et « SYML ».

Avec comme principales thèmes sa crise existentielle et sa santé mentale, le musicien américain réussit tout de même à convaincre avec sa plume touchante et vraie que nature. Sur Is Path Warm?, il cicatrise ses douleurs les plus profondes que ce soit sur « Health Class Teacher » en guise d’introduction mais aussi sur « Calendar Dogs » qui compte également la participation de Sadie Dupuis aux choeurs. Mister Goblin a réussi à se réinventer après l’aventure Two Inch Astronaut et à concilier les influences lorgnant aussi bien du regretté Elliott Smith que Fall Out Boys ou Jimmy Eat World.

***1/2


Turnover: « Altogether »

5 novembre 2019

Ceux qui ont suivi la trajectoire musicale de Turnover les ont découvert en mode emo avec leurs deux premiers albums. Toutefois, ce style n’aura pas duré longtemps pour le groupe de Virginia Beach qui a étonné son entourage avec son Good Nature qui empruntait un virage plus onirique. Le pari est maintenu mais risqué mais la formation menée par Austin Getz ne compte pas en rester là su son petit dernier, Altogether.

Marchant sur les pas de leur prédécesseur, Turnover (ainsi que le producteur Will Yip) se complait dans ce virage dream-pop et jangle-pop mais à une légère différence. On y décèle des arrangements on ne peut plus étoffés avec l’intervention des cuivres sur les premières secondes de « Still In Motion » ainsi qu’une palette musicale plus large. Il ne faudra pas s’étonner si le groupe de Virginia Beach explore les sonorités lounge, disco, funk et jazz sur des morceaux toujours mélodiques et aériennes comme « Much After Feeling », « Number On The Gate » et autres « Sending Me Right Back » qui nous feront planer comme jamais.

On y décèlera aussi des allures plutôt 80’s notamment sur les enivrants « Parties » et « Valley Of The Moon » qui est une preuve que Turnover possède un large éventail d’influences. Altogether montre de nouveau un Austin Getz de plus en plus serein et déterminé à mettre son passé tumultueux derrière lui tout au long de ce quatrième album qui se clôt avec le subtil « Temporary Love ». Le groupe de Virginia continue de prendre ses aises et de nous étonner à chaque opus par son intelligibilité.

***1/2


From Indian Lake: « Dimly Lit »

31 octobre 2019

From Indian Lakes avait fait parler de lui avec son album Everything Feels Better à l’automne 2016. Ce projet musical californien mené par Joey Vannucchi est considéré comme étant une valeur sûre de l’emo revival américain de cette décennie. Cette fois-ci, il décide d’opérer un changement drastique sur ce nouvel album intitulé Dimly Lit.

Dix ans après sa formation, From Indian Lakes souhaite évoluer et élargir ses horizons musicaux et ce nouvel opus va répondre à cette problématique. Cela s’entendra parfaitement à travers des morceaux plus pop et plus synthétiques comme l’entraînante introduction « New Love » mais également « It Pulls You Up » et « No One Else » qui garderont, toutefois, une base indie rock.

Le nouvel album est également riche en collaborations, ce qui est une nouveauté. On peut citer Soren Bryce de Tummyache qui pose sa voix à trois reprises sur les enivrants « Dissonnance », « Cover My Eyes » et « Almost There » tout comme Nandi Rose Plunkett de Half Waif qui intervient sur « Your Heartbeat Against Me » et sur « A Bad Dream ». Mention spéciale à Miriam Devora des excellents Queen of Jeans sur les divins titres que seront « Garden Bed » et « Faces ». Chaque invité apporte ainsi son ingrédient spécial sur des compositions qui rappeleront la grâce de M83 et de The Postal Service.

Entre temps, on qura pu apprécier les cexplorations indie pop électroniques autant oniriques que pêchues que sont « Breathe It Out » et « When It’s Love You Want ». From Indian Lakes a indéniablement réussi sa réinvention artistique avec ce Dimly Lit résolument aventureux et novateur sans jamais désorienter sa fan base initiale.

***1/2