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Tant qu'il y aura du Rock!

Hania Rani: « Esja »

Un premier album comme Esja se célèbre. Fluide, harmonieux, très intuitif, il nous habite aussitôt — et, après, il se fait aussi insistant qu’un aimant. C’est d’autant plus étonnant que la musicienne polonaise Hania Rani, une habituée des projets et des collaborations, n’avait pas prévu de produire un album solo, pas plus que de le consacrer au piano. Mais ses bases en musique, classiques, se sont naturellement imposées. Esja incarne ainsi pour la jeune compositrice une étude de ce qui la fascine et la constitue — les sons, les harmonies, leur langage capable de traduire une partie du monde.

Enregistrées à la fois dans un studio en Islande et dans son appartement de Varsovie, ces dix plages sont un ravissement de rythmes et de climats ; leur rondeur grave rappelle parfois Nils Frahm, les séquences répétées ont un écho de Max Richter. En mêlant une organisation serrée et une liberté de mouvement, Hania Rani exprime brillamment la tragédie, la résilience, la volupté, parfois dans un même morceau (« Eden »). Que sa main ne perde jamais cette grâce.

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5 juillet 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Daniela Savoldi: « Ragnatel »

On sait peu de choses sur l’italo-brésilienne Daniela Savoldi ; autant les pianos en solo sont légion, parfois inspirés, parfois moins, autant le violoncelle a peu de place dans la musique néo-classique ou contemporaine en instrument soliste. On pourrait bien sûr citer David Darling croisé régulièrement aux côtés du pianiste Ketil Bjornstad (superbe Epigraphs chez ECM en 2000) ou encore de Chris Hooson et de Quentin Sirjac pour Vallisa (2010), ou aussi de l’Islandaise Hildur Guðnadóttir remarquée aux côtés de Johann Johannsson ou encore pour la B.O de Chernoby.

La démarche de Daniela Savoldi est à la fois plus radicale et moins volontiers mélodique.  Ne s’estompant jamais totalement dans l’abstraction, elle privilégie un entre-deux un peu douloureux, aisément inconfortable, oscillant entre des drones grinçants et glaçants, une voix distante comme sur « Ragnatele » qui ressemble finalement à une tarentelle asséchée et neurasthénique.  S’ouvrant parfois à quelque chose de plus expérimental voire noise, Daniela Savoldi n’oublie jamais la grâce, cet « Improvviso » à la fois nerveux, fébrile et tremblant. Des tapotements fugaces, une palpitation organique.  Une chair à l’os, une pulsion qui hésite entre torpeur, menace et douceur.

Radical, le geste musical de Daniela Savoldi l’est assurément mais jamais délesté d’une belle part de délicatesse. Le jeu de violoncelle de la dame va à l’essentiel, ne s’égarant jamais et profitant d’une concision bien acquise, « Storia Di Un Attentato » enchantera par son choix des ruptures comme une ligne continue qui se diviserait.

Mais là où l’italo-brésilienne se révèle la plus pertinente c’est dans son savant calcul de l’espace et du jeu de la durée d’un son, ce minuscule intervalle que l’on appelle le silence, cette prudente combinaison de notes qui forme un lieu, un abri. « Space » prouve une fois encore que le silence est la plus harmonieuse des notes, on retrouve dans cette pièce-là l’irradiation ressentie à l’écoute des disques d’Arvo Part, le sommet d’un disque qui s’élève haut, très haut.

Ni vraiment post-Rock, ni seulement contemporaine, la musique de la violoncelliste résiste au classement. Elle échafaude des structures qui pourraient sembler fragiles, comme des châteaux de cartes qui fuiraient le vent mais à bien y regarder, en se rapprochant, on se rend vite compte malgré le caractère impalpable des lignes mélodiques d’une cohérence pleine et modeste à l’image de « Dada », mi-collage, mi déambulation sans but. En clôture du disque, « Modulator » propose d’autres voies plus électroniques pour l’auditeur de Daniela Savoldi.

Une musique somptueuse, viscéralement savante mais d’une empathie folle ; un troisième album qui s’affranchit des cofes et flirte avec la marge, la dissonance, la poésie.

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5 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Seabuckthorn: « Crossing »

Sortie après sortie, le label Eilean semble pousser les artistes qui y contribuent, à produire à la fois le meilleur d’eux-même et leur productions les plus singulières. C’est ce que l’on retrouve aujourd’hui avec ce nouvel et huitième album de l’anglais Andy Cartwright.
Cet album généreux par sa longueur (54 minutes), et sa densité, est principalement composé avec une guitare à résonateur. Plus qu’un album solo de guitare, Seabuckthorn dépasse les limites de son instruments le long de ces 14 morceaux sombres et habités. L’utilisation éparse de banjo, percussion et surtout de clarinette viennent apporter de nouvelles variations singulières aux morceaux.

A la fois drone, ambient ou blues, la musique de l’anglais défie les genres et les clichés pour se forger sa propre trajectoire fascinante et changeante. Catwright développe une parfaite maîtrise de l’espace dans ces productions à la fois rêveuses et viscérales.
Indispensable.

***1/2

2 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Caught In The Wake Forever: « Waypoints »

Fraser McGowan peaufine désormais quasiment un album chaque année. Si ses précédents disques étaient pour la plupart réalisés en solo, l’avant-dernier (Version & Delineation) – minimal et diversement convaincant, paraissait avec le concours du mystérieux Glacis. Avec Waypoints, le multi-instrumentiste écossais s’ouvre à nouveau aux contributions : celle électronique de Darren Galloway ; celles de Colin Morrison à la guitare classique Ibanez, et Yellow6 à la guitare électrique.

Ce nouveau cru en formation étoffée livre des passages remarquables. Ensemble ils approfondissent des esquisses créées par McGowan au cours des quatre dernières années. Les deux guitares, notamment, donnent une coloration chaleureuse à des morceaux à tonalité mélancolique, tels que « Carousel » ; ou « The Houses Here Have Changed Lately » qui commence comme une mélodie néo-classique flânant entre piano et guitare, puis se transforme en une ambiance plus organique et environnementale, animée par des sons d’insectes ou de batraciens et des grésillements radiophoniques. « Just Above The Floodlines », d’apparence très simple, répétant quelques notes de piano hypnotique sur un rythme un peu bancal, est un des plus beaux titres.

On retrouvera dans « Wool & Wire » et dans presque tout le disque ces bruissements mystérieux, craquements, glitch et autres signaux venant troubler l’atmosphère comme captés par un immense télescope sous un ciel étoilé. Ils forment une sorte de trame émotionnelle qui fait écrin à l’instrumentation mélodique et rend ce disque attachant.

***1/2

2 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Haythem Mahbouli: « Catching Moments In Time »

Le projet d’Haythem Mahbouli, compositeur tunisien vivant à Montréal révèle des accointances entre néo-classique et musiques électroniques. Centré sur un travail au piano, son premier album se déploie sur une durée d’une heure et, comme souvent avec ce registre musical, va rapidement chercher l’émotion de l’auditeur.

C’est ainsi que, dès le titre d’ouverture (le bien nommé « Catching The First Moment »), le compositeur incorpore cordes et vocalises féminines pour atteindre et attendrir son public. Plus loin, la conjonction des touches répétées de piano et de notes tenues des instruments à cordes (« Transition »), ces mêmes instruments à cordes montant vers une apothéose (Birth) ou les poussées de ces éternelles cordes (dans un schéma trop proche des musiques de films, dont on ne sera pas étonné d’apprendre que le Tunisien en compose) sur le caudal Catching The Last Moment visent assurément à la même efficacité.

Plutôt que ces procédés un rien trop voyants ou évidents, on préfèrera quand Haythem Mahbouli opte pour des approches moins immédiates, à l’image de « And Miles To Go Before I Sleep » et sa progression savamment distillée (les frémissements électroniques cédant la place aux cordes qui, elles-mêmes, laissent la fin du morceau à des samples parlés), de « Loss » avec ses éléments synthétiques entre souffles et bruissements superposés aux cordes ou encore de « Moments That Remain » et ses touches de clavier ouatées. Assurément, et cet album le prouve à nouveau, ce registre néo-classique n’a rien à gagner à aller vers la surenchère et la facilité.

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21 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Alex Kozobolis: « Somewhere Else »

C’est du côté de Londres qu’il faudra aller pour trouver l’un des plus beaux albums solo piano du moment. Il est signé du compositeur et artiste multimédia Alex Kozobolis.
Vidéaste, photographe et donc aussi pianiste à ses heures, le garçon compose des musiques instrumentales, seul au piano. Son deuxième album,
Somewhere Else, fait suite à un premier très remarqué paru en 2016.


Un album présenté par l’auteur comme un assemblage de souvenirs de lieux, qui fait la part belle à l’improvisation dans des compositions bucoliques, baignées de poésie. Il se dégage de l’ensemble une douceur et une délicatesse dans l’approche qui apporte à l’auditeur un vrai confort et une forme sérénité très agréable. Un album qui s’écoute comme une balade à travers une campagne verdoyante et tranquille sous un ciel bleu azur. Un album totalement apaisant fait de compositions très libres, remplies de poésie et d’intimité.

***1/2

15 juin 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Morgonrode: « Morgonrode »

La formation norvégienne Morgonrode développe un univers qui puise dans son héritage culturel, pour l’entrainer vers un ailleurs suspendu, qui voit la folk, le jazz et la musique traditionnelle flirter avec le temps, où voix en lévitation, violons, contrebasse, percussions et nyckelharpa, happent l’auditeur vers un ailleurs singulier, aux atmosphères rares et précieuses.

Le monde de Morgonrode touche de plein fouet l’auditeur de par son immédiateté musicale. Pas besoin d’en comprendre les mots pour se sentir soulever par ces mélodies virevoltantes, jouant avec des anges bercés par le souffle de cordes ancestrales et la magie de rythmiques raffinées.

Le quintet nous transporte titre après titre dans la succursale d’un Eden caché, dissimulant un trésor à la beauté éblouissante, gardiens d’une musique céleste aux bordures dorées et dotée d’un puissant pouvoir envoutant. Majestueux.

***1/2

13 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Ian Hawgood + Danny Norbury: « Faintly Recollected »

Le prolifique Ian Hawgood possède enrichit ici sa discographie ici par sa collaboration avec le violoncelliste et compositeur Danny Norbury, qui bien que peu prolifique dispose lui aussi d’une discographie impeccable puisqu’il a été, notamment, l’auteur de l’incontournable Lifgt In August et a œuvré dans de nombreux groupes, en particulier ce même Hawgood sur le projet Black Elk.


Faintly recollected est un opus calme et extrêmement contemplatif qui se fond parfaitement dans l’esthétique des deux artistes. A l’origine pensé comme une pièce unique, l’album a été pour sa sortie, divisé en sept pistes qui s’enchaînent logiquement parfaitement.
Les mélodies mélancoliques et soignées de Norbury sont délicatement accompagnées par des touches de kalimba d’Hawgood et par la précision de ses textures électroniques.
L’italien Stefano Guzzetti, autre habitué du label, se charge du mastering de l’album pour reboucler la dimension collaborative et quasi familiale de l’
entrprise.

***1/2

10 juin 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Aaron Martin: « A Room Now Empty »

Le compositeur américain Aaron Martin a toujours été très prolifique et il amorce un retour avec un opus nommé A Room Now Empty.

Martin étudiait le rapport à la mémoire dans sa musique, aujourd’hui l’Américain conçoit ces nouveaux morceaux comme un cheminement temporel à l’échelle d’une vie entière. Toujours centrée sur le violoncelle, la musique de l’artiste s’enrichit de nombreux instruments : guitare, ukulele, basse, lap steel, piano pour emmener l’auditeur dans son propre voyage personnel.


L’aspect brute et rustique de ses productiont que l’on retrouve à nouveau ici, apporte toujours une charge très personnelle à la musique de Martin, qui la place bien au dessus des productions très lisses des compositeurs actuels de musique neo classique.

Nostalgique et cinématique, A Room now Empty vous emmènera très loin, seulement bien sûr, si vous vous laissez absorber par son atmosphère singulière.

***1/2

10 juin 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Kinbrae: « Landforms »

Les frères jumeaux Andrew et Michael Truscott  forment Kimlbrae, mêlant instrumentation classique, production électronique et field recordings. Avec leur deuxième album Landforms, ils puisent leur inspiration de la rivière Tay en Écosse et de ses rives, au fil du temps et des saisons.

Il n’est jamais aisé de chercher à mettre en musique une géographie donnée, pouvant limiter l’auditeur dans l’appréhension de la musique proposée. Pourtant  Kimbrae relève le pari avec brio, nous entrainant dans les remous et les courants de Tay, plongeant au dessus de montagnes et de vallées en bordure, dépassant le cadre des frontières pour embrasser une universalité poétique, touchant les sens profonds de l’auditeur pour réveiller en lui une cartographie intérieure.

Landforms évite les écueils d’un néo-classicisme abscons, ouvrant en grand les portes de l’imagination, flirtant avec l’espace et le temps, mariant mélancolie mémorielle et sursauts présents, spirales climatiques et ambient tortueux sur lesquels souffle une bise d’instruments à vent, touchés par la grâce et l’élégance.

***1/2

27 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire