Hoshiko Yamane & Mikael Lind Spaces In Between

Spaces in Between est une collaboration entre Hoshiko Yamane (Tangerine Dream) et Mikael Lind. Le titre se déploie déjà de plusieurs façons : les deux musiciens sont compositeurs et interprètes, et le processus d’écriture de l’album les a amenés à envoyer des fichiers sans se rencontrer, entre Berlin et Reykjavik. L’album se situe dans un espace entre acoustique et électronique, classique et pop (du moins si vous acceptez les séquences de synthétiseurs old-school comme de la pop). Il se situe dans un espace entre la musique d’ambiance, et l’idée bien connue de la musique de meubles, et les compositions qui ont toujours quelque chose à faire. Toutefois, Spaces in Between est un disque d’une simplicité et d’un lyrisme trompeurs. On l’entend tout au long de l’album, mais on en trouve la preuve dans des morceaux comme « Getting the Message Across ».

Des violons doublés commencent à jouer et suscitent une réponse du piano, qui est bientôt accompagné par un beau et chaleureux clavier. Le violon d’Hoshiko Yamame sonne magnifiquement, le piano de Lind résonne avac la même magnificence. Encore une fois, il s’agit de contrastes simples mais nets dans l’identité sonore. La liste des morceaux le montre aussi : « Connecting the Cycle », « Flow Plus Cycle », « Lasting Cycle » « Into the Whirl », « Wave Interaction » – les musiciens ne cessent de bouger. Enfin,  ce dernier titre, » commence par une phrase rythmique provenant d’un oscillateur, puis les deux collaborateurs jouent dessus.

L’album est juste de la bonne longueur aussi – 8 titres répartis sur 42 minutes. Mais dans cet environnement sonore confortable, on ne s’ennuie jamais. Les oscillateurs entrent, ancrent un morceau et en modifient subtilement l’ambiance. Les couches de piano interagissent avec le son cristallin du violon. Parfois, comme dans « Reprocessed Phrases », un crépitement agréable se fait entendre en dessous, de manière ambiguë. Bien que l’ambiance soit très similaire du début à la fin, il y a une grande délicatesse et un grand souci du détail. Délicat, mais grave.

***1/2

Aaron Diehl : »The Vagabond »

Le pianiste américain Aaron Diehl s’est surtout fait connaître comme accompagnateur privilégié de la chanteuse Cécile McLorin Salvant — les deux se sont encore produits en duo cette semaine. Mais Diehl a aussi ses projets en parallèle, et en leader : à preuve, ce troisième album pour l’excellente étiquette Mack Avenue, cette fois en trio avec Gregory Hutchinson à la batterie et Paul Sikivie à la contrebasse.

Entre sept compositions et quatre reprises (on note celle de John Lewis (une influence évidente pour Diehl ), de même qu’une superbe version de « Piano étude no 16 » de Philip Glass, une autre référence pour le pianiste), le jeune trentenaire distille son jeu précis et sophistiqué dont l’éclat et la virtuosité se mesurent paradoxalement dans la retenue. Formé tant en classique qu’en jazz (ce qui s’entend partout, à la manière d’un Fred Hersch), Diehl possède une touche d’une rare luminosité et d’une rare profondeur : c’est dans les détails que l’on note la richesse de son jeu, et c’est très bien comme ça.

***1/2

Anne Müller: « Heliopause »

Après de nombreuses participations, comme violoniste ou violoncelliste, sur des sorties d’autres musiciens, comme des collaborations avec Nils Frahm dans lesquelles son nom apparaissait au même niveau que celui de l’autre intervenant, c’est donc dans l’exercice purement solo que l’Allemande s’aventure sur son « debut album ».

Purement solo, certes, mais pas uniquement dédié à son instrument de prédilection car le violoncelle n’est pas le seul présent sur ce court album (six morceaux pour une grosse demi-heure) puisqu’un piano est ainsi joué sur « Being Anne », mais de manière un peu détournée car Anne Müller l’utilise avec un médiator, employé pour jouer des cordes, et gratte les mécanismes pour créer une rythmique, avant de retrouver ce clavier plus loin, de manière plus traditionnelle sur « Aarhus/Reminiscences ». Par ailleurs, n peut l’entendre frapper la caisse de son violoncelle pour former des coups répétés (« Nummer 2 »), ou ajouter des vocalises (« Drifting Circles) », tout cela intelligemment combiné aux interventions à l’archet mises en boucle.

Cet alliage d’auto-sampling et de petits adjuvants fait, on a récemment eu l’occasion de le souligner lors de la recension du concert de Mary Lattimore, la qualité des propositions néo-classiques centrées sur un instrument principal. De fait, à la différence de ceux qui se satisfont de jolies mélodies et de respirations très profondes et intensément pensées, il y a là une volonté de travailler sur l’itération et une forme de musique sérielle vraiment réussie. Cette accointance s’exprime particulièrement quand le tempo s’accélère et que l’archet attaque plus rapidement les cordes (« Drifting Circles », qu’on peut effectivement apparenter à des cercles un peu déviants). En creux, le morceau-titre, qui conclut le disque, peut alors apparaître comme un peu plat et manquant d’inventivité, opérant majoritairement dans les graves, mais sans recherche autre. Reste toutefois un disque assurément intéressant et la curiosité de ce que Müller pourrait véhiculer sur scène.

***1/2

Robert Haigh: « Black Sarabande »

Black Sarabande prolonge les débuts séduisants du pianiste-compositeur Robert Haigh grâce à une collection de compositions intimes et évocatrices au piano.  Haigh est né et a grandi à Worsbrough, dans le sud du Yorkshire, en Angleterre. Son père, comme la plupart des pères de ses amis, était un mineur qui travaillait à la mine locale.  Le travail de Haigh est marqué par le bruit matinal des chariots de charbon manœuvrés sur les rails, le passage de trains lointains et les sentiers ruraux longeant le paysage industriel désertique.

L’album s’ouvre sur la chanson titre – un motif de piano spacieux et plaintif se développe à travers une série de variations discordantes avant de se résoudre. Sur « Stranger On The Lake », les textures et les sons trouvés jettent les bases d’une phrase de piano à deux accords évoquant un sentiment d’élégie. « Wire Horses » est une peinture sonore et atmosphérique d’espaces ouverts et de lumières lointaines. « Air Madeleine », de son côté, utilisera des variations de tempo et de dynamique pour créer le morceau mélodique le plus séduisant de l’album.  « Arc Of Crows » improvisera sur un seul accord de septième majeure, faisant éclater des gouttelettes de notes tandis que des traînées fantomatiques et mélodiques glissent et s’imposent lentement à notre vue.

« Ghosts Of Blacker Dyke », une évocation nostalgique des racines de Haigh dans le nord industriel de l’Angleterre, mêlera les sons dissonants de l’industrie à un ensemble de variations langoureuses au piano tandis que « Progressive Music » sera construit autour d’une série d’accords de piano légèrement dissonants et arpégés qui modulent les changements de tonalité majeurs et mineurs avant de se résoudre en un refrain nostalgique et énigmatique. Dans « The Secret Life of Air », une ligne de piano nocturne et grave se frayera lentement un chemin à travers l’ambiance feutrée de la pièce, s’arrêtant presque au moment où chaque note se forme et se réverbèrera en un flou avec la suivante. L’ambitieux « Painted Serpent » commence calmement avec des tampons en forme de drone et se développe avec l’introduction de lignes de piano en contrepoint et un collage orchestral de sons soutenus par un motif de basse délibéré. « Broken Symmetry » et « Lady Lazarus » souligneront enfin le talent de Haigh pour brouiller la ligne entre dissonance et harmonie – des portraits opaques au piano de clair de lune et d’ombres évoquent les palettes impressionnistes de Harold Budd, Debussy et Satie.

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Pauline Oliveros, Stuart Dempster, Panaotis: « Deep Listening »

L’étonnant classicisme « drone » de Pauline Oliveros re fait enfin surface pour une édition définitive de 30e anniversaire, nouvellement enrichie de matériel provenant de l’album un peu plus tardif mais connexe The Readymade Boomerang.

Enregistré en 1989 dans une citerne avec une réverbération de 45 pouces, située à 14 pieds sous terre à Seattle, Deep Listening est un coup de maître en matière d’harmonie intuitive dirigé par l’une des compositrices, accordéonistes et penseurs musicaux les plus vénérés du 20ème siècle : Pauline Oliveros. Accompagnée de ses collaborateurs de longue date au sein du Deep Listening Band, Stuart Dempster (trombone, tuyau d’arrosage, conque, didjeridu) et Peter Ward alias Panaiotis (voix, sifflement), le trio produit une musique totalement atavique mais tournée vers l’avenir, qui sonne de manière convaincante comme de l’électronique mais qui est en fait entièrement acoustique à l’origine, et qui risque de laisser les auditeurs de Deep Listening cloués au sol par cette conception de la composition actuelle.

Comme le cri lancinant de la Terre nourricière qui se lamente depuis des siècles, il est difficile d’éviter les comparaisons pour ce disque avec des événements qui ont pratiquement dépassé la conception humaine. Bien sûr, il ne s’agit que de trois personnes dans un espace très résonnant, mais les résultats parlent directement à nos six sens d’une manière qui échappe vraiment à la classification concrète et qui ne peut être saisie qu’au niveau le plus insaisissable, spirituel – à moins que vous ne vouliez entrer dans la physique de la phénoménologie acoustique et de la psychologie, et pour être juste, cela pourrait gâcher l’effet. Nous vous recommandons plutôt de trouver le temps et l’espace pour accorder toute votre attention à cet album – de préférence la nuit, lorsque les conditions sont similaires à l’obscurité que les interprètes ont connue dans la citerne – et de vous sentir dématérialisé, comme leurs sons, dans un état perceptif de décomposition vibratoire pure et finement graduée et de mystère harmonique.

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Daniela Savoldi: « Ragnatele »

Parmi les nombreux talents originaux et intrigants de la musique actuelle, on a tendance à passer à côté de Daniela Savoldi est une violoncelliste italo-brésilienne qui s’efforce de penser musique néoclassique autrement. Cela s’est vu sur ses deux premiers albums et cela se confirme définitivement avec son successeur intitulé Ragnatele.

Sur ces six titres, elle incorpore des éléments ambient et drone sur sa musique méditative et cinématographique. Il en résulte unopus des plus labyrinthiques avec des morceaux venus d’ailleurs tels que l’introduction du disque qui annonce la couleur et mettant en avant une voix des plus fébriles mais bien également « Improvviso » et « Space » jamais dénués de poésie. Avec ses drones grinçants rendant ce virage plus radical et expérimental sur des titres quasi-noisy tels que « Storia Di Un Attentato » et « Dada », la violoncelliste rajoute plus d’une corde à son arc et fait de ce Ragnatele qui se clôt avec le nerveux « Modulatori » un disque où le dissonant rencontre la poésie.

***1/2

Cicada: « Hiking In The Mist »

Après s’être plusieurs fois consacré à l’univers aquatique, Cicada inverse la perspective avec son nouvel album, puisqu’il s’agit de s’attacher ici aux montagnes, éléments qui constellent l’île de Taiwan d’où est originaire le groupe. Fidèle à sa musique de chambre, entre post-folk et néo-classique, la formation se fait toutefois plus ascétique que par le passé, optant pour une forme plus minimale, laissant souvent ses instruments quasiment à nu.

La belle délicatesse qui en résulte permet de goûter à ces notes perlées de piano, à ce toucher de guitare acoustique très léger ou bien à ces cordes très sensibles. Passant de climats lents et contemplatifs (« Moutain Stream ») à des rivages plus primesautiers, abordés grâce à des notes aigues et des pizzicati de cordes (« Sneaky Visitors In The Cabin) », le groupe reste, dans l’ensemble, dans cette économie de moyens.

Par endroits, toutefois, Cicada choisit une orchestration plus riche, quand les différents intervenants agissent de concert, pour des propositions qui auraient alors mérité d’être davantage étirées dans la durée (le morceau-titre, « Twilight Clouds »). Au milieu du disque, « Sunlit Grassland » optera pour une durée supérieure à huit minutes, permettant au piano de s’emballer au milieu du titre, avant que la guitare acoustique pincée ne prenne le relais dans le final, enrobée par quelques cordes. Rassérénés par ce morceau, les Taiwanais enchaînent, un peu plus loin, avec « Overlook Where We Came From », dans lequel une batterie frappée aux balais s’introduit aux côtés des instruments en charge des mélodies. Le tout compose alors un album, peut-être un peu mineur dans leur discographie et leurs dix années d’existence, mais cohérent avec le reste de leur parcours.

****1/2

Carlos Cipa: « Retronyms »

Toutes les dimensions de Retronyms ne se dévoilent pas d’emblée, ni facilement ni complètement. Quelque chose dans la main de Carlos Cipa laisse sur le corps (oui, le corps) une chair de poule qui tarde à se dissiper et qui devient, à force, une incertitude générale. Ce troisième album du multi-instrumentiste allemand, paru l’été dernier sans qu’on le voie passer, est conséquemment un grand oubli. Cette fois, il n’y a pas que les motifs obsessifs au piano, premier instrument de Carlos Cipa, qui transportent : Retronyms entremêle une grande matière composée d’effets électroniques, de cordes (acharnées sur « Awbsmi »), d’une guitare électrique (sur la voyageuse « Slide ») et, surtout, d’une panoplie de cuivres et de vents (écoutez la trompette de « Paon »).

Cette rencontre indocile et inventive entre un héritage classique et une approche contemporaine crée une beauté brute, et forcément un peu étrange tant on passe d’une structure méthodique à une improvisation totale. Mais justement, l’étrange est ce qui achève d’impressionner.

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Akira Kosemura: « Diary 2016-2019 »

Depuis le dernier album d’Akira Kosemura, deux EP ont été livrés, en format digital uniquement, mais pas de sortie physique, occupé qu’il était à composer des musiques de film, téléfilm ou série. Avec quatre propositions de cet ordre, inédites sur support discographique, il était possible au Japonais de les regrouper sur une compilation venant utilement montrer la diversité de son savoir-faire. De fait, comme on pouvait s’y attendre, le piano du Japonais n’opère pas seul (on relèvera cependant l’émouvant « Joy (2017 Alt Version) »), étant régulièrement rejoint par des cordes (violon, alto, violoncelle) ou par la clarinette de Keiko Shinozuka. Naturellement aussi, l’aspect « musique de film » se retrouve dans la structure même du disque, avec seulement quatre titres sur dix-sept qui dépassent les quatre minutes, accentuant la dimension « vignette » des pistes proposées et entraînant la nécessité d’être assez rapidement touchante, pour ne pas dire efficace.

Si la combinaison d’instruments avenants (piano et cordes) peut un peu lasser, la présence d’un titre entièrement percussif vient bousculer cette ordonnancement prévisible (« But You’re Mad », morceau conclusif du film Mais vous êtes fous, ce long-métrage avec Céline Sallette et Pio Marmai dans lequel ce dernier s’avérait toxicomane, à l’insu de toute sa famille). Plus loin, ce sont les rythmiques électroniques qui habillent délicatement « A Song From The Past », permettant au synthé un peu trop ouaté de Kosemura d’éviter l’écueil émollient, ou bien la voix de Devendra Banhart qui intervient sur « Someday ».

Pour qui veut sortir du schéma piano-cordes, c’est donc à peu près tout (et c’est donc fort peu) ; pour celui qui n’est pas lassé de cette formule et souhaite passer une belle heure, cette compilation est tout à fait recommandable.

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Jaz Coleman: « Magna Invocatio »

Le patronyme Jaz Coleman est si réputé qu’il est difficile de ne pas entendre résonner le nom de son groupe, Killing Joke, en se lançant dans l’écoute et l’analyse de cet opus. D’ailleurs, si le maestro s’est adjoint les services de l’orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg, c’est pour revisiter des titres de Killing Joke. Comme c’est écrit dans le sous-titre, on fonce tête baissée dans ce piège.
L’écoute du disque se fait sous l’influence de cette problématique : l’année de ses quarante ans, Killing Joke est-il fait pour ce toilettage ? À quoi conduit cette transposition messianique ? Jaz, compositeur par ailleurs, trouverait-il que la musique produite au sein de KJ rate quelque chose ? Entendre ce disque quelques jours avant Noël influe-t-il sur sa réception ?
;Rappelons pour les étourdis que Jaz Coleman a depuis longtemps une vie musicale en dehors de son groupe post-punk, new wave, metal-indus de première heure. C’est lui qui a signé la B.O. du dessin animé
Mulan des studios Disney. Il a également rendu hommage aux Doors, à Pink Floyd et à Led Zeppelin avec des orchestres ; il est également compositeur résident de l’orchestre symphonique de Prague. Ses différents engagements musicaux extérieurs au monde du rock (citons la culture Maori par exemple) l’ont enfin conduit à recevoir en 2010 le titre de Chevalier des Arts et des Lettres.
Ici, on entend d’autres illustres compositeurs ; ainsi on songe aux jumeaux Humberstone d’In The Nursery (les albums
Köda et L’Esprit) pendant « Absolute Descent of Light » et « Into the Unknown » ; « Raven King » rivalise avec la B.O. du Seigneur des Anneaux composée par Howard Shore ; « Intravenous » lorgne du côté de Vivaldi et ses très bons chœurs sont un point fort du disque. « Adorations » évoque en moins bien l’univers sonore de Joe Hisaishi pour Miyazaki.

On le constate vite : Jaz n’est pas du tout dans l’option habituelle de l’accompagnement symphonique de ses titres (comme l’avait fait Satyricon avec « Mother North » en compagnie du Chœur de l’Opéra national de Norvège ou encore Steve Strange vivifiant les titres de son Visage avec le Synthosymphonic Orchestra d’Armin Effenberger sur Orchestral). On a droit à des nouvelles compositions inspirées des anciennes, des instrumentaux au sens où même les chœurs sont traités comme des instruments. Très souvent, on perd le fil des originaux, mais c’est pour atterrir de longues minutes plus tard avec des mesures finales bien convenues.


Disons-le, Killing Joke, sauf exceptions (l’album de 1985,
Night Time et Brighter Than A Thousand Suns en 1986), n’est pas un groupe dont les mélodies font rêver. Killing Joke, c’est une tension, un rythme, des cris prophétiques et des harmoniques. Il en résulte que les titres réussis sur Magna Invocation sont ceux qui incluaient des parties symphoniques dans leur ADN originel, comme « Invocation », justement. Ce titre perd ici en dureté ce qu’il gagne en emphase avec notamment ce jeu masculin-féminin dans les voix. « Euphoria » bascule aussi vers un ailleurs qui tient la route dans le cadre donné. Mais, à côté de ces moments de quasi-grâce, on a du mièvre avec « You’ll never get to me ». Cette bande-son ne réveille pas d’images, ne crée pas une unité d’ensemble avec des échos et des retours. Pire, durant cette heure et demie, rares sont les images générées qui soient surprenantes et l’on songe même parfois à une vieille orchestration digne de Gone with the Wind… Ce n’est pas neuf, ni vraiment étonnant. « In Cythera » »sonne creux, l’aspect répétitif de « Big Buzz » ne ravive pas la transe initiale. Alors, à quoi bon ? Killing Joke avait-il besoin de ces relectures ?
L’objectif principal était, avec
Magna Invocatio, de donner corps à la Thelema qui guide depuis de nombreuses années Jaz Coleman. Sa carrière a été rythmée par des temps de révélation successifs, l’amenant à construire sa propre doctrine de vie, en s’intéressant à divers textes sacrés pour y puiser un sens. Pourtant, cette direction ne transparait que dans des tournures classiques plutôt pompeuses.
Avec sa voix, Jaz Coleman, dans Killing Joke, se fait le chef d’orchestre d’une messe païenne. Ici, se faisant chef d’orchestre, il laissera sans voix une partie de ses adeptes.

***1/2