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Zachary Paul: « A Meditation On Dischord »

Violoniste ayant officié sur un album de Simon Scott, Zachary Paul sort logiquement son premier album solo ; un opus constitué de trois longs morceaux (trente-et-une minutes pour le premier, entre dix et douze minutes pour les deux autres). A Meditation On Discord permet de retrouver le violon en majesté, tout juste auréolé de quelques apports électroniques. Afin de varier un peu le propos, le musicien californien officie évidemment par samples et strates superposées, mais module également l’accordage de son instrument.

C’est ainsi que, sur « Premonition (3:30pm Lake Perris) I Rays II Clouds », il a baissé d’un ton les deux dernières cordes de son violon, de telle sorte que seules deux notes (sol et ré), à une octave d’écart, soient disponibles. Par suite, quand il appose ses doigts sur le manche de son instrument, il en résulte une forme de redondance qui apporte chaleur et profondeur aux mélodies, comme si plusieurs participants jouaient en même temps la même note.

Plus loin, dans le même morceau, l’empilement des couches de violon favorise une double prise en charge : d’un tapis sonore plus uniforme et continu, d’une part, et de notes plus aigües, dévolues à une destinée plus mélodique, d’autre part. En bonne partie improvisée, cette demi-heure conduit l’auditeur à divaguer, au gré des flux et reflux des interventions même si, passées les vingt premières minutes, on se trouve presque face à une sorte de musique expérimentale, entre couinement et sifflement.

À cette aune, les deux morceaux suivants se font plus traditionnels, accueillant une nappe électronique en arrière-plan et un concours du violon partagé entre appuis longs et petits frémissements. Seule la seconde moitié d’ « A Person With Feelings (Original Score) » se fait un peu différente, introduisant des triturations et percées perturbatrices, soit des composantes peu attendues pour une musique de film, fût-il court et abstrait.

***1/2

24 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Thomas William Hill: « Grains Of Space »

Multi-instrumentiste et compositeur de musiques pour films, Thomas William Hill fut membre de la formation Wauvenfold pendant un temps, puis fonda le trio Origamibiro aux cotés du contrebassiste Andy Tytherleigh.

Avec Grains Of Space, deuxième album sous son nom, Thomas William Hill contemple la beauté du monde et lui offre un manteau de lumière, à coups de viole de gambe, de trompette, de kalimba, bol tibétains, harpe, métallophone, piano, cordes et autres arrangements divers et variés.

Les images défilent sous nos yeux ouverts, dévalant des collines gorgées de mélancolie heureuse et de souvenirs aux couleurs effacées, faisant tournoyer les silences dans les profondeurs d’un espace au mouvement perpétuel, livrant aux tous noirs une nourriture céleste à la véhémence enivrante.

Grains Of Space s’amuse de tout, comblant les silences de notes et de mélodies virevoltantes, dansant sur les cimes nuageuses de cieux dégagés, invitant les instruments à combiner leurs textures pour s’enfuir de la médiocrité et pénétrer avec force dans l’immensité. Sublime.

***1/2

24 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Offthesky: « Illuminate »

Depuis 15 ans, Jason Corder Offthesky  sort un rythme régulier des disques qui se comptent aujourd’hui par dizaines,seul ou en collaboration, pour divers labels. Le dernier en date parait chez le Français Eilean rec. et nous convie à l’écoute d’une œuvre assez ambitieuse, mêlant sonorités acoustiques et électroniques, entre lesquelles vient se poser la voix de la harpiste Jaqueline Sophia Cordova.

L’instrumentation est riche : violon, saxophone, violoncelle, hautbois, flûte, et harpe… le son de cette dernière offrant une résonance et une grâce toute particulière à ces musiques que l’on imaginerait très bien réalisées pour une installation.
Un disque à la beauté étrange, assez contemplatif et aux vertus méditatives, qui flirte par moment avec le jazz et le néo-classique… et dont on ne se lasse pas de découvrir les recoins.

***1/2

13 mai 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Martin Kohlstedt: Ströme »

Il y a deux ans, Martin Kohlstedt avait atteint les sommets avec son album Strom. Le compositeur néo-classique a réussi à se faire un nom aux côtés d’autres actes nationaux comme Nils Frahm entre autres grâce à son univers à mi-chemin entre musique classique et ambient. Cette année, il revient avec un nouvel album intitulé Ströme en compagnie de la chorale de Gewandhaus de Leipzig.

Une fois de plus, Martin Kohlstedt continue de captiver son auditeur avec son univers aussi bien néo-classique qu’avant-gardiste de façon primitive et puissante. Accompagné d’une chorale, les textures musicales qui ont fait la renommée du musicien allemand sont encore une fois la bienvenue à travers ces huit compositions instrumentales d’une rare beauté allant de « SENIMB » à « THIPHY » en passant par « AUHEJA », « NIODOM » et « JINGOL ».

Sur Ströme, Martin Kohlstedt passe à un niveau supérieur et il prouve qu’il sait mélanger le clair et l’obscur comme personne. Et ce ne sont pas d’autres pièces immersives comme « TARLEH » et « AMSOMB » qui nous prouveront le contraire tant il nous permet d’être dans l’intime et le contemplatif.

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10 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Catrin Finch & Seckou Keita: « Soar »

Catrin Finch est galloise et Seckou Keita est sénégalais. A priori, ça n’a rien à voir. Sauf qu’ils sont tous les deux harpistes à leur manière, des maîtres en leur matière, harpe classique pour elle, kora pour lui. Deux instruments à cordes pincées aux sonorités si distinctes, et qui délivrent pourtant une seule belle et pleine alchimie quand ils jouent ensemble. Là, on ferme juste les yeux et on se laisse bercer par leurs harmonies croisées, c’est unique, c’est magique.

Le mariage des timbres est parfait, le mélange saisissant, apaisant, enchanteur. Dans ce monde en crise où les peuples ont tendance à se recroqueviller sur eux-mêmes, il est bon de voir et surtout d’écouter que Catrin Finch & Seckou Keita et leurs harpes sont la preuve que la musique, en dépassant par essence les clivages, aura toujours son rôle à jouer pour remettre les hommes de nouveau sur la voie de l’union, de l’amitié et de la fraternité.

Mais Soar est aussi un album qui a de la mémoire et qui rappelle que blancs et noirs n’ont pas toujours été amis, les premiers ayant mis les seconds en esclavage.

C’est pour cela que ce Soar est si précieux. Il nous rappelle l’indicible cruauté au travers de l’indicible beauté et il nous les conte encore, impeccable et implacable sous ses allures si trompeuses de sereine innocence.

Irremplaçable dans sa douceur et sa splendeur, Soar nous raconte néanmoins que rien n’est jamais gagné à jamais, que l’homme sera toujours un loup pour l’homme, mais que la victoire est possible, magnifique même si si fragile ; à écouter et à réécouter par plaisir, à méditer et re-méditer par humanité.

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8 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Tom Terrien: « From To »

Découvert en 2016 avec l’album 10 Years ce pianiste de formation avait décider, après avoir évolué dans le jazz, d’aller vers les musiques électroniques pour créer des choses assez audacieuses et vraiment originales.

Avec cette nouvelle production, Tom Terrien reste dans le même tempo avec peut-être des musiques plus sombres, plus abstraites, plus denses… mais sans rien perdre de son originalité, et avec toujours ces influences jazz ou modern classical qui rejaillissent ici et là.
Un album en forme de voyage dans les profondeurs que l’on vous invite à faire sans tarder.

***1/2

5 mai 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , , | Laisser un commentaire

Deaf Center: « Low Distance »

Une nouvelle fois, une durée conséquente s’est déroulée entre deux disques de Deaf Center (quatre ans et demi, soit la moyenne de l’intervalle suivi par les Norvégiens) et ses membres ont été fort actifs pendant cette période, puisque Otto Totland a fait paraître des publications solo. Son piano se fait d’ailleurs assez présent sur ce Low Distance, manière de tirer avantage de ces sorties en solitaire, et de capitaliser sur ces expériences parallèles, d’autant plus que le violoncelle d’Erik K. Skodvin, mobilisé en solo sur un disque de Svarte Greiner fin 2017, est également présent.

Conjugués aux climats ambient un peu sombres et torturés développés par les deux comparses, il semble résulter de ces apports instrumentaux une atmosphère voisine de celle d’Owl Splinters, leur album de 2011 (« A Scent », est, à cet égard, un titre d’ouverture un peu trompeur). Mais, heureusement, la noirceur a été délaissée par Deaf Center depuis Recount, leur dernière production en date, et le piano d’Otto Totland se fait cotonneux et détaché (« Undone) ».

Dans un tel contexte, même les composantes électroniques grésillantes se font quasi-lumineuses, fragiles dans leurs tremblotements, à peine tenues debout par des notes éparses de clavier (« Gathering, Movements / The Ascent »). Se ressent alors le bénéfice des trois jours passés en session commune par les deux musiciens,

Comme on ne se refait jamais totalement, l’archet de Skodvin peut toujours courir de manière un peu grinçante et anxiogène sur son violoncelle (« Entity Voice », « Red Glow »). Pour autant, c’est bien un registre minimaliste, aux accents parfois néo-classique (« Yet To Come « et ses attaques de piano plus franches et davantage mises en majesté), que développent les deux Norvégiens sur cet album qui pourrait bien être leur plus convaincant, depuis qu’ils ont abandonné leur electronica.

***1/2

2 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Beth Gibbons & the Polish National Radio Symphony: « Henryk Górecki: Symphony No. 3 (Symphony Of Sorrowful Songs) »

Beth Gibbons a souvent été prise dans un grand tourbillon mélancolique et méditatif il n’est donc pas étonnant que la troisième symphonie du compositeur polonais Henryk Górecki lui ait « tapé dans l’oreille » aund on sait que Henryk Górecki est à la musique classique et contemporaine ce que le Köln Concert de Keith Jarrett est au jazz.Cette symphonie, connue sous le nom de Symphonie des Chants Plaintifs est un exemple de musique « crossover » ce qui explique en partie son succès phénoménal avec plus d’iun million d’unités écoulées allant bien au-delà du cercle restreint de son public habituel.

En même temps, Henryk Górecki était un compositeur avant-gardiste et minimaliste qui débuta sa carrière par des œuvres atonales (règles des notes et des accords non respectés) ; ce style est jugé assez sévère et difficile d’accès pour le profane au même titre que les œuvres de Steve Reich, Philip Glass, ou Arvo Pärt.

Cette troisième symphonie sera atypique et marquera un virage pour le musicien polonais ; emblématique, elle actera toutefois, son évolution vers des territoires musicaux plus expressifs et populaires, ses mélodies respecteront alors d’avantage les codes de l’harmonie, sa musique sera donc qualifiée de tonale.
Dénigrée par certains de ses pairs (Pierre Boulez par exemple) car jugée trop simpliste, elle tombera finalement en désuétude jusqu’à cette fameuse remontée de sève d’avril 1992 qui présida à de nouveaux enregistrements.

Des artistes provenant d’autres horizons se sont aussi frottés à cette suite : comme par exemple le saxophoniste expérimental Colin Stetson (Arcade Fire, Bon Iver…), ou bien encore les post-rockeurs canadiens de Godspeed You ! Black Emperor, qui ont rebaptisé (pour la scène) leur morceau « Moya » – (extrait de leur E.P. Slow Riot for New Zerø Kanada ) – du nom du compositeur polonais.
Aujourd’hui c’est au tour de Beth Gibbons de s’approprier cette œuvre magnétique,
dans la suite logique de Third le dernier opus de Portishead. Cette nouvelle réinterprétation de Gorecki est soutenue par l’Orchestre Symphonique National de la Radio Polonaise et dirigée par le chef d’orchestre et illustre compositeur polonais Krzysztof Penderecki, qui fut un contemporain de Górecki. Elle a été immortalisée en novembre 2014 au National Opera Grand Theatre de Varsovie.

On entend déjà le brouhaha ou pire, la fronde des irréductibles gardiens de chapelle : Beth Gibbons vient de la musique populaire, elle ne lit pas la musique, sa tessiture de voix (contralto) est un registre plus bas que la soprano américaine Dawn Upshaw (base de référence et norme pour cette symphonie), elle ne parle pas polonais…
Avant de se lancer dans le grand bain la musicienne du Royaume-Uni  a donc pris ses précautions en se préparant comme une professionnelle respectueuse de cette œuvre ; elle a travaillé sa voix spécifiquement et appris phonétiquement son texte avec une traduction explicite en parallèle.

Cette œuvre de Górecki est hantée par son histoire personnelle, elle est aussi placée sous le signe du deuil et centrée sur les relations mère-enfant, elle se décompose solennellement en trois longs mouvements mélancoliques et songeurs. Le chant du premier mouvement et le plus long (24 minutes) – « Lento – sostenuto tranquillo ma cantabile » – est une lamentation polonaise du XVe siècle, aux textes poignants et épurés.
Ce mouvement débute par quelques frottements de cordes à peine audibles puis tout vient se mettre religieusement en place. Les cordes et les basses montent crescendo en tension dans une lente et belle ascension pour découvrir au bout de 13 minutes le chant assez méconnaissable de Beth Gibbons. Haut perché (voire un peu forcé) à la limite de l’inconfort il semble donner raison aux grincheux et snobinards, mais bien vite on se fait à cette « nouvelle » Beth Gibbons. Sa voix est lyrique et traversée par des imperfections, elle reste très humaine et pas formatée professionnellement comme on peut le ressentir à l’écoute de sopranos de métier.

Le deuxième mouvement, « Lento e largo – tranquillissimo », chante le texte d’une prière inscrite par une jeune fille de 18 ans sur les murs d’une cellule de la Gestapo. Ses premières minutes sont envoûtantes. La voix de Gibbons est ici plus musicale et basse en tonalité. On ne comprend pas le Polonais pourtant magnifié par la musicienne, on ne retient que l’enveloppe de son chant et sa musicalité. Ce passage sombre et mélancolique remonte beaucoup d’émotions. De cette symphonie transparaît beaucoup de tristesse mais aussi de l’espoir. C’est cette séquence qui offrira la renommée à Górecki.

Le troisième mouvement « Lento—Cantabile- Semplice » illustre une chanson populaire et traditionnelle silésienne. À nouveau un ton plus haut l’interprète anglaise parvient à maîtriser sa voix pourtant poussée dans ses retranchements. Beth Gibbons est totalement investie dans son interprétation et fait corps à la musique. Les cordes de l’orchestre National de la radio Polonaise dirigé par Penderecki accompagnent très sobrement la soliste anglaise malgré la densité importante de musiciens. L’atmosphère musicale est particulièrement élégiaque ; y affleure énormément  de troubles. C’est l’instant du souvenir et ce sera également le temps de la communion spirituelle.

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17 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Kin Leonn: « Commune »

Originaire de Singapour, Kin Leonn est un compositeur qui conjugue néo-classique et ambient, alternant les atmosphères d’orfèvres, tout au long de son album Commune.

Travaillant sur l’espace et les réverbes, Kin Leonn construit des titres à la profondeur aérienne, ouvrant l’espace sur des paysages infinis, pour le faire ensuite surfer sur des horizons fragiles, recouverts de douces lumières et de notes de piano à la fluidité déliquescente.

Le monde aquatique se reflète à travers des touches d’électronique, suspendues aux nervures nocturnes, creusant des sillons dans une terre retournée par les sensations éparses d’univers aux mouvements perpétuels. Sous de faux-airs sages, Commune distille ses pépites avec préciosité, insufflant au creux de nos oreilles, les mélodies d’un temps lassé de courir.

***1/2

3 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Death Will Tremble to Take Us: « Death Will Tremble to Take Us »

Death Will Tremble to Take Us alias James Randolph Fouty a a déjà enregistré sous d’autres noms et c’est sous celui-ci qu’il a commis un des disques instrumentaux les plus immédiats et accessibles d’un registre qui englobe post-rock, ambient et/ou néo-classique

Les 60 secondes de l’introductif « Into the Forest » annoncent la couleur, Death Will Tremble to Take Us va éviter de rentrer dans les chemins balisés du post-rock et nous proposer 12 titres souvent courts (sept font moins de 3:10, alors que trois dépassent les 6:00) proposant chacun leurs sonorités et leur ambiance, comme autant de petites pierres de couleur formant au final une délicate mosaïque. Parsemée, de ci delà, de nuances de gris.

En procédant par petites touches, ici d’ambient, là de néo-classique très doux, ici d’envolées de guitares, là de sonorités plus boisés, DWTTTU réalise un fort beau disque, dont le principal défaut est, s’il est incroyablement agréable et reposant, de ne pas être suffisamment mémorable, sans que, pour aurtant on puisse envisager qu’il ne revienne pas régulièrement sur la platine.

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29 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire