Daniela Savoldi: « Ragnatele »

Parmi les nombreux talents originaux et intrigants de la musique actuelle, on a tendance à passer à côté de Daniela Savoldi est une violoncelliste italo-brésilienne qui s’efforce de penser musique néoclassique autrement. Cela s’est vu sur ses deux premiers albums et cela se confirme définitivement avec son successeur intitulé Ragnatele.

Sur ces six titres, elle incorpore des éléments ambient et drone sur sa musique méditative et cinématographique. Il en résulte unopus des plus labyrinthiques avec des morceaux venus d’ailleurs tels que l’introduction du disque qui annonce la couleur et mettant en avant une voix des plus fébriles mais bien également « Improvviso » et « Space » jamais dénués de poésie. Avec ses drones grinçants rendant ce virage plus radical et expérimental sur des titres quasi-noisy tels que « Storia Di Un Attentato » et « Dada », la violoncelliste rajoute plus d’une corde à son arc et fait de ce Ragnatele qui se clôt avec le nerveux « Modulatori » un disque où le dissonant rencontre la poésie.

***1/2

Cicada: « Hiking In The Mist »

Après s’être plusieurs fois consacré à l’univers aquatique, Cicada inverse la perspective avec son nouvel album, puisqu’il s’agit de s’attacher ici aux montagnes, éléments qui constellent l’île de Taiwan d’où est originaire le groupe. Fidèle à sa musique de chambre, entre post-folk et néo-classique, la formation se fait toutefois plus ascétique que par le passé, optant pour une forme plus minimale, laissant souvent ses instruments quasiment à nu.

La belle délicatesse qui en résulte permet de goûter à ces notes perlées de piano, à ce toucher de guitare acoustique très léger ou bien à ces cordes très sensibles. Passant de climats lents et contemplatifs (« Moutain Stream ») à des rivages plus primesautiers, abordés grâce à des notes aigues et des pizzicati de cordes (« Sneaky Visitors In The Cabin) », le groupe reste, dans l’ensemble, dans cette économie de moyens.

Par endroits, toutefois, Cicada choisit une orchestration plus riche, quand les différents intervenants agissent de concert, pour des propositions qui auraient alors mérité d’être davantage étirées dans la durée (le morceau-titre, « Twilight Clouds »). Au milieu du disque, « Sunlit Grassland » optera pour une durée supérieure à huit minutes, permettant au piano de s’emballer au milieu du titre, avant que la guitare acoustique pincée ne prenne le relais dans le final, enrobée par quelques cordes. Rassérénés par ce morceau, les Taiwanais enchaînent, un peu plus loin, avec « Overlook Where We Came From », dans lequel une batterie frappée aux balais s’introduit aux côtés des instruments en charge des mélodies. Le tout compose alors un album, peut-être un peu mineur dans leur discographie et leurs dix années d’existence, mais cohérent avec le reste de leur parcours.

****1/2

Carlos Cipa: « Retronyms »

Toutes les dimensions de Retronyms ne se dévoilent pas d’emblée, ni facilement ni complètement. Quelque chose dans la main de Carlos Cipa laisse sur le corps (oui, le corps) une chair de poule qui tarde à se dissiper et qui devient, à force, une incertitude générale. Ce troisième album du multi-instrumentiste allemand, paru l’été dernier sans qu’on le voie passer, est conséquemment un grand oubli. Cette fois, il n’y a pas que les motifs obsessifs au piano, premier instrument de Carlos Cipa, qui transportent : Retronyms entremêle une grande matière composée d’effets électroniques, de cordes (acharnées sur « Awbsmi »), d’une guitare électrique (sur la voyageuse « Slide ») et, surtout, d’une panoplie de cuivres et de vents (écoutez la trompette de « Paon »).

Cette rencontre indocile et inventive entre un héritage classique et une approche contemporaine crée une beauté brute, et forcément un peu étrange tant on passe d’une structure méthodique à une improvisation totale. Mais justement, l’étrange est ce qui achève d’impressionner.

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Akira Kosemura: « Diary 2016-2019 »

Depuis le dernier album d’Akira Kosemura, deux EP ont été livrés, en format digital uniquement, mais pas de sortie physique, occupé qu’il était à composer des musiques de film, téléfilm ou série. Avec quatre propositions de cet ordre, inédites sur support discographique, il était possible au Japonais de les regrouper sur une compilation venant utilement montrer la diversité de son savoir-faire. De fait, comme on pouvait s’y attendre, le piano du Japonais n’opère pas seul (on relèvera cependant l’émouvant « Joy (2017 Alt Version) »), étant régulièrement rejoint par des cordes (violon, alto, violoncelle) ou par la clarinette de Keiko Shinozuka. Naturellement aussi, l’aspect « musique de film » se retrouve dans la structure même du disque, avec seulement quatre titres sur dix-sept qui dépassent les quatre minutes, accentuant la dimension « vignette » des pistes proposées et entraînant la nécessité d’être assez rapidement touchante, pour ne pas dire efficace.

Si la combinaison d’instruments avenants (piano et cordes) peut un peu lasser, la présence d’un titre entièrement percussif vient bousculer cette ordonnancement prévisible (« But You’re Mad », morceau conclusif du film Mais vous êtes fous, ce long-métrage avec Céline Sallette et Pio Marmai dans lequel ce dernier s’avérait toxicomane, à l’insu de toute sa famille). Plus loin, ce sont les rythmiques électroniques qui habillent délicatement « A Song From The Past », permettant au synthé un peu trop ouaté de Kosemura d’éviter l’écueil émollient, ou bien la voix de Devendra Banhart qui intervient sur « Someday ».

Pour qui veut sortir du schéma piano-cordes, c’est donc à peu près tout (et c’est donc fort peu) ; pour celui qui n’est pas lassé de cette formule et souhaite passer une belle heure, cette compilation est tout à fait recommandable.

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Jaz Coleman: « Magna Invocatio »

Le patronyme Jaz Coleman est si réputé qu’il est difficile de ne pas entendre résonner le nom de son groupe, Killing Joke, en se lançant dans l’écoute et l’analyse de cet opus. D’ailleurs, si le maestro s’est adjoint les services de l’orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg, c’est pour revisiter des titres de Killing Joke. Comme c’est écrit dans le sous-titre, on fonce tête baissée dans ce piège.
L’écoute du disque se fait sous l’influence de cette problématique : l’année de ses quarante ans, Killing Joke est-il fait pour ce toilettage ? À quoi conduit cette transposition messianique ? Jaz, compositeur par ailleurs, trouverait-il que la musique produite au sein de KJ rate quelque chose ? Entendre ce disque quelques jours avant Noël influe-t-il sur sa réception ?
;Rappelons pour les étourdis que Jaz Coleman a depuis longtemps une vie musicale en dehors de son groupe post-punk, new wave, metal-indus de première heure. C’est lui qui a signé la B.O. du dessin animé
Mulan des studios Disney. Il a également rendu hommage aux Doors, à Pink Floyd et à Led Zeppelin avec des orchestres ; il est également compositeur résident de l’orchestre symphonique de Prague. Ses différents engagements musicaux extérieurs au monde du rock (citons la culture Maori par exemple) l’ont enfin conduit à recevoir en 2010 le titre de Chevalier des Arts et des Lettres.
Ici, on entend d’autres illustres compositeurs ; ainsi on songe aux jumeaux Humberstone d’In The Nursery (les albums
Köda et L’Esprit) pendant « Absolute Descent of Light » et « Into the Unknown » ; « Raven King » rivalise avec la B.O. du Seigneur des Anneaux composée par Howard Shore ; « Intravenous » lorgne du côté de Vivaldi et ses très bons chœurs sont un point fort du disque. « Adorations » évoque en moins bien l’univers sonore de Joe Hisaishi pour Miyazaki.

On le constate vite : Jaz n’est pas du tout dans l’option habituelle de l’accompagnement symphonique de ses titres (comme l’avait fait Satyricon avec « Mother North » en compagnie du Chœur de l’Opéra national de Norvège ou encore Steve Strange vivifiant les titres de son Visage avec le Synthosymphonic Orchestra d’Armin Effenberger sur Orchestral). On a droit à des nouvelles compositions inspirées des anciennes, des instrumentaux au sens où même les chœurs sont traités comme des instruments. Très souvent, on perd le fil des originaux, mais c’est pour atterrir de longues minutes plus tard avec des mesures finales bien convenues.


Disons-le, Killing Joke, sauf exceptions (l’album de 1985,
Night Time et Brighter Than A Thousand Suns en 1986), n’est pas un groupe dont les mélodies font rêver. Killing Joke, c’est une tension, un rythme, des cris prophétiques et des harmoniques. Il en résulte que les titres réussis sur Magna Invocation sont ceux qui incluaient des parties symphoniques dans leur ADN originel, comme « Invocation », justement. Ce titre perd ici en dureté ce qu’il gagne en emphase avec notamment ce jeu masculin-féminin dans les voix. « Euphoria » bascule aussi vers un ailleurs qui tient la route dans le cadre donné. Mais, à côté de ces moments de quasi-grâce, on a du mièvre avec « You’ll never get to me ». Cette bande-son ne réveille pas d’images, ne crée pas une unité d’ensemble avec des échos et des retours. Pire, durant cette heure et demie, rares sont les images générées qui soient surprenantes et l’on songe même parfois à une vieille orchestration digne de Gone with the Wind… Ce n’est pas neuf, ni vraiment étonnant. « In Cythera » »sonne creux, l’aspect répétitif de « Big Buzz » ne ravive pas la transe initiale. Alors, à quoi bon ? Killing Joke avait-il besoin de ces relectures ?
L’objectif principal était, avec
Magna Invocatio, de donner corps à la Thelema qui guide depuis de nombreuses années Jaz Coleman. Sa carrière a été rythmée par des temps de révélation successifs, l’amenant à construire sa propre doctrine de vie, en s’intéressant à divers textes sacrés pour y puiser un sens. Pourtant, cette direction ne transparait que dans des tournures classiques plutôt pompeuses.
Avec sa voix, Jaz Coleman, dans Killing Joke, se fait le chef d’orchestre d’une messe païenne. Ici, se faisant chef d’orchestre, il laissera sans voix une partie de ses adeptes.

***1/2

Slow Meadow : »Happy Occident »

Niveau musique,  sur ce deuxième album de Happy Meadow, Happy Occident se situe sur une veine néo classique, piano et violoncelle notamment, mais bien plus marquée électronique que son disque précédent, plages de synthé, ambiance calme, quelques bribes de voix mixé au vocodeur.

Ce travail  n’est pas sans rappeler, parfois, le travail de Radiohead sur des album comme Kid A , par exemple. Donc si on se pique d’expérimentation et d’hybridité musicale.

**1/2

Julia Gjertsen: « Fragile »

On comprend tout de suite d’où vient le titre, Fragile. Ce premier album proprement dit de la pianiste Julia Gjertsen, qui suit le microalbum Slow Motion Stories (2012) et quelques titres parus dans les dernières années, n’est rien d’autre que l’exploration de la délicatesse — exprimée par la nature autant que par nous, petits êtres fragiles. En trois instruments (piano, synthétiseur et percussions, avec une domination du premier), les huit compositions de Fragile décrivent de grands arcs, de la mer à l’espace, traversant vents et brouillards.

Mais plus l’album avance, plus le tissu séduisant des débuts dévoile des fils un peu plus lâches. La prestance de la musicienne est en effet à son sommet dans les motifs répétitifs au piano (superbe « The Fountain) », dont les battements étouffés rappellent parfois Nils Frahm (« Flicken »). Là où cette maturité vacille, c’est dans l’assemblage : les airs plus inquiets, plus électriques aussi, cherchent davantage leur trame et leur issue (« No Regrets »). Mais ce début n’en est pas moins d’une belle éloquence.

***1/2

Maria W Horn: « Epistasis »

Musicienne attaché à un minimalisme assez travaillé, dans la lignée de compositeurs avant-gardistes, Maria W Horn semble, au début de l’écoute d’Epistasis, se concentrer sur son clavier solo, tournant autour de la répétition des mêmes notes, séquence jouée de plus en plus rapidement, entre musique sérielle et approche concrète. Quelques bruissements électroniques affleurent au loin, au long de dix premières minutes qui laissent donc augurer un positionnement peut-être un peu lassant sur la durée d’un album, ici publié en vinyle et format digital. Cette légère crainte se trouve renforcée par la lecture de la liste des morceaux qui, après cet « Interlocked Cycles I », annonce un « Interlocked Cycles II « pour finir, soit le risque de retrouver un schéma identique en clôture de disque.

Puis arrive le morceau-titre, à l’instrumentation plus fournie puisque neuf musiciens sont invités à opérer aux côtés de la Suédoise : deux violons, un alto, deux violoncelles, deux guitares électriques et deux orgues. Et alors qu’on aurait pu redouter une surcharge résultant de cette abondance de moyens, le propos reste mesuré bien qu’en souterrain, les traits de guitares peuvent s’apparenter à des éclairs ou à des cris lacérant l’espace. Positionnement un peu intermédiaire avec « Konvektion » puisque deux organistes y superposent leurs interventions, dans une perspective diatonique dans laquelle les notes frottent les unes contre les autres, sans que l’harmonie soit nécessairement recherchée même si elle advient progressivement.

On est alors tout disposé à retrouver « Interlocked Cycles II » qui, effectivement, reprend le motif des notes répétées de clavier mais enrobées, cette fois-ci, de nappes et traitements plus consistants, manière de tirer bénéfice des deux morceaux intercalés entre ces deux volets. Capitalisation d’autant plus réussie que les portions réitérées finissent également par s’éloigner un peu, déviant vers quelque chose de moins répétitif, accueillant des phrases mélodiques autres, comme une forme de condensé d’un album certainement moins ascétique que ses premiers instants pourraient le laisser penser.

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Ed Carlsen: « Morning Hour »

Cette production ressemble à ces enregistrements où des musiques mêlent instruments classiques traditionnels (ceux du Dobry Ton String Quartet notamment) et sonorités électroniques « deep ».

Écrit et enregistré par Ed Carlsen au cours de ces deux dernières années du côté de Cracovie en Pologne mais également dans sa ville natale de Cagliari en Italie, Morning Hour est un disque de Modern Classical dans lequel cordes, piano et guitare forment une synergie parfaite avec les sonorités électroniques.

Comme chez Nils Frahm, par exemple, les compositions aux mélodies célestes d’Ed Carlsen dégagent beaucoup d’intensité et de lyrisme et révèlent au final une dimension cinématographique évidente.
Un beau disque, fait de brillance et d’espoir, qui amènera une douce lumière dans votre journée tant il est fait de grâce et de douceur.

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Anthony Phillips: « Strings Of Light »

Anthony Phillips fait figure de référence chez les pionniers du rock progressif et pas seulement en tant que membre fondateur de Genesis. Depuis l’héroïque The Geese And The Ghost (1977) qui a inauguré de façon remarquable sa carrière solo, il a enchaîné les albums sans temps mort ni considérations de mode tout en restant fidèle à la même ligne directrice. La musique vue par Anthony Phillips peut se définir par légèreté, raffinement, ivresse et passion. Une musique qui touche l’âme, jouée par un artiste qui chérit au plus haut point les instruments qui lui donnent vie. Dans son impressionnante collection de titres, beaucoup sont le résultat d’une recherche très poussée de la note ultime qu’il reste encore à trouver. Certains vous diront que les compositions se ressemblent et n’offrent que peu de surprises. Il faut voir qu’ici tout est affaire de subtilité, de ressenti et de volonté d’aboutir à l’essentiel. Il n’est pas rare que les morceaux n’atteignent pas la minute et laissent parfois l’auditeur légèrement frustré voire désorienté. C’est une habitude à prendre en écoutant Anthony Phillips, une autre façon d’appréhender la perception musicale. Sa prolifique série Private Parts & Pieces notamment, est souvent construite à partir d’une succession de petites séquences au clavier ou à la guitare (ou les deux) qu’il faut assembler un peu à la manière d’une bande originale de film.

Le très attendu Strings Of Light débarque sept ans après Seventh Heaven (2012), une séduisante aventure symphonique coécrite avec le compositeur et producteur Andrew Skeet. L’emballage est sobre quoiqu’un peu tristounet (on est loin de la luxuriance de Peter Cross) et le double CD est accompagné d’un DVD pour la version audio en Surround 5.1. Strings Of Light est composé de 24 pièces entièrement dédiées à la guitare acoustique comme le fut le double album Field Day (2005), avec ses presque 1h30 de musique inventive et jamais ennuyeuse.

Sur cet album l’intensité émotionnelle varie souvent en fonction des climats tantôt légers, tantôt fougueux et en fonction des instruments utilisés. Alors, qu’en est-il de String Of Light qui reprend un peu la même recette et nous fait découvrir une belle collection de guitares hors du commun ? Dès les premières notes de « Jour De Fête », on retrouve la faculté d’Anthony à sortir des accords improbables servant à vêtir une délicate mélodie qui ferait la joie de n’importe quelle chanson ou de n’importe quel morceau de rock. Mais bon, il faut accepter la démarche de son auteur qui ne voit dans ses compositions qu’un procédé pour faire sonner (vivre) un instrument (ici une splendide Bell Cittern Paul Hathway) de la plus belle des façons. Dans ce contexte, l’instrument est roi et ne doit céder sa place à personne, même si on adorerait entendre la voix de Peter Gabriel ou de Phil Collins. Il ne faut pas céder à la frustration ou à la nostalgie, cela n’aurait pas de sens et puis Anthony Phillips est maintenant très loin des concepts à l’origine de Trespass ou de Geese And The Ghost. Comme pour les albums de musique classique (pas vraiment convaincants) de Tony Banks, String Of Light va faire ressurgir de lointains échos de la « genèse », et cela suffira à notre bonheur.

L’enregistrement précis de James Collins va fournir toute la clarté nécessaire pour faire sonner chaque guitare de la plus belle des façons. C’est le cas pour la 12 cordes Martin sur le cristallin et dynamique « Diamond Meadows », qu’on peut voir comme une référence lumineuse au titre de l’album. Les familiers d’Anthony Phillips savent qu’il utilise souvent des boucles mélodiques servant de charpente à de délicates variations. Sur ce second morceau, c’est flagrant et sans surprise mais bizarrement, c’est ce que l’on attend de lui. Pas le temps de souffler ni même de s’installer dans un environnement distinct, qu’on change aussitôt de décor avec le classique « Caprice In Three ». C’est sur une David Whiteman Classical qu’Anthony Phillips retrouve la rondeur et la douceur des cordes nylon pour ce titre qui nous renvoie au célèbre « Nocturne » de 1980 (Private Parts & Pieces II – Back To The Pavillon). Trois premiers morceaux, trois écritures qui résument assez bien l’approche du travail en solo de la guitare acoustique. Un début sans coup de théâtre qui va charmer à coup sûr les fans et peut-être donner aux autres l’envie d’aller plus loin. Il faut dire que la route est encore longue et qu’il convient de passer du temps avec cet album pour vraiment l’apprécier. La meilleure publicité serait de le présenter comme une lecture très poussée des nombreuses techniques possibles à la guitare. Cet instrument très populaire est ici glorifié et sorti des sentiers battus. Anthony nous exhibe une collection absolument dingue d’instruments qui vont prendre vie (et de quelle façon) sous ses doigts. Si vous êtes comme moi, un fervent admirateur de l’objet sous toutes ses déclinaisons, alors Strings Of Light peut vous séduire que vous connaissiez Anthony Phillips ou non.

Un double album et vingt quatre morceaux qui méritent notre attention mais qu’il serait éprouvant de détailler ici. La longue promenade que je découvre va malgré tout laisser des traces plus marquées que d’autres avant que le temps ne change parfois les premières impressions. Sur le premier CD, ce sont les intenses et ébouriffants « Winter Lights » et « Skies Crying » qui semblent sortir du lot, de par leur technicité et leur charge émotionnelle. Le premier joué sur une Larrivée et le second sur une Veillette Gryphon, deux très belles guitares 12 cordes de prestige qui mettent en valeur la virtuosité d’Anthony. Il y a aussi le très beau « Still Rain » à l’atmosphère contemplative et languissante qui s’ouvre à la manière des Gymnopédies d’Erik Satie. Et pourquoi ne pas retenir cet amusant et sautillant « Mouse Trip » qui vient proposer un bref instant récréatif bienvenu. Sur le deuxième CD, je relèverais « Andrean Explorer » et son approche progressive qui nous fait entrevoir les délicats arpèges d’« Entangled » de Genesis, puis « Sunset Riverbank », qui va réussir à nous fasciner avec son joli travail sur deux guitares (une Brook Tavy et une Fender Stratocaster). A coup sûr un des morceaux les plus accrocheur et les plus réussi de l’album. Je finirais en beauté avec « Life Story », un titre à l’écriture originale, légèrement orientale et joué admirablement sur une Francisco Simplicio Classical. Cette sélection est tout à fait personnelle et n’exprime aucune vérité. Il s’agit seulement d’un premier contact, positif certes, mais qui n’a certainement pas tout dévoilé. Strings Of Light fait partie de ces albums qui demandent bien sûr plusieurs rendez-vous pour bien faire connaissance.

****1/2