Stuart A Staples: « Arrhythmia »

Plutôt connu comme leader de Tindersticks, Stuart A Staples a peut-être bien réalisé l’un des disques les plus étranges et intime de 2018.

Arrhythmia n’est pas étrange parce qu’il cultive l’étrangeté dans sa musique même si celle-ci est faite d’arrangements dépouillés et de vocaux sobres et presque étrangers mais il l’est par sa structure : quatre titres seulement dont le dernier dure plus de trente minutes.

Celle-ci, « Music for a Year in Small Paintings », a été conçue pour une exposition de 365 tableaux créée par sa femme Suzanne. Le résultat en est un quelque chose d’ambient et d’éthéré, accumulant les variations de direction mais sans paraître être dans l’urgence. Parvenir à un tel résultat est preuve que Staples est, en effet, un artiste atypique et également un orfèvre en matière de retenue.

Le titre d’ouverture, « A New Real », préfigure ainsi la tonalité de ce premier album solo depuis 13 ans ; il démarre sur une boîte à rythmes minimaliste et se construit peu à peu tout au long des cinq minutes qui en feront le morceau le plus court du L.P. Il atteindra ensuite des hauteurs vertigineuses avec une instrumentation dont la distorsion montée en épingle témoigne de l’effort à vouloir aller toujours plus avant.

Les 10 minutes de « Memories of Love », sont si clairsemées qu’elles sonnent par moments comme de l’air raréfié et l’accompagnement musical est si spartiate que le phrasé quasiment inaudible de Staples a pour effet de vous aspirer avec encore plus de magnétisme.

Les textes eux-mêmes sont des ruminations sur la vie énoncées sous la forme la plus pure qui soit (« Sometimes we live on our memories of love, sometimes we live on our memories, and breathe the fragrance. ») ; une manière de véhiculer ses émotions qui appartient au chanteur. Le personnel est ainsi introduit avec tant d’aplomb que l’intime nous y engloutit et nous fait en être submergé.

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Low: « Double Negative »

Les premières secondes du dernier album de Low sont l’équivalent aural d’une tempête de sable électronique. Puis, lentement mais sûrement, de cet éboulis sonique, s’élève la voix de Alan Sparhawk, semblable à un fantôme s’employant de toutes les forces dont il dispose, à se réengager avec le monde physique.

Cette méthode peut être fascinante car elle est nouvelle chez eux et qu’elle ouvre la voie à ce qui est peut-être leur album le plus expérimental et le plus étrange.

Une esthétique à la David Lynch court tout au long de Double Negative. Ce mélange de menace et d’inquiétude traversé par des moments d’émotions où la tendresse et l’affection tentent de se faire une place, à l’exemple de « Dancing And Blood » qui s’évertue à accroitre la tension en faisant se faufiler l’auditeur dans la réalité et le présent.

BJ Burton a travaillé à la production et, grâce sans duote à son expérience dans le studio de Bon Iver, il montre son aisance à édifier une atmosphère de déconstruction créative. L’approche de la chanson traditionnelle y est carrément mise en pièces et les vocaux de Mimi Parker, par exemple sur « The Fly », amalgament sans heurts ces moments où le liturgique e frotte à vents et marées.

Ce ne sera pourtant que répit quand « Tempest » va submerger sa voix et celle Sparhawk en un antre où te n’est qu’acidité et décomposition. « Always Trying To Work It Out » ira encore encore plus loin dans la disruption sous un registre soul suffoquant alors que « Poor Sucker » englobera le tout dans un climat dérangeant lacé de terreur existentielle.

Quand émergera Dancing And Fire » l’atmosphère adoptera une qualité presque virginale avec des des guitares et des vocaux non trafiqués. Calme et apaisement sont alors de rigueur avec la voix de Mimi Parker entonnant en leitmotiv un «  It’s not the end, it’s just the end of hope » qui résonne en chambre d’écho atonale.

La thématique de l’album est ici, résumée ; il s’agit de se dresser et de se battre pour ce que l’on croit, d’être conscient du fait que perdre de son optimisme est un danger, que les forces de la négativité sont toujours à l’affut et nous guettent.

Low nous quittera sur « Disarray », plage robotique dans une disco gangrénée par la mort d’ou s’élève une incation au changement : « Before it falls into total disarray, you’ll have to learn to live a different way » : épilogue final d’un album puissant et viscéral, fusion d’avant-garde et de compositions traditionnelles, mêlant friction et harmonie.

Double Negative rappellera ainsi que moins plus moins égalent plus et c’est aussi cela qui en fait un opus comminatoire.

****1/2