No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Mára: « Here Behold Your Own »

Musicienne officiant sous son nom propre au sein de nombreux projets et disques, Faith Coloccia a développé, depuis 2015, un travail personnel sous le nom de Mára, pour des sorties publiées sur SIGE, le label qu’elle gère avec son mari, Aaron Turner. Après une première cassette, elle passe au format vinyle pour ce Here Behold Your Own qui nous permet de découvrir l’électronique expérimentale de l’États-Unienne. Utilisant parfois sa voix, cette dernière la pose quasiment à nu, tout juste soutenue par de l’écho, pour chanter des mélodies tristes et belles (proches des berceuses pour enfants) qu’elle reprend ensuite à l’orgue. Plus loin, c’est une guitare agrémentée d’une forme de distorsion ouatée qui sera en première ligne.

Avec des orchestrations assez minimalistes, donc, Mára fait plutôt le choix de se concentrer sur l’atmosphère mise en place, sur la forme d’envoûtement que peut générer la conjonction de ses vocalises et des plages musicales, ou sur la profondeur des accords et notes convoqués. Quelques petites perturbations (mini-traitements, bruissements divers, souffles rauques, grésillements et petites saturations) sont ajoutées à ces matériaux, mais rien de trop troublant non plus, rien qui ne mette l’auditeur à distance.

La publication en vinyle permet à Faith Coloccia de diviser son album en deux grands mouvements : « A New Young Birth » et « Sangre De Cristo ». Si cette répartition est logique, on sera moins convaincu par la découpe en, respectivement, huit et six segments, dispositif qui morcelle l’écoute là où on aurait apprécié un étalement dans la durée, d’autant plus que les deux faces du disque se font suffisamment distinctes puisque, globalement, la seconde connaît davantage de passages parsemés de saturations que la première, à la coloration plus claire. Donnant l’impression de venir de très loin, comme trouvées au fond d’un grenier ou remontées de plusieurs décennies, les compositions de Mára possèdent assurément un charme, un peu hanté, mais véritable.

***1/2

10 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Billow Observatory III: « Chroma/Contour »

Il s’agit ici du troisième album u tandem, Jonas Munk et Jason Kolb. Travaillant toujours autour d’une structure assez minimale, forme de réduction de ce que chacun sait produire de son côté. C’est ainsi que la longueur des neuf titres de cet album (près de six minutes de moyenne) permet aux deux musiciens de débuter par des nappes et des textures plutôt minces, voire difficilement perceptibles, avant d’intégrer quelques rythmiques et des instrumentations plus riches (arpège de guitare identifiable, par exemple).

S’agissant de l’atmosphère d’ensemble, on retrouve cette belle coloration, un peu lumineuse, un peu chatoyante, tout à fait caractéristique des travaux personnels de Jonas Munk quand il opère sous le nom de Manual. Les reflets aquatiques des composantes électroniques participent également de ce constat (« Bright Lands Rising ») et le traitement de la guitare de Jason Kolb s’associe aussi à cette tonalité, parfois détachée, souvent agrémentée de « delay ».

Quelquefois, on a l’impression que Billow Observatory est proche de basculer dans une surenchère, retenant ses guitares et synthés de s’ébrouer dans un torrent sonore (« Trumbull »), mais ces instruments sont à chaque fois contenus, maîtrisés par le duo. Peut-être néanmoins qu’à force, on aurait été preneur que Munk et Kolb se débrident et se dérident un peu, osant (pourquoi pas sur le dernier titre) se faire un rien plus flamboyants ; mais, assurément, la ligne est ici bien tenue.

***

7 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire