Tenside: « Glamour & Gloom »

De retour après un Convergence qui a été signe d’un second souffle impressionnant, le quatuor de métalcore Tenside a doublé la formule gagnante pour le huitième L. P., un Glamour & Gloom au titre on ne peut plus ambivalent et paradoxal.

Des mélodies en duel marquent le début du disque, le morceau-titre plongeant dans des riffs endiablés et des accords en demi-pas suivant cette même mesure. Bien que « Glamour & Gloom » »s’en tienne à la formule standard du metalcore, les changements de couplets et le solide refrain élèvent le morceau à une ouverture forte.

Le groove rebondissant de « As Above So Below », légèrement décalé, sous-tend les pistes inquiétantes de Michael Klingenberg, tandis que Daniel Kuhlemann pharse les textes d’une voix grondante et dominante. Avec un rythme trépignant et un break teinté de boue, il insuffle suffisamment de rebondissements pour s’écarter des sommets éprouvés du genre.

Si le début du disque ne s’éloigne pas trop de ce plan, on peut apprécier le perfectionnisme qui a présidé à la réalisation des morceaux. Du refrain irrésistible et prêt à l’emploi de « Along With The Gods » au swing et à la fougue de « Cannibal » », le quatuor met en avant ses points forts, avec l’inclusion de la solide accroche vocale de Kuhlemann dans le dernier titre, élément qui s’avère être un point fort.

Avec une présence obsédante dans « The Devil Within », Tenside se glisse entre la fragilité du style shoegaze et les riffs mugis et tirés des règles inaliénables du death metal avec aisance. En s’immiscant dans cette nouvelle voie, la compsotion crée un point de pivot pour le quatuor, s’il choisit daller un peu plus loin par la suite, évolution qu’on ne peut exclure.

En attendant, Glamour & Gloom se contente de livrer des riffs qui font claquer les os et les crânes, ce qui est évident sur « Only The Brave », créant ainsi un refrain hurlant tandis que « Overcome » va sauter tête la première dans des grooves à double détente et des chants qui déchirent la gorge.

Bien que le disque se concentre principalement sur les refrains et un projet qu’on sent prêt pour le stade, on pourra trouver quelques moments comme « The Last Anthem » qui s’inspire de death ‘n’ roll et « All Black Everything » qui utilise plus d’espace que d’habitude pour créer une conclusion dynamique et riche et où Tenside délivre simultanément puissance et retenue.

S’il y a des passages plus faibles, Glamour & Gloom offre un parcours rafraîchissant au travers la cette deuxième vague de metalcore tout en prouvant qu’il peut encore être peaufiné. Avec un son raffiné et poli, Tenside a sorti son meilleur album à ce jour.

***1/2

The Amity Affliction: « Everyone Loves You… Once You Leave Them »

Parlons de la mort. Quel genre de mort ? Qui est la mort ? Pourquoi la mort ? Vous aurez bientôt les réponses, mais pour cela, nous devrons également parler de la maladie mentale, car les deux thèmes sont étroitement liés et se rejoignent souvent lorsque nous parlons des jeunes générations en général et, depuis peu, de plus en plus d’artistes émergents et bien établis. À ce propos, pourquoi ne pas parler aussi des espoirs et des rêves. Après tout, ils sont la première étape, l’étoile du Nord et la destination finale pour toute personne poursuivant une carrière artistique, inconsciente ou peut-être trop jeune, naïve et alimentée par le feu de la passion pour remarquer les dernières ombres des luttes émotionnelles et mentales qui la suivront en cours de route.

Les Amity Affliction prennent ces thèmes très au sérieux dans leur septième album intitulé Everyone Loves You… Once You Leave Them et les regardent sous tous les angles, en explorant une pléthore de nuances. Chanson par chanson, l’album raconte une histoire différente, inspirée par la douleur de la précédente et approfondissant sa cause et sa signification.

L’album commence avec « Coffin », une chanson courte mais lyrique et mystique qui partage une prémonition de la mort des rêves – il semble qu’elle était destinée dès le début. « All My Friends Are Dead « s’étend sur cette fin cruelle, avec un son plus lourd et dessine une image apocalyptique d’un monde au bord de la destruction où l’on est abandonné et doit tout affronter seul. « Soak Me In Bleach » donne un rythme un peu plus lent au début, en déplaçant l’attention sur le héro » de l’album, qui est accablé par l’agonie et épuisé d’avoir essayé d’y échapper, au point de vouloir disparaître. La chanson s’alourdit progressivement en plongeant dans le sentiment de désespoir, suscité par l’effort incessant et futile de fuir la douleur.

« All I Do Is Sink » se présente comme une antithèse à l’image précédente du monde en feu. La chanson contraste avec les précédentes car le refrain devient moins agressif et plus musical, tandis que le reste des chansons se développe dans le sens inverse. Tout en maintenant son attention sur le héros, elle change la perspective sur leur solitude et accentue son absurdité.

« Baltimore Rain » abandonne finalement le style de narration mystique et dramatique au profit d’une intrigue plus racontable qui se déroule à l’époque moderne, où le héros peut être n’importe qui d’entre nous se sentant accablé par les problèmes, vivant sans direction et rêvant d’être libéré de toute cette souffrance intérieure. La solitude déforme un peu les choses, en trouvant le bonheur dans la solitude et en l’associant à la liberté la plus désirée. Les deux chansons abandonnent le chant métalcore et l’instrumental lourd au profit d’un son rock de plus en plus mélodique, mais « Forever » les remet au goût du jour, au moment où l’ambiance change à nouveau. Secouant lentement les tendances contemplatives, cette chanson s’ouvre sur le seul sentiment positif qui parvient à briller à travers l’obscurité et qui résistera à l’épreuve du temps : l’amour. C’est probablement la chanson la plus innocente et, oserais-je dire, la plus positive de l’album.

À partir de là, la douleur revient au premier plan, car « Just Like Me » cherche de la compagnie dans ce voyage à travers la douleur. À son tour, elle offre de la compassion et une chance de liberté au compagnon de route, car le héros a perdu tout espoir pour lui-même et a accepté son destin. « Born to Los »e montre cependant un point de vue différent sur cette acceptation – alors que le héros a accepté le fait qu’il est essentiellement condamné, il n’est pas le bienvenu face à l’examen minutieux et à l’interprétation ou aux conseils tordus de qui que ce soit.

« Fever Dream » ramène le style lyrique rempli de symboles, l’instrumental enflammé et les thèmes du début de l’album, mais le héros nie maintenant sa réalité et est désormais accablé par la peur de mourir seul. « Catatonia » complète le cercle, car son style musical est très proche de celui de « Coffin « et il embrasse la mort indéniable tout en prenant la tête, défiant presque les perpétuelles luttes sans espoir auxquelles il doit faire face encore et encore. Notre héros reconnaît sa condition, embrasse la peur et est déterminé à continuer à se battre, espérant qu’il pourra atteindre le bonheur… avec un peu de soutien.

Dans l’ensemble, l’album propose un concept assez intrigant, régi par la cyclicité, qui est mis en œuvre dans tous ses aspects, du message au son. Il parle des problèmes les plus urgents auxquels les artistes d’aujourd’hui sont confrontés et brosse un tableau complet de ce que signifie souffrir d’une maladie mentale, en tournant autour de représentations surréalistes et identiables au point de nous interpeller. Le meilleur aspect de cet album est la façon dont il parvient à condenser tant de thèmes, mort, maladie mantale, de sentiments, affliction, et de sons, grâce à des chansons remarquables qui s’emboîtent parfaitement les unes dans les autres, comme les pièces d’un puzzle.

****

The Acrylics: « Sinking In »

Être un artiste est  un idéal glamour mais il mais rend humble dans la pratique. Voilà quelque chose que The Acrylics ressentent clairement et leur Sinking In capture parfaitement ce sentiment de décalage entre illusion et réalit avec une authenticité absolue. 

L’album s’ouvre sur le rock tranchant et décalé de « Haze », un labyrinthe de riffs acérés comme par une lame de rasoir, de rythmes tumultueux et de grooves descendants à l’infini, capturant le délire de l’équilibre trop commun entre travail et vie privée sous la forme d’un hymne funèbre croustillant et punk façon Pissed Jeans. Des vibrations post-punk aquatiques se mêlent à une mousse abrasive sur le titre « Retrea », un plaidoyer pour l’apaisement, tandis que le morceau-titre importe un cauchemar dark-core pour évoquer un nuage noir d’accords acides et de réverbération tonitruante pour effacer le soleil sur les collines de Santa Rosa ; un soleil moqueur bien sûr. Bien que The Acrylics soient un groupe de hardcore, leur son se démarque des reprises de plus en plus populaires du metalcore de groupes comme Code Orange et Turnstile, afin de couvrir les routes secondaires desséchées de l’Ouest spirituellement stériles avec une ferveur fataliste qui rappelle les groupes de noise rock comme KEN Mode et Annihilation Time, dont l’influence est la plus importante sur un « Awake » sont la déflagration fait penser à un blitz. L’ambition du combo de capturer plus que l’agression brute est rontrastée par la torpeur glaciale des deux interludes instrumentaux ; le pensif « Closer », et un « In Motion » mécanique et tordu par l’enfer.

Le monde d’aujourd’hui est construit pour vos mettre à genoux, ses pressions et ses exigences sont incompatibles avec l’existence humaine ou tout semblant de sens durable ou transcendant. Parfois, tout ce que nous pouvons faire pour survivre, c’est d’enfouir la terre sous nos pieds et d’espérer trouver un endroit confortable pour dormir dans le trou que nous avons creusé. The Acrylics saisissent cette angoisse fondamentale et lancent donc ce Sinking In éruptif, comme une fusée éclairante dans la nuit, pour chasser les ombres et nous rappeler, dans un élan qui se veut salvateur, que nous ne menons pas cette guerre contre cette humanité percluse et perdue dans l’isolement.

***1/2

Savage Hands: « The Truth in your Eyes »

Jeune groupe du Maryland, Savage Hands sort aujourd’hui un second album metalcore / emocore / post hardcore conjuguant, comme ses petits camarades, énergie débordante et format pop assumé, pondant les titres à chantonner car, indubitablement, The Truth in your Eyes, c’est de la variété pop metal. Ce ne ne seront pas quelques accélérations et hurlements qui pourrant changer de regard sur eux d’avis. Savage Hands, c’est un peu Sum 41 qui rencontre Paramore. Ce deuxième album parle de vérité et de mensonges et il n’y a pas grand-chose à dire ou écrire. Les onze titres fonctionnent très bien, bien joués, bien produits, traversés de breaks malins, des traditionnelles accalmies avant l’explosion de décibels.

La brutalité est savamment dosée, ni trop ni trop peu, assez en tout cas pour qu’on sache que c’est de metal qu’on parle, mais ne ressort que par touches (pour la voix), histoire de laisser le maximum de latitude au plaisir d’écoute de mélodies pop évidentes. Trop ? Sans doute, mais particulièrement bien ficelé.

***

Great American Ghost: « Power Through Terror »

Qu’il s’agisse de Randy Blythe dans Lamb of God ou de Jesse Leach dans Killswitch Engage, beaucoup de groupes de metalcore se résument à un numéro de métal dirigé par un chanteur hardcore. Pour Great American Ghost, le chanteur Ethan Harrison a conservé la trajectoire technique du premier album du groupe, Everyone Leaves, sorti en 2015, et de Hatred Stems From the Seed, sorti en 2017, qui s’inspire du bon vieux beat bostonien d. Le dernier album du groupe est beaucoup plus influencé par des groupes comme Gojira et Meshuggah, mais sa lignée remonte toujours à des groupes comme DYS et Gang Green. Power Through Terror est un tour de force metalcore qui ne cesse de s’améliorer à chaque écoute. 

Des vocaux bien gras et des diatribes nihilistes s’imposent sur l’intro de « Rat King », mais la précision et la syncope sont d’un autre ordre. Le guitariste Niko Gasparrini et le bassiste Joey Perron s’inspirent encore du primitivisme et on n’y trouvera aucun solo de guitare. Leurs riffs géniaux les remplacent et ils frappent fort, encore et encore.

Cette puissance constante est la raison pour laquelle « Prison of Hate » parvient à secouer les auditeurs par des assauts massifs et une colère implacable – la phrase d’accroche de Harrison « Reality is pain/ Hope is a plague » (La réalité est une douleur/ L’espoir est un fléau) vient à l’esprit – mais le travail sur les frets de la six cordes reste acrobatique et à l’épreuve des balles. Le titre suivant, « Altar of Snakes », produit un effet similaire en incorporant des pistes de bulldozer dans un groove décimant et en poursuivant l’équilibre impeccable de l’album, avec un chant mélodique râpeux qui se transforme en grognements menaçants.

Le morceau-titre apporte une structure rythmique à trois temps, ajoutant quelques changements de rythme de bon goût dans un hymne anti-autoritaire digne des légendes de Boston. Les percussions de Davier Perez complètent les éléments ravagés et dépouillés, permettant au groupe de s’écouler naturellement à partir de passages distincts. Sa contrebasse à tir rapide sur « Rivers of Blood » est le parfait contrepoids par son outro passionnée, atmosphérique et presque post-rock. Power Through Terror sonne comme un groupe de hardcore jouant du métal, mais le métal ne tire aucune énergie de l’agression primitive.

Alors que certains chants gutturaux offrent un certain répit aux cris, Great American Ghost s’appuie sur un groove contagieux pour élever les tropes metalcore de morceaux comme « Socialized Animals ». Les riffs électrisants et les percussions chargées plairont aux fans de metalcore du début des années 2000, tout comme la phrase « ’d rather believe in nothing/ Than beg for my fucking life » (Je préfère ne croire en rien/Plutôt que de supplier pour ma putain de vie », sera tout sauf redondante.

Même le groove rebondissant de la chanson de métal « Black Winter » aborera changements de tonalité arborera côté sinistre qui prendea le dessus pendant la rupture ultra lente à la fin. « We build these fucking empires just to watch them fucking burn » (Nous construisons ces putains d’empires juste pour les voir brûler), criera Harrison à la fin. Et ses slogans d’avant-rupture sont présents tout au long de l’album.

Étant donné la tendance du metalcore à privilégier le générique, il est facile d’approcher Power Through Terror en s’attendant à ce que ça devienne ennuyeux. De telles idées préconçues rendent la cohésion de l’album bien plus satisfaisante. Great American Ghost sait ce qui marche, que ce soit la double attaque synchronisée des percussions, des guitares, ou les mélodies troublantes du refrain de « Scorched Earth ».

Ces ruptures, en effet, ne semblent jamais forcées et les chœurs ne donnent jamais l’impression que le groupe fait des concessions. Sa symbiose transcende les limites des genres, même en gardant un chemin bien tracé suivi par des morceaux comme un« WarBorn », qui s’avère non seulement écoutable mais bien plus qu’agréable. Les vocaux rapides et les riffs d’inspiration vaguement scandinave, ainsi que les percussions gargantuesques et le chant non filtré, sont exécutés avec un tact et une dextérité qui permettent au groupe de chevaucher tous ces éléments.

« No More » met fin à Power Through Terror de manière explosive et violente, avec l’un des morceaux de guitare les plus punitifs que le groupe ait jamais écrit. Au demeurant, il y a encore de la place pour les montées de tension et les mélodies émotionnelles parsemant les moments de folie haineuse. Great American Ghost fait simultanément la fierté du hardcore de Boston tout en le surchargeant de riffs impeccables. Cet album prouve exactement quel’il fait partie de ces nouveaux groupex capable de représenter et renouveler la tradition du metalcore.

***1/2

Northlane: « Alien »

Après avoir fait dans le metalcore comme bien d’autres groupes, Northlane réinvente un peu la formule en y incluant divers éléments électroniques et des ambiances du futur. C’est ce qu’on peut entendre sur Alien, lancé l y a quelques temps.

Ce dérivé du « metal »déjanté» commence sous la forme d’un direct à la figure. Ça sonne géant, plus grand que nature. Les guerriers cybernétiques présentent un album très texturé, qui fait exploser les cervelles avec la pesanteur du son. Le terme «aliencore», suggéré sur YouTube pour qualifier cette musique, semble très à point.

On remarque que, d’emblée, il est presque difficile de distinguer la basse de la guitare; elle est accordée aussi bas que possible. « Sleepless », entrecoupée de couplets plus tranquilles, met bien en valeur ces immenses guitares d’outre-tombe. Aussi, la guitare et les synthétiseurs s’entremêlent, mais l’effet est captivant du début à la fin. On dénote un tuning différent sur les titres « Paradigm » et « Vultures », qu’on dirait écrites à un autre moment ou d’une autre façon.

Par ailleurs, on a affaire à un chanteur de haut calibre. Tout au long de l’album, les chants sont très variés, passant des chuchotements aux cris gutturaux, à la voix mesurée mais parfois assez perçante, ainsi qu’à un phrasé impeccable. Les spoken words rappellent beaucoup Chris de Motionless In White, surtout durant les airs « Infamous » ou « Reincarnate » (par exemple « Devil’s Night »). La voix de tête utilisée dans la très triste ballade « Rift » est majestueuse, et évoque particulièrement les chants aériens de Cynic et Leprous. Par ses rythmes, cette chanson fait également une brève allusion à Prodigy. Toutefois, la voix de vociférée est peut-être trop souvent utilisée. Cela finit par tomber un peu dans le générique, car elle se fait également semblable aux chanteurs d’Architects ou de The Devil Wears Prada.

Si l’ensemble peut parfois ressembler à un fouillis de notes rapides et entortillées, les refrains sont très accrocheurs et restent dans la tête après une ou deux écoutes. Le son général du groupe est dans la continuité des Français Sybreed, qui font partie des pionniers du «cyber metal».

Northlane se démarque grâce à ses ambiances recherchées, mais aussi grâce à son style visuel et à son esthétique générale. Le groupe a fait un séance photo un peu futuriste, qui a un certain caractère «urbain», et qui pourrait presque être digne d’une grande marque de vêtements. Très mode certes, mais certainement pas éphémère et passager; les fondations de la bande sont trop solides pour cela. Bref, le quintette a de quoi captiver les âmes futuristes en quête d’une solide histoire métallique.

***1/2

Obey The Brave: « Balance »

Obey The Brave est un trio canadien qui œuvre depuis quelques années dans le domaine du metalcore. Balance, son quatrième album, emprunte au genre des riffs heavy, une rugosité hardcore dans le chant, et y insuffle de la mélodie et des refrains assez accrocheurs. Sans être forcément original et sans, non plus, strictement chercher à plaire, il s’est assigné une fonction, donner du plaisir, à laquelle il s’astreint malgé les nombreux déboires qui l’ont accompagné.

Sa musique se veut sincère et directe et il réussit à transmettre, en l’espace de 25 munites, une certaine efficacité entraînante. Peu surprenant Balance ne bascule pas pour autant dans la redite et ne génère pas ennui ou lassitude et sera un exemplaire candidat pour une équilibrée comme son titre l’indique et, avant tout, sans prise de tête.

**1/2

Ringworm: « Death Becomes my Voice »

La musique est un exutoire. Certains vont y purger leur amour, leur foi, leur peur, leur espoir. Les Américains de Ringworm s’en servent de catharsis pour leur colère. Bien que « colère » soit un faible mot à l’écoute des 11 titres de ce huitième album. Leur dernier album date de 2014. Hammer of the Witch consistait en un écoulement rapide de 13 titres thrashcore destructeurs et intenses, un travail bien fait mais sans réelle plus-value par rapport à ce qui se faisait par rapport à d’autres albums de metalcore ; un disque dans lequel ne s’y passait que ce qui était sensé s’y passer.

Expérience acquise devient parfoais légitime ; Death Becomes my Voice est plus intense, percutante, immersif et, par conséquent, accrocheur.

Tous les titres ne sont pas, bien sûr, des pierres angulaires, mais sur quelques pépites (« Dead to me », « Dying by Design », « Death Becomes my Voice »), on a de quoi se sentir galvanisé.

Bien sûr, à la réécoute, on se dit que le groupe aurait pu rehausser ses titres d’effets de style (un clavier sur « Dead to me » pour renforcer la malévolence, quelques samples…) pour rendre le tout moins brut sans altérer le moins du monde le côté rentre-dedans.

On pourra arguer que l’ensemble sonne tout aussi classique que dans le passé. mais Ringworm a fait le choix de l’économie de moyens pour atteindre son but et n’a semble-t-il pas l’intention de changer après 30 ans de carrière.

Alors ce nouveau Ringworm a beau être la suite logique de leurs œuvres précédentes, il montre un groupe dans une forme olympique, toujours capable de faire pleuvoir le feu sur ses fans.

***1/2

Mtoid Man: « Bleeder »

Il y a quelque chose de vertigineux quand les premières mesures de Bleeder surgissent des hauts parleurs : un ouragan de riffs gargantuesques et se solos gémissant qui menacent de vous engloutir dans un chaos où rien ne pourra apaiser vos nerfs.

Le « debut album » de Mutoid Man a pourtant besoin de bien être effeuillé pour permettre à l’or d’émerger des gravats.

« Bridgeburner », par exemple, est une belle démonstration de southern boogie saupoudré de heavy metal à vous pulvériser, une couche de riffs succédant à une autre avec un abandon héroïque alors que « Soft Spot In My Skull » pourrait répondre à la question rhétorique qui agite certains sur ce que serait devenu King Crimson si il avait demandé à Rick Rubin de produire un de ses albums.

On ne pourra qu’éprouver une certaine joie à se laisser aller à ces excès heavy metal tant Bleeder est un opus brutal et intelligent ; une conjonction de facteurs qui ne peut qu’être excitante.

***

Attila: « Guilty Pleasure »

On ne sera pas surpris d’apprendre qu’un groupe de ce nom est du genre metalcore et que, malgré ce que cela peut indiquer en matière de démarche, Guilty Pleasure est, depuis sa formation en 2005, son cinquième album.

Il cumule autant de fans que de gens qui les haïssent littéralement mais leur attitude « don’t give a fuck » leur permet de s’affranchir de tout jugement négatif ; en Anglais, le « guilty pleasure » est le genre de musique qu’on a honte d’apprécier, qu’en écoute en douce sans jamais l’avouer à personne. Nous en avons tous, y compris Attila, mais ici l’argumentaire n’est pas de nous livrer quelques secrets musicaux mais plutôt d’assumer le fait qu’ils sont, quelque part, des guilty pleasures pour beaucoup de monde.

Le disque n’en sera qu’une réaffirmation dès l’ouverture avec un « Pizza, Sex and Tolls » chaotique et rappelant un slogan que Ian Dury avait rendu célèbre mais il se distingue aussi par un solo de guitare plutôt complexe montrant qu’ils ne sont pas des manches sur leurs instruments.

Leur vocaliste Chris « Fronz » Fronzak retrouve son phrasé habituel et ses texrtes provocateurs limite cyniques comme sur « Hate Me » qui débute avec, devinez !: « I don’t give a fuck about my bad reputation ».

Attila nous offre une musique pour « headbangers » qui ne se soucient que de cela : percussions violentes, textes répétés comme vous les faire entrer dans le crâne, mais souvent avec cette petite tournure mélodique qui constitue une belle accroche.

Des interludes comme « I Am Satan » et « Don’t Be Basic » allègent un tant soit peu le disque mais ce seront des plages de type « I’ve Got Your Back », « Fake Friends » ou « Proving Grounds » qui montreront que le combo d’Atlanta peut très bien confectionner des hits en puissance.

Qu’on les apprécie alors ou pas est secondaire ; ils sont ce qu’ils sont, ce qui, au fond, est l’attitude qu’on attend d’un groupe de rock and roll.

***1/2