Daniel Tomkins: « Ruins »

9 décembre 2020

Prêtant sa voix à Skyharbor, à White Moth Black Butterfly et, surtout, à la sensation mondiale du métal progressif, Tesseract, le concluant CV de Daniel Tompkins laisse entendre qu’il est plus qu’un beau gosse. Souvent, au sein de ces collectifs complexes et sérieux, Tompkins est la faille où la lumière proverbiale de ceux avec qui il a pu collaborer. Ses performances guident les auditeurs à travers des structures labyrinthiques tout en les gardant toujours au sol. L’année 2019 a vu la sortie de son premier album solo, Castles, un opus pop-rock assez bien accueilli. Un album dont la qualité « pop », avec le recul, semble avoir hanté le chanteur. Avec son deuxième album, Ruins, Tompkins retravaille et réécrit la majorité de ce qui constituait Castles à la recherche de sonorités plus vraies et plus sombres tout en restant fidèle à ses concepts originaux. Pourtant, si Ruinsarpente un terraindéjà parcouru, il explore bien plus de nouveaux territoires qu’il ne retrace de vieilles traces.

À première vue, les titres de morceaux tels que « Empty Vow », « Stains of Betrayal » et « A Dark Kind of Ange » » suggèrent une lecture solennelle de poésie gothique plutôt qu’une réimagination musicale progressive. Heureusement, le premier morceau « Wounded Wings », avec le guitariste Plini, dissipe ces soupçons. Posant les bases avec une mélodie séduisante englobée dans une boucle hypnotique, un refrain planant va s’insinuer pour mieux exploser. Mais si le moteur tourne à plein régime, il ne décolle jamais tout à fait, taquinant plutôt avec ce qui va suivre ; une finale mélancolique menée par le piano. En revanche, la chanson titre et le « single » « Ruins » ne sont pas aussi percutants, car ils sont beaucoup plus graves musicalement, Tompkins passant sans effort d’un chant clair à un chant dur. Le premier « single », « The Gift », avec Matt Heafy de Trivium, tente d’offrir la même chose, mais avec moins de succès. Sa scansion brutale pourrait bien finir par être la préférée des fans, mais comme il s’agit du seul morceau tout neuf de l’album, les attentes étaient certes plus élevées d’autant que « Ruins » affiche une profondeur et une polyvalence que « The Gift » ne peut tout simplement pas rivaliser.

Tout comme Tompkins lui-même, Ruins est à son meilleur dans les fissures où la lumière pénètre. Comme dans « Empty Vows », qui ne sert pas seulement de morceau phare de l’album, il clarifie également les raisons pour lesquelles Tompkins s’est senti obligé d’entreprendre ce projet. Dans sa forme originale, ce titre, initialement intitulé « Saved », a toute la puissance d’une marche électronique laborieuse. Aujourd’hui, aux côtés du producteur Paul Ortiz (alias Chimp Spanner), Tompkins choisit le morceau et le rend euphoriquement explosif. Avec des mélodies captivantes injectées dans cette partie de ballade et dans l’hymne, la composition est l’un des meilleurs morceaux de Tompkins. Il en sera de même avec « A Dark Kind of Angel », qui réimagine la chanson « Telegraph », la propulsant vers de nouveaux sommets avec son atmosphère émotive et enivrante.

Peur de la nouveauté, de la correction d’une erreur ou de la recherche de la perfection ? Il faut presque certainement que ce soit la dernière. Tompkins est assez intelligent pour savoir qu’on ne peut tout pas simplement se contenter de superficialité et de se dédouaner de tout effort.Bien sûrCastles n’est en aucun cas un disque insignifiant. Pourtant, se sentant construit plutôt que reconstruit, Ruins est bien plus qu’un album rebaptisé et une collection des mêmecompositions sous un habillage nouveu. Il s’agit essentiellement d’une œuvre entièrement nouvelle. Intelligent, et souvent convaincant, Ruins est un témoignage louable et à multiples facettes du soin que Tompkins investit dans son art. Il n’est peut-être pas parfait, mais, comme Tompkins, c’est une tentative sincère de rechercher une plus grande perfection. Et, à certains moments, il y parvient.

***1/2


Killer Be Killed: « Reluctant Hero »

9 décembre 2020

Pour ce qui concerne le monde des supergroupes, sans parler de ceux qui jouent du métal, il n’y a vraiment pas grand-chose à écrire. Marqués par de grandes attentes et peu d’efforts, ils sont souvent résignés à être des reliques du passé. Malgré tout, le mot supergroupe s’applique très certainement au groupe de métal dynamique Killer Be Killed, dont la créativité correspond et dépasse presque les précédents des membres qui le composent.

Comme un mème de Vince McMahon, la composition de Killer Be Killed s’améliore au fur et à mesure que l’on s’y attarde ; La collaboration est composée du chanteur Greg Puciato (The Dillinger Escape Plan), du guitariste/chanteur Max Cavalera (Sepultura, Soulfly), du bassiste Troy Sanders (Mastodon, Thin Lizzy) et maintenant, du batteur Ben Koller (Converge, Mutoid Man, All Pigs Must Die), qui se réunissent à nouveau pour sortir une suite à leur premier album éponyme, Killer Be Killed (2014).

Il sort déjà un disque deux mois environ après son premier album solo, Child Solider : Creator of God (2020), Puciato ne montre aucun signe de ralentissement, en particulier sur le premier single et le premier titre, « Deconstructing Self-Destruction », qui se termine par cette ligne de fermeture, « Fire is on my side, I’ll never die » (Le feu est à mon côté, je ne mourrai jamais ). De même, la batterie extrêmement puissante et virtuose de Koller devient presque immédiatement une autre fixation principale pour le morceau et l’album dans son ensemble, correspondant à l’énergie frénétique du chant de Puciato et à la guitare/basse déformée qui enveloppe l’auditeur d’un mur de son alors que la production ici est infernalement propre.

Sur le deuxième « single », « Dream Gone Bad », l’énergie reste la même mais la complexité est atténuée par le riff de guitare principal de Cavalera. Le super groupe ajoute également un refrain assez accrocheur (aussi accrocheur que peut l’être le refrain d’un groupe de métal) qui laisse présager que le heavy metal sera quelque peu digeste.

Les titres trois et quatre, « Left of Center » et « Inner Calm from Outer Storms », partagent des similitudes en ce qui concerne l’alternance des voix, ainsi qu’un bon sens général de la dynamique de groupe et de la retenue, deux choses qui sont parfois négligées dans le monde du métal contemporain et du hardcore. Puciato, Cavalera et même le bassiste Troy Sanders, en échangeant des chants plus durs, se montrent co-dépendants et doux, et encore une fois, le jeu de batterie extrêmement imaginatif de Koller transparaît vraiment. Assurez-vous d’être au courant des couleurs Deftones/HUM/Failure présentes, ce qui aide sincèrement la liste des titres à respirer.

La chanson suivante, « Filthy Vagabond », ainsi que le titre « Comfort from Nothing », partagent ce style de thrash-métal qui fera certainement sourire les fans de métal classique de la vieille école parmi les lignes de Anthrax, Motorhead et Exodus. Même « Animus », le morceau le plus court de l’album, qui dure à peine plus d’une minute, s’adonne à un thrash-core doux et rapide.

Cependant, toutes les chansons ne sont pas aussi directes, avec des morceaux comme « The Great Purge » et « Dead Limbs » qui alternent entre des sections d’une extrême lourdeur et d’une paix angélique. Il n’y a pas de groupe ou de projet post-rock sans même un aperçu de l’influence de ce son, mais il est indéniable que Killer Be Killed est capable de construire une chanson qui contient des techniques d’écriture intéressantes, comme des changements de dynamique instrumentale et des sections de solo improvisées et brouillonnes. Même le titre « From a Crowded Wound », d’une durée de presque sept minutes, divertit l’auditeur en créant une tension tranquille grâce aux mélodies vocales et en faisant éclater le tout avec une fureur froide et amère.

Ce culte dynamique se poursuit sur le morceau-titre, défini au départ par des accords de guitare mélodiques et le chant dépressif intéressant de Troy Sanders sur l’appréciation de ceux qui sont encore là et le souvenir de ceux qui sont tombés. Cette ambiance est usurpée par Puciato, qui prend le relais une dernière fois, étant une sorte de James Brown pour le métal, alors que tout le groupe brûle la maison dans les dernières parties du morceau, concluant le deuxième effort de Killer Be Killed.

La production et l’écriture des chansons de Reluctant Hero ne sont peut-être pas du tout convaincantes mais elles ont permis de réaliser une performance extrêmement puissante et émotionnelle, dépassant de loin les attentes des supergroupes, surtout avec un deuxième album de cette trempe.

***1/2


Irist: « Order Of The Mind »

5 avril 2020

Le métal extrême est en mauvaise santé. Grâce aux progrès culturels naissants, des intérêts qui étaient autrefois des niches deviennent maintenant largement accessibles. Il y a eu des inconvénients, mais dans l’ensemble, les coins les plus sombres et les plus étranges de la culture contemporaine se sont développés sans perdre beaucoup de ce qui les rendait si uniques au départ.

Parallèlement à cette expansion, les ambitions musicales des groupes les plus lourds ont été largement révélées. Des groupes comme Irist ne se contentent plus de régurgiter des clichés de genre, ils veulent jeter tout ce qu’ils savent dans le mixeur et produire un beau frankenstein de parties dérangées.

Les influences d’Irist sont évidentes ; l’ADN de Gojira, The Ocean et Converge se retrouvent tous entrelacés dans Order Of The Mind, et, tout comme aucun de ces groupes ne peut être décrit comme musicalement complaisant, Irist ne l’est pas non plus. Il se pousse sur chaque morceau, sans jamais se contenter d’une structure familière ou d’une séquence de riffs prévisible.

L’album fonctionne au mieux lorsqu’il vise une sorte de transcendance, comme sur « Severed », qui utilise de magnifiques guitares carillonnant au sommet de ses refrains et punissant la seconde moitié. Le moment le plus étonnant de l’album, le dernier tronçon en particulier, est peut-être une œuvre d’une beauté sauvage. Beaucoup de chansons de « Order Of The Mind » contiennent des moments comme celui-ci, et chacun d’entre eux se révèle particulièrement frappant.

Le groupe est également assez sûr de lui pour traverser un territoire mathématique et dissonant. « Order Of The Mind » est un morceau méchant et laid, plein de riffs qui font tourner la tête et d’une dépression presque hardcore. « The Well » joue de la même façon, bien que quelques voix propres sur la moitié arrière de la chanson tempèrent intelligemment la brutalité.

Bien que Order Of The Mind soit clairement un album brillamment composé et interprété, une mention spéciale mérite d’être accordée au producteur Lewis Johns, dont le récent CV se lit comme un who’s who des jeunes groupes de métal talentueux (Conjurer, Employed To Serve, Rolo Tomassi, pour n’en citer que quelques-uns). Son travail tout au long de l’album est formidable, assurant à Irist un son aussi expansif et puissant que leurs chansons l’exigent.

Le groupe est clairement vert, et s’il y a une critique à faire à l’album, c’est qu’il ne frappe pas tout à fait avec le plus grand sens de l’individualité. Cependant, avec des influences aussi uniques et disparates que celles d’Irist, cela arrivera sûrement avec le temps.

Par-dessus tout, Order Of The Mind est un album très réjouissant ; tout metalleux s’amusera avec l’intro frénétique de « Dead Prayers » »ou les riffs de la dernière partie de « Harvester ». L’album, qui tend souvent vers une beauté terrifiante, est tout simplement un disque de métal solide d’un jeune groupe passionnant, qui devrait les mettre sur la voie de grandes choses.

***1/2


In This Moment: « Mother »

3 avril 2020

Le groupe de métal In This Moment est de retour avec un nouveau disque, Mother, un opus qui montre que le groupe ne rechigne pas à s’essayer à différents styles de musique. L’instrumentation est énergique et le chant est clair sur chaque piste. De plus, le groupe a fait un excellent travail en créant ses propres versions de deux chansons rock classiques. Dans l’ensemble, In This Moment a fait un travail fantastiquepour ce qui est cette poduction

La chanson « Lay Me Down » est superbe en raison de la façon dont la voix de Maria Brink brille sur le morceau. Elle est, en effet, remplie d’émotions brutes tout en narrant des paroles qui racontent une histoire émotionnelle. De plus, la gamme vocale est étonnante car Brink est capable d’harmoniser parfaitement les paroles. En prêtant attention à la musique, on peut l’entendre chanter sur la musique de fond. In This Moment fait un excellent travail pour montrer à quel point le groupe est puissant et n’hésite pas à montrer sa vraie nature. « « Hunting Grounds » est une autre de ces mélodies accrocheuse grâce à un jeu de guitare de Chris Howorth remplit le morceau de riffs électriques. A l’écoute, il est amusant de noter à quel point Howorth change les notes de la guitare pour ajouter de la profondeur à l’harmonie du titre

La reprise de « Fly Like an Eagle » est bien faite et le groupe s’est vraiment réuni pour créer et interpréter sa propre version de ce classique intemporel. L’adaptation se distingue de l’original par son thème sombre et lugubre. Le jeu d’instrument crée le sentiment de vouloir se libérer d’un moment où certaines personnes sont coincées. On a vraiment l’impression que In This Moment veut que les auditeurs embrassent la liberté.

« Legacy » est interprété de manière phénoménale car la publication de la musique parle d’elle-même. In This Moment a été joué ensemble avec brio, en se basant sur la façon dont les éléments musicaux et vocaux se fondent ensemble pour créer un sens plus profond. D’une certaine manière, les gens peuvent s’identifier à cette chanson car ils ont l’impression que les paroles parlent de la perte d’un ami proche ou d’un être cher. « Legacy » est un véritable succès et le groupe a bien réussi à définir un thème consistant en un nouveau chagrin d’amour.

Une autre repriseest à noter, « We Will Rock You », et ele est comme un court circuit non seulement parce qu’Izzy Hale et Taylor Momsen chantent avec Brink, mais aussi parce que le groupe s’est porté volontaire pour créer sa propre version. Pendant l’écoute de la chanson, les voix de Bink, Hale et Momsen ont un impact sur l’ensemble du morceau par la façon dont les trois fvocalistes utilisent leurs gammes pour créer un sentiment et une déclaration personnels. Ce qui est également remarquable, c’est la façon dont le jeu de l’instrument reste fidèle à l’original. Le jeu de tambour et de guitare vibre au son du tonnerre. Si les auditeurs veulent qu’une chanson les éblouisse, « We Will Rock You » le fera en utilisant la combinaison de musique rock et de métal.

***1/2


Behind Blue Eyes: « Everything Between Us »

21 mars 2020

Sa matrice nimbée de capacités putride,, Behind Blue Eyes publie Everything Between Us, un album de dix titres perclus d’indigos toxiques et de hauts-le-coeur déchirants.

Behind Blue Eyes, en effet, fait appel aux profondeurs de la musique alternative et s’y accroche avec des poings meurtris, en faisant des ravages d’un style tout à fait nouveau en jouant avec le bout le plus intimidant du manche. « Stay » est effronté, sa tête laide révèle les grooves et les grincements du groupe, tandis qu’une gargouille tamponne la fine fleur des guitares.

Stone Behzadi offre des cris et des exutoires, et, alors que les parties les plus lourdes de ce disque se révèlent plus mémorables cette dualité provoque l’abandon de nos esprits. « Lie To Me » élargit sa cage thoracique, inhalant l’ivresse et le gravier, et devient ainsi le morceau qui, dans cet effeort, juxtaposera une nouvelle couche graveleuse.

La résonance épaisse et gutturale des parties vocales typiques du metalcore dans « Better Days » et « No One » est du papier de verre comparé à la fluidité des tonalités lisses, inondé qu’il est d’idiosyncrasies et de coups de fouet d’accents londoniens. Tandis que Joe Baker ponctue les soubresauts de ses consonnes, Kiahn Zamani se montre sauvage et noue des accords sanguins avec des poings ensanglantés.

Dans une rare démonstration de conformité aux conventions d’un album, la férocité des morceaux s’agite un instant sous l’eau ; et, ainsi, « Father » sera rincé d’un contenu émotionnel et transmis de manière diluée. La basse de Joe Sweeney continue à se faire entendre alors que Behzadi lui souffle presque à nouveau à la gorge, mais il y a une profondeur dans le grain et une méthode derrière le chaos.

Les multiples facettes de « A Lifetime », dont le côté le plus solennel scintille au milieu des décombres chaotiques qui verront les Londoniens faire revivre à eux seuls la puissante complexité qui s’était installée dans le metalcore.

Everything Between Us est empreint d’une authenticité souvent perdue entre les tombes de riffs caverneux, tout en conservant la capacité de contracter les muscles de votre cou à chaque shunt de beat. Derrière Blue Eyes, une traînée marine crachotante se dessine dans leur sillage, ne montrant aucune pitié pour la scène environnante qu’ils sont prêts à prendre en charge.

***1/2


Jinjer: « Macro »

7 novembre 2019

Les groupes issus d’Ukraine arrivant sous nos lattitudes sont suffisamment rares pour qu‘on les mentionne ; Jinjer en est à son deuxième L.P., après King Of Everything en 2016 et un premier E.P., Micro, dont Macro semble être la suite logique en matière d’appelation.

Jinjer évolue dans un registre metalcore explosif qui ne connaît aucune frontière. Les quatre musiciens naviguent avec brio entre les styles avec l’énergie comme leitmotiv. Écouter le combo, c’est accepter de se prendre une bonne dose de décibels dans les oreilles et, pa conséquent, ne pas épargner ses tympans. Mais le tout n’est pas dénué de musicalité et on oscille souvent entre passages violents et envolées mélodiques.

Un titre comme « On The Top » met tra ainsi une immense claque d’entrée mais se révèlera extrêmement efficace sur son refrain ou son pont qui mettront en lumière la qualité de composition du groupe. « Noah » va ’inscrire dans la même veine avec une violence inouïe mais un charisme évident sur les refrains.

Grâce à cette avidité à donner de multiples facettes à sa musique, on pourra déceler des passages de reggae (« Judgement (& Punishment) » ou encore de death-metal (« Pit Of Consciousness »). Le tout est exécuté de manière ordonnée et avec une aisance assez bluffante pour un groupe aussi jeune. La production rend, elle aussi, grandement hommage aux morceaux et contribue à cette sensation de qualité qui découle du disque. La basse est clinquante, la guitare agressive mais audible, la batterie frénétique et la voix parfaitement ajustée et « Home Back » symbolisera à merveille le travail d’orfèvre réalisé par les Ukrainiens.

Si les trois instrumentistes maîtrisent parfaitement leur sujet, il sera difficile de ne pas mettre la performance vocale encore plus en avant. Tatiana Shmailyuk attire toute l’attention et elle le mérite amplement. Rien ne semble impossible pour elle et sa voix incroyable. Capable de passer d’une mélodie cristalline toute en maîtrise au scream le plus terrifiant, la palette vocale de la vocaliste ne semble connaître aucune limite. Son phrasé est impressionnant et permet d’ajouter des nuances bienvenues aux compositions. Parfois reggae, parfois hip hop (« The Prophecy »), Shmailyuk apporte ainsi cette versatilité qui fait tout le charme du groupe.

Macro est iun opus solide et les neuf titres qui le composent sont d’une richesse incroyable et révèlent une finesse de composition peu ordinaire. Le style plus brut des albums précédents s’est épuré et laisse place à des créations beaucoup plus abouties. Plusieurs écoutes mettent en lumière toute l’expertise du quartette ukrainien, un savoir faire qui force le respect. A l’heure où bon nombre de groupes manquent cruellement d’idées, cet album est une bouffée d’air frais qui fait sensation et pélève Jinjer au statut de futur mastodonte de la scène metal.

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Verheerer: « Monolith »

3 novembre 2019

Verheerer fait partie de ces formations qui ont fort peu de chances de susciter notre intérêt. Le groupe allemand pratique une sorte de post black metal croisé au post hardcore, au doom, au death (au travers de certains riffs), au metal atmosphérique. On peut l’affirmer, ce disque n’est pas le plus simple à digérer. Intense, grave, violent, malsain, assez répétitif dans sa forme, si c’est un monolithe, c’en est un érodé par des vents violents, des froids glaciaux et planté au milieu d’un territoire hostile. Le genre de monument érigé à la gloire d’un puissance ancienne et redoutable, oubliée de tous mais non moins menaçante.

Ceci dit, la voix du vocaliste (à la Alastis ou Bölzer) est un obstacle certain sur le chemin d’une plus grande reconnaissance pour Verheerer. Sans être rédhibitoire,. Dela cadre assez bien avec le style pratiqué, et elle apporte même sa pierre à l’édifice, épousant à la perfection les riffs les plus thrash, montrant un visage plus moderne et original. Ça peut sembler un jugement en demi-teinte, mais il n’en est rien ; Monolith reste un bon album, à découvrir si on ne craint pas être désarçonné.

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Gost: « Valediction »

8 octobre 2019

Les liens entre la scène synthwave et le metal sont connus : des artistes français tels que Perturbator et Carpenter Brut ont été les fers de lance de ce mouvement et ont même été conviés à la grand-messe metal qu’est le Hellfest.
S’il est un groupe qui brouille les pistes entre la scène synthwave et le metal c’est bien l’américain Gost, aussi connu sous le nom de Baalberith, son alter égo satanique. Sur ses deux premiers albumsBehemoth (2015) et Non Paradisi (2016) – on sentait déjà son appétence pour le metal. Celle-ci s’est réellement affirmée sur Possessor, sorti en 2018, où des titres black metal comme « Garruth » ou « Commandment » venaient trouver leur place aux côtés de morceaux plus proches des premiers disques du musicien.
Cette absence du choix entre le metal et la synthwave a pu lui être reprochée, d’autres, au contraire,
pouvaient y voir une volonté de l’artiste de refuser de s’enfermer dans un genre. Aujourd’hui, Valediction est le premier opus de Gost à sortir sur Century Media Records, label spécialisé metal. En découvrant l’artwork et la typographie du logo, tout porte à croire que l’on est face à un groupe BM. Et ce n’est pas la nouvelle apparence du musicien qui va nous contredire : exit le masque en forme de crâne, ce dernier arbore désormais un maquillage digne d’Abbath. Quid, alors, de la musique ?

Si jusqu’à présent celle-ci était essentiellement instrumentale, le chant domine ici, largement. Le premier extrait « Wrapped in Wax » reprend les éléments déjà entendus dans Possessor à savoir le chant clair dans la lignée de « Sigil » et les cris typiquement black, le tout accompagné par un déluge de synthés. Pas mauvais, mais le titre peinera à trouver son rythme. On retrouvera le même problème sur « Relentless Passing » et « Timeless Turmoil » qui démarreront en trombe et s’essouffleront lorsqu’arrivera le chant clair. « Dreadfully Pious » sera, à cet égard, l’exemple parfait de ce qui ne fonctionne pas sur le phrasé vocal avec un refrain à la limite de la synthpop et, par conqéquent, un résultat à oublier.
Parfois le mélange des genres
sera plus convaincant, comme avec « Ligature Marks » qui se situe dans un registre plus calme avec un côté assez industriel et un passage black plus énervé. Mais c’est encore lorsqu’il reste dans la synthwave pure que Gost est le plus efficace, à l’image de « The Call of the Faithful (Faithless) », seul morceau instrumental de l’album.
Là où
Possessor avait réussi à trouver un équilibre entre synthwave et metal, Valediction se perd dans un dédale de styles qui ne se marient pas toujours bien et une omniprésence du chant qui peinera à convaincre, tant il s’avèrs plutôt convenul. Ce manque de cohérence n’empêchera pas d’apprécier certains titres pris individuellement, mais on regrettera néanmoins que Gost n’ait pas fait des choix plus tranchés pour donner une véritable direction à l’album.

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Torche: « Admission »

7 octobre 2019

Chaque nouvelle parution du groupe floridien Torche crée inévitablement une vague d’approbation dans la communauté métal. Non pas que Torche soit le plus métal des groupes qui soit loin de là, mais Torche, c’est plutôt le plus percutant des groupes optimistes de la scène metal. Rien de moins.  D’ailleurs tout le monde aime Torche et la sortie d’Admission a ravivé une fois de plus la rumeur favorable autour du groupe, trois ans après le pesant, mais décevant Restarter. En effet, ce nouvel opus reprend là où Harmonicraft nous avait laissés en 2013. 

Pour les néophytes, le son de Torche se compose de guitares très très basses, qui jouent des riffs ultra-accrocheurs et harmoniques et qui surfent sur une section rythmique à la fois vaseuse et dynamique. Et en matière de son de basse, on sait de quoi on parle avec Torche.

Donc, Admission était attendu au tournant. Les rumeurs qui émanaient du processus de création de cet album étaient favorables ; Jonathan Nunez, anciennement bassiste du groupe, est devenu guitariste soliste et a assemblé lui-même une nouvelle ligne d’amplificateurs pour le groupe de manière à le faire correspondre son idée du son du groupe au produit fini. 

Résultat? Sans un effort de songwriting nécessairement renouvelé de la part du chanteur Steve Brooks, on a quand même ici un des albums de Torche des plus efficaces et compacts depuis MeanderthalAdmission comporte encore son lot de moments pops comme la chanson titre et « Slide » mais, plus globalement, la 2e moitié de l’album émane une légèreté qui compense pour la pesanteur des instruments. On sent l’influence de Nunez aussi à la guitare qui privilégie des solos plus aériens qu’à des démonstrations techniques et le tout cadre bien avec l’atmosphère de l’album.  Au final, il ne s’agit pas d’un album qui vise le Top 10, mais d’un opus qui, avec réussite, témoigne d’un retour en force du combo.

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Beartouth: « Disease

26 septembre 2019

Troisième album, et encore un simple mot pour présenter ce nouvel LP de Beartooth. Après Disgusting et Aggressive, voici Disease titre qui, lui aussi évolue sur le même registre que les précédents. Troisième coup de dent, donc, pour un groupe surtout construit autour de Caleb Shomo, chanteur et déjà unique rescapé du line-up originel. Ce dernier et ses acolytes proposent un metalcore majoritairement très mordant. On se fait bien secouer la couenne sur des titres comme « Bad listener » ou « Enemy » qui transpirent le heavy ou le hardcore. Il y a toutefois des passages mélodiques comme « Believe » ou le morceau-titre une chansonnette sirupeuse qui aurait pu rester dans le rayon pop.

Mais le combo est avant tout prédateur sauvage, et il se montre au mieux quand il distribue des coups de griffes à tour de bras. Avec 12 titres offerts, on est quand même dans un très bon album metalcore. Et Beartooth, contrairement à certains de ses collègues, n’a pas limé ses incisives pour pouvoir mâchouiller de la guimauve ; il conserve cette même véhémence que l’on retrouve chez Of Mice & Men, microcosme dans lequel il excelle.

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