Chelsea Wolfe: « Pain Is Beauty »

Le monde de Chelsea Wolf est fait d’ombre et de lumière, et sa vision ne vacille jamais. Et sa musique pourrait se définir comme une lente valse entre les deux. Le titre de son troisième album, Pain Is Beauty, le résume à merveille et sa pochette en est fascinante. Wolfe semble frissonner en regardant vers la gauche tranchant avec l’allure impérieuse que pourrait lui conférer sa robe rouge. Les lettres sont clinquantes comme pour faire l’éloge de ces deux extrêmes qui sont les les pendants de notre nature, selon ses mots l’étrangeté et la façon dans la mythologie et nos ancêtres ont façonné notre personnalité.

Le disque ne cesse d’ailleurs jamais de muter, allant vers une direction puis vers un autre et atteignant souvent des proportions épiques. Chealsea Wolfe a souvent mis à profit son sens unique de metal folk et cette fois-ci elle rend encore plus indistinct le drone qui le caractérisait au point de fiser parfois le nihilisme. Il y a un sentiment de désespérance qui suinte en effet au travers de ces synthés en spirales et ce cette sensation de destin funeste qui s’enroule autour des titres, « Kngs » par exemple. « The Waves Have Come » reprend cette image de dénouement inéluctable avec un piano dramatique qui nous emmène en un voyage au cœur d’une âme dont l’environnement serait détruit par un désastre naturel ayant détruit le monde matériel.

Les plages bâties sur l’electro, « The Warden » par exemple, sonnent comme des chuchotements à la beauté glaçante étayés par des arrangements grandioses. « Sick » sera comme une pérégrination au sein de l’obscurité avec une ligne de basse en arpèges et des cordes tendues comme un arc sur lesquelles Wolfe peut délivrer ses vocaux les plus intenses et habités.

IL faudra oublier toute cohérence ici, si ce n’est constance d’une vision. Musdicalement le disque a abandonné sa teinture dépouillée pour virer vers un folk noir plus industriel. S’assemblent ainsi facilement ces notions obscurcies par l’inspiration de Wolfe et son intelligence à les mettre en place. Pain Is Beauty est un album atemporel, non pas simplement d’un point de vue sonique, mais parce qu’il secoue notre conception que nous pouvons avoir d’un monde qui se voudrait tranquillisant. La dissonance et les guitares entrechoquées en sont le prolongement naturel : en heurtant volontairement notre confort d’écoute elle défie celui qui s’abandonne dans le confort de la réassurance, Pain Is Beauty nous rapelle ainsi inlassablement que la Douleur est aussi source de Beauté. Plus qu’un disque de noise-rock claustrophobe, nous sommes confrontés à un opus où les tourments sont générateurs de ce quiil y a de plus poignant dans l’esprit humain, et peut-être aussi de plus pur dans sa noirceur immaculée.

Snow Ghosts: « A Small Murmuration »

Snow Ghosts, c’est la collaboration entre un producteur, Throwing Snow, et une chanteuse, Hannah Cartwright. Il est rare que le nom d’un groupe reflète aussi bien la nature de sa musique, c’est néanmoins le cas ici. Il en est de même pour le titre de leur premier album, A Small Murmuration, un disque qui a le flair pour amalgamer electronica fluide (samples, beats, breaks) à des éléments humains constitués par des vocaux purs et presque virginaux et une instrumentation on ne peut plus classique. Le résultat est un opus qui semble être la bande-son d’une épopée où on se retrouverait égaré dans une sorte d’immensité arctique sauvage, désolée et sans fin mais en même temps étrangement pénétrante et intimiste.

C’est avant tout pourtant le procédé le plus organique qui soit, à savoir le voix de de Cartwright, qui donne à ce projet sa saveur la plus envoutante. « Muder Cries » en est la composition la plus exemplaire et la plus assurée avec des vocaux ensorcelants s’insinuant au milieu de sections à cordes échantillonnées et d’un panorama sonique fait du dubstep de Stone qui enveloppe le morceau de manière cérémonielle.

Sur « Gallows Strung », Catrtwight fera référence à la nature simple et générique de la jeunesse et, malgré une production qui lui donne cette connotation de ressassement sinistre propre à l’album dans son intégralité, les cordes qui accompagnent le morceau fournissent un contrepoint léger et délicat à une atmosphère désolée. Ce procédé est emblématique de la façon dont le duo apporte crédibilité à ses thèmes (ici l’innocence de la jeunesse) tout comme à ceux qui sont les peines de cœur et la perte de l’objet amoureux.

Ces perspectives sonores dépouillées (notons les samples de violon en boucle de « Untangle Me » ou « Ropery »), elles aussi, justifient un patronyme et un album nommé comme il l’est par le duo Stone-Cartwright. C’est cette combinaison entre instrumentation moderne et classique qui fournit à A Small Murmuration cette niche si particulière et spéciale et en fait un succès qui retentit en sourdine dans cette ouate sise entre affliction et raffermissement.

★★★★☆