Sean Henry: « Fink »

9 juillet 2019

Dans le rayon des nouvelles révélations bedroom-pop américaines, on peut citer le nom de Sean Henry. L’artiste nous vient tout droit de New York et a baigné dans des influences bedroom-pop et soft-grunge pour un résultat plutôt convaincant. Après plusieurs sorties sur son Bandcamp en format lo-fi, il passe au format studio avec son premier album nommé Fink. En dix titres, Sean Henry nous invite dans son univers faussement désinvolte mais riche en questions existentiels qui le tourmentent.

Du titre introductif nommé « Imperfection » à « Virgo » en passant par les implacables « Party Fiend », « The Ants » et autres « Gum In Hair », le new-yorkais va droit au but et remplit le contrat avec brio.

Même si il ne révolutionne rien dans le genre, on appréciera tout de même des morceaux où il s’ouvre à nous sur « Are We Alive? » ou bien même sur « No More Feelings ». Avec Fink, Sean Henry se fait une place timide mais sûre sur la scène soft-grunge américaine.

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Max Santilli: « Surface »

23 juin 2019

Édité dans la collection « International » du label Into The Light Records, ce premier album solo de Max Santilli repose sur des archives d’enregistrements à domicile réalisés entre 2016 et 2018 avec guitares, synthés et instruments acoustiques.

Surface est un disque légèrement différent de l’album Scenes que le multi-instrumentiste australien a enregistré il ya un an avec Jacob Fugar dans le duo Angophora. Moins d’instrumentation électronique, une dimension baléarique toujours présente, mais dans une atmosphère où prédominent les instruments et percussions traditionnelles dont joue Santilli.

il y a beaucoup de douceur et de sérénité dans ces plages ensoleillées par la guitare (« Watching », « Crossoveer »).

 

On y trouvera des réminiscences d’autres multi-instrumentistes, tels que Mickey Hart ou Nana Vasconcelos (« Vision »), un rappel aussi des plages ethno-ambient de Robert Rich (« Crb »).  Et on appréciera un univers minimaliste lo-fi  qui enchantera par la simplicité et l’émotion qu’il dégage.

***1/2


Renaldo & The Loaf: « Songs For Swinging Larvae / Songs From The Surgery »

20 juin 2019

Pas étonnant que le premier album, Songs For Swinging Larvae, du duo britannique, Renaldo (Brian Poole) & The Loaf (David Janssen), ait été signé en 1981 sur Ralph Records, le label de The Residents, tant leur univers est proche de l’esprit originelle de la formation américaine.

Cet album culte et réédité, agrémenté d’enregistrements supplémentaires. Une merveille de titres tordus et d’expérimentations pop affolantes, où primitivisme et tribalité viennent se percuter sur des murs de psychédélisme sous THC.

Véritable plongée dans un monde truffé de déviances mélodiques et de rythmiques fracassées, chaque titre est l’occasion rêvée de (re)-découvrir l’oeuvre de deux artistes inclassable, dont la musique continue de résonner de manière avant-gardiste.

***1/2


City & i.o.: « Spirit Volume »

17 juin 2019

Elaboré sur une longue période, Spirit Volume est le premier album collaboratif entre les artistes City (synthés) et i.o. (batterie et guitare).

Sonnant résolument lo-fi, l’ensemble est un magma en fusion, construit autour de décharges industrielles corrosives et de pulsations rythmiques aux déconstructions permanentes, mêlant plages ambient et noise poisseuse, accélérations fast & furious et synthés rongés de l’intérieur.

Spirit Volume est un opus à l’esthétisme tranchant, où l’expérimentale prend parfois des allures de mysticisme sombre surgissant de forêts obscures, desquelles émergent les incantations d’alchimistes terroristes.

Les deux musiciens composent des titres contorsionnistes à la beauté déviante, lacérant l’espace même dans ses instants les plus calmes, de par l’omniprésence menaçante, de sonorités granuleuses à la densité électro-organique. L’atmosphère générale laisse entrevoir entre ses couches, un monde aux allures maladives, recélant parmi ses strates, une délicatesse rugueuse qui demande un peu de patience avant d’en percevoir toute sa splendeur. Superbe.

***1/2

 


Sebadoh: « Act Surprised »

1 juin 2019

Lou Barlow (Folk Implosion, Dinoqsaur Jr et Jason Loewenstein forment l’épine dorsale de cette importante formation indie-rock lo-fi qui a connu un succès d’estime au cours des années 90 grâce à l’album Bakesale paru en 1994. En 2013, après 14 ans d’absence, Barlow et Loewenstein se sont adjoint les services du batteur Bob D’Amico afin de ressusciter Sebadoh. Cette réunion inespérée a mené à l’album Defend Yourself, un bon disque de la part du trio, mais qui n’avait pas enthousiasmé les sudiences

Six ans après ce retour, Sebadoh propose Act Surprised, Réalisé par ce magicien des pédales à effets qu’est Justin Pizzoferrato ( Speedy Ortiz, Chelsea Light Moving, Dinosaur Jr, etc.), la formation présente son album le plus cohérent en carrière et ce n’est pas étranger au fait que le trio ait décidé de concevoir ce disque en équipe. Habituellement, Barlow et Loewenstein se présentaient en studio avec leurs chansons toutes prêtes. Cette fois-ci, avec l’aide de Pizzoferrato, les membres de la formation ont peaufiné et achevé les chansons tous ensemble.

La hargne chansonnière de Loewenstein est de retour, ce qui dynamise l’approche du groupe et nous permet d’apprécier encore plus l’indéniable talent mélodique de Barlow. Un heureux mélange de sensibilité pop alliée à une énergie juvénile résolument punk. Musicalement, Sebadoh n’a jamais semblé aussi bien soudé et confiant, la réalisation lourde de Pizzoferrato accentuant la force de frappe du groupe.

 

Bien qu’il n’y ait pas de compositions phares à la « Not To Be Amused » grande chanson de l’album Bakesale, jamais la fusion de ces deux compositeurs n’a paru aussi fluide et efficace. Ainsi on voit poindre à l’horizon une sorte de résurrection du rock des années 90, l’arrivée de ce Act Surprised tombe pile et vient rappeler l’importance qu’a eu Sebadoh  dans l’histoire du rock indépendant américain.

Barlow se surpasse dans la superbe « Sunshine » qui, aux dires du parolier lui-même, est une chanson qui fait référence à la vie intérieure et à la vanité de chercher solution dans les réseaux sociaux. On souscrit de plus en plus à cette idée. Loewenstein dépasse les attentes dans la nerveuse « Stunned » et D’Amico nous balance un excellent titre avec « Leap Year ».

Avec Act Surprised,Sebadoh confirme à nouveau sa pertinence et, d’une certaine manière, son éternelle jeunesse. Tout au long de l’écoute, on ressent le plaisir que ces vétérans ont eu à concevoir ce disque. C’est solide, juste assez fielleux et c’est mélodiquement irréprochable.;tout ce qu’on demande à un excellent groupe de rock.

***1/2


Louis Jucker: « Kråkeslottet »

15 mars 2019

l y a deux ans, Louis Jucker présentait son nouveau groupe indie rock nommé Autisti et leur premier album dans la foulée. Le groupe suisse comportait également dans ses rangs Emilie Zoé qui, depuis, a réussi à s’imposer dans le milieu. La tête pensante du groupe est de retour mais en solo cette fois-ci avec un nouvel opus intitulé Kråkeslottet.

Pour ce nouvel album composé de huit morceaux, Louis Jucker a préféré nous offrir une sorte d’album photo en musique. Enregistré en une semaine de décembre en Norvège, il en résulte un opus riche en influences folk lo-fi dépouillées et intimistes comme l’attestent des titres à l’image de « Seagazer » qui ouvre les hostilités mais encore de « The stream » et « Storage tricks » et nous emmènent dans des paysages glaciaux où l’on entend des bruits cachés à l’abri du vent.

Que ce soit sur « Tale of a Teacher’s Son » ou sur « Back from the Time », on a , en revanche, l’impression d’être plongé dans un documentaire en raison de ses technologies sonores plus que sophistiquées. Louis Jucker n’hésite pas à mettre au centre les éléments comme le vent sur l’interlude nommé « Ulf’s interlude » mais ne dérange en rien la cohésion de ce projet. Quoi qu’il en soit, Kråkeslottet est un très bel album de folk lo-fi bricolé où il suffit de fermer les yeux pour se perdre dans les paysages que le musicien dessine.

***1/2


Mike Donovan:  » How To Get Your Record Played In Shops »

6 mars 2019

Mike Donovan semble s’éclater depuis la séparation de son groupe Sic Alps. Le musicien a eu le temps de former un autre groupe, The Peacers mais c’est en solo qu’il a l’air de mieux s’épanouir et c’est d’ailleurs à ce titre qu’il revient avec How To Get Your Record Played In Shops.

S il est clair que l’on sent une influence digne de The Peacers sur des titres résolument garage-rock comme l’introductif « Great Unknowing », pour le reste, Mike Donovan se contente d’arpenter différents chemins comme les accents bluesy spleenesques de « Sadfinger » et de « Sugar Shaker » ou plus grungy avec « 3 Track Seizure » et « Top Shop » avec ses accords rappelant quelque peu les heures de The Peacers.

Avec son esthétique lo-fi, Mike Donovan ne révolutionnera peut-être pas la donne avec son dernier album mais saura la faire résonner plaisamment à toute oreille attentive.

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High Sunn: « Our Perception »

9 janvier 2019

L’époque étant aux pseudonymes, celui de High Sunn s’applique à Justin Cheromiah, artiste mais également one-man band dont Our Perception est le deuxième album. Plutôt qu’artiste on devrait employer le terme jeune homme puisque l’ex-lycéen Cheromiah est à peine sorti de l’adolescence.

Il ne change d’ailleurs pas ses habitudes en racontant son quotidien de jeune oisif, une existence faite de petites péripéties n tous genres avec « Need For Your Comfort », « Emotional Matters » mais également « True ». C’est en restant dans sa zone de confort que High Sunn arrive à nous captiver avec sa bedroom-pop lo-fi et une sensibilité qui fait souvent mouche comme sur « On The Floor », « Just Remember » ainsi que « Stay With Me ».

En glissant, sur ces derniers titres, quelques petites notules acidulées il passe tout doucement à quelque chose de plus affirmé et à une remise en question dont on peut espérer qu’elle se poursuivra en terme d’apprentissage et d’accès à la maturité.

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Papercuts: « Parallel Universe Blues »

10 novembre 2018

Après quatre ans de silence durant lesquels il s’est davantage concentré sur son métier de producteur aux côtés de Beach House, Luna, Cass McCombs ou encore Vetiver, Jason Quever est de retour avec Papercuts. Depuis la parution d’un premier album en 2004 (Mockingbird), le songwriter américain aujourd’hui basé à Los Angeles est le seul membre permanent de ce projet « indie » un peu touche-à-tout. Jusque-là, la pop de Quever a pu être pastorale, baroque (notamment sur Fading Parade) ou folk… On y retrouve en tout cas toujours ce côté lo-fi, cette touche 60’s, ce talent inné pour la mélodie et ce timbre de voix mélancolique. Parfois, il s’agirait presque d’un chuchotement.

Nous voici en 2018, quatre ans après un magnifique Life Among The Savages qui faisait la part belle à l’expression des cordes.

Avec Parallel Universe Blues, Papercuts nous transporte ailleurs, sur un territoire plus vaporeux. Exit le côté « chamber pop » qui lui allait aussi à merveille, et place à un décor shoegaze. Une pop-folk-noise qui permet au discret Jason Quever de se dissimuler encore davantage derrière ses compositions. Sans pour autant tout noyer dans la reverb. Bien au contraire…

Des titres « Laughing Man », « How To Quit Smoking » et « Kathleen Says » sont sans conteste parmi les meilleurs que Quever a pu proposer jusque-là ; on y retrouve le talent mélodique à la Belle And Sebastian, la production noisy des Jesus And Mary Chain ou l’esprit du Velvet Undergroud.

Parallel Universe Blues est relativement court mais il est crucial d’autant que, ayant pu pour première fois enregistrer chez lui, le créativité de l’artiste semble être le prélude de moments encore plus prometteurs.

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Yowler: « Black Dog In My Path »

18 octobre 2018

Sous ce patronyme étrange, se cache Maryn Jones une artiste qui avait déjà officié avec All Dogs et Saintseneca. Ce projet solo en est à deuxième album et ce Black Dog In My Path s’est trouvé une niche entre bedroom-pop et lo-fi.

Le tout est assez raffiné, mélange de lucidité et de nostalgie ; regard sur un passé servi par une plume acérée. Disque intimiste ; « Angel » mais également « Sorrow », « Awkward » et le larmoyant « No » nous plongent en effet dans la psychologie de la chanteuse.

Les tempos sont ceux de ces ballades qui peuvent vous faire fendre l’armure tant leur veine introspective peut -être un crève-coeur, mais tamisées par les sonorités agressives et grunge de « Where Is My Light ? » ou encore les cuivres sur « Holidays Reprise », Maryn Jones parvient à condenser un univers qui, tout propre qu’il lui soit, n’est pas totalement replié comme une huitre.

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