Colin Stetson & Sarah Neufeld: « Never Were the Way She Was »

27 avril 2015

Le saxophoniste Colin Stetson et la violoniste Sarah Neufeld, connus autant pour leurs collaborations prolifiques (Tom Waits, Bon Iver, Arcade Fire) que pour leurs enregistrements en solo joignent ici leurs forces pour la première fois.

Ce faisant, ils laissent derrière eux la nature désolée et solitaire de leurs précédents travaux en solo pour quelque chose de beaucoup plus charnu. Néanmoins Never Were The Way She Was affiche toujours une veine minimaliste à l’extrême avec des périodes prolongées de motifs qui se répètent.

La différence est que les deux instruments se complémentent merveilleusement ce qui donne un résultat dépassant l’addition des deux. Le violon de Neufeld offre un contrepoint élégant aux notes de baryton agressives du saxophone de Stetson ce qui produit un album à la fois plein mais aussi énigmatique et même angoissant.

« And The Dark Hug Of Time » avec les gémissements distants de ses vocaux et ses lignes de basse oscillante fait penser à une rêverie terrifiante et, alors que la chanson titre ressemble à une version rageuse du « Fratres » de Arvo Pärt, le tout forme un ensemble merveilleusement homogène.

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Marco Benevento: « Swift »

19 octobre 2014

Marco Benevento n’est peut-être pas très connu du grand public mais pour le aficionados de jazz et de rock expérimental (en particulier ceux qui fréquentent la scène d’avant garde à New York), sa réputation a été en grandissant grâce à son approche qui consiste à tordre le cou aux frontières entre le jazz traditionnel, l’electronica et la « trance ». Même si sa musique ne s’inscrit dans aucun de ces genres, la tapisserie sonore qu’il crée parvient à incorporer des éléments de tous ces styles.

L’album se nomme Swift ; double référence à son producteur, Taylor Swift, mais aussi à la manière rapide et vive (« swift ») dont le disque est construit. Ce qui contribue à ce que le disque peut avoir de fédérateur se trouve dans les grooves, une pulsation infectieuse et régulière qui balaie ceux qui l’écoutent et qui va les laisser dans cet état de transe tout au long de son déroulement.

Les mélodies demeurent simples et les mélopées chantées qui les accompagnent – soit par Benevento lui-même ou en la compagnie d’une choeur massif – apportent une tonalité d’inclusion communautaire. Cela peut se traduire sur un « If I Get To See You At All », étincelle de brillance, le funk répétitif de « At The Show » ou l’hymne boursouflé qu’est « Eye To Eye », il y a un rebond constant et énergique.

Benevento a travaillé avec AC Newman, Aaron Freeman et Rich Robinson ainsi qu’à des disques hommages (This Is The Town: A Tribute To Harry Nilsson, Volume 1 et Bob Dylan In The 80s) il a donc toujours occupé le rôle de meneur de jeu. Celui-ci donne un peu le vertige et ses compositions semblent un peu encombrées par les effets sonores dont il se repaît.

Il parvient à compenser cela par son enthousiasme mais fait de Swift un album un peu nombriliste et ampoulé, une sorte de plaisir coupable pour des titres qui passeraient aisément inaperçus si ils ne se voulaient ludiques et punchy.

**1/2