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Tant qu'il y aura du Rock!

Bellflower: « Upside Down »

Bellflower est un ensemble de musiciens rénis autour del’artiste canadien Em Pompa, qui mélange pop, jazz et orchestration imposante qui s’était fait remarquer par un album plutôt notable, The Season Spell. Il aura fallu attendre assez longtemps pour que ses musciens se rassemblent à nouveau et acconchent de ce nouveau projet, Upside Down.

L’album poursuit dans la veine entamée lors du précédent, mais il mise plus sur les mélodies vocales fortes encore. L’essentiel de ce que propose Bellflower tourne toujours autour de son leader, Em Pomp ,et son don indéniable la mélodie vocale.

Les textures sonores sont souvent magnifiques, comme le démontre habilement « Wildfire », où les cuivres se permettent quelques fantaisies. On peut en dire autant de la chanson-titre qui s’entame sur des percussions nerveuses et un chœur vocal doté d’une certaine puissance. You propose une belle mélodie mélancolique qui est livrée avec goût. La prise de son de William Côté, aussi batteur de la formation, est particulièrement remarquable.

Le défaut d’Upside Down se révèle dans son enchaînement de chansons. Bellflower, et c’était la même chose sur le précédent, a une tendance à la pièce languissante. On en retrouve encore ici et elles sont placées l’une après l’autre. « Wreckage »,  « Releas »e et « Vivian » auraient peut-être dû être séparées. Individuellement, ça va, mais quand on écoute un peu distraitement l’album, on a l’impression d’un long passage à vide. Ça ne sert pas non plus Em Pompa qui a déjà une voix langoureuse et feutrée. À la longue, on retrouvera un certain manque de couleur.

Même s’il n’est pas parfait, Upside Down reste un bon album qui montre l’étendue de la capacité de ces musiciens à créer des trames aux sonorités impressionnantes. De plus, Em Pompa possède un don pour la mélodie qui accompagne ce genre de mélange de jazz, pop et de chanson orchestrale. Habillé de textes tranchants et néanmoins touchants, voilà un Upside Down qui aura le mérite de nous mettre les oreills au bon androit.

***1/2

23 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Portico Quartet: « Memory Streams »

Qu’est-on en droit d’attendre du Portico Quartet ? Dans le monde du jazz (au sens large), lorsqu’un album de Ezra Collective ou de Kamasi Washington sort, il est assez simple de tracer les lignes qui devraient en déterminer l’analyse. D’une manière générale, c’est l’appartenance à une mouvance qui permet très souvent le passage de l’écoute au discours sur cette écoute. Et plus cette mouvance est précise, plus les critères sont simples à appliquer.

Si bien que si vous connaissez un peu leur musique, vous aurez compris que discourir sur le Portico Quartet est une affaire peu commune. Le groupe anglais a toujours fait bande à part, et si des rapprochements sont possibles, par exemple avec GoGo Penguin ou Mammal Hands, on sent bien qu’on n’y est jamais tout à fait. Cette spécificité, Portico la doit bien sûr au hang, l’instrument de percussion qui sous-tend leur identité sonore depuis plus de dix ans, et qui est très peu utilisé dans le jazz – comme dans le reste des musiques actuelles d’ailleurs – étant donné qu’il n’a été inventé qu’en 2000. Mais l’unicité du Portico Quartet, c’est aussi une façon étonnante de naviguer entre les influences, toujours dans la surprise, jamais dans la violence, si bien que chaque album semble à la fois similaire et différent en tous points du précédent.

En 2014, lorsque le percussionniste Nick Mulvey laissait sa place à Keir Vine, on craignait que ce soit toute l’âme du groupe qui en pâtisse, et avec elle la lente transformation de leur musique. On est pourtant en 2019, et Memory Streams est bel et bien l’héritier d’un travail entamé en 2005. Avec Art In The Age of Automation, le quartette avait déjà mis de côté l’aspect acoustique et plus simple de leur musique pour se concentrer sur la construction de climats sonores.

Cet accomplissement de la thématique ambient, qui avait toujours été présente dans leur musique, est alors parfaitement au point : les percussions dansent autour des synthés, des pistes sont presque indiscernables – ce qui n’était jamais le cas sur leurs premiers albums – et le saxophone bénéficie d’un travail bien mesuré d’effets.

Paradoxalement, c’est en insistant sur la notion de flux et d’ambiance que le Portico Quartet a trouvé l’aspect le plus pop de son histoire. Déjà marquant dans le disque précédent – notamment le morceau « Index » – le travail des mélodies s’inspire de plus en plus du post-rock et de la musique de films, si bien qu’on a beaucoup de mal à parler de Memory Streams comme d’un album de jazz. Mais peut-être le Portico Quartet n’a-t-il jamais vraiment mérité de porter ce terme.

Alors, qu’est-on en droit d’attendre du Portico Quartet ? Pas une musique qui cherche une quelconque révolution ; pas un album conceptuel ou une énorme prise de risque. Et on le comprend, tellement la formule fonctionne. Comme un disque de Mogwai, Memory Streams perfectionne un exercice absolument maîtrisé, dont on change le cadre uniquement par peur de l’ennui, et qui étonne à chaque fois du plaisir qu’on y prend.

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20 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Brad Mehldau: « Finding Gabriel »

C’est un voyage extraordinaire que nous propose Brad Mehldau, musicien adoubé autant par le cercle des « jazzophiles » que par une assistance plus « pop ».  Il faut dire que le pianiste fait partie de ceux qui ont fait exploser les barrières du genre et ce n’est pas Finding Gabriel, nouvel album en date, qui échappe à la règle.

Ici, il est question de rythmiques dingues, grâce notamment au concours bienvenu du compagnon Mark Guiliana. A l’instar d’une pochette qui en dit long sur le contenu, on pourra savourer une multitude d’expérimentations colorées, neufs pièces conférant à l’œuvre une diffusion ultra pimpante. Pour se faire, l’artiste ne porte pas à bout de bras le disque en solo mais s’entoure d’invités totalement au diapason : flûte, trompette, saxo, violoncelle sont aussi de la fête !

C’est une véritable réussite qui trouve sa philosophie mystique, contrastée de tumultes comme de béatitudes, à travers l’influence des écrits bibliques et qui s’étoffe d’audaces nouvelles puisque déclinées par Brad Mehldau lui-même, maître d’œuvre et concepteur caché derrière un envoûtant Fender Rhodes, un synthé sidéral et même quelques vocalises fantasmagoriques. Bref, si l’éternel piano n’affiche plus son omniprésence, il est sur cette œuvre en bien charmante compagnie pour une approche hautement fournie et marquée d’un style remarquablement léché (alléchant au surplus).

***1/2

5 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Lucinda Belle: « Think Big: Like Me »

La Londonienne Lucinda Belle réside désormais à San Francico et son retour sur la Côte Ouest est un véritable tour de force en termes de jazz-pop capable de séduire et de se distinguer d’autres artistes. Il serait aisé de la comparer à Amy Winheouse avec qui elle a travaillé tout comme elle a collaboré avec Annie Lennox ou Jarvis Cocket.

Sur son troisième album sa voix semble avoir pris de nouvelles dimensions, plus remplies d’assurance et elle sonne parfaitement adaptée à des compositions évocatrices d’arrière salles enfumées et délivrées dans un style rétro qui lui convient et lui va parfaitement.

Sur un opus titré de manière audacieuse , elle justifie cette appellation en montrant que outre sa voix, elle a d’autres cordes à son erc, ou plutôt à son harpe, puisqu’elle est particulièrement talentueuse dans la pratique de cet instrument.

Ici, elle prend des nouvelles initiatives et s’embranche vers des directions autres ; mais, pour redonner saveur à un style old school, elle a enregistré le disque en utilisant un équipement datant des années 50.

En conséquence les morceaux affichent un climat chaleureux et direct, on pourrait presque dire « live », et ce alliage lui permet de passer sans efforts le ont qui sépare le vieux du nouveau. On notera, à cet égard, « Do Me Right » et un «  Baby Don’t Cry »à l’ampleur merveilleusement cinématographique. Belle saura utiliser avec à propos sa technique de harpiste , particulièrement sur un « New Boy » dépouillé mais singulièrement rempli d’émotions « soul » d’autant que, beaucoup des titres interprétés ici, auraient très bien pu devenir des classiques si ils étaient sortis une dizaine d’années avant ; par exemple « I’ll Be Loving You » ou ce rokabilly quasi jazzy (à moins que ce ne soit l’inverse) « Do Your Time ».

Think Big: Like Me est, sans aucun doute, le disque le plus abouti de Lucinda Belle ; il est un délice auditif pour ceux dont le palais sait se délecter de gâteries minutieusement façonnées.

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18 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Alaskalaska: « Dots »

On le sait tous, un premier album, ça passe ou ça casse. Dans le cas d’Alaskalaska de Dots, c’est une unanime et percutante entrée en matière. Faisant suite à un E.P. prometteur le groupe débarque en force avec un album qui donne l’impression d’en écouter douze. Et pourtant, tout s’imbrique soigneusement.

Bien plus qu’un simple catalogue, le panache que porte avec assurance Dots allie un impressionnant mélange de style. Passant par un jazz fusion comparable à l’album Hot Rats de Frank Zappa, par de la pop inspirée des Talking Heads, ainsi que d’un afrofunk assumé à la Cymande, il donne envie de se dégourdir les jambes comme notre bon vieux Elvis.

On constate également l’influence de la scène londonienne, là où le groupe a créé l’opus, en y dénotant à certains moments une sonorité jazzy digne de Kokoroko et d’Alfa Mist. On note aussi des influences de Munt Kimbie au niveau de la construction et des crescendos de leurs chansons.

Malgré cette myriade d’influences, le sextuor parvient à se définir à travers cette combinaison éclatée en forgeant son propre moule. Cette appropriation stylistique permet ainsi de combler les envies et les intérêts d’un public hétérogène.

Dès le départ avec la chanson Dots, l’auditeur est submergé dans une atmosphère sinueuse digne de la série Stranger Things, comme pour annoncer un sentiment d’inconfort.

Dots est un album intellectuel, émotionnel et revendicateur, s’écoutant comme s’il était la résultante des changements que subissent le corps et l’esprit. Il évolue à travers diverses phases de vie tantôt euphoriques, tantôt plus calmes dans une randonnée qui présente à certains moments des pentes plus abruptes que d’autres. C’est un vaisseau spatial qui aborde des questionnements actuels sur l’évolution d’une société dans ses bons comme dans ses moins bons côtés.

Ce fait d’armes s’observe non seulement au niveau de la musicalité, mais également au niveau des paroles. Fait intéressant, on sent que le groupe s’éloigne de plusieurs artistes qui, de façon récurrente, se nourrissent de tristesse et de peines d’amour. On sent qu’ALASKALASKA tend plutôt à parler de l’amour vrai et cru à travers « Tough Love » et « Monster ». De plus, certaines chansons comme « Bees » et « Meateater » dénoncent une société robotique vivant sur une idéologie et un mode de vie déjà tracé.

Présentant des éléments qui persistes à travers chacune des chansons tout en laissant certaines choses disparaître puis réapparaître, comme le saxophone sensuel dans « Bees » et dans « Moon », le groupe tend à imager des choses qui forgent l’être autant à titre éphémère que tout au long de sa vie. Quant à « Sweat », elle permet de se rendre compte de la possibilité de reprendre son souffle suite à d’interminables moments de réflexion.

En employant un ton qui questionne autant qu’il affirme, la voix de Lucinda Duarte-Holman appuie bien les paroles. Intime, sensuelle, revendicatrice, elle présente des textures qui tendent à hypnotiser l’auditeur.

On sent chez elle une volonté d’inclure l’auditeur, alors que les sujets soulevés peuvent être vécus par tout un chacun. C’est pourquoi Duarte-Holman pose des questions du genre « Are you breakin’, breakin’ all the rules again? » et, « Who’s in charge here? » dans « Bees » ou encore « Who gives a shit about anything lately? » dans Tough Love.

L’album se conclut par la chanson « Skin » qui, pour rappeler l’ambiance lourde en émotions et en questionnements de Dots, emploie l’autotune, comme pour rappeler que la plupart des êtres humains sont programmés au lieu de suivre ce qui les passionne réellement.

Certes, comme dans toutes choses il y place à un raffinement, mais Alaskalaska aura fort à faire pour porter leur second album à un niveau aussi haut que celui de Dots.

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28 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

The Jazz Butcher: « Last of the Gentleman Adventurers »

Last of the Gentleman Adventurers est un titre parfait pour The Jazz Butcher, pseudonyme de Pat Fish, artiste basé à Northampton. « Gentlemen » en effet pour quelqu’un dont la musique est faite de distinction, d’élégance, et surtout de subtilité tant elle parvient à se situer sur une ligne de crête très fine, celle d’un Richard Hawley qui aurait décidé de se faire plus mordant et d’un Robyn Hitchcock qui aurait remisé ses excentricités d’une manière plus discrète.

The Jazz Butcher n’est pas un groupe mais un collectif de musiciens quei entourent Fish et qui s’agglutine sur ses enregistrements quand l’occasion s’y prête. Oute l’instrumentation traditionnelle un véritable travail d’orfèvre se reconnaît avec un line up qui ajoute harmonium, drones, accordéons et chorus fantomatiques pour nous gratifier d’éléments empruntés au jazz, à la folk, à des sentiments exprimés calmement et une ébauche de rock and roll « low key ».

C’est un disque pour des moments ensommeillés et nocturnes, à volonté apaante (« Count Me Out » ou « Animals »), des tempos enlevés en sourdine (le mid tempo de « Shame about You ») des effluves dans lesquelles on discerne le Velvet (« Mercy »)ou Jonathan Richman.

La chanson titre présente un jazz pop somnolent, une un slow idéal à danser par les nuits d’hiver et « Tombe Dans Les Pommes » nous accompagnera avec plénitude lors d’une ballade au bord de la Seine, moment de grâce qui incite à prolonger l’émotion alors que « Black Raoul » fera résonner un riff de blues à trois accords nous transportant dans la nostalgie 60’s et 50’s.

L’éventail s’élargira encore mieux avec un « Shakey » sentimental comme du Brian Wilson ou « Saint’s Prayer » qui y ajoutera tonalité psychédéliques soigneusement diffusées.

Last of the Gentleman Adventurers est un album divers mais on ne peut lui reprocher sons éclectisme tant il est le signe d’un savoir faire qui n’est pas synonyme de démonstration mais plutôt d’un musicien qui va à son pas, celui d’une personne qui prend le temps de ne pas se hâter mais de vous enchanter dans des lignes vaporeuses dont on n’a nulle envie de s’extraire.

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14 mai 2016 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

The Zombies: « Odessey & Oracle »

Les Zombies avaient tout pour déplaire! Un look à réveiller les morts (costume cravate, cheveux soigneusement peignés alors que la mode  se penchait vers plus de laisser aller et d’orientalisme chamarré) et des influences qui dédaignaient le rhythm and blues pour se réclamer de musiques plus élaborées et intellectuelles comme le jazz ou la musique classique. Ils avaient, bien sûr, obtenu un ou deux hits (« She’s Not There », « Tell Her No ») mais leurs singles suivants, délicates compositions faites de subtiles variations sur les modes mineurs et majeurs, avaient tous été des bides. Délaissés par Decca Records, signés par Epic au moment d’entrer en studio, les Zombies savaient déjà qu’ils étaient un groupe défunt. Enregistré aux studios EMI à Abbey Road, Odessey & Oracle avait bénéficié d’une avance de 1000 £ seulement alors que les Beatles, à la même période, récoltaient 25 000 £ pour Sergeant Peppers.

Pour couronner le tout, la pochette, peinte par la petite amie d’un des membres du groupe, était particulièrement hideuse et s’ornait d’une faute d’orthographe qui, au moins, avait permis de donner une connotation vaguement shakespearienne à l’album.

Quid du disque donc? Glissons très vite sur le fait que c’est grâce à Al Kooper qui insista pour le sortir aux USA, qu’il permit au combo d’obtenir son dernier succès, « Time Of The Season », car Odessey & Oracle mérite mieux que d’être réduit à cette ballade soul semblant inspirée par Ben E. King. C’est, au contaire, un disque qui ne laisse pas indemne, doux euphémisme pour parler d’un authentique chef d’oeuvre à une période où la concurrence était justement assez rude. La musique est tout simplement merveilleuse, désarmante de fraicheur et d’émotion tout à la fois simple et fine. Simple de par l’évidence des compositions, immaculées et radieuses même quand leur tonalité est sombre, fine par l’extraordinaire inventivité des arrangements (le mellotron dont les Zombies sont peut-être les premiers utilisateurs) et les somptueuses harmonies vocales qui placent certainement Odyssey & Oracle sur le même rang que Pet Sounds des Beach Boys.

Comment cataloguer alors un album qui est à la fois pop et en même temps baroque? Comment rendre compte de certaines plages qui effleurent presque le sublime? En analysant bien sûr certains procédés: couplets qui semblent se répondre, refrains et ponts qui se succèdent de manière étonnante pour un profane habitué à la chose « pop » ou les arrangements, faits de clavecins, de pianos, d’une basse mélodique, de quelques touches de cordes, qui ne sont jamais grandiloquents, et ajoutent une touche de psychédélisme. Mais aussi en soulignant les mélodies indiscutables et les déluges harmoniques dont l’album semble n’être jamais sevré. Parfaitment calibrées, avec des descentes mélodiques et des changements d’accords qui rappellent souvent le meilleur des Beatles, les chansons de cet album sont de celles qu’on qualifie d’intemporelles. De ce subtil alliage entre douces mélodies et audaces psychédéliques émerge la voix unique de Colin Blunstone, dont le subtil falsetto enveloppe les compostions d’un timbre délicieusement voilé. Celles-ci sont ainsi mises en valeur, embellies comme si leurs qualités intrinsèques ne se suffisaient pas. On pourrait, en effet, égréner chaque titre et considérer qu’il constitue un « hit » potentiel: le claustrophobique mais éthéré « Care of Cell 44 », la splendide mélancolie de « A Rose For Emily », la fraîche mais désaubusée ballade que constitue « Hung Up On A Dream », l’irrésistible et quasiment gothique voile entourant « Brief Candles », l’essentielle maîtrise pop de « I Want Her She Wants Me », le sémillant « Friends of Mine » ou la splendeur nostalgique et poignante de « Beechwood Park » repris d’ailleurs par Beck en concert.

Mais, plus que des chansons « pop », les directions prises par le songwriting sont surprenantes. Certains morceaux sont des mini-suites, comme « Time Of The Season », qui débute sur un motif de basse funky et passe progressivement sur un terrain pop, qui débouche lui-même sur un solo d’orgue très jazzy. Sur cet album et ailleurs, les Zombies explorent des chemins assez tortueux, des suites d’accords inattendues.

Parfois appelé le Pet Sounds anglais, Odessey and Oracles se rapproche en effet de ce sommet musical par la perfection et la finesse de ses compositions et de ses orchestrations. Les Zombies réalisent avec leur seul album un concentré de naïveté, de fraicheur et de génie musical indispensable. La formidable pierre tombale que constitue ce disque scellera l’ éphémère carrière du groupe mais restera aussi une des pierres angulaires de la pop des sixties. Cette résurrection régulière faite de multiples rééditions permet de transcender temps et durée puisque ceraines s’agrémentent souvent d’inédits qui vont bien au-delà des maigres 34 minutes qui constituaient l’Original. Elles nous autorisent à penser que les Zombies sont, si ce n’est vivants, du moins toujours présents. Alleluia !

17 décembre 2012 Posted by | Oldies... | , , | Laisser un commentaire