Interview de Ian Williams(Battles): « Sons en Bataille »

27 novembre 2019

« Ce groupe a toujours changé de forme », dit Ian Williams de Battles. « On a toujours fait ça, on l’a toujours su. Se retrouver dans de nouvelles situations nous garde frais, tout en nous permettant de rester cohérent avec ce qu’a toujours été notre essence. »

Pour leur quatrième album, Juice B Crypts, Battles ont de nouveau texpérimenté une nouvelle approche. Après avoir commencé sa vie comme quatuor, Battles est maintenant un duo de base : Williams à la guitare (et toutes sortes de matériel), John Stanier à la batterie. Pour l’album, le duo s’est entouré de nombreux collaborateurs, dont Shabazz Palaces, Tune-Yards, Xenia Rubinos, Sal Principato des légendes du disco-punk Liquid Liquid, et Jon Anderson des icônes prog-rock Yes.

Travailler avec des chanteurs «  soulage notre musique », explique Williams. « Quand on ne fait que des instrumentaux, on peut très vite se dire qu’on essaie d’être un virtuose, ou qu’on écrit des chansons de dix minutes qui, comme on dit, « vous emmènent où vous voulez ». Nous avons fait du bon travail sur ce disque, nous n’avons pas été épiques, nous ne nous sommes pas comportés comme des musiciens frimeurs, en revanche, nous avons souhaité garder des éléments qui sont concis et précis. »

Faire l’album – le premier depuis le départ du bassiste de longue date Dave Konopka – semblait différent, mais Williams croit que chaque disque qu’il a fait, de Don Caballero à Storm & Stress et Battles, a été une chose complètement différente. « J’ai toujours essayé de faire de la musique », dit-il avec un petit rire, « et les gens autour de moi changent un peu. Ils vont et viennent, mais je poursuis toujours cette même démarche. »

Williams parle depuis Santiago du Chili. Des émeutes ont eu lieu un soir de congé, après avoir dû annuler un spectacle à Quito, en Équateur, en raison des protestations anti-gouvernementales. Williams a eu un avant-goût des voyages à l’étranger, et dans des pays en mutation, lorsqu’il a passé une partie de son enfance à vivre au Malawi. « Enfant, c’est comme Dieu : pas de télé, pas de glaces, pas de jouets, » raconte-t-il. « Ça voulait juste dire que nous devions apprendre à nous amuser nous-mêmes. Quand je suis revenu aux Etats-Unis en sixième année, j’ai réalisé que j’avais vécu une vie beaucoup plus libre. » Williams a pris des leçons de piano en grandissant, mais il a appris la guitare et le punk rock à l’adolescence. Bien que son histoire musicale ait été saluée pour sa complexité – la moitié des albums math-rock définitifs concernent Williams – il se considère toujours comme un musicien autodidacte et punk rock. « J’ai toujours eu l’impression d’être un étranger », dit-il. « J’ai toujours été approximatif dans ma propre façon de faire les choses ; parfois c’est correct, par moments, assez maladroit. Je pense que, d’une certaine façon, c’est la raison pour laquelle j’ai pu continuer à faire de la musique. Il y a, peut-être quelques techniques que j’utilise pour générer des sons dur chaque disque. Je ne peux pas prétexter l’énergie pour le répéter sur un autre disque. C’est trop épuisant, et ça ne me rendrait pas heureux. Je suis mon meilleur quand je me retrouve en train de chercher et que je dois me trouver dans un endroit frais, et surtout quand je ne connais pas vraiment les règles. C’est un peu plus effrayant parfois[mais] les résultats sont plus honnêtes àau final, plutôt que de n’être que la répétition de votre formule. » Pour le nouveau duo de Battles, tant sur scène que sur Juice B Crypts, Williams a été au plus loin dansl’interface entre l’homme et la machine. « Je partage mes tâches entre l’Octatrack d’Elektron, les modules Eurorack et Ableton Live « , explique-t-il. « D’une certaine façon, j’essaie de rester traditionnel : je joue toujours de la guitare, comme les gens l’ont fait pendant des siècles, en travaillant avec des accords, des gammes, et dans le cadre de certaines règles mélodiques, une théorie musicale de base qui serait, genre, la même chose que les Beatles utilisent. Mais j’envoie mon audio à, disons, un filtre qui monte et descend et qui est syncopé avec le BPM, ou qui joue dans une boucle qui s’allume et enregistre deux temps tous les huit mesures, puis vous le renvoie. Je vais préprogrammer ces choses, mais c’est un peu comme si, en tant que musicien humain, je jouais de la guitare ou du clavier. Mais ensuite, je laisse le son s’échapper et je me fais massacrer. C’est vraiment le mot facile pour ça : une sonorité mélangée, malaxée, tripatouillée. »