The Lonely Forest: « Adding Up The Wasted Hours »

The Lonely Forest est un groupe indie dont ce quatrième album sera, peut-être, une nouvelle chance d’émerger. Adding Up The Wasted Hours est, en effet, une belle démonstration, et non pas on l’espère un testament, de son potentiel.

Pour cela, le combo a choisi de démarrer fort avec un « Pull The Pin And Forget » assez captivant parla façon dont la guitare semble gratter les cordes mécaniquement avant de s’envoler, de fusionner avec de l’electronica avant de prendre, soudainement, le dessus sur elle.

Cette démarche de brinquebaler l’auditeur est emblématique de la façon dont le disque est construit, sur le mode du crescendo. « Fire Bother » semble être insurpassable par la manière dont il avance puis opère en un mouvement de retrait quand celui-ci semble nécessaire ; marque de professionnalisme qui ne rime jamais avec démonstration. « Last Time » définit ce à quoi The Lonely Forest aspire : c’est un titre accrocheur mais également progressif et vocalement proche de la perfection.

Si on devait définir la profusion qui émane ainsi de l’album ce serait celle d’un roxk orchestré et orchestral, au seuil du grandiose sans que celui-ci s’affiche avec forfanterie.

On mesurera le chemin accompli avec leur précédent opus, Arrow plus accessible mais également moins travaillé, avec un « Stars Like Dust » qui conclut Adding Up The Wasted Hours sur neuf minutes impériales et impérsssables. Si on devait délivrer un classique à l’ indie rock cette plage n’en serait pas loin, suivie de peu par un album où presque chaque composition exige que l’on plonge dans la richesse de ses sinuosités et qu’on s’y perdre sans envie aucune de s’en délivrer.

★★★½☆

Oliver Wilde: « A Brief Introduction to Unnatural Lightyears »

Quand le label de Bristol Howling Owl a annoncé qu’il signait le producteur de doom-folk Oliver Wilde, cela a sonné comme mariage parfait entre style et idées. La première éclosion de l’artiste se manifesta sous la forme d’un «  Curve (Good Grief)  » spacieux mais hautain assez éloigné du noise rock et du shoegaze de certains groupes du label mais riche de ce charme atypique issu d’une idiosyncrasie décalée.

Ses compositions semblent, de prime abord, forgée dans una approche folk directe mais la façon dont il les arrange, les couvrant de couches après couches de samples mousseux et pétillants donne, à l’écoute, un résultat déroutant et stupéfiant, à mille lieues de ce qui nous est permis d’entendre en général.

Il n’est que de prêter attention à la façon effervescente dont le «  single  » «  Perrett’s Brook  » frémit comme une eau toute proche de bouillir sous un chaudron pour mesurer en quoi ces expérimentations soniques justifient le titre, A Brief Introduction to Unnatural Lightyears, de l’artiste.

Comme tout « début album » qui se respecte, nous sommes confrontés à toute une palette d’émotions, la plupart enracinées dans le personnel au point que l’intimité qui entoure les morceaux les plus calmes se révèle souvent embarrassante pour qui écoute.

On passe ainsi de l’angoisse qui entoure « Curve » à une empreinte façonnée par l’empathie que génère « Walter Stephen’s Only Daughter », le tout marié à une instrumentation qui combine sonorités étrangères et sensation de familiarité. L’impression est celle de compositions précautionneuses et enveloppantes mais aussi de sondes lancées vers l’inconnu.

On est alors bien loin de l’étiquette lo-fi qu’il serait aisé d’accoler à l’auto-production de Wilde sur le disque, ou alors cet éparpillement lui procure une profondeur et une richesse inédites. Plus on avance dans ces passages où les guitares acoustiques le disputent à des vocaux au phrasé énigmatique et à des synthétiseurs, plus on perçoit que l’artiste a composé ici ce à quoi il aspirait le plus : un élément humain qui est martelé avec cette délicatesse propre aux émotions humaines.

Au lieu de s’égarer dans des crescendos dramatiques ou des attitudes bravaches inutiles, la musique de Wilde vibre en l’intérieur de qui l’écoute, le dépose en un endroit pour le reprendre ailleurs et le reconstitue comme le ferait une toile cubiste avec ce plus qui a nom simplicité et familiarité.

La conclusion de « Perrets Brook’s » sera un mantra apaisant avec des vagues de vocaux articulés autour de l’antienne du désir et « Marleah’s Cadence » nous enfermera dans une bataille où l’électronique rivalisera à des textes noirs mais pourtant étrangement réconfortants.

A Brief Introduction to Unnatural Lightyears est un opus dont le bagage s’avère d’autant plus impressionnant qu’il est imprégné d’une substance qui dément son apparent dépouillement. L’approche de Oliver Wilde est empreinte de dignité et d’authenticité, un éclair éclatant au milieu des playlists si souvent entendues ; l’album, à l’image de sa pochette, est un kaléidoscope de mouvements dont les compositions ne vous forcent pas à dériver mais vous autorisent à le faire.