Houses of Heaven: « Silent Places »

Ce groupe d’Oakland en Californie possède un son qu’on pourrait qualifier de coldwave mais avec cette particularité de fusionner rythmes industriels et techno du début, avec le mélodieux shoegaze et une forte dose d’effets dub. Silent Places est leur premier album et ils avaient publié auparavant un EP intitulé Remnant. La meilleure comparaison à laquelle on peut penser serait Suicide qui rencontrerait Xymox (ou Clan of Xymox si vous préférez) avec John Foxx qui attendrait dans les coulisses. Les voix sont imprégnées de réverbération (ce qui rend les paroles un peu difficiles à comprendre, mais on a l’impression que c’est le cas) et le rythme est définitivement lourd, bien adapté à la piste de danse sombre.L’ambiance générale est très primitive, dans un genre cyberpunk, un peu froide et distante.

Dès la première écoute Silent Places se fait obsédant, malin et très puissant. Bien que Houses of Heaven ait un son cohérent tout au long de l’album, les chansons n’ont pas le même son, ni même un son assez similaire pour provoquer un ennui. Bien qu’il y ait une certaine mélodie dans la musique, elle n’est pas ce qu’on j’appellerait distinctement mélodique. Ici, c’est plutôt de l’underground, et certains des groupes les plus obscurs et les plus sombres découverts dans les années 80 et 90 et dont la plupart sont maintenant tombés dans l’oubli. Il y a en outre une certaine verve excitante que l’on ne retrouve pas dans le dernier album de Nine Inch Nails ou Cure, et c’est ce qui rend Silent Places si spécial. On appréciera « Sleep », « Dissolve The Floor » et « In Soft Confusion » dans un album qui, au demeurant, est plus qu’honnête.

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Carpet Merchant: « Knitwear Field Recordings »

Knitwear Field Recordings de Carpet Merchant est un projet créé en hommage ou en successeur de Arcade Field Recordings d’Oliver Payne. Alors que ce dernier portait sur les enregistrements (et remixes) des arcades de jeux vidéo de Los Angeles, Knitwear Field Recordings applique la même approche à l’atelier de tricot du père du créateur, en documentant le processus de fabrication. Les morceaux portent des titres tels que « Preparing Programs », « Tacking », « Cutting », « Linking » et « Working as a Unit » et ce dernier titre fonctionne exactement ce que tous ces morceaux font.

« Flat Knit From the Pas » sonne comme quelque chose où l’on verrait les gens agitent des bâtons lumineux et tapent du pied. ; et en 21 secondes seulement, on aimerait que ce morceau (comme beaucoup d’autres) dure plus longtemps. « Flat Knit Medley » (un des deux titres à pleine longueur sur 3:36) sonne comme une boucle de synthétiseur cassée accompagnée d’un enregistrement ASMR défectueux. Nous savons que les sons proviennent en fait d’une machine dans un atelier, et c’est bien là le problème. Un synthétiseur est une machine. Un ordinateur est une machine. L’artiste décide quels sons de cette machine doivent contribuer à sa musique.

C’est incontestablement « industriel » dans tous les sens du terme. Et c’est sans aucun doute de la musique. Il y a du rythme, du bourdonnement, des notes, des harmoniques, et même des accords et des mélodies si vous voulez les trouver. Chaque ventilateur qui ronronne, chaque appareil qui clique ou qui bip, contribue à un monde sonore vraiment enveloppant. Vous pouvez imaginer l’atelier de tricot tout autant que vous pouvez relier les pièces à des artistes comme Autechre. Ce qui ajoute une qualité étrange à l’expérience est la présence de voix humaines en arrière-plan sur de nombreux enregistrements. Ces voix calmes et naturelles (mais le plus souvent distantes et inintelligibles) servent de contrepoids à la qualité abrasive des machines et ajoutent une chaleur et une humanité si souvent (intentionnellement) absentes de la musique « dure » que ce projet subvertit.

Ce n’est pas un projet que tout le monde appréciera. Il n’est pas « facil » » à écouter. Il n’y aura pas de « hits » issus de cet album. Mais, sa nature même – conforme aux philosophies de la musique électroacoustique et de l’art conceptuel – fait qu’il vaut la peine que vous preniez le temps (15 minutes au total) de l’explorer.

En fin de compte, vous pouvez décider vous-même de ce projet. En l’écoutant, vous ferez l’expérience de quelque chose de vraiment unique – peut-être différent et peut-être étonnamment similaire à la musique qui vous passionne normalement.

***1/2

Sunn O))): « Pyroclasts »

Les grands sorciers du drone ont sorti deux bêtes de leurs enclos cette année, soit Pyroclasts et Life Metal. Les deux albums ont été enregistrés en direct et édités de façon analogue par cet autre sorcier qu’est Steve Albini qui a capturé le son du groupe sans ordinateurs.

Suivant leur obsession du tone et des amplis Sunn depuis plus de 20 ans, Sunn O))) révèle une neuvième offrande, constituée de quatre chansons comme de grands monuments de pierre noire. Ces longs tableaux sonores opaques et occultes, quoique semblables aux précédents, ne laissent pas indifférents.

Écouter cet album, c’est fixer directement le soleil pendant de longues heures, et en ressortir étourdi et désorienté. L’absence de rythmes et de repères nous permet pourtant de déchiffrer des «indices» insérés ici et là, à la manière de dessins primitifs qui indiquent quelque chose de fondamental: l’ici et le maintenant. Les pièces présentent des fréquences étrangement apaisantes, un peu comme des chants de gorge tibétains prolongés. Elles sont une plongée relaxante dans un sombre Himalaya, créé par ces mystérieux moines evil.

Le processus d’enregistrement, réalisé en deux semaines, a été si immersif que Greg Anderson et Stephen O’Malley ont décidé de produire ce second album en cours de route. Celui-ci se veut « plus méditatif, libre et expérimental », et basé sur des improvisations,aux dires des responsables de tels brûlots.

On se demande: comment eil est possible d’être tout ça, encore plus qu’avant? Life Metal était plus préparé, avec des titres déjà composés. Pyroclasts, quant à lui, réunit en fait quatre enregistrements issus de sessions de drone improvisées, au début ou à la fin de chaque journée de studio durant Life Metal. 

Les mêmes invités se retrouvent sensiblement sur l’album, soit Tom Midyett (Silkworm, Bottomless Pit, et Mint Mile) et la violoncelliste Hildur Guðnadóttir, avec aussi leur collaborateur de longue date Tos Nieuwenhuizen aux claviers. Malheureusement, on ne distingue pas vraiment ce que ces collaborateurs font… Y a-t-il vraiment des synthétiseurs? Où est le violoncelle? On ne le sait pas trop. Ils semblent enterrés sous l’accord de guitare géant et continu qui constitue l’album. Il se finit d’ailleurs vraiment abruptement, lors d’« Ascension (A) » Une sorte de fondu ou d’élément pouvant décroître l’intensité aurait été bienvenue, car on a l’impression qu’un large tapis nous est enlevé de sous les pieds sans avertir.

C’est peut-être plus en live que ça se passe pour Sunn O))), mais on peut tout de même apprécier ces gigantesques coulées de lave sonores, qui défigurent les normes.

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Protector 101: « Killbots »

Killbots, de Protector 101, est un déluge noisy-indusrieux de machines outil métronomique anxiogène comme dans la meilleure dystopie.

Il plonge l’auditeur dans un univers sombre et incompréhensible  ou la vie n’a plus de valeur et où il faut frapper vite et fort. Pourrait être une excellente bande son à un futur comme celui décrit dans Mad Max, un futur proche ? Allez savoir.

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Ubik MCDXCII: « Blackout Blinds »

Tirant son nom du célèbre livre de Philip K. Dick, Ubik, l’artiste et photographe anglais Ubik MCDXCII propose un deuxième album Blackout Blinds nourri d’urbanité nocturne et de spasmes industriels, de hip hop hardcore et de field recordings, n’étant sans évoquer par son approche expérimentale, des artistes tels que Dälek, Kill The Vultures ou Cannibal Ox.

Suintante et dégoulinante, sa musique est un concentré de bruitages concassés et superposés, sur lesquels les mots susurrés lâchent leurs mots en forme de menace, sur des tapis de crasse et de poussière.

Blackout Blinds est un bloc monolithique aux ambiances paranoïaques et flippantes, dont la densité épuise l’auditeur, le vidant de son suc vital pour s’en nourrir. Il faut une certaine concentration pour réussir à s’enchainer les dix titres à la suite, de par la volonté assumée de nous rendre la tache difficile, nous renvoyant dans un espace clos et étouffant, composé à coups de noise rampante et de viscéralité tachée de matière organique dégoulinante. Un opus radical gorgé de désespoir et de pessimisme. Très fortement recommandé.

***1/2

Gutenberg: « Unnecessary Bronze « 

Cet album du Japonais Gutenberg alias Shouji Sakurai, est enrobé de mouvements mécaniques et de futurisme mécanique. Vicié jusque dans ses profondeurs les plus sombres, Unnecessary Bronze est un concentré de musique industrielle, aux mélodies turbulentes et grésillements spectraux, fait de roulements et de crépitements menaçants.

Lorsque le calme fait son intrusion, il masque le grouillement de turbines souterraines cherchant à percer les enveloppes qui les tiennent prisonnières

.

Gutenberg magnifie à travers son album les atmosphères, qu’elles soient ambient ou gorgées de salves électroniques, injectant sur People, Singing Voice, Iron Pile, les cris d’une trompette en chute libre. Riche et complexe, minimaliste à la puissance compressée, Unnecessary Bronze frappe de toutes ses forces dans les enceintes d’un monde chancelant. Incandescent.

***1/2

Viet Cong: « Viet Cong »

Selon ce combo canadien, leur premier album éponyme est « hivernal ». Pourtant, à entendre son implacable patine industrielle et crachante, on aurait plutôt l’impression que c’est un opus qui a été conçu sur la chaîne de production d’une usine qui serait installée dans un univers gothique. Le climat est celui d’un enfermement à vous rendre claustrophobe et surtout indifférent aux saisons qui peuvent se succéder au dehors en une insularité qui exclut toute éclaircie.

Après la répétition qu’a été leur premier opus, Cassette, les compositions nous sont ici comme accordées et brandies avec menace sous une production pesante. Chaque plage est enrobée dans une sorte de brouillard qui s’infiltre à notre conscience comme de la gaze passée sous divers processus de fabrications annonciateurs de calamités. Le résultat est glaçant et mécanique et entièrement dépourvu d’émotion.

Le morceau central, un « Bunker Buster » arty, s’empare de lignes de guitares en boucles empruntées à la New Wave et y superpose des vocaux blancs et comme aliénés façon Cars ânonnés par Matt Flegel (ex Women). Il sonne comme si il a avalé le catalogue intégral de Interpol en une foi, vagues gestes et élans de tendresse contrariée inclus.

Viet Cong est un album court et dense (sept morceaux) et, hormis quelques passages comme un « Continetal Shelf » aussi euphorique que le groupe peut en être capable, continuellement sombre. « Death » pourrait causer une secousse tectonique s’il ne prenait pas un brusque, mais bref, virage vers la pop. Cela suggère que le groupe pourrait se dispenser d’effets en studio pour adopter un son plus clair. Pour l’instant, néanmoins, il faudra se satisfaire de cette masse mécanique dans laquelle le climat de fusion ne garantit pas qu’il nous dirige vers une écoute avec laquelle on fusionnerait.

**1/2

KMFDM: « Our Time Will Come »

Trente ans d’existence et plus d’albums qu’aucun autre groupe, KMFDM sont de retour avec un nouveau albu de rock industriel, Our Time Will Come. La première chose qu’on note est que le combo a laissé tomber le symbole à cinq lettres qui faisait office de titre et retrouvé un intitulé long, le premier depuis 1988.

Cela n’a que peu d’importance à l’écoute, à moins d’y voir un signifiant particulier, car les motifs de KMFDM sont toujours là que ce soit sur la pochette ou la combinaison de riffs brutaux et de synthés dance.

Le début, « Genau », entame le disque de manière familière, un morceau « club friendly » rcité en allemand avant d’adopter une tonalité plus mesurée sur un « Shake The Cage » pensif et morose.

« Respekt », « Salvation », « Get The Tongue Wet » ou « Make Your Stand » poursuivront la démarche habituelle dont le groupe a été le pionnier, ce mélange d’accessibilité et de climats qui se veulent être des hymnes.

Les morceaux plus lents, « Out Time Will Come » et « Playing God », plus dépouillés, s’efforceront de mettre l’accent sur le cponcept de « songwriting » et de nous apporter une profondeur dont les textes, mis en avant, seront les porte-voix.

On sait à quelle continuité s’attendre après 30 ans de carrière pour KMFDM. Production impeccable, vibe vivante mais les Allemands parviennent toujours à apporter à leur musique de nouveaux éléments et même des variations stylistiques.

Ils ne sont sans doute plus à l’avant-garde des concepts qu’ils ont créés mais ils demeurent une unité forte et avec laquelle il faut toujours compter. Ajoutons que, comme c’est le cas chez eux, il n’y a absolument aucune plage qu’on puisse considérer comme un titre de remplissage et on ne voit donc pas pourquoi, la patience réclmée qu’induit le titre soit épuisée une fois l’album écouté.

***1/2