Liela Moss: « My Name Is Safe In Your Mouth »

Dans la série « sortie dont tout le monde se fout mais ce serait totalement con de passer à côté », le nouveau disque de Liela Moss est un cas d’école. Moss, qui est sans nul doute la meilleure chanteuse anglaise de ces dix dernières années, cesse de chanter pour les autres (Unkle) et écrit enfin pour elle.
Il y a pile 10 ans,
Liela Moss et son groupe, les Duke Spirit auraient dû mettre une raclée à tout le monde avec Neptune, un disque enregistré avec Chris Goss (Queens of the Stone Age). L’album se vendit… Pas assez mal pour que le groupe arrête et pas assez bien pour que le groupe enterre toute la concurrence. Et depuis ce magnifique coup d’épée dans l’eau, on suit ce groupe avec des regrets et un brin de nostalgie. On a même perdu leurs traces et on a du mal à suivre Moss dans son projet  Roman Remains  (2013).

My Name Is Safe In Your Mouth a donc, en plus du mérite d’exister, le mérite de remettre les compteurs à zéro. Que vaut réellement Liela Moss ?

Enregistré avec Coin Elliot (l’homme de confiance de Richard Hawley) et Toby Butler (pilier des Duke Spirit, on ne se refait pas), ce premier disque évoque successivement le dévouement, l’individualité et la parentalité à travers 10 chansons extrêmement denses. Tel Ed Harcourt, Moss transforme son quotidien en cavalcades pop chargées de synthés. On aurait peut-être aimé un tantinet plus de légèreté. Mais si c’est le prix à payer pour écouter des petites pépites comme « Above You Around You » ou « Wild As Fire » pourquoi pas?

***1/2

Moonface: »One’s for the Dancer & this One’s for the Dancer’s Bouquet »

Spencer Krug a annoncé que c’était la fin de Moonface, ce pseudonyme sous lequel il fait paraître de la musique depuis 2010. Le guitariste de Wolf Parade avait frappé dans le mile avec Julia With Blue Jeans On et l’EP City Wrecker dans les dernières années. Rien ne pouvait donc nous préparer à ce qu’il réapparaisse sous son « nom de plume » avec ce This One’s for the Dancer & this One’s for the Dancer’s Bouquet.

L’album est composé de deux parties, la première se présente sous la forme de chansons étoffées par des marimbas et du Vocoder (tout comme son premier EP, Marimba and Shit-Drums), tandis que la deuxième partie est du rock mélodique où le saxophone est très utilisé.

Cette division n’est pas anecdotique ; en effet, la première partie est écrite au travers du point de vue du Minotaure (puisque c’est de ce mythe qu’il s’agit) alors que la deuxième l’est avec la perspective de Krug. Les deux sessions n’ont pas été écrites ni enregistrées au même moment. Krug a décidé de les tisser ensemble sur l’album, ce qui fait qu’on passe constamment d’un univers à l’autre.

Cette construction bizarre et déconcertante nous plongera dans la même confusion que Thésée qui tente de se frayer un chemin à travers le labyrinthe. La marimba et le Vocoder apportent ainsi leur esthétique sonore, surprenante mais réussie.

La mélancolie du Minotaure qui ne comprend pas pourquoi les gens sont aussi terrifiés de son visage est capturée avec une justesse impressionnante. C’est à la fois une complainte qui peut être interprétée comme l’expression de la solitude face à l’amour non réciproque ou encore envers un parent qui ignore sa progéniture.

« Minotaur Forgiving Minos » tissera une magnifique trame qui donne envie de danser sur le marimba et un son de cloche similaire se fera entendre du côté de « Minotaur Forgiving the White Bull ».

Les chansons écrites à travers les yeux de Krug frappent un peu plus dans le mille. On y retrouvera la groovy « Sad Suomenlinha » qui évoluera de façon surprenante alors que

« Aidan’s Ear » nous ramènera vers ces atmosphères dépouillées qui ont toujours fait le charme de Moonface.

L’émotion sera de rigueur de façon touts viscérale tout comme avec un « Dreamsong » où l’alliage guitare clavier est impeccable. Pour finir, « Walk the Circle in the Other Direction » reprendra touts la méthode Moonface, comme s’il s(agissait d’un point d’orgue ou d’une offrande.

This One’s for the Dancer & this One’s for the Dancer’s  Bouquet n’est certes pas l’album le plus facile à appréhender mais ce sont parmi les dédales de ce labyrinthe que ce qui s’ouvre à nous peut s’avérer plus lumineux et clairsemé.

****1/2

Phantastic Farniture: « Phantastic Farniture »

Il ne faudra pas retenir l’orthographe fantaisiste (Phantastic Farniture) choisie par ce trio australien pour que le combo soit parvenu assez vite à se faire un nom allant au-delà de la scène folk-rock de Syney.
Son leader, la vocaliste Julia Sacklin, avait pour ambition d’explorer ce que la pop peut revêtir de plus joyeux mais, en raison de la gestation plutôt longue de son premier album, le groupe a opté pour une approche plus carrée, censée, aussi, mettre le feu aux dance-floors.
Le résultat est à la fois propice à la rêverie « dream pop » et, en même temps, vecteur d’un climat quelque par moments délabré voire foncièrement mélancolique; si on se risquait à une analogie on pourrait comparer ce disque à l’impression qu’on aurait à farfouiller dans la collection de disques de ses parents.

On y trouve ce twang lo-fi si évocateur des sixties (« Uncomfortable Teenager », « Mumma Y Papa ») avec ses guitares gazéifiées à la Ride, une sensualité sombre («  Take It Off ») mais aussi, sur « Fuckin ‘N’ Rollin » une ode façon alleluia de toute beauté malgré son titre provocateur. Restera cette question ; Jackin apprécie-t-elle cette énergie atypique ou souhaite-t-elle, tout simplement, s’installer dans un ameublement confortable ? Ce « debut album » ne peut que nous inciter à vouloir en savoir plus.

***

Coco Hames: « Coco Hames »

Dès les premières salves que forment « When You Said Goodbye » et « I Do Love You », on sait immédiatement que quelque chose va nous brancher sur Coco Hames. Avec des arrangements évoquant Dusty Springfield, la mélancolie joyeuse qui s’échappe de titres rappelant le plus classique du « Phil Spector sound » on est confronté à un son indie pop des plus habituel mais pris à contre pied par des nuances de tonalités garage-pop, blue-eyed soul et de ballades aux effluves country.

Bien sûr, maîtriser ces différents genres et en délivrer des imitations passables est une chose mais il incombe à une certaine personnalité d’y imprimer une une sensibilité propre à nous faire vibrer. La voix de Hames est, dès le départ, confondante.

On y trouve, en effet, douceur acidulées, mais aussi douleur ironique, un peu comme si une jeune femme encore peu formée devait véhiculer des émotions qui la dépassent et saupoudrer d’une couche de souffre ce qui est encore du domaine de l’apprentissage.

On pourrait qualifier un tel phrasé de nubile et adolescent q’il n’y avait ces trilles plus matures, ces distorsions qui disqualifient la romance ou ces rythme chaloupés qui font hésiter entre regret et sensualité. Plus que dans états d^âme trop tranchés Coco Hames nous entraîne dans un monde où la candeur ingénue fait peu à peu place à le défloration des sentiments.

****

British Sea Power: « Let the Dancers Inherit the Party »

Il y a un écart très ténu entre ambition et prétention et c’est précisément dans cet interstice que British Sea Power s’est toujours situé. C’est sans doute pour cette raison que le combo est, à la fois, apprécié des critiques et jugé avec circonspection par le public parfois perplexe devant sa tendance à l’expérimentation et au « progressisme ».

Cette formula a, jusqu’à présent, souvent été gagnante et Let the Dancers Inherit the Party, leur nouvel album depuis quatre ans va les voir, sans cynisme, s’équilibrer entre ces deux propensions.

Point, ici, de musiques de films ou d’approche conceptuelle trop prononcée, cet opus est sans doute le plus direct que le combo ait jamais offert. Les onze titres ont une mouture fluide et cohérente sans trop de divergences vers une sensibilité intellectuelle.

Celle-ci demeure toutefois dans les graphiques, les vidéos et les références culturelles mais, l’essentiel va vers un auditoire qui a les goûts les plus simples. Le « single », « Bad Bohemian », l’exemplifie à merveille avec une attitude « stadium rock » et une pompe qui ne dépasse pas la veine « pop-rock ».

Le disque a cet apprêt lisse, contemporain et à mille lieux de l’intemporalité dont BSP se faisait le chantre. Les allusions politiques sont presque « normales » et sans fard (« Keep On Trying (Sechs Freunde) ») avec un clin d’oeil avec un message positif contrebalançant ce qui auparavant était perclu de sinistrose et de prise de tête.

On schématiserait en parlant de rock conceptuel si celui-ci se berçait d’accessibilité et on aurait mal à y coller des influences comme celles d’Arcade Fire, Joy Division ou, dans un registre plus commercial, Coldplay, si BSP puisaient tout autant dans des combos comme The Killers avec des tubes potentiels comme «  International Space Station » ou « Saint Jerome ».

Les passages les plus lents et introspectifs (« Electrical Kittens ») ou «  Want To Be Free » et « Alone Piano » complèteront le large spectre sonique ; celui-ci montrera, une fois de plus, que BSP est autant capable de se plonger dans son « back catalogue » que de ne pas attendre que celui-ci ait pris la poussière.

****

Mothers: « When You Walk A Long Distance You Are Tired »

When You Walk A Long Distance You Are Tired débute sur la guitare acoustique frappée délicatement et les cordes ouatées de mélancolie qui introduisent «  Too Small For Eyes ». Le gazouillement de Kristine Leschper accentue l’élévation que semble prendre ici le désespoir et la solitude ; Mothers semble être un combo qui navigue dans l’affliction.

Ce n’est pas sur cela que ce groupe de Athens va s’appesantir tant il va se montrer capable de s’extraire de ces climats et les transformer invariablement en un crescendo dont la nature progressive marque l’inexorabilité.

« Hurts Until It Doesn’t » nous fait opiner du bonnet et les arrangements se montrent insistants et engageants comme sur le balancement de « Lockjaw », titre qui montre ses muscles ou un « Vurden Of Proof » qui ajoute dynamisme et horreur gothique. Quand « Hold Your Own Hand » marquera le terme de l’album, on aura ainsi un bon petit exemple de pop baroque et de frénésie.

***1/2

Sunflower Bean: « Human Ceremony

Sunflower Bean a suscité les éloges des critiques depuis 2010. Positionné sur une niche underground (tendance psychédélique) il profite sans doute d’un renouveau d’intérêt qui caractérise le genre. N’en déplaise aux cyniques leur « debut album » prendra un contre-pied qui ne pourra que réconcilier les deux camps.

Human Ceremony échappe opportunément à un piège, celui d’être considéré comme un combo de revivalistes « shoegaze » avec un « Come On » qui sera plus proche du garage rock façon Parquet Courts que du charme éthéré de Slowdive ou autres.

Le guitariste Nick Kivien emprunte ses accords à John Dwyer et il s’entend à merveille, couplé à la bassiste Julia Cumming pour véhiculer un climat brumeux proche du Velvet Underground.

Nonobstant le côté cyclique, Human Ceremony n’est pas nécessairement un pensum rétrograde. Les textes débordent de cette énergie propre aux musiciens qui s’embarquent enfin dans le lyrisme et les vocaux de Cumming ménagent avec bonheur acidité et nuance.

On verra sans doute quelque chose où le style l’emporte sur le fond ; mais tant que le premier est aussi brillant on ne pourra que se satisfaire de cet exercice.

***1/2

The Last Shadow Puppets: « Everything You’ve Come To Expect »

Ce deuxième album de The Last Shadow Puppets était longuement attendu et, alors que le duo composé de Miles Kane et de Alex Turner des Arctic Monkeys, nous fredonne ici sa musique habituelle, celle-ci est sous tendue par un tranchant qui la rend plus sombre et acerbe.

La pop de LSP demeure toujours élégante mais elle est construite autour de textes plus évocateurs et bouillants, étayés par les denses arrangements à cordes de Owen Pallett.

Le titre d’ouverture, « Aviation », se montre ainsi insistant jusque, et malgré, ses tonalités carillonnantes et l’effet produit ne peut alors que capter l’attention, voire même nous engloutir. On appréciera la teneur sombre donnée aux orchestrations tout comme la basse sombre et glaçante qui se juxtapose à des vocauxoù sont dépeints des comportements menaçants sur « Dracula Teeth ».



La chanson titre sera plus visuelle dans ce qui est le « single » tiré de l’album ; un lieu où l’horizon est une plage immaculée, presque vierge, et un phrasé aquatique censé nous envelopper dans un climat plus apaisé, celui d’un air revigorant issu de la côte. Le tempo s’accélèrera sur un « Bad Habits » explosif, composition concise ponctuée d’une guitare ainsi que de cordes angulaires et acérées.

Même si le titre phare, « Pattern », se distinguera grâce à, une fois de plus, ses arrangements à cordes en plein essor et ses textes désolés la deuxième section de Everything You’ve Come To Expect sera homogène et… prévisible.

L’album ne s’achèvera pas sur ce point d’orgue frappant qu’on aurait été en droit d’attendre ; on retiendra néanmoins l’excellence portée aux détails, le soin artisanal qui permet d’accoupler pop et arrangements luxuriants ; ce deuxième opus tient ce qu’il promet en se gardant bien de promettre un « un peu plus » qui se manifestera, on l’espère, dans un prochain épisode.

***1/2

Turin Brakes: « Lost Property »

Ce septième album de Turin Brakes est surprenant car il arrive peu souvent qu’un groupe demeure aussi rafraichissant après tant d’années. La formule est pourtant simple, il suffit de ne pas trop réitérer son approche mais de conserver son idiosyncrasie en la parsemant d’irrégularités comme sur un gazon insuffisamment tondu.

« 96 » et « The Quiet One »e adoptent une allure de croisière faite de tempos moyens et lents mais ça n’est pas avant l’affirmé « Rome » avec un riff addictif comme on en rencontre trop rarement ou sur la référence à l’intemporel Star Wars que le disque scintille d’une nouvelle vie.

Un même élan perdurera sur un « Brighter Than The Dark » accompagné d’un grand orchestre tandis que « Save You » se révèlera être le titre phare de l’album, notamment avec son chorus épique et « radio friendly ».

Turin Brakes ira même piocher du côté de Tom Petty su un « Juep Start » façon « Free Falling » et « Black Rabbit » conclura magnifiquement un opus à la fois majestueusement entraînant et perclus de morosité.

***1/2

Darwin Smith: « Double Down »

Résidant à New York, Darwin Smith revient ici avec un nouvel album de refrains excentriques fait pour accompagner des compositions des compositions et des vidéos musicales du même tonneau. Double Down est son troisième opus et il nous présente ici le musicien adoptant une attitude façon Ridely Scot, à savoir en quasi cinémascope, pour un nous délivrer son dessein.
Celui-ci comprend, tout comme chez le réalisateur, des suites semblables à celles de Alien, notables non pas tant par des changements dans une formule, mais par les gribouillages qu’il y inscrit. On retrouve donc des petites éléments, jetés avec parcimonie, métaphores malaisées à percevoir, ou choses si évidents qu’elles ne peuvent que nous parler.

 
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Le tout est agrémenté de riffs évidents et éclatants contrastant avec des schémas qui vous flanquent la chair de poule ou, à l’autre extrémité du spectre des émotions, s’emploient à développer empathie, voire pathos.
Rien à dire ou à redire si ce n’set qu’il faudra brancher son détecteur de radars pour les dénicher.
**1/2