Twisted Wheel: « Satisfying The Ritual »

Croisez Liam Gallagher avec Miles Kane, et cela vous donnera peut-être un petit goût de Twisted Wheel. Ce fut une agréable surprise de constater que Satisfying the Ritual n’est pas votre disque indie standard, portant bien des influences. Toutes les chansons sont puissamment accrocheuses, avec un travail de guitare très réussi. Couvrant des sujets sensibles, « Black and Blue » a des harmonies mélancoliques lorsqu’il s’écrie de manière révélatrice: « Je ne crois en personne et j’ai à peine confiance en moi ».

« Bluesy 2020 Vision » est assez proche d’un instrument de haute énergie avec peu de mots capables de vous désorienter et d’émousser l’impact. « Satisfying The Ritual » satifera également un feeling rap et expérimental Satisfaire le feeling rap du Ritual est expérimental, tandis que « Show Me » est tout simplement magnifique. Cet album est craquant et sera l’accompagnement idéal d’une errance sonique.

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Bombay Bicycle Club: « Everything Else Has Gone Wrong »

Ce quatuor sort le cinquième album en carrière titré Everything Else Has Gone Wrong. Pour être honnête, et après les avoir suivis depuis un certain temps, on doit avouer que les Londoniens redonnent un second souffle à leur carrière avec cet opus qui nous plonge dans une pop-rock psychédélique qui fait du bien à l’âme.

L’entraînante « Is it Real » est une composition quasi dansante et les motifs de guitare sont efficaces. La voix du meneur de jeu, Jack Steadman, se colle bien à l’ensemble de la pièce. On aime aussi la chanson titreoù le chanteur nous raconte comment il a pu se sortir de sa détresse personnelle en tentant de trouver refuge dans la musique. La phrase-titre,

répétée en fin de piste, amplifie ce sentiment de détresse et de réconfort retrouvé à travers les bienfaits de la musique. La batterie se déchaîne et la voix de Steadman, puissante, provoque des frissons. C’est psychédélique, structuré et tout à fait électrisant.

Sur « I Can Hardly Speak », les sonorités pop donnent envie de taper du pied. La formule est efficace et reste bien ancrée dans la tête. Ces fameux synthétiseurs y sont pour beaucoup tant ils dynamisent l’ensemble de la chanson et la rendent attachante.

On accède à un peu plus de douceur avec « Good Day », un titre qui sort des sentiers battus de la pop-rock conventionnelle pour finalement montrer une autre facette intéressante de la formation. La voix du chanteur se révèle fragile, mais sincère. Idem pour « Eat, Sleep, Wake (Nothing But You) ». Les refrains répétés judicieusement, ceux-ci agrémentées par les nombreux bidouillages électroniques, captent l’attention.

Même si on peut déceler une certaine linéarité tout au long de l’écoute, les Anglais prouvent qu’ils ont encore le feu sacré. Ils se réinventent en injectant une bonne dose de sincérité pour en faire un objet sonore assez distinct. Leur signature est reconnaissable, mais c’est, quelque part, cet élément qui nous captive.

***1/2

Pup: « Morbid Stuff »

Ce troisième opus des Canadiens de Pup représente tout ce que l’on peut affectionner dans la musique :, faire vibrer, chanter, danser et plus si affinités. Une musique entraînante, résolument rock aux relents punks saupoudrée de noise et de hardcore, juste ce qu’il faut pour faire pencher la balance et passer d’un disque réussi à un album indispensable d’une collection qui se respecte. Comment, en effet, ne pas succomber à la pop délicieuse de Morbid Stuff ? Comment ne pas se réjouir de cette verve alliant à la fois le mélodique et puissant avec un somptueux « Kid » » lancé à toute allure ? Et pourquoi résister au brûlot « Free at last » » aux hypnotiques  « See You at your Funeral » et « City » ou au chaotique et véritable rouleau compresseur qu’est « Full Blown Meltdown » ?

Pup est à l’aise dans tous les styles, que ce soit le rock, la pop, le punk et le hardcore. Avec pour dénominateurs communs des voix atypiques (à la limite de susciter parfois l’agacement), des guitares scintillantes et un basse/batterie monstrueusement en place. Et aussi un style déjà bien à lui, tellement riche et abouti qu’il ferait passer les morceaux plus classiques (et d’une qualité certaine) en second plan (« Scorpions Hills »).
La qualité de ce disque est déconcertante, tant le groupe fait preuve d’une maîtrise totale de la situation et propose des compos quasi parfaites (ils sont Canadiens et pas Angla
is). À noter que les textes ne sont pas des plus réjouissants, le frontman Stefan Babcock combattant encore les démons de la dépression, ce qui contraste avec l’entrain et l’énergie positive de l’orchestration. On ne connaît pas les deus premiers disques du combo ; deux bonnes raisons de faire mieux connaissance.

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Cold War Kids: « New Age Norms 1 »

Il fut un temps où Cold War Kids détonnait grâce à son blues-rock original et l’approche DIY de sesleurs premiers albums à la fin de la décennie dernière. Et ces derniers temps, la bande à Nathan Willett a tendance à stagner et à emprunter un virage musical qui les dessert totalement notamment sur leur dernier album L.A. Divine. Le combo compte sur cet opus surfer sur cette vague avec un New Age Norms 1 dont il n’est pas interdit de sinterroger sur la teneur.

Ne cherchons pas les Cold War Kids qui nous avaient offert des morceaux peu conventionnels il y a dix années de cela. On va trouver ici le groupe californien arpenter des chemins pop groovy et ensoleillés comme le montre des titres plus contemporains et plus produits comme le titre d’ouverture nommé « Complainer » mais également « Fine Fine Fine » et « Waiting For Your Love » qui sont étrangement dansantes. Personne n’aurait pu s’imaginer que Nathan Willett et sa bande iraient emprunter ce virage et pourtant, les compositions de ce New Age Norms 1 a de quoi décontenancer les aficionados.

Entre la ballade au piano guimauve de « Beyond The Pale » et les moments nuancés du plus rock « Dirt In My Eyes » et « 4th of July », le nouvel album de Cold War Kids est une surdose de pop sucrée peut frôler à l’overdose si l’on ajoute des thèmes malheureusement bateaux et « fraternels » qui sont à mille lieues de ce que l’on attendait. Toutefois, il y a quand même des trucs qui fonctionnent bien comme la conclusion entraînante et fascinante nommée « Tricky Devil ». Mais pour le reste, il faut se rendre à l’évidence que le groupe californien a beaucoup évolué et les racines d’antan se sont malheureusement envolés. Toutefois, ne perdons pas espoir car une trilogie New Age Norms est annoncé dans un avenir proche. Avec, peut-être alors, des normes moins normées et plus novatrices.

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Sis: « Gas Station Rose »

Ce jeune trio venu tout droit de Berkeley était sorti des sentiers battus avec un premier album intitulé Euphorbia. Sis parvenait à fusionner plusieurs genres musicaux pour un résultat plus qu’éblouissant. Et c’est dans cette optique qu’ils reviennent un an plus tard avec Gas Station Roses.

Démarrant avec un « Night From Scratch » des plus cotonneux, on se dit que le périple musical en compagnie de Sis va être mémorable et chaloupé.C’est, en effet, ce qui nous attend avec des morceaux aussi bien originaux qu’enivrants tels que le plus rock « Weathered Romeo » qui suit mais encore « Adult Clay » et « Bitter Cherry » où le trio de Berkeley arrive à fusionner dream-pop des années 1980, pop psychédélique et accents R&B dignes de Neneh Cherry.

Il y en aura aussi pour tous les goûts avec les accents afrobeat de « Automatic Woman » ou encore la ballade pop aux sonorités asiatiques qu’est « Moon At The Peak ». Nul ne peut s’imaginer que Gas Station Roses pourrait remettre au goût du jour les années 1980 sans jamais tomber dans la désuétude. On nage en plein rêve à l’écoute de « Nightie » et « S Comes Dancing ». Sis clôture la cérémonie avec un « Human Poses » des plus charmants et offre un second opus riche en sonorités et en ambiances en tous genres où l’envie d’évasion sera le pricvipal moteur.

***1/2

The 1975: « A Brief Inquiry Into Online Relationship »

Le groupe britannique mené par le charismatique Matt Healy était monté en puissance avec son second disque I Like It When You Sleep, For You Are So Beautiful Yet So Unaware Of It en 2016 qui fut très bien reçu par la critique et le public.

Les Mancuniens passent ici à l’étape supérieure avec ce nouvel opus qui est destiné à cette « génération Y », les « millenials », qui fait partie de son public avec, bien sûr, un coup de pub bien distillé sur les réseaux sociaux,le combo nous offre une excursion à travers les dangers des nouvelles technologies sur la société.

The 1975 va étonner ici pour des approches ultra-recherchées et complexes comme sur « Give Yourself A Try » aux allures de Joy Division ou encore sur le satirique « Love It If We Made It » où Matt Healy hurle à tue-tête les déclarations à l’encontre de Trump. Question satire, on relèvera également « I Like America & America Likes Me ». Pour le reste, le groupe de Manchester ira élargir son spectre musical en allant vers le R&B moderne et autotunée sur « TOOTIMETOOTIMETOOTIME », vers le jazz sur « Mine » et « Sincerity is Scary » ou encore l’électronique expérimental sur « How To Draw / Petrichor ».

A Brief Inquiry Into Online Relationships rendra également hommage à ses aînés de Manchester, Oasis où on retrouve ces arrangements sur « It’s Not Living If It’s Not With You » ainsi que les accents post-rock de « Inside Your Mind » entre autres qui fait suite à l’interlude bien étrange nommé « The Man who Marries A Robot / Love Theme » évoquant les dangers d’Internet. Plus on avancera dans l’album plus The 1975 se fera mélancolique et il signera une de ses plus belles compositions, « I Couldn’t Be More In Love » avant la touchante conclusion nommée « I Always Wanna Die (Sometimes) ».

S’éloignant de la pop accessible des débuts, le groupe de Matt Healy revient avec une musique protéiforme fonctionnant presque comme un album concept. De quoi patienter pour leur prochain album « garage », Notes On A Unconditional Form qui est déjà annoncé.

***1/2

Monnone Alone: « Summer of the Mosquito »

L’Australien Mark Monnone s’est choisi un pseudonyme en trompe-l’œil pour mener sa carrière solo. En effet, celui qui a longtemps tenu la basse auprès les formidables Lucksmiths est loin d’être un musicien esseulé, puisque Joe Foley (Aleks & the Ramps), Louis Richter (Mid-State Orange) et Gus Franklin (Architecture in Helsinki, The Smallgoods) forment le backing band qui l’accompagne pour le deuxième album de son projet Monnone Alone. Enregistré et mixé par le producteur Gareth Parton (The Go! Team, Foals, The Pipettes), Summer of the Mosquito arrive sept ans après sa première échappée solitaire, Together at Last. Disons-le tout net, voilà sans doute ce que nous entendrons de mieux cette année au rayon jangle / power pop, à égalité avec le deuxième album des Hollandais de The Maureens et celui de la paire hispano-écossaise Andrew Taylor – Gonzalo Marcos The Boys Wthe The Perpetual Nervousness.

Avec des guitares jubilatoires (« I Wanna Hide In Yesterday ») ,une délicieuse nonchalance (« Jerry’s Can », » Feeling Together Feels Alright ») et des refrains à reprendre à l’unisson (« Cut Knuckle », « Do It Twice »), Monnone Alone nous fait gagner un temps précieux : en effet, nul besoin de passer des heures à concocter une playlist de nos groupes préférés avant de prendre la route : Summer of the Mosquito ressemble étrangement à la compilation idéale que nous aurions glissée dans la valise.

***1/2

Bones UK: « Bones UK »

Bones UK est, comme son nom l’indique, britannique, mais c’est avant tout un duo féminin que l’on pourrait qualifier de « décadent », dans le sens où, pour définir sa musique, les djeunes femmes ont choisi « des serpents, du sexe, du cuir et des motos ». Cliché mis à part ou aura, en fait, droit à une sorte de rock industriel / electro-rock souvent attaché à la mélodie mais subversif dans la forme ; un croisement entre, pour schématiser, INXS et Nine Inch Nails. Ce style ne se prend pas la tête et n’attend rien d’autre qu’un lâcher-prise salvateur dans un monde où le paraître règne en maître en toutes circonstances. On est, d’ailleurs, accueillis par une excellente « Beautiful is boring » bien jouissive alors que « Filthy freaks » prendra des atours beaucoup plus pop. « Pretty Waste » reprendra vite le flambeau. et« Leach » consacrera l’alternance avec un rythme qui rappelle le « Adieu » de Coeur de Pirate et une guitare lead qui évoquera Santana.

Plus loin, on retrouvera le « I’m Afraid of Americans » de Bowie déjà présenté chez Howard Stern à l’occasion d’une émission-hommage à l’icône et « Souls » est une ballade electro-rock sexe qui, toute comme Skeletone », s’assurera pas vraiment, Il faudra attendre « Choke » et son riff imparable pour que la machine reparte et qu’un « Creature » conservant cette touche bluesy electro rock entérinera ce qui fait le charme du groupe. Ce qu’on retiendra de ce premier album ? Une somme sympathique de chansons qui s’écoute bien,mais s’oublie peut-être un peu trop vite et une écriture qui demande à être plus affinée et personnelle pour être mémorable.

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The Day: « Midnight Parade »

Ce duo allemand présente nombre de qualités pour qu’on s’en entiche avec gourmandise. C’est typiquement le genre de groupe discret et sans prétention qui parvient à toucher sans artifice. Déjà, alors que la plupart des duos masculin-féminin se contentent d’une formule « producteur autiste aux machines » et « belle qui roucoule », The Day sonne comme un véritable groupe de rock. Ils balaient d’un revers de main l’imagerie « pop à guitares fleur bleue » ou dreampop qu’on pourrait facilement leur accoler sur la foi d’une photo de presse : elle, les traits fins, un air distancié de femme fatale et lui, nous fixant de ses grands yeux bleus avec un air d’amoureux éconduit.

Pour trouver une filiation à The Day, il faudrait plutôt aller chercher du côté des groupes américains qui savent se mettre à nu sans que ce soit indécent. C’est toujours sur le fil, car il ne faudrait pas grand chose pour que le pathos prenne le dessus et que cela vire au grossier, au pompier.

Mais, même si parfois les refrains sont mus par un souffle adolescent, que la production alterne entre un son clinquant (en particulier sur « Grow » ) et des plans en ligne directe formatés pour les college-radios, que les guitares peuvent être bavardes comme aux plus heures du rock héroïque si on y prête attention, Laura Loeters et Gregor Sonnenberg sont d’une spontanéité confondante, d’une sincérité jamais prise en défaut. Au final, The Day pourrait prétendre à reprendre le flambeau de L’Altra avec la velléité de séduire le public de Death Cab For Cutie. C’est reconnaître là que derrière un patronyme qui lui ouvre les portes de l’anonymat, The Day distille un fort pouvoir de séduction qui motivera l’écoute de Midnight Parade – de préférence en solitaire, en bagnole de nuit. Et si on doit bien avouer qu’il y aurait mille et une raisons rationnelles pour dénigrer ce projet qui s’efforce à occuper un espace « middle of the road », au contraire, on s’en délecte.

***1/2

Bastille: « Doom Days »

Deux ans après le généreux Wild World, le projet de Dan Smith revient à la charge avec, pour un nouvel opus qui nous laisse une impression mitigée. En 2013, non avait fait connaissance avec un Bastille qui apparaissait comme un vent nouveau dans le paysage pop-rock britannique avec Bad Blood, un premier disque fédérateur et produit avec une certaine finesse. Wild World, sorti près de trois ans plus tard, a engendré ce qui reste à ce jour la plus grosse tournée de Bastille.

Tout ce que proposait cet album semblait déjà poussé à son maximum ; la production, l’écriture des morceaux, la structure. N’arrivant pas à la hauteur du premier opus, l’album s’est vite perdu dans dans la maudite comparaison. Même si quelques titres demeurent franchement réussis, Wild World a invoqué, avec le recul, comme un sentiment de lassitude. Qui perdure d’autant plus aujourd’hui.

On tient déjà peut-être là le premier souci de Doom Days – c’est qu’il marche bien trop dans les pas de ses prédécesseurs, sans vraiment proposer quelque chose de nouveau. « Bad Decisions », « Million Pieces », ou encore « The Waves »… Les 11 morceaux qui composent ce troisième chapitre ne dessinent rien de bien neuf à l’horizon, si ce n’est la confirmation du talent d’écriture de Smith mais cela ne suffit pas.

En effet, même si on peut noter le ton toujours aussi chavirant du musicien et une voix qui sait toujours autant porter le projet, on peut trster de marbre face n la dimension « conceptuelle » quelque peu redondante du projet (chaque album est crédité comme un long métrage) respectée ici avec un disque qui retracerait le déroulement d’une nuit.

Visuellement, les clips sont toujours aussi léchés, l’esthétique globale du disque est dans la parfaite lignée deux précédents. Mais en choisissant de ne pas vraiment innover, le groupe se complait dans une facilité instrumentale mainstream qui est de plus en plus déconcertante – malgré quelques moments au-dessus du lot, entre autres l’effervescence trap « Doom Days” »ou l’élégant « 4AM » avec un saxophondu plus beau cru. Dans un dernier instant lumineux (« Those Nights », suivi de « Joy » et ses chœurs élégiaques), le disque se terminera sur une note certainement optimiste mais mais elle ne parviendra pas à occulter ces Doom Days, jours sombres tels qu’ils sont annoncés et énoncés.

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