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Homeshake: « Helium »

Homeshake c’est le projet débuté en 2013 par Peter Sagar lorsqu’il a quitté la formation live de Marc DeMarco ce dernier, le Canadien est en train de devenir la nouvelle coqueluche de la scène montréalaise. Il faut dire qu’il a su s’émanciper de l’aura DeMarco en s’orientant tranquillement vers un style mêlant l’indie au R&B. Ses trois premiers albums, In the Shower, Midnight Snack et Fresh Air ont suscité un intérêt grandissant pour un artiste aujourd’hui retour avec Helium.

Les synthés avaient déjà commencé à remplacer les guitares avec l’album Fresh Air, qui dès 2017 marquait un tournant dans la relation entre le montréalais et l’indie pop. En poursuivant naturellement vers la direction empruntée par son prédécesseur, Helium est une déclaration d’amour pour le lo-fi R&B. C’est doux, sensuel et mélodieux comme une comptine qu’on écouterait pour s’endormir.

Ce quatrième opus commence avec « Early », morceau instrumental où les cris d’oiseaux se mêlent au son très cheap du synthé posant l’univers rêveur de l’artiste. S’ensuivent « Anything At All « et le « single » « Like Mariah, » deux chansons au caractère intimiste imprégnées d’expérimentations vocales nouvelles. Sagar s’aventure vers des horizons aux connotations soul et on remarque que sa voix est nettement mieux assumée qu’auparavant. Certes, c’est groovy, mais ce timbre de voix est parfois en décalage avec l’esthétique musicale de certains morceaux.

Si Helium ne devait avoir qu’un seul petit bijou, ce serait sans aucun doute « All Night Long ». Ici s’assemblent pureté des claviers à une voix limpide et à fleur de peau. C’est synthpop lo-fi à souhait, on se croirait sur un nuage en lévitation dans le ciel. « Just Like My » s’inscrit dans la même lignée, c’est harmonieux et certaines étranges intonations rappellent le dernier album de Connan Mockasin. Sur « Other Than », on retrouvera avec joie des sonorités propres aux précédentes productions du montréalais. Les guitares remplies de reverb sont de retour et il flotte un air de solitude dans lequel Sagar s’exprime à cœur ouvert.

Côté rythme, l’inventivité n’est pas vraiment au rendez-vous. On s’accorde sur la texture minimaliste de « Couch Cushion, » sa nostalgie innocente remémore l’effervescence des premiers beaux jours de printemps mais on regrettera toutefois les sonorités chillwave de (« Secret Track »).

L’atmosphérique Helium porte donc merveilleusement son nom. En nous embarquant dans son univers lo-fi en constante évolution, Homeshake livre un album débordant de légèreté paradoxalement lourde de réflexions introspectives. Malgré quelques titres en peu trop lisses, Sagar démontre une sincérité touchante en conservant la « cooli attitude » de ses premiers jours. Les amoureux de pop planante n’ayant rien contre un R&B au style nonchalant y trouveront résolument leur compte.

***1/2

17 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Stuart A Staples: « Arrhythmia »

Plutôt connu comme leader de Tindersticks, Stuart A Staples a peut-être bien réalisé l’un des disques les plus étranges et intime de 2018.

Arrhythmia n’est pas étrange parce qu’il cultive l’étrangeté dans sa musique même si celle-ci est faite d’arrangements dépouillés et de vocaux sobres et presque étrangers mais il l’est par sa structure : quatre titres seulement dont le dernier dure plus de trente minutes.

Celle-ci, « Music for a Year in Small Paintings », a été conçue pour une exposition de 365 tableaux créée par sa femme Suzanne. Le résultat en est un quelque chose d’ambient et d’éthéré, accumulant les variations de direction mais sans paraître être dans l’urgence. Parvenir à un tel résultat est preuve que Staples est, en effet, un artiste atypique et également un orfèvre en matière de retenue.

Le titre d’ouverture, « A New Real », préfigure ainsi la tonalité de ce premier album solo depuis 13 ans ; il démarre sur une boîte à rythmes minimaliste et se construit peu à peu tout au long des cinq minutes qui en feront le morceau le plus court du L.P. Il atteindra ensuite des hauteurs vertigineuses avec une instrumentation dont la distorsion montée en épingle témoigne de l’effort à vouloir aller toujours plus avant.

Les 10 minutes de « Memories of Love », sont si clairsemées qu’elles sonnent par moments comme de l’air raréfié et l’accompagnement musical est si spartiate que le phrasé quasiment inaudible de Staples a pour effet de vous aspirer avec encore plus de magnétisme.

Les textes eux-mêmes sont des ruminations sur la vie énoncées sous la forme la plus pure qui soit (« Sometimes we live on our memories of love, sometimes we live on our memories, and breathe the fragrance. ») ; une manière de véhiculer ses émotions qui appartient au chanteur. Le personnel est ainsi introduit avec tant d’aplomb que l’intime nous y engloutit et nous fait en être submergé.

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27 septembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Iron & Wine: « Beast Epic »

Ce dernier album de Sam Beam sous le pseudo de Iron & Wine, Beast Epic, doit son nom à ces narrations allégoriques où les animaux ont adopté des caracéristiques et des émotions humaines, un peu comme ches Saucer ou le 1984 de George Orwell.

Le matériel, par contre, est nettement moins conceptuel et en dépit de son titre trompeur, est un effort minimaliste, le plus direct peut-être, de Beam depuis une bonne décennie.

Les tonalités y sont en effet très acoustiques et délicates, que ce soit pour les notes assourdies de « Claim Your Ghost » ou sur les douceâtres vagues soniques qui amplifient progressivement le volume du titre. Ici trouveront matière à satisfaction ceux qui avaient été désarçonnés par les velléités expérimentales de Kiss Each Other Clean ou Ghost on Ghost perçues comme inauthentiques.

L’approche restera dépouillée et véhicule un climat apaisant bein servi par la voix de miel de Bream et « Bitter Truth » sera un bel exemple de mélancolie («  Some call it talking blues / Some call it bitter truth / Some call it getting even in a song ») alors que et le « single » «  Call It Dreaming » véhiculera une chaleur à laquelle nous n’étions pas habitués auparavant.

Des titres comme « Song in Stone » et « Right For Sky » accentueront encore l’esprit désillusionné d’un album qui, si elle n’est pas la meilleure de ses productions, se situe largement au niveau de sonThe Shepherd’s Dog en 2007.

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23 août 2017 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

The Jazz Butcher: « Last of the Gentleman Adventurers »

Last of the Gentleman Adventurers est un titre parfait pour The Jazz Butcher, pseudonyme de Pat Fish, artiste basé à Northampton. « Gentlemen » en effet pour quelqu’un dont la musique est faite de distinction, d’élégance, et surtout de subtilité tant elle parvient à se situer sur une ligne de crête très fine, celle d’un Richard Hawley qui aurait décidé de se faire plus mordant et d’un Robyn Hitchcock qui aurait remisé ses excentricités d’une manière plus discrète.

The Jazz Butcher n’est pas un groupe mais un collectif de musiciens quei entourent Fish et qui s’agglutine sur ses enregistrements quand l’occasion s’y prête. Oute l’instrumentation traditionnelle un véritable travail d’orfèvre se reconnaît avec un line up qui ajoute harmonium, drones, accordéons et chorus fantomatiques pour nous gratifier d’éléments empruntés au jazz, à la folk, à des sentiments exprimés calmement et une ébauche de rock and roll « low key ».

C’est un disque pour des moments ensommeillés et nocturnes, à volonté apaante (« Count Me Out » ou « Animals »), des tempos enlevés en sourdine (le mid tempo de « Shame about You ») des effluves dans lesquelles on discerne le Velvet (« Mercy »)ou Jonathan Richman.

La chanson titre présente un jazz pop somnolent, une un slow idéal à danser par les nuits d’hiver et « Tombe Dans Les Pommes » nous accompagnera avec plénitude lors d’une ballade au bord de la Seine, moment de grâce qui incite à prolonger l’émotion alors que « Black Raoul » fera résonner un riff de blues à trois accords nous transportant dans la nostalgie 60’s et 50’s.

L’éventail s’élargira encore mieux avec un « Shakey » sentimental comme du Brian Wilson ou « Saint’s Prayer » qui y ajoutera tonalité psychédéliques soigneusement diffusées.

Last of the Gentleman Adventurers est un album divers mais on ne peut lui reprocher sons éclectisme tant il est le signe d’un savoir faire qui n’est pas synonyme de démonstration mais plutôt d’un musicien qui va à son pas, celui d’une personne qui prend le temps de ne pas se hâter mais de vous enchanter dans des lignes vaporeuses dont on n’a nulle envie de s’extraire.

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14 mai 2016 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Wavves & Cloud Nothings: No Life For Me »

La collaboration dont tous les amoureux de surf-rock lo-fi rêvaient est en fin réalité ; le leader des slackers de Wavves Nathan Williams et Dyaln Baldi, le chanteur de Coud Nothings, sortent discrètement tant ils en avaient longtemps parlé, No Life For Me un disque de 9 plages de lo-fi rock futuriste dont les influences vont de Blur à Tame Impala.

C’est un opus plus sombre et étrange que leurs travaux respectifs avec des points d’orgue, un sublime « Hard To Find » où la voix de Williams est à son plus beau niveau et où un « Nothing Hurts » interprété sans percussions voit les deux musiciens cultiver une romance de la solitude.

Comme toute entreprise de ce genre, No Life For Me vaut par l’interaction entre les deux artistes et, de ce point de vue, leur fonctionnement est d’une fluidité exemplaire. On en appréciera même les deux instrumentaux qui ouvrent l’album et qui, à grands coups de fuzz, et de back beats mélancoliques introduisent un climat où la vulnérabilité est si intense qu’elle nous laisse nous en prévaloir et même en demander encore.

***1/2

6 juillet 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Amen Dunes: « Cowboy Worship »

À la suite d’un excellent Love, Damon McMahon, Amen Dunes de son pseudo, sort aujourd’hui spn « companion, Cowboy Worship. Il s’agit de morceaux qui n’ont pu figurer sur Love car ils sont d’une nature plus introspective que les effets cinématographiques de ses chansons sœurs.

C’est un disque plutôt court mais assez intéressant car il montre un peu mieux le côté lo-fi de McMahon mais qu’il jette aussi une lueur intrigante sur la manière dont un disque peut être créé. Chaque composition est, en effet, indépendante de ce qui issu de son album frère mais fait preuve également d’un véritable empressement à réaliser une œuvre dont le flot serait étale.

Aussi, bien que rien ici ne pourrait figuer dans Love, Cowboy Worship mérite d’être inclus dans le canon qui préside à ce que fait McMahon. « I Know Myself – Montreal » est presque squelettique dans la façon dont il se construit jusqu’à ce qu’un long cor renverse le morceau. « Song to the Siren », une reprise de la reprise qu’a fait This Mortal Coil du classique de Tim Buckley, est tout simplement explosive dans la façon dont elle déploie sa chaleur et ce sentiment qu’elle nous convie à entrer en elle et d’y être bienvenus. Nous avons ici une très belle démonstration du processus qui nous mène à la créativité à partir d’une titre archi connu.

« I Can Dig It – China Street Blues » doit une large dette à la bubblegum pop des années 60, mais une pop qui serait dépouillée de toute impétuosité dans la façon dont elle est délivrée en se construisant autour d’une sorte de drone semblable à un wall of sound façon Spector, mais un mur qui srait sérieusement clame et étouffé.

C’est ce sens de l’expérimentation qui rend la musique de Amen Dunes si captivante. Elle ne s’élève jamais à un volume trop fort mais génère un malaise qui n’a pas besoin de décibels pour vous faire plonger dans son univers. Il suffira d’écouter l’ouverture terrifiante de « Green Eyes » pour vouloir approcher son oreille des hauts-parleurs ; comme la plupart des morceaux ic c’est un titre hypnotique et il sert de rappel opportun pour nous faire prendre conscience que rien n’est jamais certain dans le monde de McMahon.

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23 janvier 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire