The Weather Station: « How Is It That I Should Look at the Stars »

3 mars 2022

Comment donner suite à l’album le plus célèbre de votre carrière jusqu’à présent ? Pour Tamara Lindeman, de The Weather Station, la réponse était dans sa poche depuis le début. Arrivant 13 mois après Ignorance, l’incontournable album de l’année, How Is It That I Should Look at the Stars a été écrit en même temps que son cinquième album acclamé et enregistré en direct en trois jours en mars 2020. Selon Lindeman, « je le vois presque comme la lune au soleil d’Ignorance, l’expiration à la fin de la phrase ».

How Is It That I Should Look at the Stars est un album calme. Il n’y a que Lindeman, son piano et de légères touches de lap steel et de bois supplémentaires, influencées par le jazz, comme les couleurs d’un coucher de soleil déclinant. Alors que Lindeman est souvent accompagnée de deux (et parfois trois) percussionnistes lorsqu’elle interprète les chansons d’Ignorance, ici, il n’y a pas de percussion.

Ce qui reste, ce sont de douces ballades au piano, remplies de moments et de pensées profondément intimes. Pas les moments que l’on crie ou pour lesquels on organise une fête, mais les événements quotidiens et les réflexions qui font une vie. On danse, on se promène, on regarde les étoiles et les oiseaux, on pose une tête sur la poitrine d’un amoureux. La plupart des sujets abordés par Lindeman dans Ignorance, notamment la crise climatique, sont également présents ici, mais avec une touche plus douce. Sur « Endless Time », Lindeman réfléchit à la précarité de nos vies dans l’ombre du changement climatique. « hey don’t put that in the paper, you won’t read it in the news » (Ils ne mettent pas ça dans le journal, vous ne le lirez pas dans les nouvelles), nous rappelle-t-elle. « You have to use your eyes » (Vous devez vous servir de vos yeux).

Avec How Is It That I Should Look at the Stars, Lindeman aborde également l’acte d’écriture de chansons en lui-même, ce qui donne l’impression, à l’écoute du disque, d’assister au processus de création non seulement de cette collection de chansons, mais aussi d’Ignorance. « ‘m tired of working all night long, trying to fit this world into a song » (Je suis fatiguée de travailler toute la nuit, en essayant de faire entrer ce monde dans une chanson), chante-t-elle sur « To Talk About » » Mais ce n’est pas parce que cet opus est sans fioritures qu’il semble inachevé. Ces chansons sont discrètes, mais la voix de Lindeman est si forte et si belle que ce qu’elle vous donne est complet. Avec les multiples détails lyriques de l’album, Lindeman réussit délicatement à faire entrer le monde dans ses compositions.

***1/2


Big Thief: « Dragon New Warm Mountain I Believe in You »

8 février 2022

Au cours de sa carrière, le groupe indie-folk Big Thief s’est surtout appuyé sur une palette musicale simple. Mais sur leur cinquième album, Dragon New Warm Mountain I Believe in You, ils embrassent un éventail d’influences plus large que jamais, notamment l’Americana et le noise rock. Le résultat est un double album tentaculaire qui trouve sa force expressive dans son ampleur et ses expérimentations, bien qu’il y ait presque autant de ratés que de réussites.

De l’incorporation du violon aux longues séries vocales d’Adrienne Lenker, des chansons comme « Spud Infinity » et « Red Moo » » sont imprégnées des sons de la musique country. De même, « Little Things » évoque la jangle pop des années 90 dans la veine des Sundays, la voix de Lenker devenant de plus en plus désespérée et fiévreuse à mesure que le morceau se construit vers un solo de guitare magnifiquement minimaliste.

En effet, comme sur Two Hands en 2019, les cartes de visite sonores de Big Thief sont la voix idiosyncratique de Lenker et ses paroles énigmatiques, qui abordent les thèmes de l’isolement, du monde naturel et des relations fracturées. Les chansons du groupe ont souvent mis l’accent sur l’intimité, tant sur le plan musical que lyrique, et Dragon New Warm Mountain I Believe in You reflète de manière poignante à quel point l’intimité elle-même peut être passionnante, avec toutes les angoisses et les contradictions qui l’accompagnent.

Sur « Blurred View » et la chanson titre, Big Thief crée de l’émotion par l’atmosphère. La voix de Lenker est subtilement déformée sur le premier titre, reflétant les réflexions douloureuses de la chanson sur le désespoir et la solitude.

Dans d’autres cas, le groupe étire la durée d’une chanson afin d’en maximiser la puissance émotionnelle. « Sparrow » ne se développe guère au-delà de sa mélodie initiale au cours de ses cinq minutes, mais associée à la méditation oblique et déchirante de Lenker sur la trahison, la chanson se déploie de manière spectaculaire à chaque minute qui passe.

À l’inverse, « Heavy Bend », d’une durée d’une minute et demie, a à peine le temps de développer une accroche avant de s’interrompre brusquement, donnant l’impression d’une ébauche de chanson inachevée, tandis qu’un rythme décalé, un refrain répétitif et une réverbération abondante font de « Wake Me Up to Drive » un medley de parties musicales qui ne sont pas nécessairement cohérentes. Bien qu’écrits et interprétés avec compétence, des morceaux comme « Changes », « Dried Roses » et « Certainty » n’ont pas vraiment d’identité sonore distinctive, s’appuyant largement sur la voix de Lenker pour les distinguer.

Comme c’est souvent le cas avec les doubles albums, la question se pose de savoir si la qualité et la portée des chansons justifient la durée de l’album. La réponse ici est, en grande partie, oui. Malgré des morceaux qui semblent inachevés ou des expériences qui ont mal tourné, la vision artistique de Big Thief est plus diversifiée et plus complète sur Dragon New Warm Mountain I Believe In You que sur n’importe lequel de leurs précédents albums.

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Freyr: « Nicotine Bunker »

20 décembre 2021

Sur son premier album, Nicotine Bunker, l’auteur-compositeur-interprète suédois-islandais Freyr nous offre un réveil sombre avec son indie folk rayonnant.

Les meilleurs albums ont un point commun, quel que soit le genre, l’année ou la nationalité de l’artiste : les chansons suscitent une réaction émotionnelle. Cela explique l’attrait mondial durable des Beatles, de Marvin Gaye et de Bob Dylan. Leurs messages intemporels – de « All You Need Is Love » à « What’s Going O »n – trouvent un écho auprès des auditeurs aussi bien aujourd’hui qu’au moment où les chansons ont été écrites. Les mélomanes reviennent à des albums riches en émotions parce que les artistes ne sont pas de simples amuseurs. Ce sont des guides dont les paroles et les mélodies réconfortent nos cœurs et enrichissent nos esprits.

Alors que nous sortons d’une année d’incertitude, la musique revêt une importance particulière. Les artistes qui nous aident à naviguer dans notre monde post-pandémique avec un optimisme renouvelé ont toutes les chances de rejoindre les rangs de ces icônes. Les meilleurs albums de cette époque aideront à remplacer l’anxiété par l’espoir. C’est exactement ce que fait une étoile montante scandinave, en offrant exactement ce dont les auditeurs ont besoin maintenant.

Le premier album de l’artiste indie folk suédo-islandais Freyr correspond à cette période de réveil. Nicotine Bunker offre ainsi le renouveau du printemps avec l’éclat de l’été. Ces huit chansons mettent en valeur les talents exposés sur son premier EP de 2020, I’m Sorry, et établissent fermement Freyr Flodgren comme une voix de notre temps.

Nicotine Bunker jette un sort hypnotique avec le downtempo d’ouverture, « Avalon ». Entre les rythmes doux et les voix feutrées, les auditeurs n’ont d’autre choix que de se balancer. Ce titre a été l’un des premiers singles de l’album, de sorte que les fans de longue date ont eu le temps d’absorber ses couches exquises. Les nouveaux fans seront peut-être surpris de la rapidité avec laquelle ils se laissent envoûter par le son de Freyr.

Cet état de bonheur se retrouve dans la tendre ballade « Surveilling Sky ». Ici, l’esprit de Nick Drake sert de boussole à Freyr pour explorer les thèmes de la nature et de l’amour. C’est peut-être le morceau le plus romantique de l’album, marqué par une douce guitare acoustique. La production minimale capture l’intimité de cette sérénade céleste qui offre plus qu’un simple rappel à la respiration. La sérénité imprègne chaque note alors qu’il chante « Under amazing stars, here we are » et se poursuit sur la piste titre.

« Nicotine Bunker » évoque de chaudes brises d’été parfumées au jasmin nocturne. C’est ce qui différencie Freyr de la plupart des auteurs-compositeurs-interprètes qui adoptent une approche lyrique directe. Son style d’écriture amène les auditeurs à vivre le moment présent avec lui, en dirigeant leur attention non pas vers l’évidence mais vers l’éthéré. Alors que les artistes ordinaires pourraient chanter à propos d’un feu de camp, Freyr capture le crépitement des braises brûlantes avec sa guitare et transmet sa chaleur avec sa voix. Sa musique oriente votre regard vers la beauté de la nature – la luxuriance des forêts et le ciel étoilé. Son inspiration du plein air se traduit par un sentiment de paix dans toutes les langues.

Le titre « You Want Love » tire sur la corde sensible avec son instrumentation émouvante, tandis que les tons joyeux de « Modern Age » » égayent chaque paysage. Freyr a le talent de créer des accroches accrocheuses qui vous accompagnent longtemps après la fin de la chanson. « I’m the soundtrack of your gaze » est l’un des nombreux refrains de cet album qui font sourire. Même l’instrumental « Departure » qui clôt l’album, suscite un soupir appréciateur. Ces chansons rendent hommage à la beauté du monde et à tous ceux qui la recherchent. Nicotine Bunker est une expérience rafraîchissante d’un artiste remarquable qui mérite d’être connu


Villagers: « Fever Dreams »

22 août 2021

La vulnérabilité a toujours été la force de Conor O’Brien. Villagers existe dans l’espace qui mesure la distance entre la confiance de l’auteur-compositeur lauréat de l’Ivor Novello Award et son incertitude. Les moments de plaisir nés dans les interstices de cette inconnue sont les moments où la meilleure musique de Villagers embrasse le ciel. 

Rappelez-vous dix ans en arrière et son interprétation saisissante de Becoming a Jackal dans l’émission Later… with Jools Holland et calculez les kilomètres parcourus entre cette prestation acoustique et l’ambiance Marvin Gaye-Fronts-The-Flaming-Lips du sensationnel « So Simpatico » du nouvel album Fever Dreams. C’est ce que font les grands artistes avec l’âge : ils s’améliorent.

***1/2


Hiss Golden Messenger: « Quietly Blowing It »

27 juin 2021

Il y a une raison pour laquelle Hiss Golden Messenger s’est imposé comme l’un des groupes les plus en vue de ces dernières années. Ce n’est pas seulement dû à leurs prouesses mélodiques, mais aussi à la façon dont ils incorporent le ton et la texture dans leurs chansons et créent ainsi un son si expressif.

Cela n’a jamais été aussi évident que sur leur superbe nouvel album, qu’ils nous ont légué avec Quietly Blowing It, un titre qui dément clairement l’excellence de ce qu’il contient. Il s’agit d’un ensemble de chansons qui parviennent à être à la fois subtiles et affirmées dans la même mesure. Ce n’est pas une tâche facile, bien sûr, mais c’est tout à l’honneur des prouesses du groupe que de réussir non seulement à franchir ce cap délicat, mais aussi à le faire avec efficacité.

Bien sûr, ils ne le font pas seuls. Un nombre impressionnant d’artistes invités contribuent également à l’album, parmi lesquels Griffin et Taylor Goldsmith de Dawes, Anaïs Mitchell, lauréate d’un Tony Award, Zach Williams de The Lone Bellow, le célèbre leader et guitariste Buddy Miller, et le producteur/musicien Josh Kaufman, membre du super groupe folk Bonny Light Horseman. Le fait que Hiss Golden Messenger soit capable d’attirer un groupe de musiciens aussi prestigieux est une preuve supplémentaire du fait qu’il a atteint un statut sacré.

Bien sûr, ce sont les chansons qui témoignent le plus de leur capacité et de leur agilité. « Way Back in the Way Back » en est l’exemple idéal ; il donne à l’album une introduction étonnamment discrète, puis monte progressivement en puissance avec une détermination tranquille qui lui confère une réelle autorité. On peut dire la même chose de « Hardlytown », un morceau qui se laisse porter par une foulée facile et une caresse apaisante tout en laissant une impression de triomphe dans son sillage. De même, l’allure facile de « Glory Strums » semble en contradiction avec son intention, une intention que M.C. Taylor, chef d’orchestre, auteur-compositeur et chanteur de Hiss Golden Messenger, décrit comme ayant été écrite « au printemps vert chaotique de 2020 comme un hymne à la recherche des lieux et des espaces qui nous rendent humains ».

Cela dit, la plupart des morceaux peuvent être appréciés simplement pour le son qu’ils partagent, qu’il s’agisse du flux tentaculaire de l’idyllique « Painting Houses » et de la rêverie douce de la chanson titre, ou du tic-tac uptempo de « Mighty Dollar » et « The Great Mystifier ». Tous contribuent à une conclusion indéniable. Il est douteux que l’on puisse un jour accuser ce groupe de gâcher quoi que ce soit, discrètement ou non. 

***1/2


Emily A. Sprague Hill, Flower, Fog

13 avril 2021

Les six pistes instrumentales douces et lumineuses du dernier album d’Emily A. Sprague évoquent une sorte d’éloignement serein du quotidien. 

Dans le projet indie-folk Florist d’Emily A. Sprague – parfois accompagnée de ses compagnons de groupe, parfois en solo – la native de Catskill, dans l’État de New York, produit une musique d’une intimité étonnante. Son dernier album, l’auto-explicatif Emily Alone, était aussi dépouillé qu’une chaise Shaker, se limitant à la guitare acoustique et à la voix. « Death will come/Then a cloud of love » (La mort viendra / Alors un nuage d’amour), chantait-elle, philosophe des monosyllabes. Mais sur les albums de Sprague sous son propre nom, elle troque le langage pour les sons mercuriels des synthétiseurs modulaires, ses drones ondulants aussi informes que les galaxies. Si la musique de Florist est un dessin au trait à la plume, un enregistrement d’Emily A. Sprague ressemble davantage à un jeu de lumière capturé sur une pellicule embuée.

À ces deux pôles, les faces opposées de sa musique se reflètent l’une l’autre. Enregistré à la suite de la mort de sa mère et d’un déménagement dans l’Ouest, Emily Alone traite du deuil et de la solitude. Par ses sons et ses matériaux, l’album électronique Hill, Flower, Fog est très éloigné de la folk introspective et feutrée de cet album, mais c’est aussi, à sa façon, un disque de deuil. Elle a enregistré les six pistes instrumentales en une seule semaine, en mars, aux premiers jours de la pandémie. « Je me suis soudainement retrouvée à faire partie de ce courant qui s’écoule désormais séparément de la réalité que nous connaissions », a-t-elle écrit lors du premier téléchargement de l’album sur Bandcamp en mars, quatre jours seulement après l’avoir terminé. (L’édition RVNG Intl. a été augmentée et reséquencée.) « Il est conçu comme une bande sonore pour ces nouveaux jours, pratiques, distances, pertes, fins et commencements. » Cependant, plutôt que la peur ou la discorde, elle met l’accent sur une tranquillité ancrée comme on ne peut mais.

Hill, Flower, Fog est taillé dans le même moule que ses prédécesseurs électroniques Water Memory et Mount Vision. Doux et lumineux, ses motifs cycliques tracent des formes douces, privilégiant généralement les tonalités majeures aux tonalités mineures. Ils semblent viser en grande partie le subconscient ; une fois que les arpèges andante patients de la dernière chanson se sont évanouis dans le silence, il peut être difficile de se souvenir de nombreux détails sur les 40 minutes précédentes. Dans le même temps, les sons de Sprague sont plus clairement définis qu’auparavant ; elle a remplacé les pads diffus et les clusters de sons gazeux des albums précédents par des leads frais et boisés et des carillons lumineux. Luxuriant comme un champ de rosée, « Moon View » ouvre l’album avec ce qui ressemble à un duo pour boîte à musique et flûte à bec pastorale ; « Horizon » joue également des tintinnabulations nettes sur des sons tenus réverbérants, le délai syncopé envoyant des ondulations sur la surface placide de la composition.

Cette palette ne change pas beaucoup ; les six pistes jouent sur le contraste entre les détails précis et les échos prolongés. L’ambiance est mélancolique mais non pesante, comme si l’on reconnaissait la douleur du moment présent mais que l’on s’y résignait et que l’on était déterminé à persévérer. Les quarts de note lents et réguliers de « Rain » capturent un sens tranquille de l’émerveillement. « Woven » est construit autour de quintes ouvertes ondulantes qui rappellent faiblement les bourdons de la musique classique indienne ; autour d’elles s’écoulent toutes sortes de gribouillis et d’accents, doux comme de la crème glacée fondante. Les neuf minutes de « Mirror » se déroulent comme si Sprague avait simplement réglé les cadrans de son appareil modulaire et était allée se faire une tasse de thé ; il sonne et gronde avec un esprit qui lui est propre, son rythme ressemblant au contrecoup d’une pluie, lorsque l’égouttement des gouttières et des arbres crée sa propre symphonie aléatoire.

En rupture avec l’abstraction extrême des précédentes œuvres électroniques de Sprague, Hill, Flower, Fog est accompagné de Greetings from Hill, Flower, Fog, un livre à tirage limité de ses propres photographies, qui, selon elle, relatent « des moments de pause, de paix et de communion vécus à la maison ». Ce sont des images simples d’objets familiers. Un bougainvillier se dresse contre un mur blanchi par le soleil, la pleine lune flotte dans un crépuscule teinté de rose, des ombres tombent sur une pelouse d’un vert profond. Ces petits moments sont chargés d’un sentiment d’ineffable ; chacun d’entre eux ressemble à un enregistrement fugace du temps qui passe. Dans sa répétition sans but, sans moment de tension ou de drame, la musique de Hill, Flower, Fog transmet une sensibilité similaire – une sorte d’éloignement serein du quotidien. L’année nous a donné beaucoup de raisons de nous révolter ; la musique bienveillante de Sprague nous donne des raisons d’être reconnaissants.

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The Staves: « Good Woman »

1 mars 2021

Pendant la plus grande partie de la dernière décennie, The Staves ont été l’un des actes les plus importants de la musique folk. De leur trio d’excellents studios à leur tournée avec Bon Iver, les trois sœurs qui composent le groupe se sont taillé une place respectable dans ce genre en plein essor. Pour la première fois depuis six ans, un nouvel album portant leur nom a été dévoilé. 

Good Woman est la preuve que les Staveley-Taylors évoluent de manière organique, car il reprend les éléments qui les ont rendus si magiques avant l’ère angélique – des harmonies vocales et des arrangements folkloriques savamment élaborés – et les emmène vers de nouveaux sommets, tant sur le plan instrumental qu’émotionnel. C’est sincère, accueillant et sans aucun doute raffiné.

Sur « Nothing’s Gonna Happen », le groupe est essentiellement lui-même, tandis que les rythmes entraînants de « Best Friend » et les grooves enracinés de la chanson titre évoquent des nuances d’un style nettement plus ambitieux. La plupart des 12 chompositions sont réservées mais puissantes, sans qu’il soit nécessaire de prendre une décision de production superflue. Sur le plan des textes, tout y est doux, intime et profondément personnel, ce qui fait que les mots chuchotés sont parfaitement en accord avec les arrangements instrumentaux qui leur sont associés. 

Les titres les plus impressionnants du disque sont peut-être « Failure » et « Satisfied », qui présentent tous deux des refrains planants aux contours sublimes et équilibrés. Ce sont ces types de paysages sonores qui, lorsqu’on va plus loin, font ressortir les voix et accentuent l’éclat subtil de l’écriture des chansons. Bien que le groupe ait dû faire face à d’incroyables déchirements depuis la sortie de If I Was en 2015 – leur mère, qui a encouragé les sœurs à poursuivre une carrière dans la musique, est décédée à la mi-2018 – leur interruption n’a pas entravé leur capacité à écrire des chansons incroyables. 

Dans l’ensemble, The Staves ont une fois de plus réussi à enchanter les auditeurs avec une euphorie éthérée unique qui reste inégalée. Good Woman est peut-être un peu différent des précédents travaux du groupe, mais il renforce de façon merveilleuse ce qui les rend si différentes et atypiques dans un univers pourtant déjà assez parcouru.

***1/2


Lisa/Liza: « Shelter of a Song »

10 février 2021

« Entends-tu les vagues se briser ? » demande Liza Victoria, auteure-compositrice et interprète basée à Portland qui enregistre sous le nom de Lisa/Liza, sur l’avant-dernière piste de son dernier disque, Shelter of a Song. Avec sa voix presque cassée, Victoria semble conduire les auditeurs vers des paysages de plage et des après-midi d’été sans nuages. Malgré ce que les paroles suggèrent, le disque n’est pas tant l’incarnation sonore de vagues déferlantes ou d’eau qui se précipite. Il ressemble plutôt à un feu crépitant ou à la chaleur d’une tasse de thé fraîchement versée. Plus encore que le soleil, toutes les chansons semblent indiquer la lune comme source d’inspiration sonore. 

Comme beaucoup de disques de folklore chuchoté de la dernière décennie, Shelter doit être compris dans le contexte dans lequel il a été conçu et enregistré : il a été enregistré entièrement en direct dans la cuisine d’un studio dans le Maine central. Ne comportant que la voix de Victoria et la guitare accompagnée, il est presque aussi rare qu’un disque puisse l’être sur le plan instrumental. De la meilleure façon possible, il ressemble et sonne exactement comme les conditions dans lesquelles il a été enregistré ; il est stupidement intime et remarquablement nuancé. 

S’il y a une chose qui distingue cet album de ses contemporains, c’est la volonté de Victoria d’être réelle et authentique dans le processus d’enregistrement. À certaines occasions, comme la majorité des couplets de « From This Shelter » et l’outro de « I Am Handed Roses », les frettes de sa guitare acoustique bourdonnent par intermittence et de légères imperfections vocales grincent dans le mixage. Le disque n’a manifestement pas été créé dans un environnement de studio parfaitement contrôlé, mais il n’essaie pas de prétendre qu’il l’a été. En conséquence, Shelter of a Song est grinçant, brut et presque silencieux aux bons endroits. 

Chaque chanson est naturelle et ouverte, avec « The Sun, A Wolf » et « Red Leaves » qui suivent, qui illustrent la légèreté de l’apesanteur acoustique qui met vraiment en valeur le timbre vocal subtil de Victoria. Bien qu’incroyablement délicats, les murmures de Victoria peuvent parfois se transformer en marmonnements. Sur le morceau d’ouverture, « Dark Alleys », par exemple, son timbre est magnifique, mais l’énonciation vocale rend difficile la compréhension et l’intériorisation des paroles. Il en va de même pour l’étonnant morceau final, « Not Ours », qui est superbe du point de vue mélodique, mais qui manque d’un accompagnement narratif cohérent sous la forme d’une voix principale prononcée. 

Il ne présente peut-être pas les récits vocaux les plus éclairants, et les structures des chansons de Victoria ne déplacent pas des montagnes en termes de complexité ou de mémorisation, mais Shelter of a Song est un effort bien équilibré. Dans son imperfection et son honnêteté, Lisa/Liza a une fois de plus créé une anthologie de chansons qui, bien qu’imparfaites à l’occasion, offrent une atmosphère non perturbée et apaisante. 

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Sing Leaf: « Not Earth »

5 novembre 2020

Le nouvel album de Sing Leaf a été écrit dans la maison du créateur David Como, dans uncadre calmer, peut-être lorsque les oiseaux chantent en hauteur sur une branche d’automne, lorsque le soleil est juste au sommet d’une colline ou même à l’aube, lorsque des rêves étranges et fictifs sont encore dans l’esprit. Ce nouvel album, intitulé judicieusementNot Earth, exerce le même attrait que les Beatles avec leurYellow Submarine et Urban Spaceman du Bonzo Doo Dah Dog Band. Et, même si ces chansons appartiennent à une époque révolue, cet album est définitivement dans l’air du temps.

« Easy On You « pourrait bien être l’appel acoustique rêveur de Donavan avec The Mama and Papas sur des harmonies douces, des sons riches et caressants, ceux d’une vie loin du monde dans lequel nous vivons ; le genre de choses que vous vous attendez à entendre sur une île déserte. On peut entendre de légers coups de coude vers Donovan sur « Little Magic », avec une structure d’accords similaire à celle de « Sunshine Superman », qui laisse place à une guitare électrique à réverbération pétillante. Avez-vous déjà fait l’expérience d’une de ces compilations musicales que vous écoutez, pour vous détendre avec une voix bizarre vous disant de relaxer votre esprit et votre âme, non moi non plus, mais « Honey Eater » sonne comme une version plus classieuse de ce type de musique, le vrai truc pour aider votre esprit à dériver comprend de nouveaux royaumes de paradis musical.

« Forever Green » est le morceau qui se démarque sur l’album, un magnifique itrede pop acoustique, avec quelques voix douces et délicates de Como mélangées à des ba ba’s harmoniques fraîches, tout droit sorties du top des Beach Boys. « Out Of The Dream » clôt l’album avec ce qui ressemble à des chants sous l’eau ou même l’habileté unique de chanter dans une bouteille vide. Il y a quelques similitudes avec Empire Of The Sun avec des sons vaudous bizarres plus un chant qui ressemble à l’un des meilleurs efforts vocaux de Jonathan Donahue. Globalement, l’album est quelque chose dont on a vraiment besoin en ce moment, un album pacifique et angélique, quelque chose qui est bienvenu dans ce monde souvent fou et chaotique dans lequel nous vivons actuellement.

***1/2


Matt Costa: « Yellow Coat »

29 octobre 2020

Alors que la belle saison est terminée, Matt Costa vient de sortir son nouvel album Yellow Coat, la parfaite bande-son dépouillée et terreuse pour l’automne qui approche à grands pas. Matt Costa, auteur-compositeur-interprète, a fait sa grande pause après que ses démos maison aient trouvé le chemin des oreilles du guitariste de No Doubt, Tom Dumont, après quoi Costa a été immédiatement invité à enregistrer ses disques dans le studio privé de Dumont. Avec une vaste discographie qui comprend 13 œuvres publiées indépendamment, sept EP autoproduits et cinq albums complets, Yellow Coat est le sixième album de ce natif de Huntington Beach, en Californie.  

Après la sortie de son album éponyme en 2013, les auditeurs ont patiemment attendu cinq ans son prochain projet, Santa Rosa Fangs. Ce nouvel album reprend la guitare acoustique terreuse et les voix apaisantes des deux premiers albums, avec quelques ajouts lo-fi surprenants. Le son et les thèmes de déchirement et de guérison de ce disque reprennent des tons similaires à ceux de Death Cab for Cutie et Jack Johnson, avec lesquels Costa a tourné par le passé, ainsi que des sonorités vinyliques très dominantes des années 60.

Yellow Coat s’ouvre avec le « single », « Avenal », qui met en évidence toutes les tendances tonales de ce disque dans les 30 premières secondes. Il attire l’auditeur avec une guitare acoustique magnifiquement choisie, surprend avec un rythme de batterie lo-fi et rappelle le beau son de la radio des surfeurs californiens des années 60.  Les paroles de Costa sont généralement axées sur la découverte de soi et « la volonté s’essyer de décrocher la lune », ou sur le retour à ce qui fait l’humanité lorsqu’on guérit d’émotions brisées. Un des moments forts de l’album est la deuxième chanson, « Slow ». Produite par Death Cab pour le producteur de Cutie, Alex Newport, elle porte un groove doo-wop terreux et lisse des années 60. Costa chante des chagrins d’amour et souhaite ne pas lâcher l’amour qui passe, et avec la performance vocale de ce morceau, cette douleur est vraiment ressentie.

Costa continue à se concentrer sur les chagrins d’amour avec des chansons comme « Let Love Heal », qui créent un mantra musical pour ceux dont le cœur est en voie de guérison. Avec un son acoustique plein d’âme et une ligne de batterie construite comme un battement de cœur lent, ce morceau est si pur et si sain que tout auditeur peut s’identifier et faire comme le dit le titre : laisser un individu se guérir. 

« So I Say Goodbye to You » est le dernier morceau de ce disque étonnant, et résume bien l’émotion du reste de l’œuvre. Costa chante le fait d’atteindre la dernière étape du deuil (l’acceptation), et de laisser partir ce chagrin d’amour. La chanson soulève et montre qu’à la fin de toute douleur, le jour est plus lumineux et qu’il ne reste que les bons souvenirs et tout ce qui a été appris.

Yellow Coat est une belle combinaison de plusieurs des éléments qui ont fait de Matt Costa une ficône dans le genre indie. Sa voix, son acoustique apaisante et sa batterie simple font que chaque chanson est une combinaison à couper le souffle. Ce disque est la bande sonore parfaite pour ce long voyage au milieu des feuilles aux couleurs changeantes de l’automne. Elle contribue à atténuer le sentiment de chagrin grâce à des paroles poétiques et une musicalité terreuse qui ancre l’auditeur dans son moment. Yellow Coat est une nourriture pour le cœur et l’âme, de la première à la dernière corde de guitare ; un album confectionné purement, pour et par le cœur.

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