Klangstof: « The Noise You Make Is Silent »

Klangstof s’appuie fortement sur des sonorités modernes qui risquent de se démoder assez rapidement, comme certaines pistes de danse qui deviennent presque impossibles à écouter car elles sont devenues obsolètes. La danse est certainement une grande influence sur cet album. Les rythmes, bleeps et blops numériques proviennent de synthés programmés. Les mélodies et l’atmosphère en général sont sombres et sombres ; Des Pet Shop Boys sans e second degré

Ceux qui savent écouter entre les ambiances trouveront de quoi s’amuser. Des chansons qui s’accumulent délicieusement, des plus petites et délicates aux hymnes tonitruants. À l’autre bout du spectre, ce sont les mélodies cachées dans une chanson principalement axée sur les rythmes qui m’ont donné le ton. Ce sont des moments comme celui-ci qui surprennent et qui font que The Noise You Make Is Silent est si agréable à écouter.

Klangstof n’a pas fait cet album sans penser à d’autres artistes. Les fans de Radiohead reconnaîtront certainement un peu de leur groupe, tout comme ceux de Sparklehorse. Comme pour les deux groupes qui ont brillé dans les années 90, il y a un équilibre entre l’homme et la machine. La musique cyborg est entrée dans la tête comme une pensée irréfutable. Une musique qu’une machine ne peut pas composer mais que les humains ne peuvent pas produire de manière organique et analogique.

Koen van der Wardt a également une certaine assistance numérique pour son chant, une influence Thom Yorke claire dans certaines chansons également, la vulnérabilité ultime quand on chante. Tout compte fait, il y a donc de quoi être intrigué. Assez pour avoir envie de mieux le connaître et de découvrir si cet album en vaut vraiment la peine. Quelque chose qu’on ne peut tout simplement pas dire après quelques séances d’écoute. Cela prend du temps comme avec Kid A, imais ensuite il n’y a pas de quoi s’en remettre. Sur The Noise You Make Is Silent il y a plus qu’assez de chansons à écouter pour que cet album vaille la peine d’être investi. Le « single » , « White Page » en a l’aisance il en est également le parfait résumé.

***1/2

Zula: « Stepping »

Avec un rythme d’un EP par an, Zula a réussi à se faire un nom sur la scène indie rock expérimental américain. Le quatuor mené par le cerveau fou d’Alejandro Salazar Dyer revient cette année avec leur nouvelle livraison discographique intitulée Stepping. En l’espace de quatre titres, Zula fait parler de nouveau son inventivité et son originalité hors normes.

Après une introduction lancinante envoûtante nommée « Collapse », les New-Yorkais mènent la danse avec les plus entraînants « Going Into Work » et « Rhythms Take Pain Away ». Ces compositions aussi bien chaloupées que rythmées ont de quoi souligner la qualité mélodique qui se clôt avec un « At Least We’re Going » qui nous mène très très loin.

***1/2

Joan of Arc: « 1984 »

Les détracteurs de ce combo de Chicago accusent Joan of Arc de se complaire sans la bizarrerie et de le chercher que comme une fin en soi. Ses supporters, en revanche, considère que le fait de la cultiver fait partie de la décharge émotionnelle qui permet à son leader, Tim Kinsella, des formules conventionnelle de l’indie-rock.

Le précédent opus, He’s Got the Whole This Land is Your Land in His Hands, leur avait permis de reconsidérer leur démarche après une absence de quatre ans ; 1984 (leur 24° LP en 25 ans de carrière) marque une nouvelle variation dans l’approche du groupe.

Il est mené non pas par Kinsell mais par la guitariste Melina Ausikaitis qui gère aussi les parties vocales de 8 des neuf plages.

À l’inverse de la discographie d’avant, jalonnée par un éclectisme forcené, 1984 fait montre d’une certaine cohérence stylistique, principalement grâce à la voix remplie de miel et de saccharine d’Ausokatis ondoyante à souhait et épousant à merveille une production « ambient ».

À cet égard, on pourra ainsi penser à Joanna Newsom ou Carrie Brownstein, en particulier sur le puissant « People Pleaser ».

Ce nouveau LP devrait réconcilier le groupe avec ses fans les plus fidèles, pas nécessairement parce que tout y est interprété avec une impressionnante retenue instrumentale (Maine Guy est le plus souvent a capella lors de ses interventions et l’électronique affiche une quiétude apaisante) mais aussi parce que les harmonies de « Psy-fi/Fantasy »  évoquent le face la plus douceâtre des Flaming Lips ou, en allant jusqu’au bout, l’album solo de Thurston Moore, Deconstructed Thoughts.

« Vermont Girl », le seul morceau où les guitares peuvent se rapprocher du registre « emo » plus direct de Kinsella ne troublera pas la tonalité « laid back » de l’album ; Lui et Ausikaitis peuvent se féliciter d’avair ménagé de telles ouvertures dans leur plateforme expérimentale.

***1/2

Clarence Clarity: « No Now »

Clarence Clarity est « prêt à mourir » si on se fie à ses notes pour présenter son « debut album », No Now. Indépendamment de cette élégie, de sa présence omnipotente sur Souncloud qu’il semble voir considérer comme un vecteur d’intensité on peut constater que, après l’écoute de « Those Who Can’t, Cheat » ou «  Meadow Hopping, Traffic Stopping, Death Splash », le nom de Clarity est bien inapproprié même si la confusion est avant tout sonique plutôt que philosophique.

« Will To Believe » est une introduction idéale à ce qu’on a pu entendre précédemment de Clarity. C’est la première véritable « chanson » de l’album et c’est un terme qu’on ne saurait utiliser légèrement une fois la totalité de l’album digérée. No Now n’est pas composé de morceaux formant un album, c’est un, « concept album fait de fragments ajustés les uns aux autres.

On pourrait penser à un Jai Paul en moins raffiné, là où se trouve un hybride de funk de soul, d’humour cru et de sonorités orientales, le tout comme issu d’un canon de pistolet. Ainsi, dès qu’on pense que celui-ci est enfin vide, «  Bloodbarf » intervient comme une recharge de balles mais aussi comme un leurre tant son pop-R&B des années 90 sonne comme un anachronique retour en arrière. « Off The Grind » (Finie la Corvée) sera alors un titre qui portera bien son nom tant il véhicule un climat libéré nous permettant, ensuite, de ne jamais passer par un moment terne tout au long de l’album.

Les conventions sont frôlées avant que d’être écrabouillées, les compromis nous paraissent alors des compromissions si on épouse sa logique et suivant goût et humeur, No Now se fera un plaisir de polariser les opinions.

C’est un opus bruyant, parfois sublime mais surtout irréductible ; cela fait longtemps qu’un tel opus n’a été exécuté avec une telle confiance ce qui tend à prouver que, pour le moment, Clarence Clarity n’a pas d’égal.

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Dan Deacon: « Gliss Riffer »

Si on considère les albums précédents de Deacon, cette vague sonique qui caractérise Gliss Riffer n’est pas nouvelle. Pourtant, quelque chose semble avoir changé ; la sensation que pour ce compositeur de classique contemporain la linéarité de son œuvre prend une tournure différent, il s’agit de ces éléments qui font des différents mouvements de cet album quelque chose de cohérent.

Gliss Riffer montre le musicien d’humeur plus candide et condensée dans une approche qui fait de ces huit plages un ensemble de positivité electro-punk et de bruit « bubblegum » à son plus haut degré d’euphorie.

Les loops vocaux sont haut perchés et les structures semblent laisser plus de place à une spontanéité évoquant un dessin animé. « Feel The Lightning » ouvre le disque et déverse une « vibe » joyeuse et donne cette coloration effervescente qui va courir sur tout l’album.

En revanche, loin d’être d’un seul tonneau, le morceau ne nous prépare pas aux sons chaotiques et stupéfiants qui vont suivre. « Shethed Wings » qui suit sonne si occupé qu’il en devient agité ; des bruits d’alarme, des mots psalmodiés et un climat qui impose une anxiété nous préparant à ce qui va nous attendre.

Ce qui s’impose alors est un « road trip » explosif, «  When I Was Done Dying », puis «  Meme Generator » et « Mind On Fire » qui, tous deux, éveillent un plaisir masochiste à se sentir à la fois stressé et bienheureux et désireux d’en avoir plus.

La tension se diluera avec un «  Learning to Relax » dont le titre véhicule bien l’effet onirique auquel il aspire et il sera suivi, en toute logique, de deux longs instrumentaux (« Take it to the Max » et un délicat jusqu’à l’écoeurement « Steely Blues ») nous entraînant dans un état irréel et surréaliste.

Gliss Riffer est construit de la même façon qu’un rêve s’échafaude ; il entre en nous puis en sort de manière irréparable, mais ce qu’il y laisse est un élément qui, sur notre carte mentale, incitera à ouvrir un peu plus notre âme au chaos et à la réconciliation cathartique.

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