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William Doyle: « Your Wilderness Revisited »

Comme il est rafraîchissant à rencontrer, à l’ère de la gratification instantanée prodiguée par Spotify et algorithmiquement conçue et d’un torrent imparable d’albums qui exigent à peine une seule écoute, un véritable cultivateur à l’ancienne, assez intrigant pour se tenirà sa démarche, et de trouver satisfaction à chaque fois su’on enclanche la touche «lecture». Le fait que le premier album commercialisé par William Doyle sous son propre nom (et son troisième, y compris celui de East India Youth) ne dure qu’une demi-heure ne fait qu’ajouter à sa notoriété, mais l’esprit de stoïcisme optimiste, l’arrangement symphonique nuancé et le talent mélodieux qui anime le disque entier sont encore plus convaincants.

C’est aussi un endroit assez agréable à ne pas systématiser : « Millersdale » commence avec des arpèges statiques et réverbérants qui font allusion à quelque chose de potentiellement stérile avant d’exploser à mi-chemin dans un saxophone extatique et des percussions envoûtantes ; de même, »Nobody Else will Tell You » fait doucement référence à l’electronica sans jamais devenir trop synthétique et »Zionshill » tout comme « Full Catastrophe Living » développent tous ensemble des textures de folk bucoliques – des enregistrements sur scène, des instruments acoustiques légèrement caressés – avant d’être soumis à la table de mixage.

L’ouverture de « Design Guide », avec ses slogans abstraits et étranges semble légèrement confuse sur le plan conceptuel, mais le plaisir de la complexité et de l’euphorie qui l’accompagne est rapidement restauré par un solo de guitare enjoué et le solo de Doyle. Il est emblématique d’un disque qui se révèle clairement dans son addictivité, par son contenu particulier qui intrigue sans rejeter et ses idiosyncrasies qui nous étourdissent sans nous aliéner.

***1/2

1 décembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Third Eye Foundation: « Wake The Dead »

20 ans après un You Guys Kill Me dont l’électro-ambient dépressive et déliquescente n’a toujours pas trouvé d’équivalent à sa noirceur désespérée, Matt Eliott réveille ses démons avec un nouveau chef-d’oeuvre de son projet mutant The Third Eye Foundation.

Exit les guitares en bois, les réminiscences de folklores latin ou balkanique et la gravité du chant spleenétique qui habitent des sorties sous son vrai patronyme devenues plus classiques depuis The Broken Man, ici c’est un bouillonnement de trip-hop industriel organique et de dub dissous dans l’éther qui sous-tend l’affrontement orchestré par le Bristolien entre lumière et ténèbres, pour le salut ou la damnation de nos âmes.

Du haut de ses 13 minutes 45, le morceau-titre donne le ton : entre une boîte à rythmes liquéfiée et une batterie désarticulée s’opposent saturations viciées et cuivres mythologiques, choeurs sacrés et vocalises aliénées de goules sardoniques, ces dernières prenant finalement le dessus à mesure que ce Wake the Dead sombre dans un chaos de bruissements dépravés.

Dans la foulée, « Procession for Eric » voit néanmoins les cieux regagner du terrain grâce au violoncelle élégiaque de Gaspar Claus et aux lamentations d’une chorale d’anges rédempteurs qui deviendront porteurs d’espoir sur « The Blasted Tower », dans un même maelström rythmique aux remous downtempo voire paradoxalement presque olympiens. Mais cet espoir est de courte durée car au piétinement lancinant de « Controlled Demolition » succèdent exclamations mortifères et déstructurations minimales sur le nihiliste « That’s Why »avant que la connexion ne se fasse finalement entre le monde des vivants et celui des trépassés avec un « Do the Crawl » bourdonnant d’une chorale liturgique de damnés qui semblent en découdre pour un équilibre précaire entre décadence et vertu.

Quelque part entre narration sensorielle foisonnante, mélancolie erratique et hantée, abysses tourmentés et hybridations ambivalentes de You Guys Kill Me, Wake the Dead est pourtant loin d’un album-somme. Cousin des cauchemars électro-indus qui se seraient complus dans classique contemporain, ce sixième opus en tant que 3EF est un nouveau chapitre – certainement l’un des plus beaux et dérangeants – dans la confrontation de son auteur avec ses cauchemars, ses angoisses et les affres du subconscient, dont on espère qu’il sortira vainqueur assez longtemps pour accoucher de cinq ou six autres joyaux noirs de cet acabit.

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11 décembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

James Supercave: « Better Strange »

Better Strange est le premier album de James Supercave après la sortie d’un EP, The Afternoon. Les rythmes sont accrocheurs, les vocaux aigus tout se met en place pour de nombreuses expérimentations stylistiques et soniques.

On peut déceler ainsi des influences du côté de alt-J ou Foster the People chez qui ils empruntent sons synthétiques et techno-pop.

Si on a envie d’écouter un mix éclectique, Better Strange fera l’affaire et tout se résumera à une agréables combinaison de climats étranges et aériens et d’incursions aux tempos plus vifs.

Entre easy-listening et compositions plus pesantes, il s’agira d’apprécier, ou pas « Virtually A Girl » « Chairman Gou » ou « Better Strange » pour la seconde.

**1/2

26 avril 2016 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Ratatat: « Magnifique »

LP3 et LP4 sont nés de sessions studio où, Selon Ratatat, le duo avait accès à « des millions d’instruments différents ». cela leur avait permis d’amener leur musique electro vers de nouveaux horizons plus ambitieux avec par exemple un quatuor à cordes jouant « live » ou des gadgets imitant la voix humaine.

Il aura fallu quatre ans à Mike Stroud et Evan Mast pour enregistrer Magnifique et ces années auront été bénéfiques avec une approche plus dépouillée pour un opus qui est déjà leur cinquième.

Soniquement la guitare de Stroud a pris possession de l’avant-scène et elle lui permet de ciseler des mélodies riches et mémorables. Sa tonalité assez douce et fluide façon Brian May se heurte alors à des « lead guitars » qui semblent s’affronter en duel sur « Rome », un « Abrasive » rempli d’harmonies ou « Nightclub Amnesia » marquant un retour aux dancefloors.

Ces passages de grandeur orchestrés par la guitare électrique sont joliment juxtaposés à une pedal steel aérienne comme sur « Drif », « Supreme » ou la chanson titre.

Cette insistance sur la mélodie fait de Magnifique un disque qui porte bien son nom tant la vision qui a présidé à sa composition est vectrice d’opulence.

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19 juillet 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Twin Shadow: « Eclipse »

Le projet de George Lewis Jr., Twin Shadow, se meut dans un équilibre subtil entre style et substance. Celui-ci est constitué de pop des 80’s, d’expression R&B et de tonalités ponctuées par des accroches aiguës et des vocaux de crooner. Lewis, l’artiste qu’il est, va être, en conséquence, une personne endossant un habit de popstar et existant dans le monde de la musique « indie » aux antipodes du « star system ». La surprise sera alors que Lewis décide de signer pour une « major » pour réaliser ses ambitions musicales.

Eclipse, son premier nouveau partenariat, va totalement détraquer cet édifice précautionneusement mis en place. D’un côté, on a des compositions comme « To The Top » ou « Old Love/New Love » où l’on trouve le musicien au sommet de ses capacités tant ces morceaux lui permettent d’exercer une catharsis magnifique mais beaucoup d’autres sont dépourvus des subtilités musicales qui rendaient la visite de son univers si agréable. La production sur Eclipse est la première qui sonne de manière si résolument contemporaine et, si elle suscite notre attention dès la première écoute, elle manque de ces idiosyncrasies qui donnaient à ses travaux d’avant un charme sous lequel il était aisé de tomber.

Le plus surprenant sera également la façon dont Lewis semble disparaître en arrière plan. Plutôt que de construite l’album autour de sa propre persona, il semble vouloir s’en éclipser et se satisfaire d’un rôle situé au milieu ces groupes pop-rock sans visages de type One Republic ou Maroon 5.

Eclipse accueille donc ses meilleurs et ses pires moments. Le disque semble suggérer que Lewis se trouve à un croisement entre ses ambitions à être une popstar et son désir de pavé son propre chemin sonique. Il est quelques instances où il parvient à amalgamer les deux mais, sur ce troisième opus, il ne parvient pas à maintenir cet élan tout au long.

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18 mars 2015 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

The Knife: « Shaken Up Versions »

Réputés dans l’art de créer une musique électronique minimaliste, sombre et même baroque, The Knife est un ensemble aussi mystérieux que sa musique. Il est composé de Karin Dreijer Andersson et Olof Dreijer, deux frères et sœurs, qui ont déjà sorti de nombreux disques depuis 2206 (Silent Shout) et, l’année dernière un Shaking the Habitual qui leur a valu de nombreuses critiques positives. Il faut dire que, dans ces deux instances, ils étaient parvenus à aller au-delà des frontières de la musique électronique ce qui avait eu pour conséquence de solidifier la mythologie qui les entourait.

Sur Shaken Up Versions, The Knife nous délivrent un assortiment de plages remixées sous la forme d’un LP numérique. Cet album crée une toute nouvelle atmosphère sonique qui permet au duo d’explorer, et souvent de transcender, le royaume de la dance indépendante tout en parvenant à maintenir leur voile de mystère, touché par la musique industrielle et souvent expérimentale qui est une niche particulière de l’electro.

Avec des versions mixées et tronçonnées de « ‘We Share Our Mother Health » ou « Got 2 Let U » démarrant le disque, The Knife nous emmènent directement dans un monde angoissant et post-humain qui est le leur et qui dépasse lune simple étiquette qui serait celle de la « dance music ».Les tonalités et les éléments sonores qu’ils utilisent sont constamment androgynes et, très souvent, tordus comme pour créer une sorte de cauchemar électronique. S’y accouplent, dans les reprises de « Without You My Life Would Be Boring » et « Bird » des choses plus organiques et tribales issues de la « jungle music ».

Ce qui est réellement fascinant avec ce duo c’est cette facilité étrange avec laquelle ils maintiennent une identité tout en la maintenant dans l’allusif. Cela n’est pas lié à ce qu’ils ne montrent pas leurs visages malgré de nombreuses nominations aux Grammys suédoises mais à la manière dont ils ont réussi à créer leur propre folklore en partant de tout ce que leurs performances ont d’extravagant. C’est cela qui importe et qui va bien au-delà du gadget comme chez certains.

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4 décembre 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Zola Jesus: « Taiga »

Parfois il suffit de quelques notes pour savoir que vous allez un disque, même si il ne fait pas partie de votre genre de musique favori. C’est un peu comme un habit qui va vous aller à la perfection et vous vous empressez de toucher la touche « lecture » à nouveau en ayant la certitude que votre première impression sera confirmée.

Taiga, le cinquième album de Zola Jesus bénéficie de cette impression ; les vocaux sont doucereux et instinctifs et ils gouvernent avec chaleur les onze plages indie-rock et teintées de fines couches d’electronica. C’est ce jeu sur les antagonisme qui fait de ce disque son opus le plus accessible et presque bubblegum en un sens.

Le titre d’ouverture, « Taiga », affiche des vocaux presque astraux et en échos ; il s’agit en quelque sorte de nous lancer vers un univers céleste qui va s’appesantir tout au long d’un disque d’où on ne décèlera aucune fausse note.

Les nappes sonores sont impeccables et que ce soit sur un « Dangerous Days » conduit au dulcimer et interrompu par un chorus inciisf ou avec les tonalités douceâtres de « Ego », Taiga va, sans heurts, fusionner le sentimental et l’étincelant.

Au milieu de l’album, le monde semble être devenu un univers étranger et distant et tout ce qui nous reste sera une collection de lignes de synthés qui pourraient trouver place dans les hit parades mais qui ne dépareraient pas non plus si elles nous badigeonnaient d’émotions oniriques et introspectives.

La ferveur sera toujours présente, surtout quand elle clôture le disque avec « It’s Not Over » sur un accent vivace et adent. On sent que Zola Jesus a pris son temps pour réaliser Taiga ; celui-ci est non seulement un accomplissement, il n’est guère éloigné de la perfection.

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25 novembre 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Mr. Twin Sister: « Mr. Twin Sister »

Pour certains, Mr Twin Sister aura un son vaguement familier ; ce ne sera pas étonnant puisque ce groupe de Long Island nommé alors Twin Sister a été dans l’obligation de changer de patronyme pour des raisons légales.

Après leur premier album, In Heaven, ils ont été lâchés par leur label, ont subi un accident de voiture et, c’est sous ce premier disque éponyme qu’il réapparaissent. Au départ plutôt axé vers la dream disco, ce nouvel avatar les voit s’orienter vers une musique plus puissante, donnant la part belle aux mélodies scintillantes de Andrea Estella accentuant un aspect plus brut et propre à vous faire bouger même si vous n’en avez pas envie.

« Sensitive » ouvre le disque sur une touche très ambient, comme perdue dans l’espace. Estella mêle sa vois aux instruments sans prendre le dessus comme pour laisser plus d’espace et de respiration à la composition. Sa voix est intrigante et mystérieuse, propice à toutes les rêveries.

« Rude Boy » accélèrera la pas mais à peine et s’écoutera avec une fluidité entraînante, puis « In the House of Yes » apportera une touche plus « live » tant il fleurira en ce qui semble être un songe exacerbé que l’on se fabriquera la nuit.

On n’oubliera pas la vibe jam 90’s avec un « Blush » qui se consumera lentement ou l’ambiance futuriste développée par un « Twelve Angels » qui n’aurait pas déparé Blade Runner. Là encore la voix de Estella est fascinante, de manière démoniaque cette fois, fascinante et horrifiante.

Nouveau nom, nouvelle opportunité par ce combo. Il semble être parfaitement arrivé à la saisir ; en explorant et poussant encore plus loin leur style personnel ils ont réalisé un album indie que beaucoup devraient envier.

***1/2

10 novembre 2014 Posted by | Quickies | , | Un commentaire

Tom Veck: « Truth »

Figure unique et vitale de la scène indie-electro, Tom Veck est de retour avec un troisième album, Luck, de ce qu’il proclame être « du garage rock pour la génération Pro-Tools ».

Sa scansion vocale est d’une idiosyncrasie toujours aussi monotone, et des « beats » disco stylisés caractériseront un son qu’il amalgamera avec un electro pop mélodique mais robotique et une humeur lunaire.

Cela lui a valu son succès depuis 2005 et le premier « single », « Broke », ne surprendra personne avec ses synthés mécaniques, ses riffs de guitare et ses « beats »aux crissements métalliques amenant en crescendo à une mélodie donnant le tournis.

Les synthés de « Sherman (Animals in the Jungle) » auront ces mêmes éclairs tandis que le piano sera accrocheur et les rimes vocales implacables. Le contenu est trompeusement simple, comme à son habitude et ne fait que cacher les commentaires sociaux de Veck, inspirés ici du Bûcher des Vanités de Tom Wolfe.

«  The Girl You Wouldnʼt Leave For Any Girl » est une curiosité lo-fi avec un solo de guitare et la répétition d’une seule ligne vocale, comme une pensée d’après coup où ‘il s’agirait d’exprimer beaucoup avec presque rien.

« You’ll Stay » sera un commentaire electro aux moirages chatoyants, avec une rythmique accrocheuse se construisant peu à peu en crescendo avant que la section finale, toute en rupture, ne contraste habilement avec le phrasé impitoyablement monotone du chanteur.

Ce sera cette allure up-tempo en opposition avec le climat « downbeat » des plages qui donne à l’ensemble son punch dramatique et son attitude presque punk rock. Veck parvient à sonner présent sans exprimer plus qu’une intention romantique et sans, par conséquent, en paraître impliqué.

On ne peut qu’apprécier les tonalités qui englobent Truth en regrettant pourtant un apparent manque d’une humanité qui gagnerait à être plus exposé.

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12 juin 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Broken Bells: « After The Disco »

En dépit de leurs apparentes dissemblances, James Mercer et Brian Burton représentent, sous le nom de Broken Bells,un des duos les plus compatibles dans la musique populaire contemporaine.

D’un côté, Brian Burton et son groupe, Modest Mouse, étaient parvenus à anticiper la façon dont le public allait être réceptif au « crossover » qui allait s’établir avec le R&B et le hip hop, de l’autre The Shins avaient, peu à peu, tissé la voie pour que l’indie-rock se répande avec un certain succès dans la « mainstream ».

Que leurs chemins se soient croisés n’est pas si hasardeux que ça dans la mesure où chacun avait montré un talent certain pour faire en sorte que la nouveauté devienne une norme. C’est ce qui se passe dans la démarche de Broken Bells, un projet qui mêle es efforts passés de ces deux artistes avec un flair évident pour le succès commercial.

Le son de ce deuxième album n’est, en effet, jamais explicitement celui de Mercer ou de Burton. En même temps les fens de chacun des deux artistes y retrouveront quelque chose qui les rassure : rien dans After The Disco ne sonne comme un album indie mais on peut toujours y entendre des éléments qui rappellent The Shins (par exemple la voix de crooner de Mercer) tout comme il est aisé de capter les climats cinématographiques apportés pat l’électronique et la denbsité des lignes de basse propres à Modest Mouse.

Le titre d’ouverture, « Perfect World », conjuguera les qualités respectives des deux musiciens mais « Holding On For Your Life » est un groove funky pris sur un tempo moyen qui exemplifiera les thèmes post disco qui prédominent dans le disque avec la faculté de Mercer à faire virer sa voix dans un falsetto évocateur des Bee Gees.

Ce qui séduit dans le disque est sa sensibilité pop et la façon dont les chorus snous accrochent instantanément ; le problème est que le risque de sonner comme une formule n’est jamais très loin. Il y a comme une sensation que cette agitation créative semble, au bout d’un moment,ne se diriger nulle part ; on a ainsi la sensation, au final, qu’en prenant le minimum de risques Mercer et Burton ont évité celui de décevoir leurs fans.

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16 février 2014 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire