Lisa Cameron / Damon Smith / Alex Cunningham: »Time Without Hours »

14 septembre 2022

Ce nouvel arrivage d’improvisation libre des vétérans Lisa Cameron (batterie), Damon Smith (basse) et Alex Cunningham (violon) fait mouche. Il combine juste ce qu’il faut de structure, d’ouverture, de discordance et de virtuosité. Cameron et Smith sont tous deux de formidables interprètes. Le premier utilise des passages de rythmes semi-prévisibles pour accentuer davantage les motifs plus mercuriens. La basse acoustique du second est profondément timbrée et presque hypnogène. Mais Cunningham est au premier plan pendant la majeure partie de l’album, sciant et grattant agressivement les notes de son instrument.

Par exemple, « A Wave Reborn » commence par des percussions lentes mais non conventionnelles, couplées à une basse à archet et à un thème de violon subtil et grinçant. L’utilisation de techniques étendues fait que l’exploration texturale prend le pas sur la mélodie. Cunningham extrait les notes comme s’il forgeait une œuvre d’art métallique abstraite à partir de matériaux bruts. Le morceau se transforme en une forme de ligne de basse qui marche (qui danse ?), avec Cameron qui joue beaucoup de cymbales et le violon qui va et vient au premier plan. Le tempo augmente vers la fin, avec le solo extérieur de Cunningham sur des rythmes denses et anguleux.

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Snake Union: « To Whom I’ve Never Met and Only Imagined »

7 décembre 2021

Un nuage sombre nous fait signe dès les premiers instants de la dernière émergence de Snake Union, To Whom I’ve Never Met and Only Imagined. Construit à partir d’enregistrements initialement réalisés en 2019 à l’EMS de Stockholm, les détails granuleux qui vivent dans ces murs de synthèse arrivent par vagues, comme l’électricité qui prend d’assaut les couloirs sinueux du sous-sol. Le duo composé de Chuck Bettis et David Grant se concentre sur cet opus et coupe une ligne de rasoir à travers les ténèbres, ouvrant de nouveaux domaines de possibilités sonores.

Dans ce torrent de détritus électroniques se cache un sens aigu de la progression. Il y a une cohésion dans ces morceaux maintenus ensemble par une propulsion rythmique surprenante et parfois disparate. Qu’elle soit enfouie profondément, comme dans les hurlements métalliques de « Microfauna », ou qu’elle soit vivante sous les projecteurs des dubs minimaux de « Nighttime Guru », elle est la colle. Sur le premier, des drones denses montent et descendent en fouillant le paysage à la recherche de crevasses cachées. Des éclats arpégés se reflètent dans la lueur prismatique d’un monde en feu, la dichotomie de la beauté et de la décadence jonchant chaque arrêt vers l’horizon.

Les éléments parlés de To Whom I’ve Never Met and Only Imagined laissent une trace importante, en particulier la présence de Rachelle Rahme sur « The Fine Grain of Conviction ». Les globules auditifs ondulent dans le ciel de minuit, les tons de basse ondulent sur une surface de verre. La voix de Rahme dégouline de venin. « Quel est ton rôle à l’asile ? Me faire rire » (Just what is your role at the asylum? To make me laugh), ses mots piquent en glissant sur les débris électroniques. Tout se transforme en un spectacle d’horreur hypnotique, un labyrinthe sonore qui ne finit jamais. 

To Whom I’ve Never Met and Only Imagined est un voyage sauvage et vivifiant. Bettis et Grant jonglent avec un large éventail d’éléments pour construire un fantasme futuriste prêt pour l’automne. Les pistes de danse apocalyptiques offrent un répit à l’effroi des explosions sourdes en 4/4 de « Hair by Hair ». Avec l’alto brûlant de Jessica Pavone, les morceaux s’élèvent en un rebondissement rapide dans les profondeurs de l’espace interstellaire. C’est comme être tiré dans le néant et trouver la liberté dans ce vide. Snake Union exploite ce sentiment tout au long de ce nouvel album, se tenant au bord du vide et prenant vie. C’est un album d’enfer.

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