American Amnesia: « Yet Here We Are »

Originaire du Connecticut, American Amnesia a été formé en 2016 alors que le trio était encore au lycée. Pour un premier album, il est surprenant de constater que Yet Here We Are fasse montre d’autant de musicalité surtout dans un registre qui est celui du rock brut, parfois même heavy, façon Led Zeppelin ou Alice in Chains. On aurait tort, pourtant, de réduire le groupe à un statut de pâles imitateurs. Malgré leur jeune âge, ses membres font preuve d’une personnalité très forte et dans laquelle chaque titre semble avoir été travaillé au cordeau.

Du menaçant « Carillon » à l’interlude grungy et pseudo rap qu’est « Time » le disque est construit sur le mode d’une énergie et d’une foi indémontables. Ils excellent dans tout ce qui est de l’ordre des riffs hard rock comme sur « Richest Poor Man » avec un mur des guitares dot on ne peut qu’admirer la fluidité ou dans la conviction qui émanent des titres les plus lents (« All of the Ones »).

Yet Here We Are est l’exemple type du « debut album » prometteur, non pas seulement par sa technicité mais aussi par la cohésion qui anime le combo.

***1/2

Rose Windows: « Rose Windows »

Bien qu’il soit éponyme, l’album de Rose Windows n’est pas le premier de ce groupe de Seattle mais son deuxième et, selon ce qu’il annonce sur Facebook, son dernier.

Il sera aisé de voir dans ce rock lourd aux guitares en distorsion et aux effets studio vicieux en Diable l’influence du premier opus de Black Sabbath. « Bodhi Song » met très vite en scène la tonalité sombre de l’album ; rythmique lente, riffs à vous percer les oreilles et percussions étouffées contribuant à donner une énergie morbide.

« Glory Glory » affichera ensuite le même schéma de guitare en collision et les vocaux vont véhiculer une « vibe » classic rock implacable.

Tout, dans Rose Windows, fonctionne sur cette approche menaçante, même le funk de « Blind » ou la six cordes acoustique qui demeure véhémente sur « Come Get Us Again » ou « The Old Crow ».`

Ce disque final n’a rien de désespéré; il dresse le constat d’un groupe qui raccourcit ses prestations sur scène car il ne sent pas l’alchimie fonctionner. Mieux vaut alors s’arrêter sur cette réalisation, elle sera gage si ce n’est d’honnêteté du moins de lassitude précoce.

**

Boris: « Noise »

Ce trio japonais est légendaire pour ses sorties prolifiques, pas moins de 10 en 2011 et 2012, et The Noise constitue son 18° album. Après avoir convié de nombreux musiciens pour alimenter ses sons et ses idées musicales, Noise est, pour ce disque, revenu à son line-up minimal sans pour autant avoir abandonné ses tonalités expansives.

Boris ont toujours abordé différents genres, avec comme maître mot, le délire , parfois d’une chanson à l’autre, et parfois à l’intérieur-même d’un composition. Cet éclectisme abonde encore ici, un peu comme on ne cessait de tourner un bouton de syntoniseur ou autre instrument. Continuant dans son habitude de donner à ses compositions des titres inappropriés, « Melody » va ouvrir l’album sur un hymne presque grandiloquent, une de ces choses qui vont permettre au bassiste vocaliste Takeshi à montrer son habilité à combiner des tourbillons à la Swervedriver et des élans grandioses à la Smashing Pumpkins.

La lourdeur réputée du combo est toujours aussi semblable à une broyeuse, par exemple sur les riffs d’un « Qucksilver » qui marie vitesse hardcore et atmosphère shoegaze sans que ce soit pour autant concluant, surtout sur une durée de 10 minutes.

L’endurance du groupe n’est d’ailleurs pas mise en doute ; le guitariste Wata et le batteur Atuso se montrant à la hauteur de la tâche. Ils jouent avec inventivité et puissance comme si il leur fallait franchir une interminable course où les obstacles seraient un style succédant à un autre. C’est étonnant, mais aussi lassant.

Ainsi chaque éclair que l’on pourrait qualifier de brillant (le pop-metal de « Vanilla ou la mélancolie de « Heavy Rain ») on trouve des passages sans expression . « Siesta »en sera l’exemple et on se demande pourquoi il termine Noise alors que les 19 minutes de « Angel » sont une remarquable œuvre psychédélique remplie de space-rock et de tension jouant sur les nerfs. On ne peut parler de retour pour un groupe qui n’est jamais parti, toujours est-il que sa forme plus ramassée leur permet de ne jamais sur-compenser des efforts dont on ne peut nier la véracité.

***

Pond: « Hobo Rocket »

Nick Allbrock et son groupe, Pond, sont des mêmes origines, géographique et musicale, que le Tame Impala de Kevin Parker.

Hobo Rocketest, par conséquent, un disque « free form » où la béatitude va côtoyer l’expérimentation sonique avec un irrévérence totale à ce qui pourrait s’offrir à nos oreilles (le culte de l’intégrité artistique) mais aussi la volonté de nous la faire partager (on ne peut pas ne pas communiquer- ici communier- comme on dit).

Le fait que Pond et Imapla de soient développés à travers les mêmes courants montent alors que les mouvements des premiers ont une similitude presque incestueuse avec ceux de Parker. Parfois on se demande même quel groupe joue sauf que la difference notoire tient da,s le fait que Pond est un groupe presque « heavy », un peu de la même manière que les dernières manifestations de Flaming Lips ou les premières occurrences de Black Sabbath ou King Crimson l’étaient.

On pourrait comparer le son de « Giant Tortoise » à celui de Robert Fripp et Adrian Belew en pleine jam session avec Mogwaï par exemple, un morceau comme « Whatever Happened To The Million Head Collide? » est une jolie petite incursion dans un kaléidoscope où les Butthole Surfers se seraient acoquinés avec Deep Purple et « O Dharma » mâtinera Damon Albarn avec Queen avant de convoler avec un Gruff Rhys rejoint par Mercury Rev.

Hobo Rocket, tout « blissful » qu’il se veut, n’est pas dépourvu d’une intensité plus sombre. « Aloneaflameaflower » évoquera ainsi Cure et Bauhaus tout comme « Midnight Mass At The Market Street Payphone » marquera sa différence avec d’autres groupes qui se contentent d’émuler note par note leurs influences en parvenant, eux, à les dépasser. Il y a chez Pond une sorte de « freak out » que Frank Zappa n’aurait pas dédaigné et ça n’en est que pour le mieux. La chanson-titre sera, à ce propos, un « stomper » plus hawkwindien qu’Hawkwind lui-même tan,t il est parcouru par des divagations vocales qui semblent incohérentes.

Que dire de plus si ce n’est que Pond rockent pour leur plus grand plaisir, et qu’au fond d’eux-mêmes ils se contrefichent de ce qu’on pourrait en penser.

★★★½☆