Justice For The Damned: « Pain Is Power »

26 juin 2020

Le deuxième album de Justice For The Damned, Pain Is Power, du groupe australien de hardcore en pleine expansion, arrive sans environnement live pour y jouer, mais malgré cela, il reste un nom sur les lèvres de beaucoup de gens. Le combo est un des porte-drapeaux pour le style de hardcore métallique comme Cursed Earth, Kublai Khan, et d’autres, et à qui ils dont concurrence féroce

« Guidance Is Pain » indique clairement les cantiques qu’ils professent, avec des riffs épais, des accors « no-nonsense  , une influence occasionnelle de slam, et des ruptures écrasantes qui vous font savoir ce qui vous attend, à savoir des riffs qui font mal et des raclées en terme de percussions. La bande-annonce apporte des basses plus féroces et maintient un groove puissant et entraînant tout au long du morceau.

« Final Cataclysm » est un peu plus rapide, avec des riffs plus deathcore qui font leur chemin dans la procédure, et le grognement de Bobak Raifee s’avère être une arme puissante et efficace. « No Peace At The Feet Of Your Master » continue d’apporter le très fort bas de gamme, provoquant une rupture incendiaire. « The House You Built Is Burning » a, lui, un son de brutalité revendiquée parfaitement maîtrisé auquel il est impossible de résister, et on peut dire la même chose du riff de clôture de « Machines Of War ».

Bien sûr, il n’est pas forcément repousser les limites ou innover, mais si vous entrez dans la musique en recherchant toujours ces qualités, vous serez toujours déçu, surtout lorsque Justice For Their Damned s’approprie ses forces de manière aussi immédiate.

La fureur et l’agressivité ne se relâchent jamais tout au long de l’album. Le seul moment de répit est la section propre de « Sinking Into The Floor », qui montre une certaine tension avant que nous ne repartions à l’assaut de leur front.

« Blister Of The Plague » poursuit le matraquage sonore, avec une grande utilisation de musique plus lente avant que « Die By The Fire » ne joue avec des styles plus poisseux nous bombardant comme un marteau de forgeron pour un grand effet.

En une demi-heure, Pain Is Power atteint exactement son objectif et est la durée parfaite pour un album de ce type. Si vous voulez juste une solution rapide et immédiate pour écraser le hardcore, alors laissez Justice For The Damned vous la donner.

**1/2


Eye Flys: « Tub of Lard »

21 avril 2020

Nous vivons une époque étrange et troublante. Des temps où les gens sont incertains de leur avenir, incertains de leur sécurité et de leur santé. Et pourtant, Eye Flys vient de Philadelphie, qui a pensé que c’était le moment idéal pour sortir cet album irresponsablement lourd, alors que le monde a plus que jamais besoin de paix et de réconfort et, ici, d’exutoire.

Tub of Lard, le premier opus du quatuor et est un exercice de brutalité du début à la fin.  À la première écoute,jon manquerait presque de vouloir briser une fenêtre à cause de l’excitation et de l’envie de s‘évader. C’est le type de ce genre de disque ; une attitude hardcore familière se conjugue parfaitement avec le bruit cacophonique de la boue moderne, créant un son qui demande votre temps et votre énergie. Avec des grooves remplis de riffs destructeurs.

Et ça commance dè le presque éponyme, « Tubba Lard » Eye Flys s’emploie à écraser des crânes dès le départ. Avec très peu de préparation ou d’avertissement, cet album se lance dans une véritable fête de la danse la plus brutale qui soit.

Le disque ne faiblit pas pendant ses vingt-cinq minutes qui sont d’une brièveté torturante mais tonituante. Chaque morceau de cet album est, à ce titre, un touché-coulé pour qui aime les abus. À « couter donc, mais de façon « responsable ».

***1/2


niiice.: « Never Better »

17 décembre 2019

En l’espace de quelques EPs, niiice. est arrivé à se faire un nom dans son Minneapolis natal. Le trio post-hardcore compte garder ce titre de leader avec son nouvel EP intitulé Never Better.

Composé de cinq titres, niiice. compte tout balancer ce qu’il a sur le cœur. Never Better s’apparente ainsi à un disque de rupture et son mélange entre emo-punk et post-hardcore arrive à catalyser toute leur désespoir sur les redoutables « Snowboard » et « Love Handlez ».

Les hurlements rauques qui cohabitent au chant plus mélodieux survolent les riffs massifs de « Haterade » et comptent tout balancer jusqu’à la conclusion nommée « Minneapolis vs St. Paul: This Time It’s Personal » qui clôt ce Never Better de la plus belle des manières. Encore un peu et niiice. pourrait avoir de meilleurs jours devant lui.

***


Black Beach: « Tapeworm »

7 décembre 2019

Black Beach est une formation de Boston, Massachusetts, qui donne dans le punk et ses différents sous-genres. Le trio, composé de Steven Instasi, Ben Semeta et Ryan Nicholson, fait à peu près toujours autant de vacarme que peuvent le faire cinq musiciens enragés. Lancée au début du mois d’octobre dernier, leur plus récente offrande intitulée Tapeworm saura combler les amateurs de punk abrasif.

Dans une atmosphère tendue du début à la fin, Black Beach nous enfonce sans retenue dans les oreilles une douzaine de solides morceaux. Passant du punk au noise-rock, puis du post-punk au sludge, Black Beach nous livre ici un joyeux bordel sonore de quarante-cinq vigoureuses minutes.

Au fil que les chansons s’enchaînent sur l’album, le trio conserve sa passion pour les riffs qui martèlent et qui font aussi mal que de se cogner les orteils sur la table de chevet à quatre heures du matin.

Sachez, en effet, que cet album n’a rien pour vous réchauffer le corps avec de douces mélodies contagieuses. À l’aide d’une guitare qui, la plupart du temps, est grinçante et bruyante, une basse bien présente et fort efficace, une batterie qui pioche en masse et une voix parfois salopée par de la distorsion, la bande nous prouve qu’ils ne sont pas de fins mélodistes, mais plutôt une force de frappe brute. D’ailleurs, des titres de la nature « Sometimes This Body Lets Me Down », « Broken Computer », « Positive Feedback Loop », « Nervous Laughter » et « Southern State « vous le prouveront assez rapidement ;’assourdissant trio bostonnais ne fait pas dans la dentelle ni même dans le coton ouaté. À l’aide d’une réalisation simpliste et de chansons qui vont droit au but, ce Tapeworm est une véritable succession de déflagrations punk qui devrait plaire aux fans de Metz, Jesus Lizard, Pissed Jeans et Big Ups.

***


Petrol Girls: « Cut & Stitch »

4 décembre 2019

Le premier « single » de Petrol Girls il y a cinq ans était un cocktail molotov avec un allumette à incendier, littéralement, puisque la pochette était exactement ainsi, avec le nom du groupe gravé dans la bouteille. Mais plus encore, l’imagerie correspondait parfaitement à un groupe qui se décrivait lui-même comme un groupe « féministe post-hardcore enragé », longtemps enthousiaste et à court de patience. Brûlez tout, tout ; la révolution n’a jamais été simple.

La fureur du quatuor : le bassiste Liepa Kuraitė, le guitariste Joe York, le batteur Zock Astpai et la frontwoman Ren Aldridge ont continué avec le premier album intégral, un appel aux armes nommé à juste titre Talk of Violence. Cependant, l’EP The Future is Dark de l’année dernière montrait une maturité musicale et une introspection personnelle, une excellente transition vers la révélation d’un album Cut & Stitch par le groupe.

Refused a toujours été une influence sur les Petrol Girls, il est donc approprié d’affirmer que c’est leur Shape of Punk to Come qui allume le feu, une éclamation cqui est omme un communiqué de presse en hyperbole à prendre à nos risques et périls.  Les deux versions ont ajouté des textures qui s’étendent sur les rudimentaires du hardcore, montrant une capacité à penser en dehors des sentiers battus.

Sur Cut & Stitch, Aldridge a suffisamment confiance en ses idées pour ne pas avoir à les crier tout le temps. Sur l « Intro » de 75 secondes, pendant que le feedback du groupe s’intensifie en crescendo, elle entonne doucement ce que le son signifie pour elle. C’e sera la première d’une longue série de fois qu’elle laissera sa parole presque parlée livrer son message.

L’album traverse une poignée de titres « Interlude » qui présentent différentes parties de l’opus chacune plus jolie que la précédente. Le premier, « Interlude (Q&R) », est un moment de calme et d’acoustique qui pourrait être un sample d’un groupe hippie, même s’il ne l’est pas, et qui mène à « Big Mouth », qui contient un vrai sample.

Certaines personnes pensent que les petites filles devraient être vues et non entendues, dit la regrettée chanteuse Poly Styrene de X-Ray Spex, comme elle l’a dit sur leur premier « single » ; en effet sSon message de rébellion est toujours aussi valable et nécessaire aujourd’hui ; il s’inscrit parfaitement dans le ténor et le timbre du titre. Il est aussi complètement contagieux, avec un chœur énorme, parfait pour l’autonomisation d’une nouvelle génération de filles.

Le groupe a encore beaucoup d’autres moments assez accessibles pour qu’il ne soit pas difficile d’imaginer des stations de radio commerciales et alternatives pour les écouter. « No Love For A Nation » est l’un d’entre eux, avec York livrant un énorme riff alors qu’il transforme le morceau en duo avec Aldridge, les deux chantant relativement mélodieux. Il est lisse, syncopé, décalé et simple mais efficace, et se termine par des kazoos ironiques qui fustigent « My Country,’Tis of Thee » et probablement le pays pour lequel il a été écrit.

The Petrol Girls n’abandonnent pas complètement le côté vitriolique du groupe. Le titre douverture,  « The Sound » se déchaîne ainsi furieusement et avec justesse. Mais dans d’autres cas, ça n’est simplement que lacette d’une chanson : le chœur brillant de « Tangle of Lives » contrastera avec les ponts lents et presque jazzy, de « Monstrous » et « Talk in Tongues », ce dernier voyant York prendre le chant principal, swinguer comme sur le dernier album de Brutus.

Malgré tout, le plus grand départ se devra d’être « Skye ». Contre une tonalité mineure, Aldridge s’ouvre avec amour sur son chien du même nom. Vers la fin, la guitare se délabre jusqu’à devenir presque silencieuse, la laissant pratiquement chuchoter et soliloquer sur son son chiot perdu malgré ses diatribes contre le patriarcat.

Beaucoup de choses doivent se passer pour qu’un groupe émerge d’un genre de niche et capte l’attention du grand public, et la chance n’est pas la moindre de ces éléments. Tout ce à quoi on peut s’attendre de la part du groupe, c’est d’avoir une vision et de l’exécuter sans crainte et d’espérer que les gens le remarquent. Sur Cut & Stitch, les Petrol Girls ont fait plus que leur part.

****



Defeater: « Defeater »

5 juillet 2019

Defeater est un groupe américain tout droit venu de Boston qui joue dans la catégorie du hardcore mais le hardcore moderne que certains qualifient de mélodique
Pour situer le propos, on peut, sous cette appellation, penser à la descendance du punk de 77, les Dead Kennedys, Minor Threat,puis Suicidal Tendencies, Better Than a Thousand, et pour finir The Bronx, The Distillers, les débuts de A Fire Inside (AFI), The Nerve Agents et aussi tous les groupes ayant mis les pieds dans l’excellence au cours des années 2000.

Là on change de sonorité, on a une voix forte et véhémente tout à fait posée limite technique, qui gueule avec précision. On a de la dissonance volontaire aux niveaux des accords de guitare et une batterie percutée par un marteau piqueur.

C’est virulent, fidèle à la recette de ce fameux hardcore moderne avec des passages rapides (rares ou courts) et des parties beaucoup plus lourdes mais qui donnent envie de casser quelque chose.
En guise de comparaisons, on pourra rapprocher cet album de ceux sortis par The Haunted avec moins de contraste, un côté plus hardcore que métal voire Crime In Stereo.
Les paroles collent à l’humeur de la voix, ça suinte la frustration et la répugnance face à notre époque toujours plus
affigeante. L’adjectif « mélodique » prend alors tout son sens sur certains morceaux un peu plus nuancé que la majorité, on pensera notamment à « No Man Born Evil ». Si, au final ou au total, ce n’est pas nécessairement un album qu’on passera ou repassera avec entrain ou pkaisir, on ne pourra nier qu’il a un patentiel qui ravira les amateurs du genre.

***1/2


Control Top: « Covert Contracts »

8 avril 2019

La scène indie de Philadelphie continue d’être en pleine effervescence, preuve en est Control Top, un trio composé d’Ali Carter (chant, basse), Al Creedon (guitare) et d’Alex Lichtenauer (batterie) qui est prêt à frapper fort avec son premier album Covert Contracts.

A mi-chemin entre post-hardcore, no wave, riot grrl et post-punk, la musique bien électrique et tendue du combo se veut véhémente à souhait avec un son direct et bien crasseux que ce soit dans le domaine du lo-fi ou du hardcore.

On notera, à cet égard, des titres allant de l’introductif « Type A » à « Ego Deaf » en passant par les agressifs « Chain Reaction », « Unapologetic » ou autres « Betrayed ».

Entre les riffs noisy d’Al Creedon, le chant hystérique et incontrôlable d’Ali Carter qui hurle son incompréhension face à la société martèlements de batterie explosifs d’Alix Lichtenauer , le trio de Philadelphie va droit au but et refuse de s’adoucir. Avec une production 100% DIY et brut de décoffrage, Control Top viendra donner ses lettres de noblesse à une musique totalement jouissive dans la menière où elle incite à l’émeute.

***


Beartooth: « Disease »

14 février 2019

Caleb Shomo et sa bande sont de retour avec un troisième opus, Disease qui nous propose une musique énérvée comme il se doit pour une formation estampillée post-hardcore moderne comme l’est Beartooth. La formule ne change donc pas d’un pouce, et on a droit à un son metalcore à tendance rock’n’roll et teinté de pop-punk. Les tubes s’enchaînent, en commençant par le puissant « Greatness Or Death » avec son intro acoustique déboulant sur un riff en forme de mur sonique, « Disease » calmerara le jeu et spourrait s’avérer être un morceau ultra-tubesque.

On alternera donc entre titres ravageurs bien charpentés (l’excellent « Fire » » un costaud « Bad Listener ») et passages plus mélodiques comme « You Never Know », l’entêtant « Afterall » sur lequel plane encore l’influence de Jeremy McKinnon, ou encore « Believe » qui prend des allures de Fall Out Boy. Malgré le fait qu’il n’y ait rien à jeter, on notera un manque de variété certain, et une prise de risque inexistante et sur une production en béton mais sans surprises.
Le vocaliste nous cnarrera ses états d’âme au long de cette réalisation, qui, par une meilleure construction,sera néanmoins e un léger ton au-dessus de Aggressive leur précédent album.

**


Gallows: ‘Desolation Sounds »

22 avril 2015

Le talon d’Achile de maints groupes hardcore est la monotonie. Avec Desolation Sounds, Gallows sont parveus à contourner l’obstacle en équilibrant mélodie et rugosité engageant celui qui écoute à un investissement et une attention allant du début à la fin de l’écoute.

La tonalité par rapport à leur premier album éponyme en 2012 a changé substantiellement dans la mesure où l’ancien leader de Alexisonfire, le guitariste Wade MacNeil avdésormais intégré le groupe. Le son est plus sinistre et dissonant et l’atmosphèrere morose est accentuée par des accords en mode mineur.

Les compositions navigueront entre intensité sauvage (« Leviathan Rot » ou Chains » sont des exemples de crescendos menées à la perfection) et passages étrangement beaux (« Cease To Exist » montre l’affinité du combo pour des approches plus mélodiques même si les guitares continuent à vous hanter).

McNeil est un chanteur suffisamment éclectique pour ménager ces transitions avec fluidité ; il a permis de créer ici un opus cohérent, puissant et versatile.

***