No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Metz: « Automat »

Toujours aussi cacophoniques, les trois enragés canadiens de Metz nous offrent un album de diverses pépites. La compilation de raretés qui ne sont plus trouvables, ou que personne ne cherchait vraiment explose de partout. Le trio brille dans le chaos. Ils continuent d’explorer les différentes manières de hurler, pour notre plus grand plaisir. C’est effréné. La batterie coupe le souffle comme un coup de coude dans les côtes, la guitare grafigne la peau, pendant que la voix pue la tequila et le sel. Attention à vos plaies apparentes.

Si c’est votre entrée en matière avec le groupe, vous aurez droit à un tour d’horizon assez complet de ce que le trio canadien à offrir. Ils prouvent qu’ils sont à leur place autant dans les bombes punk rock courtes (« Dirty Shirt ») que les moments plus en longueurs qui rappelle presque la lourdeur progressive du métal. L’influence lourde du métal se fait plus sentir d’ailleurs dans l’album en passant par moment par le drone. D’ailleurs, la finale massivement bruyante d’Eraser, après une introduction qui aurait pu être écrite par Ty Segall, me donnait l’envie d’en entendre plus. En utilisant judicieusement la distorsion, « Leave me Out » paraîtra plus longue qu’elle ne l’est. Les notes s’étirent à l’infini ou c’est peut-être le bruit résiduel de mes nouveaux acouphènes.

Ceux qui connaissent le groupe seulement avec leurs parutions sur Sub Pop seront contents de découvrir de leurs idées parues avant la signature avec la maison de disque légendaire. De vieilles idées, mais qui sonnent comme des nouvelles. Entre les deux, on pourra préférer les plages plus longues. « Ripped on the Fence » étonnera par les variations beaucoup plus complexes que ce qu’ils nous ont habitué. Ils s’essaient même à des rythmes franchement déconstruits (« Soft Whiteout, Lump Sums » et la chanson-titre,) qui donnent l’impression d’être des improvisations restructurées où la distorsion fait loi.

Au final, aucune déception, quelques beaux moments et plusieurs petits éclats de génie grinçants. Cet album intermède est diablement efficace, prend presque des allures de compilation « live » avec les qualités d’enregistrements à la qualité variable. Pour d’autres artistes, peut-être que cette inégalité technique dérangerait, mais pour Metz ça s’emboîte parfaitement à leur univers à cran.

***1/2

15 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Krimewatch: « Krimewatch »

Il existe des groupes qui sont capables de foutre délivrer l’essentiel et le lourd mais de façon elliptique. C’est le cas du groupe punk hardcore new-yorkais Krimewatch qui est composé de Rhylli (chant), Emma Hendry (basse), Sean Joyce (guitare) et de Shayne (batterie) et qui nous présente un premier album d’une durée de 12 minutes !

Donc courte chronique pour ce court album qui nous met KO sur place. Entre riffs tapageurs et section rythmique qui galope sans oublier l’interprétation bien agressive de Rhylli, tout est au programme. Comme quoi il ne suffit pas de faire un disque de 40 minutes pour bien nous mettre à terre et Krimewatch l’a bien compris. Sinon, ne restera qu’à réappuyer sur la touche lecture.

***

1 mars 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Workin’ Man Noise Unit: « It’s Not Nothin’ »

Ne pas se fier aux roses de la pochette. It’s Not Nothin’ n’en a clairement pas l’odeur même s’il en conserve les épines. Débridé et punk, ce nouveau Workin’ Man Noise Unit s’avère fortement jubilatoire.

Trois années ont passé depuis Play Loud et Workin’ Man Noise Unit n’a presque rien changé. Guitare carnassière, basse affolée, batterie trépanée et grouillements synthétiques viennent épauler les deux voix travaillée et mises au service de morceaux qui se veulent grossiers. Envoyant tout valdinguer, la musique des Anglais explose toujours les limites strictes du bon goût.

Voici donc It’s Not Nothin’ et ses onze éructations revendiquées comme débordant du cadre et mettant en avant leur côté punk dévridé, bien plus que sur leur album précédent. À ce stade, c’est déjà très séduisant. Mais Workin’ Man Noise Unit ne s’en tient pas là et leur grand truc, c’est cet habillage synthétique qui fournit aux morceaux un souffle décidément bien singulier. L’amalgame n’est certes pas nouveau mais entendre ici ces riffs massue chevillés à une ossature électronique bruitiste précipite chaque titre dans une sorte d’entre-deux indéterminé. Hésitant en permanence entre arrachage et trip cosmico-barré, It’s Not Nothin’ ne fait jamais mentir son titre. Les onze brûlots se succèdent sans temps morts et balancent des brûlots à tire-larigot où s’entremêlent garage, sludge, quelques pincées hardcore, un soupçon de stoner et beaucoup de punk et de rock’n’roll.

Dès qu’un riff devient trop pachydermique, une zébrure synthético-distordue vient immédiatement le taillader pour le délester de ses kilos excédentaires, quand l’électronique devient trop perchée, la rythmique indéboulonnable la ramène tranquillement au sol, seule compte la course en avant que rien n’arrête.

D’emblée, le bien nommé « Opener » annonce la couleur : chaotique mais surtout carré, la voix (qui rappelle de loin celle de Joe Strummer) s’ébroue à la fois vive et exténuée. Mis derrière le bruit, partout, en grattant la crasse, on décèle des morceaux très bien écrits. « Turn It Off », « Workin’ Man Blues » ou « Rathaus », montrent un groupe à même de sculpter ses échardes et de broder un canevas étonnamment subtil de ses doigts gourds. Partagé entre écume punk et psychédélisme plombé, It’s Not Nothin’ file à la vitesse de l’éclair, ne s’égare jamais et se révèle franchement jouissif. Sur l’ultime et charmant « Become The Scum », Workin’ Man Noise Unit lève même le pied, quitte ses guenilles hirsutes et met en avant toute sa sensibilité. On l’avait pressenti,, cette chouette collection d’aigreur cache en son sein un spleen profondément insulaire. C’est sûr, c’est plutôt moche et ça ne sent pas vraiment la rose mais c’est aussi très prenant et on a l’impression de partager avec la Noise Unit quelques ecchymoses dont l’ADN correspond à un album qui ne pouvait qu’être une incontestable réussite. Et cela, bien sûr, ça n’est pas rien.

****1/2

13 décembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Cancer Bats: « Searching for Zero « 

Cela fait presque dix ans que Cancer Bats fait partie de la scène hardcore punk de Toronto. Le fait qu’ils fassent aussi figure de « tribute band » sous le nom de Bat Sabbath indique vers quel versant ils pointent leur inspiration et ce cinquième album les voit essayer de faire un point sur leur carrière et leurs épreuves personnelles tout autant que musicales. En un sens ils s’en sortent pas mal même si leur promesse de nous délivrer un album aussi brut que possible se vérifie amplement.

Leur approche dépouillée demeure en effet explosive comme sur « Arsenic In The Year Of The Snake » et « All Hail », coups de poing dans le ventre et à la gorge auxquels le groupe nous a habitués mais certains passages, tels «  Beelzebub », deviennent très vite laborieux tant ils dépassent excessivement la durée qu’on peut accorder à ce type de démarche.

À l’inverse il y a des titres comme « Devil’s Blood » qui voient le combo passer la surmultipliée en termes d’adrénaline injectée dans nos oreilles et ceux-ci rappellent les moments les plus mémorables du groupe à ses débuts. On trouvera le même flair sur « Cursed With A Cosncience », un hymne sombre et balancé, trempé dans des guitares.

Quand on approche la fin de l’écoute, on constate clairement que Cancer Bats ont travaillé dur pour que Searching for Zero rappelle les fondations qui sont les siennes tout en nous proposant quelques évolutions. Ils y parviennent la plupart du temps mais, si on prend un peu de recul et si on regarde le tableau dans son ensemble, le mélange ne prend pas réellement et certaines pièces ne semblent pas s’imbriquer les unes aux autres. On se gardera de mentionner leur recherche du zéro en se disant que, parfois, il est des titres d’albums qui ne sont pas du plus heureux effet et qui résonnent ironiquement.

**

15 mars 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Perfect Pussy: « Say Yes to Love »

Tout, rigoureusement tout chez Perfect Pussy mérite l’adjectif d’abrasif. La chanteuse Meredith Graves glapit comme si elle subissait ou souhaitait faire subir une agression permanente tout en essayant de prendre le dessus sur des rythmes qui crissent et semblent se tortiller dans tous les sens sans relâche. L’écoute n’est pas aisée mais elle est gratifiante.

Avec des vocaux entachés de distorsion et dégoulinant d’une menace imperturbable, il n’y a aucun moyen de s’affranchir de la poigne que Perfect Pussy exerce sur vous une fois mise en branle. I y a pourtant une émotion indéniable dans le bruit débridé qui jalonne Say Yes To Love, le premier album du combo. Que ce soit sur des hurlements qui semblent parcourir une distance partant de l’Enfer pour infester le ciel ou cette attitude blasée en voulant au monde entier si chère à Sonic Youth, on ne peut pas ne pas sentir en familiarité avec un tel album. Bien que parcouru de poncifs, le disque sonne remarquablement frais et ce sont précisément le fait de s’appuyer sur des références si usitées qui rend Say Yes To Love si surprenant.

Dès le torride « opener » que constitue « Driver », il est évident que les prochaines 25 minutes seront pleines de vitriol et d’un fournaise à faire bouillir le sang au point qu’il risque de provoquer une hémorragie auditive. Dès le début donc et, à partir de ce moment, aucune pause ne nous permettra de se libérer de cette étreinte hormis les rares descentes qui néanmoins restent toujours en vrille ou les crescendos qui, de toutes manières, ne peuvent que nous entraîner là où on ne souhaiterait peut-être pas aller. « Advance Upon the Real » est le parfait exemple de cette approche avec le fuzz comminatoire qui accompagne ses plus de 3 minutes.

Le « closer », « VII », invoquera la vision d’une avalanche qui descend sur nous, décimant tout ce qui précède sur son passage. Le bruit devient alors immense et fracassant comme des coups de bélier sur une porte qui ne demande peut-être qu’à lui céder comme pour appréhender sa beauté ; quand le martèlement vicieux s’arrête, on hésite entre le « enfin » et le « encore » qui peuple le silence. Le prix d’entrée dans l’univers de Perfect Pussy est accessible et en même temps inestimable ; dans tous les cas il vaut la peine de s’en pénétrer.

***1/2

21 janvier 2015 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

OFF!: « Wasted Years »

Wasted Years est le troisième album de OFF ! supergroupe hardcore punk formé par, entre autres, le chanteur de Black Flag et Circle Jerks, Keith Morris et Steven McDonald (Red Krossà à la basse et Mario Rubalcaba (Rocket From The Crypt, Hot Snakes) à la batterie.

Si on n’a pas apprécie les premiers disques du groupe, on ne trouvera aucun intérêt à se frotter à ce nouvel opus. OFF ! n’ont pas vraiment évolué et nous délivre toujours le même punk dont la colère s’exprime au travers des courtes explosions vocales vociférées par un Morris que tout semble rendre furieux. L’accompagnement ne s’en distingue que peu : rythme hardcore serré et martelé comme s’il voulait nous punir de l’écouter avec, néanmoins, quelques recherches dans la musicalité plus complexes.

Le disque a été enregistré « live » dans la salle où le groupe répète d’ordinaire. Les interprétations sont donc un peu plus lâches qu’à l’habitude mais pas assez pour qu’on puisse le remarquer.

L’éclat a été également quelque peu poli ce qui fait que Wasted Years ne sonne pas comme une répétition et c’est un point positif. Les riffs de Dimitri Coats sont épineux et la section rythmique se montre infatigable ce qui est un autre atout dont le combo peut se prévaloir.

Morris n’a jamais sonné plus en colère ; il s’exclame : « Ever fell you’re being used ? » sur « Hypnotized » un titre qui est une véritable épopée à 2 minutes 15 alors que le moyenne des morceaux tourne autour de 90 secondes. C’est une ligne simpliste mais elle résume de manière appropriée l’atmosphère de désenchantement qui, conjugué à la rage, court tout au long de l’album. Quel que soit le thème abordé (distribution des richesses, addiction, inégalité de la vie moderne) Morris ne sonne jamais proche de la joie et c’est ainsi qu’il faut l’apprécier.

On goûtera moins la côté monochrome et absolument pas ornementé de l’album mais, comme il a été dit avant, ça n’est pas pour cette raison qu’on écoutera du OFF !.

**1/2

12 avril 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire