Respire: « Black Line »

20 janvier 2021

Ce premier moment. Le son. La pause parfaite. Le regard profond sur la couverture. Le premier amour. Il y a ensuite des bruits de crépitement, le feu dont vous pouvez voir les lignes rouges profondes sur la couverture. Puis, après sept secondes, les quatre premières secondes de violoncelle ; cette structure de pause et de violoncelle, puis la partie suivante s’étend sur cette structure. À ce moment-là, toute objectivité est jetée par-dessus bord et l’auteur de ces lignes est incontrôlablement amoureux de Black Line, le troisième LP de Respire. 

Et puis l’intro « Blight » est terminée, et « Tempest »sera exactement cela – une tempête rageuse aux proportions infernales. Un projet de loi qui montre où nous allons avec notre société et avec cet endroit : « Nous regardons le monde partir en flammes / une course insouciante » (we watch the world go up in flames / an uncaring race)- un motif qui est repris dans le morceau suivant « Cicatrice » : « nous sommes tous des maladies – détruisez, détruisez » (we’re all disease – destroy, destroyer). Respire ne peut pas cacher ses vues sur la politique, la société et les questions sociales avec des « l’amour comme seule issue possible » ( love as our only possible way out) comme idée et idéologie claire. Cela se voit dans la structure du groupe – un collectif ouvert qui est ouvert pour unir des personnes de différents horizons musicaux et avec différents instruments. Ces groupes ressemblent à des groupes d’écoutes comme Morrow ou Anopheli, qui comptent également un instrument à cordes classique dans leur programme. Mais l’assemblage d’instruments non rock de Respire ne s’arrête pas là – non, il ressemble plutôt à celui de compatriotes canadiens Godspeed You ! Black Emperor avec son Glockenspiel, son vibraphone et ses invités trompettes et saxophones. 

Tout cela se reflète également dans leur attitude envers les grands moments d’ouverture qui permettent au groupe et au public de reprendre leur souffle. Prenons l’exemple de « Tempest » : la composition fait rage pendant un peu plus de 70 secondes, puis s’arrête brusquement, ensuite on n’entend alors les cors et un murs de guitare pendant un moment avant que la batterie ne se remette en marche et que les cordes ne viennent à l’avant. C’est le calme proverbial au milieu de la tempête. Le public ne peut pas oublier que ce n’est qu’un moment de calme (avant que « Cicatrice » ne nous roule dessus) car les deux parties de chant, apparemment pas seulement délivrées par deux voix mais par beaucoup d’autres, nous le rappellent clairement. 

À part le batteur Travis, tous les membres du groupe ajoutent leurs voix à une bête à plusieurs têtes qui chante dans des intonations différentes, à des niveaux de volume différents, dans des espaces différents du paysage sonore (certains à l’arrière, d’autres tout à fait à l’avant). Le groupe connaît les forces de chacun et est capable de les mettre en valeur. Ils le font à l’amiable, leur timing est si précis qu’il en est effrayant. La façon dont le groupe parvient à s’arrêter à mi-chemin et à mi-temps est fascinante. Il devient évident que le groupe est tellement en phase les uns avec les autres que leurs chansons ne semblent pas du tout construites, même si elles le sont sûrement, car elles doivent l’être car il se passe tant de choses, c’est presque comme un opéra d’appel et de réponse. Bien sûr, cela reflète leurs racines hardcore et leur approche de la musique et le fait qu’ils partagent la scène, le studio et la salle de répétition par centaines maintenant. 

Il est difficile de trouver des parallèles avec d’autres artistes parce qu’ils sont ouverts au maximum et ce, de manière très positive. Ils sont autant Pijn que Demersal, autant Anopheli que Fall of Efrafa. Ce sont des punkers et des post-rockers. Ils sont croustillants et célestes. À bien des égards, ils sont assez uniques et donc très agréables. 

En outre, il faut remarquer la façon dont ils essaient de créer une sorte de tension entre les disques, puisque Black Line contient la dernière chanson « Catacombs Part II », qui est la suite de leur dernier opus Denouement, opus dans lequel le narrateur parle à quelqu’un (probablement son partenaire) de sa « fin » à venir et du fait qu’il n’a jamais voulu que quelqu’un souffre de sa dépendance, il n’a jamais voulu que quelqu’un en subisse les conséquences. La deuxième partie de « Catacombs » montre maintenant l’autre facette de la relation avec le partenaire du toxicomane en disant qu’il ne peut pas vivre sans le défunt mais qu’il doit le faire et le fera : « toute la lumière brille pour toi / toute la lumière brille avec toi / tout ce que nous tenons comme de la poussière s’efface rapidement / (mais l’amour brille en nous) » (ll the light shines on for you / all the light shines on with you / all we hold like dust fades fast / (but love shines on in us) – ce sera difficile et apparemment impossible mais l’amour en lui-même ne s’éteindra pas pour le défunt. 

L’amour. Encore une fois. Eh bien, il n’y a rien d’autre que de l’amour ici pour le collectif canadien. Et si vous écoutez la première partie de Black Line, vous pourriez aussi tomber amoureux. Très rapidement. L’amour au premier morceau.

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