Rival Sons: « Feral Roots »

Avec un titre comme Feral Roots, on ne sera pas étonné de constater que ce nouvel album de Rival Sons sonne de manière animale et organique.

Le sixième opus des Californiens ne révolutionnera rien mais il satisfera les fans de riffs entraînants et de rythmiques sauvages. Le combo parviendra sans peine à équilibrer guitares affutées et percussions tonitruantes, parsemant un ensemble fait d’influences blues et rock de vocaux qui n’échapperont pas à qui aura bien écouté Led Zeppelin. On remarquera  ainsi les choeurs que l’on peut entendre dans « Sugar On The Bone » et des refrains fédérateurs comme la chanson-titre.

Les compositions qui accompagnent ce nouvel album ne se ressemblent, toutefois, pas toutes ; on pourra ainsi savourer la guitare acoustique de « Look Away », la chorale gospel sur « Shooting Stars » et des mélodies souvent accrocheuses et toujours nuancées.

Rival Sons ne s’éloigne pas véritablement de ses racines ; ils nous proposent ici une démonstration efficace et sans surprises mais dont le mérite est de remplir ce à quoi le combo s’est assigné : peaufiner une formule qui a déjà fait ses preuves.

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FEVER333: « STRENGTH IN NUMB333RS »

Après un premier EP, FEVER333 remet le couvert avec STRENGTH IN NUMB333RS, leur « debut album ». Pour rappel, le line-up de la bande, c’est un peu le all-star band de l’emo/hardcore déjanté avec Jason Butler de Letliv., le guitariste de The Chariot et le batteur des fabuleux Night Verses. Et puis, pour couronner le tout, aux manettes de ce premier effort, on retrouve John Feldmann et Travis Barker. Et dès les premières notes, la production est énorme et met en valeur toutes les facettes de la bande : explosif et propre. De l’émo, du néo-metal, du hip-hop, vous entendrez tout ça chez FEVER 333, un opus chaotique mais ultra accesssible.

« Burn It » démarre sur les chapeaux de roue avec un riff digne de Rage Against The Machine pour arriver à un refrain emo en diable et surtout addictif en diable. La suite navigue entre passages hip-hop (« Animal », « One Of Us »), passages electro (la douce « Inglewood/3 »), post-hardcore (« Out Of Contro/3 »l et « Prey For Me/3 » qui renouent avec le Letlive.des grandes heures).

La folle ballade qu’est « Am I Here » prenra bien soin à proposer des refrains accrocheurs au possible quitte à empiéter sur les plate-bande de Linkin Park à certains endroits (le refrain de « The Innocent »’’ ou encore le final « Coup d’Etalk »).

Au final, on ne pourra que s’incliner devant les forces en présence et écouter en boucle cet album à la fois novateur et accessible d par sa section rythmique, ses riffs démentiels, ses mélodies imparable et ses vocaux ahurissants. La moindre des choses eu égard aux CVs le ses membres.

***1/2

Atreyu: « In Our Wake »

Les Californiens d’Atreyu étaient apparus sur le devant de la scène en 2015 avec Long Live, un album en guise de retour aux sources, six ans après un Congregation Of The Damned qui confirmait un virage plus rock alors amorcé avec l’excellent Lead Sails Paper Anchor. Nous sommes aujourd’hui face à In Our Wake, leur septième opus, pour lequel ils se sont associés à une figure bien connue de la scène, John Feldmann.

Le combo avait déjà travaillé avec ce derniersur Lead Sails Paper Anchor, c’est donc tout naturellement dans cette lignée que l’on attendait ce nouvel opus. Sans surprise on a droit à une grosse production, un son énorme et des refrains catchy comme jamais.

Le revers de cette médaille est un rendu un peu lisse, creux et sans âme. L’album s’ouvre pourtant en frappant fort avec la chanson-titre avec une mélodie pop addictive et des changements rythmiques on ne peut plus bien charpentés.

Auter point important de l’album, la dualité vocale entre Brandon Saller et Alex Varkatzas ; elle se fait souvent en voix claire, les cris metalcore bien puissants de ce dernier étant ici utilisés avec plus de parcimonie, tandis que le batteur-chanteur rayonne tout au long de In Our Wake.

Le disque repose également sur l’utilisation appropriée d’arrangements électroniques apportant un plus certain, sans pour autant qu’ils prennent le dessus sur les guitares qui demeurent bien brutes et costaudes.

On flirtera alors avec le punk puissant («  Blind Deaf & Dumb ») et le metalcore ravageur («  Nothing Will Ever Change ») ; assaisonnement du plus bel effet.

In Our Wake s’avère être un opus varié, allant de la ballade parfaitement executée avec « Terrified », et des titres aux allures de rock moderne calibrés comme peuvent l’être « Safety Pin » ou le surprenant stadium rock de « The Time Is Now ».

Il serait injuste de ne pas parler de la fin de l’album, d’une première part avec « Anger Left Behind », impressionnant de maîtrise et d’efficacité, alternant riffs bien rock et ambiance plus légère, mais c’est surtout « Super Hero » qui marquera les esprits avec une prestation toute en finesse et pourvue d’un solo efficace. 

Précis, millimétré et calibré, Atreyu produit ici un album sans réel temps mort ou titre faiblard. Le groupe était attendu sur un terrain peut-être un peu plus audacieux ; ce sera put-être chose faite une fois prochaine.

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Queens Of The Stone Age: « Villains »

La sortie de Villains se produit à un moment où Queens Of The Stone Age a une base de fans suffisamment importante pour que le combo puisse être apprécié autant des amateurs de stoner fuzz rock que de ce qui se reconnaissent dans les excursions plus lentes, nuancées et ténébreuses de Josh Homme.

Dans sa plus grande partie, ce nouvel opus s’abstient de toute référence à ces dernières pour, à la place, se concentrer sur des compositions directes, visant l’estomac et dont le teneur sonique est, pour l’essentiel, un glam-boogie teinté d’effluves heavy-metal.

Avec Mark Ronson aux manettes, QOTSA se sont clairement concentrés sur les rythmiques et un « groove » assorti d’élémenrs « funk », de guitares chargées d’effets larsen et de battements de mains.Homme nous gratifie de phrasés vocaux où le mode « crooner » est mis sous silence au profit d’une approche plus pop et vindicative.

Villains est indubitablement un album rock.

Les dernières minutes de « The Evil Has Landed » sont du Queens Of The Stone Age pur riffs, un approfondissement de leur son qui nous entraîne tout droit dans cet endroit où siègerait la nostalgie alors que les arrangements sont bâtis pour témoigner de l’habileté qu’a le groupe à ajouter à la fois complexité et excitation à sa musique.

On a ainsi droit à des contre mélodies qui semblent sortir de leurs chemins puis entrent ensuite en collision et sont épaulées par une section rythmique robotique. Le disque est, en revanche, dépourvu de morceaux de qualité supérieurs propres à faire de cet opus un de leurs meilleurs. Tout au plus aura-t-on ici une collection fascinante de titres prog-rock dont l’éclaircie ne nous viendra que par cet amalgame entre Devo, ZZ Top et David Bowie.

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Iwrestledabearonce: « Hail Mary »

Iwrestledabearonce continuent d’être des innovateurs pour ce qui estr de trouver les meilleurs moyens d’enquiquiner (le mot est faible) les gens. Si on prend leur tout dernier « single », « Erase It All » par exemple, on savait très bien que la seule nouvelle de son existence allait provoquer des réactions exacerbées (nouvel euphémisme).

C’est pourtant une composition considérablement moins niaise que la musique pour laquelle le groupe est avant tout connu. Bien sûr pour le fan de base il y aura matière à crier que IWABO s’est vendu aux sirènes de l’industrie du disque ; mais ceci n’est-il pas d’ailleurs conforme à l’approche d’un combo dont le seul but est de provoquer outrageusement ?

Gageons alors que le groupe s’est fait à nouveau très pédagogue dans son enseignement ce qui devrait réjouir ceux qui ne sont pas des fans figés dans leurs acquis musicaux. Alléluia et gloire à Marie!

**1/2

The Darkness: « Last of Our Kind »

The Darkness n’ont jamais prêté intérêt à se conformer à ce que l’on pourrait penser d’eux et à comment ils devraient sonner.

Depuis leur retour sous les projecteurs de l’actualité musicale en 2011, leur répertoire a constamment été évolutif et Last Of Our Kind ne sera pas différent à cet égard. Que ce soit sur les riffs déchaînés et les références aux Vikings sur « Barbarian » jusqu’à une ballade comme «  Sarah O’Sarah » en passant par un guitar-rock direct comme le « single » « Open Fire » le trio sait à merveille varier ses effets et plaire à tous ses fans, anciens et plus récents.

Si on ajoute la voix en falsetto de Justin Hawkins on aura, sur Last of Our Kind, un nouveau disque emblématique de The Darkness ; il n’est toutefois pas interdit de penser qu’un peu moins de versatilité aurait fait de ce disque quelque chose de plus efficient.

**1/2

Royal Thunder: « On Crooked Doors »

Le premier opus de Royal Thunder, CVI, avait donné l’impression qu’on pouvait situer le trio dans le registre hard rock tendance gothique en raison du caractère assez outrancier de la bassiste et vocaliste Mlny Parsonz. Avec On Crooked Doors on s’aperçoit que la chose était trompeuse ; le trio est devenu un quatuor et le registre s’est beaucoup policé. Les riffs se font plus cohérents, certains diront commerciaux, pour nous proposer une répertoire assez traditionnel où le hard blues se paye la part belle.

Le disque est, en fait, une étude de contrastes ; le batteur Evan Drippina assène ses coups, la basse de Parsonz est sinueuse et les guitaristes Josh Weaver et Will Fiore déroulent des accords de guitares qui tranchent les compositions avec clarté plutôt que de le faire salement. L’atmosphère est, en esprit plus qu’en forme, teintée de psychédélisme tout comme une légèreté qu’on associe rarement au hard rock sur « Ear on the Fool » ou « Forgive Me, Karma ». Notons enfin la voix de Parsonz toujours aussi incisive mais apporte désormais une touche de vulnérabilité qui prouve que le viscéral peut se faire sensible.

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Theory of a Deadman: « Savages »

Savages est un titre qui convient très bien à ce nouvel album de ce combo de hard rock canadien qui a gagné sa réputation en sillonnant les routes de manière incessante. C’est un album qui se veut un nouveau départ pour Theory of a Deadman et rien n’est plus évident que dès l’ouverture du disque avec « Drown » qui nous accueille avec un énorme riff fracassant et un style vocal grunge où le vocaliste Tylor Connolly ajoute à sa six cordes un « Why did you have to let me go? » ravageur.

On sent ici une approche qui se situe plus du côté de Alice In Chains ou de Soudgarden avec un chorus et un côté entraînant qui pourrait être très performant interprété « live ». Un autre Alice a été présent durant les session pour un morceau, Alice Cooper en personne, et c’est sur le morceau titre que cette participation prend tout son sel.

C’est une composition prise à pleine vitesse, avec des percussions dont le rythme semble ne vouloir jamais ralentir, un shock-rock où la star se lance dans un monologue à vous faire frémir comme aux bons vieux temps de Welcome To My Nightmare.

Mais Theory of a Deadman veut aussi s’affranchir de son étiquette de façon tout aussi sauvage que l’indique le titre du disque et il se lance avec tout autant de tonus et de foi dans une ballade au piano comme « The One and Livin’ My Life Like a Country Song » qui apporte une dynamique et une instrumentation que l’on ne trouve guère plus dans les albums de rock d’aujourd’hui.

Malgré ces changements de style, il reste toujours une « vibe » particulière au groupe : l’émotion y demeure présente dans la mesure où le combo n’hésite pas à s’y mettre à nu, bref Savages est un opus qui respire la sincérité même si elle se situe à un niveau assez prosaïque. C’est cela qui rend le disque si rafraichissant.

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Bo Ningen: « III »

Ce quartet de hard japonais basé a Londres a compris qu’il ne suffisait pas de jouer fort pour être rock mais qu’il fallait également sonner comme si on en voulait.

Sur ce troisième album, Bo Ningen le font comme si leurs vies en dépendaient et que, si ils ne pouvaient le faire, ils en mourraient. La plupart des titres passent à la vitesse de l’éclair, entraînant avec eux des échos de Black Sabbath, de Fugazi et de Black Flags au son de guitares qui semblent hurler vers la lune et de percussions qui sont comme des astéroïdes se fracassant là où ils tombent.

Le groupe sait pourtant évoluer par rapport à ses deux précédents opus, sans perdre pour autant de son intégrité. L’ouverture par exemple, « DaDaDa » garde toute la verdeur dont Bo Ningen est capable mais il sait l’agrémenter d’une épaisse sauce de pollution bruitiste qui n’aurait pas déplu à Gang Of Four.

« Slider » commence de manière presque commerciale, mais son nerf et son énergie se transforment soudain en un rythme en 4/5 à la batterie accordé à des guitares dont le hurlement ne peut être que viscéral. Cette composition est, à cet égard, une merveilleuse démonstration de la façon de frôler le « mainstream » sans y tomber.

« CC » les verra collaborer avec Jenny Beth des Savages pour la seconde fois et son braillement emblématique sera la parfait pendant aux attaques de six cordes qui poignardent le morceau.

La puissance reste la même quand le groupe de ralentir un peu les choses : « Innu » est une chanson qui rode de manière sinistre et « Psychedelic Misemono Goya » reprend un riff des Red Hot Chili Peppers, lui ôte tout funk et le reconstruit en un hymne nous menant à une mort lente.

Le morceau phare sera « Mukaeni Ikenai » où ils abandonnent les grandes attitudes théâtrales et utilisent une electronica « ambient », des vocaux en reverb et des percussions ralenties pour faire œuvre d’une complexité musicale et d’une subtilité que bien des combos de tous genres envieraient.

III n’est pas un disque facile à aimer mais ça n’est pas un album qu’on peut écouter distraitement. Mais une fois rentré dans son univers où la fusion rythmique cherche à en découdre avec l’agression musicale qui parcourt ses plages, il ne saura pas vous lâcher et vous laisser indifférent.

***1/2

Manchester Orchestra: « Cope »

On ne risque pas de confondre ce groupe d’Atlanta avec un orchestre de musique classique, car Manchester Orchestra s’inscrit dans la lignée du hard-rock le plus sauvage et que leur leader, Any Hull, déclarait à propos de ce quatrième album qu’il voulait en faire un disque « brutal et dont chaque plage serait un coup asséné sur la tête. »

Il y a deux choses qui donnent son influx à Manchester Orchestra, les guitares et les vocaux en perpétuelle mobilité de Hull. « Top Notch » est une ouverture qui déboule et s’écrase , barre mis au plus haut que ce soit pour le volume sonore et la qualité du morceau. Le chanteur accompagne avec aisance le tempo virevoltant de « Girl Harbour », « Choose You » et « Every Stone » et nous fait découvrir une facette étonnamment mélodique sur « The Ocean » et même calme sur « Indentions » .

Cope est plein de riffs saignants et de feedback qui rappellent Black Sabbath preuve qu’il est désormais capable de s’emparer d’un son de façon plus confortable et assurée.

Ajoutons que les mélodies sont soigneusement complexes et que les changements dynamiques sont toujours vecteurs d’émotions intenses ce qui accentue encore le lyrisme parfois charmeur de Hull. Manchester Orchestra nous gratifie d’un hard-rock destiné aux gens qui pensent même si, par dessus, pèse sa brutalité et sa férocité. « Trees » nous montrera à quel point il est capable de domestiquer cette nature en nous dévoilant une autre facette de sa douceur, manière de montrer que s’il ne faut jamais se fier à l’eau qui dort, il en est de même pour ce qui est d’un monolithisme aux apparences primaires et dénué d’intelligence ou de subtilité.

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