The Neuro Farm: « Vampyre »

30 mars 2022

Vampyre est le troisième opus de The Neuro Farm un groupe de Washington DC, après The Descent (2019) et Ghosts (2014). Si les titres des albums suggèrent l’obscurité et la hantise, c’est tout à fait approprié pour un groupe qui récolte des influences dans le domaine qui contient Joy Division, Radiohead, Nine Inch Nails, Siouxsie and the Banshees, Sigur Ros, Chelsea Wolfe, Portishead et Rammstein.

Composé de Brian Wolff (guitare, voix), Rebekah Feng (violon, voix), DreamrD (batterie) et Tim Phillips (synthétiseur), le violon et le synthétiseur s’efforcent d’apporter des éléments instrumentaux plutôt inhabituels au format, notamment en l’absence d’une basse en direct. Ce n’est certainement pas une impédance (les seules personnes qui s’en prennent à la basse synthétique semblent ironiquement être des fans de The Sisters of Mercy qui n’ont pas tourné la page de 1985 – pour qui boîte à rythmes voulait dire cool et basse synthétique signifiait pas cool).

Chose dite, Vampyre est un album conceptuel, qu’ils expliquent comme suit : notre héroïne titulaire, attirée par la promesse de l’immortalité, se voit imposer cette malédiction par le leader égocentrique d’un culte vampirique. Mais au sein du culte, les désillusions se multiplient et l’héroïne crée ses propres adeptes. Elle finit par rejeter son créateur, se rebellant contre lui et son institution en décomposition. Elle fait un dernier adieu à son mari mortel, se détournant de l’humanité et embrassant sa nouvelle nature. Elle tue son ancien maître lors d’un « massacre de minuit » et se déclare reine.

Même si on est un défenseur des albums plutôt que des collections aléatoires de chansons, on peut avoir parfois du mal avec les albums conceptuels, dans la mesure où suivre une narration est souvent assez difficile. Trop de narration peut être ennuyeux ; trop peu, et vous êtes perdu, vous demandant ce qui se passe. C’est un territoire épineux sur lequel il faut naviguer en toutes circonstances.

« Cain » est, à cet égard, une introduction audacieuse et théâtrale, lespersussions sombres qui roulent et grondent fournissant une toile de fond stoïque à des voix théâtrales et dramatiques. « Feng » n’est pas seulement opératique dans sa prestation, mais elle est soutenue par un arrangement choral complet, puis le violon s’insinue et l’échelle cinématique de la composition se révèle alors dans toute son excentricité.

C’est aussi ce qui va se passer avec «  Purity », un morceau lent qui, en six minutes et demie, se faufile entre le gothique Christian Death de l’ère Rozz, le stoner rock laborieux et le post-rock qui va crescendo.

Le titre « Maker « apporte une touche de grandiloquence, à l’image du « Carmina Burana » de Carl Orff, en passant par divers passages où le ma^îre-mot sera grandeur et où on trouvera, en effet, myriade d’élements à assimiler. Le prog-rock spatial de  » »Enthralled », l’électro industrielle glauque du « single » « Confession » ou la mélancolie chargée de cuivres du métallique « Decay ». Le titre de l’album, guidé par des pianos et des échos, est une sorte de chef-d’œuvre gothique, sombre, ombrageux, avec des voix envolées. Il déborde de qualités épiques qui touchent les centres émotionnels et s’épanouit dans une cascade glorieuse de soleil, où le goth et le post-rock sont en parfaite concordance. Cela ressemble à un final, mais les trois chansons restantes continuent de projeter des atmosphères riches et résonnantes, avec « Midnight Massacre «  qui débarque de manière inattendue sur la fin avec un glam-stomp aux accents lugubres. C’est du vrai rock gothique, parfaitement réalisé.

Le plus souvent, tout ce qui se dit gothique et qui emprunte la voie du vampire » a tendance à être maladroit, ringard et cliché, mais malgré tous ses penchants conceptuels, Vampyre n’est rien de tout cela ; au contraire, c’est comme un plongeon plus sombre et plus gothique dans le domaine des premiers iLiKETRAiNS. Mais par-dessus tout, c’est un exercice varié, imaginatif, dramatique et vraiment spectaculaire.

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The 69 Eyes: « West End »

20 septembre 2019

The 69 Eyes revient donc trois ans après un plutôt correct Universal Monsters avec, sans doute, la désir de pour perpétuer sa recette de rock gothique efficace et fédératrice. On sent chez eux une volonté un peu plus affirmée de renouer avec la formule qui avait fait leur succès au début des années 2000, à savoir un rock gothique légèrement métallique, très accessible et volontiers kitsch, tous synthés dehors. Il suffit d’écouter le premier extrait de ce West End, « 27 & Done », ou l’accrocheur « Black Orchid » pour constater combien les réminiscences des « The Chair » et autres « Brandon Le » » éclipsent ici les couleurs plus hard rock qui caractérisaient une bonne part de leur écriture depuis l’album Angels (2007). Difficile de parler d’opportunisme sachant que ces douceurs poppy goth, consœurs un brin plus racées que celles de HIM, n’ont plus le vent en poupe depuis un certain temps déjà ; mais 69 Eyes semblent décidés à remettre le genre sur le devant d’une scène dont ils représentaient et représentent toujours les principaux chantres (« Change », « Death & Desire » ». Pour autant, ils ne renoncent pas au roll, quand bien même ils appuient davantage le goth, notamment en fin d’album. On retrouve les riffs musclés et les gros chorus (« Outsiders », « Cheyenna » », « The last House on the Left » », ou un feeling plus bluesy (« Hell has no Mercy »).


L’ensemble, indéniablement efficace et conçu pour cartonner (les duos avec Dani Filth, Wednesday 13 et Calico Cooper en témoignent),
cela donne, toutefois, l’impression, au final, de ne pas savoir exactement où se situer, ni par quel angle aborder sa recette pour séduire le plus de monde possible. Heureusement, la voix de crooner goth de Jyrki 69 et la production léchée homogénéisent un disque de facture honorable, qui plaira aux adeptes et donnera du grain à moudre aux éternels détracteurs de ces sympathiques corbeaux qui jouent insolemment avec les clichés teen de la goth culture 90’s

***1/2

 


Secret Shame: « Dark Synthetics »

16 septembre 2019

La première chose qui vient à l’esprit lorsque l’on écoute Dark Synthetics, le premier opus de Secret Shame, c’est qu’il s’agit d’un disque habité. Que ce soit dans le chant ou les mélodies, l’atmosphère qui se dégage de ces sept titres est à la fois ténébreuse, ensorcelante et tendue. Un coup de maître pour cette jeune formation américaine originaire d’Asheville en Caroline du Nord. Les cinq membres du groupe – Lena (chant, synthés), Nathan (batterie), Matthew (basse), Billie (guitare) et Ryynikki (guitare lead) – sont influencés par le deathrock / gothic rock des années 1980, Skeletal Family et Siouxsie & The Banshees.
La réussite de ce disque doit beaucoup à la voix incroyable de Lena, il n’y a qu’à écouter sa performance sur « Gift » pour s’en rendre compte. On pense à Siouxsie bien sûr, mais aussi à Jehnny Beth des Savages par moments pour le côté presque possédé de ses performances.

Mais Secret Shame c’est aussi un sens inné de la mélodie, la basse typement post-punk est toujours impeccable et il y a un gros travail sur les guitares, souvent mises en valeur comme sur « Comfort » ou sur « Creature » à l’ambiance horror movie. Sur « Haunte », ce sont les synthés qui sont mis en avant pour un résultat de toute beauté. Les thèmes abordés sont aussi sombres que leur musique, la violence domestique (« Calm ») ou encore la maladie mentale (« Dark » ». Ce dernier est d’ailleurs incontestablement le tube de l’album : le chant de Lena y est hanté, la ligne mélodique imparable et l’ambiance effrayante à souhait.
Dark Synthetics est un album maîtrisé de bout en bout, incroyablement moderne malgré ses influences indéniables. Secret Shame est un vent de fraîcheur sur la scène gothic / post-punk. Finalement, le seul reproche que l’on puisse faire à ce disque tient à sa brièveté (moins de vingt-sept minutes) ce qui donne forcément envie d’en entendre plus. Un groupe à suivre de très près.

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Delany: « Mission Creep »

20 juillet 2019

On va éviter l’exégèse historique (celle de Fields Of The Nephilim puis de Rubicon et Carl McCoy) qui a abouti à Mission Creep de Delany. Tout au plus peut-elle nous indiquer la direction prise par le chanteur dans le genre gothique dur cet opus qui repreds dans son line-up beacoup des musiciens impliqué dans ces péripéties musicales.
Mission Creep est un disque cohérent. La forme, les structures sont de facture classique. Le groupe est bien mis en place et l’écriture assez resserrée. Le léger éraillement de la voix ramène forcément au souvenir de Rubicon, quoique le chant paraisse plus géré aujourd’hui, maîtrisé. Ce constat posé, Delany n’essaie pas frontalement de reproduire les ambiances propres à What Starts, Ends. Du temps de Rubicon, il n’avait pas ce recul, n’était pas dans cette gestion-là. La foudre parlait, au risque du débordement : la voix en faisait parfois trop, à manger l’espace plutôt qu’à toujours se cadrer. Delany, faut-il le rappeler, avait les cheveux longs en 1992. Depuis, le sel a mis son grain.
De débordement, il n’est point question sur
Mission Creep : l’énergie est là, contenue. La voix est à sa place, et ses mélodies impactent sensiblement plus qu’au début des années 1990. Flagrant, notamment en comparaison d’un Room 101, second opus de Rubicon (1995) où Delany semblait chercher sa place autant que le groupe se cherchait lui-même. Au bilan, artistiquement, la métallisation aura davantage réussi à McCoy.


Mais la qualité du chant sur
Mission Creep doit aussi et sans aucun doute quelque chose à d’autres choix : celui notamment de baisser la tonalité de la plupart des titres par rapport aux prises originelles, ce qui obligea Andy à refaire. L’histoire de l’enregistrement est dans le livret – une histoire de désir et d’ambition à méditer et surtout, à respecter.
Mission Creep, au bilan, est un disque tout sauf extrême. On a le coup de cœur pour les mid-tempi aux relents héroïques (« Mission Cree », « Oceans Rise », « Hide ») »par préférence à quelques ballades crooneuses : « All Change » » par exemple, qui un brin académique, garde au moins le mérite d’instaurer une pause dans cette collection. La respiration est d’ailleurs ce qui caractérisera sa globalité. Ne s’installe jamais le sentiment qu’il y aurait trop de choses. Le son, en outre, est assez brillant pour une production assurée en autonomie. Un son plus classique que celui du premier Rubicon, resté finalement assez spécifique, mais une force intérieure et propre à Mission Creep demeure.
Ne jamais renoncer à exister, c’est la leçon. Voici le fruit d’un nouveau combat, comme un acte de survie. Un acte d’une accessibilité supérieure mais d’une nature et d’une symbolique similaires, finalement, à celles de
What Starts, Ends, le premier album de Rubicon.

***1/2


Hapax: « Monade

5 juillet 2019

Après quatre ans d’absence, le duo italien Hapax revient avec un troisième album intitulé Monade, toujours aussi sombre et mélancolique, avec, ici, une thématique à savoir l’idée qu’il existe un écart entre les mots et la réalité et plus généralement sur l’impossibilité de communiquer à travers les mots.
Premier titre et première réussite, « Creature of Distance » démarre fort avec un chant assez agressif et une rythmique entêtante. « Elegy » confirme la donne à grands coups de guitare et de synthés et offre un titre assez dansant malgré la noirceur des paroles. Le très bon premier « single 
» « Shining Lover » ralentira le rythme et joueea davantage sur l’émotion avec sa longue introduction qui combine à merveille la froideur électronique à la mélancolie des guitares.


Avec
Monade, les Italiens signent leur album le plus abouti à ce jour et nous offrent en prime un moment de grâce avec le diptyque « Sacred ». Sur la première partie, les synthés lugubres de Diego Cardone sont mis en avant et se marient parfaitement avec la voix sombre de Michele Mozillo avant que les guitares n’emportent définitivement le morceau.

La seconde partie montera lentement en puissance soutenue par une voix d’outre-tombe qui lui confèrera une aura particulière et dont on ne ressortira pas indemne. La beauté funèbre de ces deux morceaux représente la quintessence de ce que le groupe est capable de fournir en matière d’émotion et de sa capacité à mêler dark wave et gothic rock.
L’album se conclu
ra sur une plage instrumentale dans laquelle les synthés viennent pleurer une dernière fois – preuve s’il en fallait une, que la musique se suffit à elle seule pour communiquer les émotions.

***1/2


Grave Babies: « Holographic Violence »

1 août 2015

Prenant comme base de référence le post punk des années 80 (The Cure) et le rock gothique (Sisters of Mercy) avec quelques pincées de Nine Inch Nails et Nirvana, le follow-up de ce groupe de Seattle à Crusher demeure dans la même ligne que le précédent.

Son membre fondateur, Danny Wahlfeldt, a décidé d’assumer tout le travail de composition ce qui donne un son plus groupé ainsi que des thèmes de science-fiction pour le moins oppressants et néanmoins assez familiers : le trinité tout sauf sainte de la dystopie, du nihilisme et de la misanthropie.

La musique va dans ce sens avec des titres comme « Something Awful » ou « Punishment qui ne sont pas faits pour mettre en avant du beau parlé ou de la critique mais son plutôt des morceaux au tempo modéré et individualistes dans la manière où les synthés goth-pop les accompagnent.

Le revers de cette approche est que d’autres morceaux (« War », « N2 Ether ») sont agencés d’une manière qui semble trop axée sur l’émulation des pionniers du métal industriel. Que le tout soit fait avec compétence devra nous satisfaire si ce n’est nous enthousiasmer.

**1/2