Deth Crux: « Mutant Flesh »

Deth Crux est un combo de Los Angeles qui mélange habilement et allègrement rock gothique, dark wave et rock indé tendance shoegaze. Ambiance cauchemardesque, froideur, énergie et distance sont au programme des 10 titres injectés dans un premier opus qui a pour but de laisser des traces. Bien sûr, certains titres sont bien plus typés que d’autres, et il faudra passer au-dessus des synthés eighties, du chant profond, que ce soit côté grave ou déclamatoire, du saxo un peu trop envahissant.

Pour entrer dans les ambitions du groupe, tout çela est contrebalancé par une énergie punk, par une production ample et claire, et des chansons dont le côté direct et sauvage les aide à s’insinuer là où peut se situer notre appétence musicale.

On pensera donc à un mélange de Sisters Of Mercy, mâtiné d’un petit Bauhaus et d’un gothic punk plus récent. À partir de ces déclarations d’intention Mutant Flesh n’exaucera pas tous nos souhaits, mais restera une pas trop mauvaise entrée en matière dans le genre revendiqué.

**1/2

Soft Moon: « Homicide »

Il faut entendre, Luis Vasquez, leader de Soft Moon couvrir l’ « opener » de Homicide le quatrième opus du combo sur un « I’Can’t control myself » palpitant et jalonnant « Burn », le dit titre, pour saisir instantanément l’immédiateté d’un album conjugué sur fond de cette musique industrielle vectrice d’une unique émotion, le désespoir.

Nous avons droit, ici, à un gros plan assumé de tout ce que le post-punk associé à un univers gothique que n’aurait pas renié The Cure ; tout y figure de la pochette symbolique et abstraite aux textes où Vasquez aborde continuellement une seule thématique, celle d’un enfance violentée, dominée par un père détesté mais dont on déplore l’absence.

S’il y ajoute le récit de son addiction à la cocaïne et la culpabilité qui le harcèle à laisser ces sentiments prendre le dessus sur lui, on aura droit à un disque empli de présences telles celles de Trent Reznor, lui aussi adepte de l’auto flagellation.

La poésie et le mélodrame cohabitent à en devenir étouffants (« Helle is where I’ill go to live » ou « How can you love someone like me ? ») et on plongera ainsi sans équivoque dans le linceul d’une tonalité de type Pornography de Cure.

Une fois passée la frontière de la suffocation, on accueillera l’appel d’air que pourront constituer quelques bribes du plaisir amer que chacun peut tirer à se lamenter sur son sort. Rien de remarquable ici à moins qu’on apprécie de se murer dans une chambre close avec p

Peter Murphy: « Lion »

Ce dixième album de Peter Murphy est produit par le bassiste de Killing Joke, Youth, et son influence se fait se sentir de manidère évidente dès le titre d’ouverture de Lion : « Hang Up ». Des guitares remuantes et des beats électroniques sombres propulsent l’ancien chanteur de Bauhaus vers un décollage abrasif dont le baryton sonore réduit à un rugissement granuleux évoquera Jaz Coleman, le vocaliste de Killing Joke.

C’est une amorce d’album assez frappante dans la mesure où elle plante les graines de ce qui est un départ sonique pour un Peter Murphy dont les styles vocaux sont d’ordinaire plus mélodieux.

Lion, agit en fait comme un hybride entre ses travaux les plus expérimentaux, les flirts avec la techno de Cascade en 1995, la submersion dans les atmosphères du Moyen Orient sur Dust en 2002 et les approches « guitar rock » plus musclées de Ninth en 2011.

Le « single » « I Am My Own Name » est une parfaite distillation de ces styles ; une intro exotique, des claviers gothiques glaçants et la voix de Murphy en mode mélodique. « Low Tars » enfin révélera la synth-pop 80’s don,t le chanteur s’était entiché et dont il fera ici un pastiche.

Le chanteur sonne très en voix et plein de vigueur ce qui est une bonne nouvelle pour un artiste affecté par des nombreux problèmes légaux et, avec Youth, ils forment une parfaite dichotomie Yin et Yang en déboulonnant tous les éléments de ces sous-genres et en leur apportant un sursaut d’adrénaline.

Tous les titres ne sont pourtant pas réussis : « The Ghosts of Solkan Lake » et « Holy Clown » sont trop répétitifs et ressemblent plus à des esquisses soniques que des chansons abouties et le rocker mid-tempo « Eliza » souffrira d’un chorus trop multi-tracké et d’une mélodie hasardeuse.

On trouvera, après tout Maurphy a désormais plus de 50 ans, quelques ballades aux tonalités sépia en particulier la mélancolique « I’m On Your Side » et la crépusculaire « Loctaine ».

Lion est un effort particulièrement fort si on considère la somme de ses parties. Il est toujours rafraîchissant de voir un artiste avançant en âge garder la passion de sa jeunesse. Ça n’est peut-être pas son meilleur disque, mais il fait encore tpreuve d’une certaine grandeur.

***

Thought Forms I Esben & The Witch: « Split »

Comme en témoigne leur tournée commune, Esben & The Witch et Thought Forms semblent s’apprécier et il n’est pas étonnant que cette empathie débouche sur un album commun.

Celle-ci semble furtive, née d’un désir créatif commun et non forgée depuis longtemps. Split nous ramène en effet où les groupes faisaient ce genre de choses régulièrement comme s’il s’agissait de feuilletons. « LP » serait un terme adéquat d’ailleurs puisque les 4 premières plages émanent de Thought Forms et les 2 dernières de Esben.

Les premiers ont une approche plus « grunge » dans laquelle on discerne un arc de guitare gracieux qui ferait comme viser les étoiles sur un « Your Bones » qui étincelle avec une certaine grâce avant de céder à la torture infligée par une pédale wah-wah. Le reste du temps pourtant, les compositions seront punk où « Sound of Violence » culmine avec ses riffs barbelés et un martèlement malveillant.

Esben, eux, s’inspirent de formes plus sombres. Leurs compositions sont plus lourdes et gothiques. Le groupe semble avoir opté pour une légère inflexion dans sa démarche ; alors qu’avant celle-ci était relativement céérbral, ici ils semblent vouloir viser la gorge.

« Butoh » est brumeux et monte lentement en crescendo avec des percussions tribales et des éclairs de guitares métalliques avant que le voix de Rachel Davies nous entraîne dans une atmosphère désespérée et apocalyptique. « No Dog » est, lui, jouit d’un élan qui semble difficile à arrêter surgi de tréfonds dont on ne connait pas l’origine.

Ce sont Esben et particulièrement Davies qui donnent le tempo de cet album. Quand sa voix s’arrête brusquement pour mieux rejaillir, elle apporte tension et dynamique et surtout émotions à fleur de cœur, de corps ou d’âme. Si Thought Forms impressionnent, Esben & The Witch sont purement et simplement détonants.

***1/2