Dumb: « Club Nites »

24 novembre 2019

On sait très peu de choses sur la formation post-punk-garage vancouvéroise Dumb. Assemblé autour de Franco Rossino (voix, guitare), le quatuor est complété par Nick Short (guitare), Pipé Morelli (batterie) et Shelby Vredik (basse). En 2018, fort de sa signature avec la maison de disques Mint Records, le groupe nous proposait Seeing Green; un disque plus touffu, plus punk et un peu moins cohérent que le tout dernier né.

Intitulé Club Nites, paru en juin dernier, le nouvel album de ces jeunesses a été enregistré, écrit et mixé par la formation elle-même; une bande parfaitement D.I.Y ! Même si le matriçage de l’album a été confié à Mikey Young – qui a travaillé étroitement avec l’un des meilleurs groupes rock garage australien, Eddy Current Suppression Ring – les Canadiens ont tout fait du début à la fin.

Parmi les parutions « d’un océan à l’autre », ce Club Nites se classera bien haut dans les listes des excellents albums, portant fièrement ses couleurs. Comme le titre de l’album l’indique, Dumb nous propose une virée remplie d’observations sarcastiques sur le mode de vie de tous ces fêtards qui ne jurent que par les « brosses dansantes » du week-end et les rencontres sexuelles fortuites… qui laissent ledit « clubber » émotionnellement vide.

Musicalement, on est ici en plein post-punk classique détenant quelques sursauts garage-rock qui évoquent fortement le son de Parquet Courts. On y décèlera également un petit ascendant de Pavement particulièrement dans « Cursed ». Même si Dumb respire la fleur de l’âge (et le manque d’expérience), les chansons présentées sur ce deuxième album sont d’une efficacité étonnante, assez pour nous donner envie d’écouter l’album en boucle.

C’est joué avec une énergie admirable et cette charge caustique sur cette vie nocturne futile, parfaitement « instagrammée », inspirée par toutes ces starlettes hollywoodiennes en quête de célébrité instantanée, nous a réjouis au plus haut point. La ressemblance frappante à Parquet Courts pourrait en agacer quelques-uns, mais ce groupe sait ce que ça prend pour concevoir une chanson post-punk accrocheuse et efficace.

On vous invite à prêter l’oreille à tous ces petits bijoux magnifiquement baveux que sont les « Submission », « Beef Hits », « My Condolences », « Fugue », « Columbo », « Slacker Needs Serious Work », « Knot in My Gu »t et « CBC Radio 3. » Sans que ce soit particulièrement inventif, Dumb sait être accessible, et ce, sans verser dans la ringardise. Si vous aimez les Minutemen, Pavement, Parquet Courts et Bench Press, vous serez en bonne compagnie sonore avec le combo.

***1/2


Medecine: « Scarred For Life »

1 novembre 2019

Medicine revient avec un album de reprises. C’est un moyen comme un autre de ne pas mettre réellement fin à un groupe peu productif et qui a passé son apogée, mais conserve de beaux restes pour la sortie de To The Happy Few.
Tout comme le Through The Looking-Glass de Siouxsie And The Banshees, et d’autres avant ou après, cette compilation-hommage rend grâce aux amis de cœur et donne à entendre un son et une approche à travers l’exercice périlleux de la reprise. Les morceaux sonnent différemment, les compositions laissant voir d’autres aspects que ceux déjà connus et sifflotés. Bob Welch et les Monkees se retrouvent mazoutés sous des couches de guitares noires et grasses, collantes et viciées. Les lointaines années folk sont ressuscitées dans une veine plus garage cabossée, non dénuée de finesse (« Dead Time Bummer Blues »), quand bien même « Sally go’ round to Roses » reste anecdotique ou que le jazz free de Miles Davis se mue en final noise no-wave assez éreintant. Les chansons les plus psychédéliques prennent un vernis shoegaze qui sonne naturel (pour le titre du Buffalo Springfield, c’est frappant !).


Brad Laner et sa troupe regroupée pour l’occasion (Jim Goodall, Annette Zilinskas au chant, Matt Devine) défouraillent et s’amusent des possibilités sans souci de l’homogénéité (qui peut faire sonner un titre de Zappa et l’assagir comme les autres ? Pourquoi ne pas mettre un clavier en avant sur « The Green Country » et assumer la notion d’interlude ? Et puis, pourquoi pas du Codeine au milieu des dinosaures ?). Sous une pochette en lien avec les anciennes compilations K-Tel (Philip Kives, spécialisé dans le Television Advertising) qui sélectionnaient des titres de la bande FM américaine, le groupe de Los Angeles lance un album sympathique, comme un retour sur soi et une ouverture vers les fans.

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Outrageous Cherry: « Digital Age »

12 novembre 2014

Si vous connaissez déjà Outrageous Cherry, The Digital Age ne marquera pas un franc départ de leur pop psychédélique mêlant le garage, un style qui est le leur depuis les années 90. et plus de 13 albums.

Ils ont eu le temps de peaufiner leur son avec des résultats variés mais, même si démarre sur de bons auspices (« Energy » est une belle démonstration d’assertion débridée), ce nouvel opus n’arrive pas à maintenir une telle qualité pendant longtemps. « (You’re A) Vortex » déborde d’allant mais celui ci semble aller dans tous les sens et ne parvient pas à canaliser notre attention.

D’une manière générale voilà un album qui aurait bénéficié d’un son plus clean et d’accroches plus agressives au lieu de se figer dans le fuzz. Quelques morceaux trouveront néanmoins grâce ; sans surprise ce sera ce qui est le plus dépouillé comme le très pop « I Think She’s Alright » qui pourrait tout droit sortir d’un album des Modern Lovers.

Ce qui est navrant est qu’après de si longues années, Outrageous Cherry privilégie l’amateurisme (« Priceless Thing ») et manque singulièrement d’ambition. Ce disque ne reflète en rien un groupe qui indiquerait qu’il cherche à renforcer un son et à le rendre rafraîchissant.

Au total, Outrageous est un terme qui convient aujourd’hui fort peu au combo. Pour être outrageux il faut être provocateur et, surtout, ne pas montrer signe de stagnation mais d’envie. On aura du mal à passer sur des bouche trous comme « Nameless Strangeles » et on déplorera que Outrageous Cherry soit devenu si inoffensif.

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Zig Zaggs: « Zig Zags »

7 juillet 2014

Zig Zags nous assènent un rock lourd, fait de distorsions, aux frontières du métal, du hardcore et du stoner rock. Il ne s’agit pas d’une musique qui se veut subtile mais plutôt de quelque chose qui figurerait en très bonne place dans une de ces innombrables « Battles of the Bands » si sourantes aux USA.

Avec des titres comme « Brainded Warrior », «  Tuiff Gay Hands » ou « I Am The Weekend », les morceaux de cet album éponyme sonnent comme si le groupe voulait se retrancher derrière une attitude imbécile voire débile, celle de personnages qui ne carburent qu’à la bière et aux joints et que montent leurs amplis bon marchés au plus haut niveau de volume comme si provoquer la douleur auditive était un but.

Tour ringard que cela puisse paraître, ces types-là ne plaisantent pas pour autant. Ils sont conscients de la crétinerie de ce qu’ils produisent mais ils n’en ont pas honte, bien au contraire. Le guitariste Jed Maheu, le bassiste Patrick McCarthy et le batteur Bobby Martin sont suffisamment soudés et musclés pour que Zig Zags nous procure une sacrée dose d’action , en particulier quand les effets distordus de Maheu se fondent à des lignes de basse qui semblent vouloir perforer les tympans.

De ce point de vue on ne saurait leur reprocher de hausser le temps de cet accords en clés mineures qui sont le fond de commerce du garage rock dans la mesure où ils parviennent à le les faire sonner comme si ils étaient tout droits sortis des systèmes sétéro d’une vielle bagnole et qu’ils étaient en train de redécouvrir cetet époque. Ajoutons la production de Ty Seagall qui fait de Zig Zags un album étonnamment frais qui plutôt que l’assourdissement véhicule la bonne humeur du low budget.

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The Modeens: « Electric Caribou »

12 décembre 2013

The Modeens sont un groupe de Tucson, Arizona assaisonnant leur rock de ces bruyants relents sixties, garage et psychédéliques uu’ils nous avaient servis sur leur premier album, Take a Ride with the Modeens en 2010.

À l’époque il s’agissait d’un duo : le chanteur guitariste Jamie Laboz et Cristina Williams assurant les parties de basse et les vocaux. Leur ingénieur du son, J Fen Ikner, les avait aidés pour la batterie mais ils sont, aujourd’hui, renforcé leur line-up avec Dave Prival (claviers et harmonica) et Dave DiDay (percussions). Electric Caribou conserve toujours la même approche crue mais il bénéficie d’un son plus « clean » ce qui donne, quelque part, encore plus de mordant que sur Take a Ride.

Le titre d’ouverture, « Modeens Theme » introduit en quelque sort la scène sur laquelle le groupe évolue avec son orgue tourbillonnant et acide façon « 96 Tears » et les riffs de Lazob recouverts de « reverb ». Le son est ponctué par des bruits de bouteilles brisées, des cris , des interpellations de voix d’ivrognes, des battements de mains et une jolie flopée de chahuts divers servant de décor sonore. Le groupe continuera dans la même veine avec « Fantasy » et ses cuivres kaléidoscopiques et un « Mr Jones » qui ne sera pas sans rappeler le « Gloria » de Van Morrison ou des Shadows of Kinght.

Electric va également voir le groupe s’essayer à des exercices stylistiques différents même si voguant toujours dans les mêmes eaux. Quelques titres seront denses et vigoureux (« What I Need », Caroline », « Not About Me ») révoquant sensiblement le punk ou The Replacements alors que le boogie-rock de « Drinkin’ Is A Full Time Job ») et un « Favorites Shoes » menotté par un banjo apporteront un petit côté « country/roots » festif et classic rock à leur registre.

On retiendra aussi les vocaux étouffants de Williams et l’harmonica tapageur de Prival sur l’incandescent « Faster » avant que le disque ne se termine sur un duo bluesy tout end étente et en laidback pour clore ainsi le théâtre de ce qui est une tuerie sonique dont aucune plage ne peut, en outre, passer pour du remplissage.

★★★½☆

Spectral Park: « Spectral Park »

8 février 2013

Comment faire du neuf avec du vieux ou du vieux avec du neuf. Telle est l’énigme posée par Spectral Park, c’est-à-dire Luke Donovan, puisque sa musique est un recyclage garage et psychédélique fabriqué à partir de vieux disques qu’il a samplés. Le croisement est improbable mais plus qu’intéressant, un peu comme si les chevauchées sauvages d’un groupe comme The Amboy Dukes étaient passées sous la patte du légendaire producteur Tom Meek.

On pourrait parler de nostalgie si la musique de Donovan était mélancolique mais il n’en est rien bien au contraire. Spectral Park s’ouvre sous une atmosphère de kermesse aux teintes psychédéliques et la plupart des compositions vont garder cette tonalité de spirale frénétique dans laquelle l’intensité semble croître de seconde en seconde.

Dire que ce « trip » est hallucinogène est un euphémisme, le plus étonnant étant qu’il a été bâti à partir de vinyles abandonnés trouvés dans la rue.Son tripatouillage de sons est d’autant plus remarquable qu’il a été fait avec les moyens du bords, quelques boutons sur une console, et que sa musique résonne de façon aussi organique que si elle avait été faite sur acétate. De cette expérimentation folle, il n’est pas surprenant qu’en sortent de tels assauts sur les sens dans lesquels, pourtant, Donovan parvient à créer de façon égale des bribes mélodiques. D’une certaine façon cela a une parfaite logique car l’esprit est ainsi entraîné dans des royaumes familiers pour, très vite, s’en voir être détourné.

Les titres les plus confondants sont « Ornaments » avec son torrent de guitares mélodieux et de vocaux ou « Cut » un impressionnant mixage de garage 60’s accolé à un timbre de voix hors du temps et de l’espace. Spectral Park est sans aucun doute une remise à niveau du psychédélisme original et originel. On ne peut que rester yeux grand ouverts devant le kaléidoscope qu’il nous offre.

★★★★☆

Paws: « Cokefloat! »

7 janvier 2013

Au même titre qe Mogwai, Belle & Sebastien ou Camera Obscura, Paws est un combo originaire de Glasgow. Là s’arrête tout apparentement car le groupe produit une musique assez atypique que l’on pourrait qualifier de garage pop rock lo fi.

La combinaison peut sembler étrange mais le trio parvient à amalgamer ces genres avec aplomb et, on doit l’avouer, un allant certain. Les riffs peuvent être tendus, qu’ils soient garage punk ou plus power pop, le tout délivré avec ce mélange de fun et d’insouciance qui contrebalance ce qu’une noisy pop façon Dinosaur Jr. pourrait avoir d’astringent. S’il fallait les apparenter à un autre groupe de Glasgow ce serait plutôt, par conséquent, les mésestimés Teenage Fan Club par cette habileté versatile consistant à osciller entre divers climats comme le rock slacker de « Bloodline », celui, plus débridé et féroce, de « Winners Don’t Bleed » ou la ballade acoustique crispée représentée sur ce premier album par « Get Bent ».

Mais cet assemblage ne serait rien si lo-fi il n’y avait. Il faut louer ici la production de Rory Atwell des Test Icicles qui s’empare de l’approche noisy du combo pour la transformer de manière plutôt inhabituelle. L’approche va être celle du « less is more », un peu comme ce qu’aurait pu réaliser Steve Albini, ce qui permet à Cokefloat! d‘être comme émonder de tout surplus sonique. On n’appréciera donc pas cet album pour son mur de guitares mais pour les interstices que, justement, il parvient à construire à l’intérieur de ses morceaux.

★★★☆☆