Hinds: « The Prettiest Curse »

6 juin 2020

Ce quatuor féminin de Madrid, sort ici son troisième album, The Prettiest Curse, après un malheureux report de la date de sortie originale. Depuis 2011, date à laquelle les chanteuses et guitaristes Carla Cosials et Ana Perrote jouaient des reprises sous le nom de Deers et sortaient des « singles « sur Bandcamp, leur popularité a explosé au point que les gens les considèrent comme l’une des meilleures productions musicales espagnoles de mémoire récente. Pendant ce temps, le groupe a joué au Stephen Colbert Show et au Coachella tout en signant une ligne de vêtements exclusive par l’intermédiaire d’Urban Outfitters et en créant une ligne de maquillage sans cruauté. 

Le morceau d’ouverture « Good Times, Bad Times » est un point fort de leur catalogue global qui combine tous les éléments qui ont eu du succès dans le passé tout en mettant en place le thème lyrique de l’album. « Just Like Kids (Miau) » a un refrain qui vous restera certainement en mémoire ainsi qu’une excellente performance de la section rythmique du très talentueux duo d’Ade Martin (basse) et Amber Grimbergen. Un jeu amusant pour se défouler des tracas quotidiens et de la mentalité actuelle du groupe. Des paroles comme  « You’re too pink to be admired and too punk to be desired » mettent en lumière la façon dont beaucoup de femmes sont traitées dans la musique d’aujourd’hui de façon brillamment succincte. « It » et « The Play » sont comme des aberrations sur l’album parce qu’ils se focalisent sur une lutte plus interne avec la vie en rapide évolution qu’elles ont vécue. 

« Come Back And Love Me ❤ » est probablement la plus versatile de toutes les chansons de l’album. Son approche décomposée et sa construction cohérente en font un titre extrêmement addictif alors que « Burn », lui, a un son indie datant étonnamment du début des années 2000 pour un groupe qui a une base si forte dans le son d’aujourd’hui. Des chansons telles que « Boy » et « Riding Solo » illustrent plus clairement le principal sujet lyrique de l’album : les chagrins d’amour et le désordre inévitable qui s’ensuit. « This Moment Forever » reprend la même idée, avec une approche beaucoup plus lente et délibérée de sa réalisation. Le ton sombre de l’album devient alors plus enveloppant, en faisant frémir les cordes du cœur de l’auditeur en termes de textes et émotions. 

L’album montre une croissance dans tous les aspects de la musique, mais les paroles semblent être le plus grand domaine de changement. Sans aucun doute, l’ajustement se reflète dans le sujet tout au long de l’album. La production de Jenn Decilvio aura ainsi accentué l’évolution du groupe en mettant en valeur les multiples parties vocales et en ajoutant une touche vraiment magistrale sur les effets choisis. L’honnêteté dans la gestion des émotions difficiles est rafraîchissante pour une formation pop, ce qui annonce des changements passionnants à venir. 

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Night Beats: « Perform The Sonics’ Boom »

3 mai 2019

Il fallait oser s’attaquer à cette œuvre fondatrice qu’est Boom, album des Sonics sorti en 1966 que beaucoup considèrent comme la référence garage par excellence. Qui mieux que Night Beats, horde menée par Danny Lee Blackwell, pouvait relever ce défi quand on connaît la vénération que le groupe voue à ses aînés ?

Le résultat est à la hauteur de nos espérances, respectant à la lettre l’esprit et le son défendu par les Sonics, tant en ce qui concerne les titres originaux du combo de Tacoma que les reprises furieuses (« Louie Louie »), qui sont assénées par un groupe qui a le soucis permanent de rendre l’hommage le plus fidèle à cet album fondateur, sans surenchère. Les musiciens se sont ainsi délibérément imposés les conditions d’un enregistrement des années 60, éradiquant toute la technologie moderne et usant toujours à bon escient des saturations.

Les riffs de guitare respectent la simplicité de l’original sans jamais tomber dans la démonstration, et l’auditeur se retrouve transporté en 66, âge d’or du rock garage, percevant au plus près la force de ces morceaux qui restent des classiques intouchables, s’ils sont joués comme les Night Beats les exécutent, avec un respect et une considération qui font de ce groupe l’un des plus dignes descendants de leurs mentors. Que ce soient « He’s Waitin »’, « High Hike », « Cinderella », » Shot down », « Don’t beAafraid of the Dark », les Night Beats ont à cœur de respecter l’original sans trahir la rage qui s’en dégage, et qui demeure pour beaucoup une source inépuisable d’inspiration sans que les imitateurs qui s’y frottent, attirés par la simplicité apparente des compositions, ne parviennent à reproduire l’odeur de soufre qui émane de ces hymnes hors de portée. Car les Sonics ont précisément apporté au rock’n’roll cette urgence maîtrisée si caractéristique des bons groupes de garage, mais que peu ont finalement réussi à reproduire avec la même verve.
Les Night Beats, dans les notes de pochette, expliquent humblement que les Sonics ont façonné leur son, et que la dette contractée valait bien un retour d’ascenseur, à condition qu’il soit dans le plein respect de l’esprit originel du disque.

La chose est réussie, mais on aurait préféré qu’il soit donné une plus large diffusion à ce beau vinyle.

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Black Rebel Motorcycle Club: « Wrong Creatures »

9 septembre 2018

Black Rebel Motorcycle Club fut un des groupes les plus en vue quand, au début des années 90 on eut drait à un renouveau du « garage rock. Leur démarche était cool, leur esthétique « rétro », leurs tenues et lunettes noires. So on ajoute leurs guitares en fuzz et leurs vocaux détachés, il furent comparés, à l’poque et sans que ce soit inapproprié, à Jesus and Mary Chain.

Leur premier album éponyme en 2001 est même devenu un classique du genre mais B.R.MC. montra très vite qu’il n’était pas aussi obnubilé pair cette image. Leurs troisième opus, le méconnu Howl, les vit apporter un son « dark americana » à leur répertoire et, sur les albums suivants, ils se rapprochèrent de plus en plus des tonalités qui les avaient rendus célèbres à leurs débuts. Les résultats étaient satisfaisants mais certainement pas mémorables.

Pour un disque qui marque leur vingtième anniversaire

Wrong Creatures ne donne pas l’impression de mettre au défi les détracteurs de notre combo. Le titre d’ouverture, l’instrumental « DFF » est pourtant percutant à souhait : percussions sinistres, humeur pleine d’acrimonie, mais, dès que les « véritables » chansons démarrent, très vite s’aperçoit-on que, non seulement elles sont trop longues, mais que ce consistance à les faire durer ne fait que les rendre laborieuses et prévisibles plutôt qu’envoûtantes.

Avec une vingtaine d’années au compteur on pourrait attendre autre chose même si, à la décharge du groupe, on peut se féliciter de les voir capables d’accélérer les cadences, paer exemple sur « King of Bones » et ses vocaux impérieux et une patte industrielle que ne démentirait pas Trent Reznor.

Sur les titres lents aussi, un « Haunt » façon Nick Cave, le combo est capable d’insinuer une menace reptilienne, mais la plupart des compositions, à l’instar de «  Questions of Faith », démarrent efficacement mais peinent à développer leur potentiel sur la durée.

Ce n’est que sur « Ninth Configuration » que l’intensité montera d’un créneau et c’est d’ailleurs sur la dernière partie de Wrong Creatures que ce qui rendait B.R.M.C. si unique se manifestera dans sa nervosité tapageuse, par exemple sur « Little Thing Gone Wild » plein de morgue ou sur un « Circus Bazooko » carnavalesque à souhait avec une empreinte Beatles/Brit Pop si pétillante qu’on se mettrait à souhaiter que le combo s’y complaise un peu plus.

Au chapitre de ce que l’on pourra déplorer, on pointera du doigt un « Calling Them All Axay » at sa psychedelia trop empruntée à Jason Pierce et les influences exotiques que l’on avait déjà décelées chez eux. « Carried From The Start » rappellera le B.R.M.C. de jadis mais sans le même caractère et c’est dans le « closer » « All Rise » que l’on pourrait avoir une indication de la prochaine direction que le groupe pourrait emprunter ; une plus grand effort mélodique dans la cadence et une sorte de rencontre entre Verve et Mercury Rev. Cette grandeur arrive, hélas, un peu trop tard pour que l’album acquière une forte identité.

B.R.M.C. demeure un groupe étrange ; il a l’oreille quand il est question de production mais il lui reste toujours difficile d’égaler ses premiers efforts. Wrong Creatures est l’exemple type du disque à déguster en concert avec ce que le « live » peut avoir comme effet en matière de rémanence.

***1/2