Drowners: « Drowners »

3 février 2014

Drowners est le groupe de Matthew Hitt, un Gallois installé à New York. Drowners est leur premier album et c’est un disque de garage pop qui, qu’on le veuille ou non, sonne comme The Libertines. Ces influences (un nom qui reprend un titre de Suede, The Smiths censé être le groupe favori de Hitt) étant clairement reconnues et assumées, on ne peut se méprendre sur cette tonalité faite de changements d’accords, de mélodies vocales et d’une voix qui sonne étrangement comme celle de Carl Barât.

Il serait facile de les railler d’autant que cela fait bien dix ans que se réclamer des Libertines a perdu toute connotation positive. Si on devait revenir à cette époque où les clubs indie fonctionnaient à la vodka pour ne citer que les substances les plus respectables, Drowners seraient parfaitement intégrés à cette scène faite de chansons des Strokes et des claviers futuristes de Klaxon.

Aujourd’hui, le « fun » est devenu un mot de cinq lettres et il est peu politiquement correct et ringard de suggérer que le public puisse en avoir en allant à des concerts où le mettre mot serait de se jeter dans la foule. Il est sans doute plus avisé et recommandé de cliquer sur des liens internet plutôt que de s’aventurer dans ces espaces imbibés de sueur et de décibels.

Drowners donnent néanmoins la sensation qu’ils se moquent totalement d’être considérés comme des « aliens ». Leur disque est de la garage pop revendiquée sans aucune honte, que ce soit sur la dramaturgie sordide de « Unzip your Harrington », un « Well, People Will Talk » carburant à la nostalgie ou les vocaux simples mais entonnés avec entrain sur « Watch Yiou Change ».

On ne peut dédaigner cette profession de foi qui estime que le « fun » n’est que du « fun » et que c’est très bien. Le seul regret qu’on pourrait avoir à cet égard est une production un peu trop policée pour s’avérer véritablement « destroy » mais ce premier disque est incontestablement plus savoureux que celui d’un groupe similaire comme The Palma Violets.

★★★½☆


September Girls: « Cursing The Sea »

8 janvier 2014

Setember Girls est un quintette féminin de Dunlin dont le nom vient d’une chanson de Big Star et qui a créé pas mal de « buzz » ces derniers temps. Le groupe est décrit comme une version actuelle des Bangles, dont le répertoire, très brut, évolue entre garage pop et shoegaze.

Cursing The Sea était donc fortement attendu après un certain nombre de EPs trempés dans reverb, distorsion et de refus de tout polissage. DE ce point de vue, l’album ne sera pas différent et écartera tout apparentement à l’univers, moins acéré, des Bangles dans la mesure où son lo-fi et thème principal (l’insécurité) se retrouvent tout au long de ce « debut album ».

Vocaux et production seront à cette image : ligne de guitare hérissée, simple et tranchante, titres concis tournant dans un laps de temps de deux minutes, mélodies entraînantes et percussions continuelles mènent à des vocaux digne d’une Chrissie Hynde énervée et où toutes les rages et les frustrations nées de ce sentiment d’insécurité convergent. Celui-ci s’amplifie par le traitement, rempli d’échos, donné à la voix comme pour réverbérer un tropisme qui ne dévie pas du sinistre (« Another Love Song » et ses petites touches orientalistes façon Siouxsie & The Banshees).

« Left Behind » est une nouvelle démonstration de ce qui est infligé à la voix mais une nuance de sophistication sera apportée par une utilisation judicieuse d’un orgue d’église permettant d’accompagner la six cordes tout d’abord fuzzy puis débouchant sur un son à la Interpol sur l’excellentissime pop de « Heartbeats ».

Cursing The Sea s’écoute avec plaisir du début à la fin : on y retrouve des éléments rappelant la majesté de The Jesus & Mary Chain sur une échelle plus lo-fi et il véhiculera à merveille cette vision un peu sombre et presque mature à laquelle un « Someone New » très Raveonettes fournira une maigre éclaircie avant que le disque ne se termine sur « Secret Lovers » et « Sister » deux morceaux prompts à fournir cette impression de mal être d’autant plus impressionnante qu’elle sonne durable et prometteuse.

★★★★☆

The Limiñanas: « Costa Blanca »

2 décembre 2013

Depuis leur 1° album en 2010, le duo perpignanais des Limiñanas ont indubitablement créé leur propre son. Leur amalgame de garage pop et de « yé yé » français leur permet, sur ce 3° opus, d’apporter fraîcheur et vivacité à une musique qu’il serait aisé de qualifier de désuète.

Costa Blanca suit Crystal Anis (2012) et, bien qu’il puisse sonner familièrement à l’oreille des fans, le groupe parvient à maintenir un niveau d’excitation qui ne se dément pas. Il y a d’abord ce côté « cool » avec ces vocaux à la Gainsbourg délivrés avec désinvolture sur fond de cithare, de basse et de tambourin (« Je Me Souviens Comme Si J’Y Étais » qui ouvre l’album), mais, plus que simple imitation, c’est avant tout un hommage à tous ces chemins musicaux qu’ils ont sillonnés auparavant.

« My Black Sabbath » se distingue par une ligne de basse pleine de « groove » et, avec des textes la plupart chantés en Français, ils ont cette faculté à fonctionner comme des riffs exotiques et séduisants sur une musique aux racines anglo-saxonnes.

Des éléments demeurent reconnaissables : l’orgue et le banjo utilisés sur « Salvation », le tête-à-tête vocal masculin/féminin caractéristique sur « Votre Côté Yé Yé M’Emmerde » ou « Rosas » ou cette guitare pleine de fuzz qui s’injecte dans Costa Blanca. « Votre Côté », en particulier met en évidence cette option fuzz et sa forme répétitive rappellera le « Sister Ray » du Velvet.

On aura pourtant la sensation que The Limiñanas élargissent leur univers musical sur cet album. « Liverpool » met en valeur une guitare coustique aux tonalités espagnoles et donne au disque de merveilleusement texturées atmosphères méditerranéennes. Ce seront ces nouvelles influences qui nuanceront l’album et lui procureront un aspect nostalgique (Lio a grandi en Espagne) qui accentuera le caractère intimiste de l’album. Le panorama sonique sera également plus ample avec des clins d’oeil à la Nouvelle Vague comme sur « La Mercedes de Couleur Gris Métallisé » ou une touche de western spaghetti ‘« Cold On The Ground »).

Au toal, Coata Blanca montre l’habileté avec laquelle le duo est capable d’évoluer entre divers registres. Il est la preuve que la « French pop » a de moins en moins à rougir de sa comparaison avec ses anglicistes collègues.

★★★½☆

The Fresh & Onlys: « Long Slow Dance »

9 janvier 2013

On ne peut pas dire que The Fresh & Onlys ne soient pas prolifiques avec quatre albums en trois ans ainsi qu’un nombre conséquent de E.P.s et de « singles ». Dans cette constante, il en est une remarquable ; nos rockers issus de San Francisco ont à chaque fois évité toute récurrence depuis l’album éponyme de leurs débuts, une surf pop contrastée car obscurcie par des guitares fuzz, leur énergie et leur inspiration semblent ne donner aucun signe de faiblesse.

Long Slow Dance voit les quatre membres du groupes continuer leur escapade musicale au travers de l’univers de la garage pop. C’est avec une fougue indéniable cette fois que le combo semble poursuivre une trajectoire qui n’a rien de lisse tant les onze titres qui constituent l’album sonnent comme autant de combats. Ces véritables joyaux sont emmenés (même promenés) par une guitare immense et débridée épaulée qu’elle est par une section rythmique basse/batterie pétulante et tendue.

Ainsi, « Dream Girls » aurait pu , certes, être écrit avant ce L.P. Ma s il n’aurait pas eu ce vernis pop brillant et ramassé. C’est untitre plein de sève transfiguré par le phrasé vocal délicieux de Tim Cohen. « Fire Alarm » est un autre exemple montrant comment The Fresh & Onlys ont su domestiquer leur frénésie en l’accouplant à quelques plages de synth pop qu’ils concilient toutefois avec la verve et la vigueur qui leur est inhérente. Celles-ci se retrouvent alors comme décuplées sur un « Euphoria », infernal assassinat rythmique constellé par des boucles de guitare saturées en reverb qui sont comme issues d’un rêve psychédélique que les vocaux fantomatiques de Cohen hanteraient.

Long Slow Dance est le symptôme du renouvellement incessant du groupe ; il ne faudra pas s’étonner alors que leur musique soit toujours aussi… rafraichissante à défaut d’être unique.

★★★½☆