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Tenci: « My Heart Is an Open Field »

My Heart Is an Open Field, voilà un excellent titre pour ce premier album aux allures de doux champ de bataille. Tenci, nom de scène de la compositrice américaine Jess Shoman et de son petit cercle de musiciens de chambre, est indéniablement une voix à part. Une voix, parlons-en : Jess, qui passe déjà très aisément d’un timbre caverneux à un quasi-falsetto, est surtout capable d’un vibrato extraordinaire, à vous faire friser la peau sur les bras ; on croirait que son corps entier ondule sous l’effet de sa propre voix (magnifique « Joy 2 »). 
Si c’est certainement là le cœur de ces neuf compositions un peu décousues, qui font l’effet d’une petite fanfare avec leur assemblage biscornu de guitares, de piano, de xylophone, de percussions et de synthétiseurs, My Heart Is an Open Field ne serait rien sans ses motifs brouillons ( « Serpent »), ses textures élaborées (« Blue Spring ») et ses exercices décalés («Forgot my Horse’s Name»). Sommes-nous dans un salon particulier ou dans un champ à regarder les étoiles ? Tenci incarne cette belle ambiguïté.
***1/2

4 octobre 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Bonnie « Prince » Billy: « When We Are Inhuman »

Bonnie « Prince » Billy est, ici, associé à Bryce Dessner (The National) et à l’ensemble contemporain Eighth Blackbird pour un disque de reprises folk pour le moins étonnant. En attendant le véritable nouvel album du chanteur, occasion nous est donnée de patienter avec cet album paru sur le label de Justin Vernon qui regroupe des chansons issues du répertoire de folk traditionnel américain mais aussi des titres de Bonnie « Prince » Billy réarrangés par le collectif Eighth Blackbird.

Le résultat est assez surprenant évidemment, mais pas plus déstabilisant que ça. C’est globalement réussi avec ce style plutôt rustique d’un Will Oldham que l’on ne s’attendait pas à voir aussi bien fusionner avec les musiques contemporaines de Eighth Blackbird.
Il faut dire que l’ensemble musical américain a su très bien adapter ses orchestrations aux chansons country folk, avec des choses à la fois légères, bucoliques, minimalistes mais toujours d’une grande richesse musicale. Un beau projet pour un résultat abouti.

***1/2

30 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The Maes: « The Maes »

Maggie et Elsie Rigby connaissent bien le folk : elles sont carrément nées dans ses jupes. Ce premier album des deux soeurs australiennes en tant que The Maes, un duo forcé par le départ du troisième membre de leur groupe The Mae Trio l’an dernier, est celui d’une liberté inattendue ; un calme nouveau apparaît en effet dans les mélodies, une solidité. Enregistré spontanément pendant une tournée en duo entre le Canada, l’Écosse, l’Irlande et leur ville natale de Melbourne, ce joli exercice de folk minimaliste — parfois plus étoffé, comme sur la belle « Head Over Heels » — entremêle avec adresse violon, mandoline, guitare, violoncelle et banjo.

Qu’elles soient en harmonie ou non, les voix des Rigby — l’une plus mature, l’autre plus perchée — maîtrisent l’art de la nuance, de l’amplitude et du trémolo, surtout sur la lente « February Bride ». Si The Maes ne révolutionne pas le grand bassin du folk, l’entrain et l’expressivité du duo sont, en revanche, de très beaux atouts dans sa manche.

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20 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Rhiannon Giddens: « There Is No Other »

Il n’y en a pas d’autre… qu’elle. Rhiannon Giddens est non seulement la plus grande interprète de notre monde, elle gagne en pertinence et en audace à chaque extraordinaire projet. Après avoir brandi avec d’autres auteures-compositrices de nouvelles chansons folk pour dénoncer les iniquités d’hier et d’aujourd’hui,  la voilà forte d’une autre alliance qui permet à la chanteuse d’opéra (qu’elle est encore) de pousser son gospel-blues avec une puissance inouïe.

À son cher banjo s’ajoute la multitude des instruments que joue l’improvisateur jazz Francesco Turrisi, et si le résultat nous souffle, rien n’est déraciné. Bien au contraire : tous poumons dehors, Rhiannon fait voyager dans le monde entier son héritage. Ses relectures des traditionnelles « Wayfaring Stranger » et « Ten Thousand Voices » qui devient une sorte d’opéra africain) sont plus qu’épatantes : elles donnent du courage pour changer le cours des choses.

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11 mai 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , , , | Laisser un commentaire

Lucy Rose: « No Words Left »

Jusqu’à présent, Lucy Rose avait été audible mais n’avait pas réussi à distiller la petite dose de frisson nécessaire pour nous faire chavirer. Sur le papier tous les ingrédients semblaient réunis mais il n’était sans doute pas facile de faire partie de la même génération que Laura Marling. Chacune d’entre elles a débuté au sain d’un groupe (Bombay Bicycle Club pour Lucy Rose, Noah and the Whale pour Laura Marling), mais c’est bien la seconde qui est très vite arrivée à maturité dans le cadre d’une très prolifique et exigeante carrière solo. Cela ne voulait pas dire que Lucy Rose n’allait pas totalement se libérer à un moment donné, mais elle a sans doute plus longtemps cherché sa voie entre amour pour la musique Folk et des arrangements parfois plus Pop, notamment sur son album Work It Out sorti en 2015.

Aujourd’hui l’Anglaise est de retour avec son album le plus dépouillé. Elle se met littéralement à nu sur ce disque dont la pochette en noir et blanc sied bien à la sobriété. C’est souvent dans ce genre d’exercice que le talent d’un singer songwriter explose, et c’est le cas pour Lucy Rose. Jamais ses chansons, dans leur plus simple appareil, n’ont sonné aussi juste. Des compositions folk pleines d’émotion et une sensibilité à fleur de peau qui ne sont pas sans rappeler quelques monuments du genre tels que Joni Mitchell.

No Words Lef test le fruit de longues sessions d’enregistrement à Brighton avec le producteur Tim Bidwell (Laish, Peggy Sue…). Une guitare acoustique, un piano, des arrangements de cordes, une basse discrète et quelques cœurs habités forment ce cocktail à la fois reposant et surtout très touchant, notamment sur « The Confines Of This World », « Treat Me Like A Woman » ou « Conversation » qui ouvre l’album. Nous voilà désormais happés dans l’univers de Lucy Rose qui, avec son disque le plus personnel, fait sa véritable entrée dans la cour des prétendants au statut de grande artiste folk. Quand les mots s’effacent, reste la musique, précieuse et envoûtante.

***1/2

7 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Billie Marten: « Feeding Seahorses By Hand »

Billie Marten est une auteure-compositrice-interprète originaire du Yorkshire quifut révélée en 2016 avec son premier album Writing of Blues and Yellows lui ayant valu suffisament de louanges possibles pour que son successeur, Feeding Seahorses By Hand, suscite attante impatiente.

Ici, on retrouve les ingrédients qui ont fait la renommée de Billie Marten, à savoir une indie folk chatoyante et sans superflu. Armée que de sa guitare acoustique et de sa voix sirupeuse qui ne lui fait jamais défaut, la native du Yorkshire continue d’ouvrir les portes de son intimité à l’écoute des perles allant de « Carton People » à « Bad Apple » en passant par les éthérés « Mice » gentiment morbide, « Blood Is Blue » ou la magnifique « Toulouse ». Atteinte de dépression saisonnière, elle raconte tout au long sa solitude sous toutes ses formes depuis qu’elle vit à Londres sur « Blue Sea, Red Sea » ou sur « Vanilla Baby ».

La production sans fioritures d’Ethan John réussit à capturer ses instrumentations quasi-nues et dépouillées mettant en valeur le passage à l’âge adulte d’une Billie Marten rongée d’incertitudes. Avec quelques arrangements aux claviers pour les moins discrets et de notes de guitare tantôt acoustique tantôt électrique, Feeding Seahorses By Hand est le journal intime d’une jeune femme dont on arrive à discerner cernerla psychologie fragilisée sur « She Dances », « Boxes »ou bien même le touchant « Anda ».

Il ne fait aucun doute que ce second opus sent la lucidité et la franchise de la britannique qui arrive à faire frémir son auditeur en raison de son contenu abouti et cohérent. Lucy Rose, Laura Marling et autres Fenne Lily seront, evec elle, en bonne compagnie.

***1/2

3 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

David Ian Roberts: « Travelling Bright »

Originaire des Midlands de l’Ouest et désormais établi à Cardiff où il collabore avec Toby Hay, David Ian Roberts sort de l’ombre avec Travelling Bright, un deuxième album tout en subtilité qui convoque l’esprit des maîtres du folk britannique.

Multi-instrumentiste virtuose mais jamais démonstratif, compositeur sophistiqué dont les influences folk (Pentangle, Roy Harper, Nick Drake) s’aventurent parfois jusqu’aux frontières du jazz, chanteur au timbre sensible qui réveille le souvenir des regrettés Elliott Smith et Nick Talbot (Gravenhurst), David Ian Roberts livre un deuxième essai en forme de voyage hors du temps.

Invitant à la rêverie et à la contemplation, Travelling Bright est un recueil de chansons folk à maturation lente, toutes taillées dans les bois les plus précieux. Ceux dans lesquels ont été forgés les grands classiques.

***1/2

12 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Andrew Tuttle: « Andrew Tuttle »

Dans le sillage de Daniel Bachman ou Richard Osborn Andrew Tuttle est un artiste dont cet album éponyme est, contrairement aux apparences, le troisième.. Adepte comme John Fahey, Morton Feldman ou de Keith Fullerton Whitman, ce guitariste Australien, à la fois compositeur et improvisateur a collaboré par le passé avec des gens comme Julia Holter ou Steve Gunn.

Accompagné d’un banjo, d’une guitare acoustique et d’un synthétiseur, il a composé cet album aux multiples reflets, aux tonalités changeantes et aux textures très riches, dans lequel son finger-picking fait des merveilles pour donner vie à des motifs de guitares bucoliques et très doux dans un style qui rappelle par moment le travail d’un certain Jim O’Rourke.


En guise d’arrangements, il propose des sonorités électroniques, des bourdons, des parties de guitares triturées dans des morceaux qui évoquent la solitude des vastes étendues sauvages ou de paysages de montagne magnifiques. Une perle de musique pour voyager, à découvrir très vite !

***1/2

1 décembre 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Elisapie Isaac: « The Ballad Of The Runaway Girl »

Les chanteuses folk venues du Nord ont quelque peu le vent en poupe, Elisapie Isaac est peu ou prou de cette lignée mais à un niveau plus septentrional puisqu’elle est née d’un mère inuit et d’un père terre-neuvien et vit désormais dans l’Arctique canadien.

The Ballad Of The Runaway Girl est son quatrième album et, à l’image de ses racines cosmopolites, il est enregistré alternativement en Anglais et en Langage inuit. Son univers est ici épuré mais savamment orchestré ; une musique un peu world et sans frontières où cohabitent blues, rock ,folk ainsi que climats hantés comme, par exemple, dans le refrain de « Don’t Make Me Blue »,.

Sans frontières mais aussi sans âge, il est avant tout ici question de prêter hommage à ses racines avec un adjuvant de taille, celui d’une voix vectrice d’émotions (« Una », ou la ballade « Rodeo (Yadi Yada) » dans un esprit très proche de Mazzy Star).

Les références à son indemnité sont, bien sûr, légions à l’exemple de « Qanniuguma » ou des humeurs contemplatives de « Darkness Bring the Light ».

Tradition et modernité se juxtaposent alors comme pour montrer que, toute « runaway girl » qu’elle puisse être, Elisapie Isaac se situe avec grâce ailleurs.

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7 novembre 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Alela Diane: « Cusp »

Cela fait 10 ans que Alela Diane navigue dans uns sphère americana plutôt ténébreuse à l’image de son précédent opus de 2013, About Farewell marqué par une rupture amoureuse. Son nouvel album s’inscrit dans un contexte différent puisque la chanteuse attend un enfant et que Cusp  s’emploie à célébrer la vie au travers des yeux d’une future mère.

Le piano a supplanté la guitare et ajoute une nouvelle dimension à cette approche folk axée sur la délicatesse. La nouvelle vision du monde qui s’y associe demeure mélancolique, un « Albatros » qui évoque le délaissement, mais elle est teintée d’espoir quand il s’agit d’investir à la cellule familiale sur un « Never Easy » où il est question de sa relation avec sa mère.

On appréciera « Song For Sandy »,hommage à Sandy Denny, « Emigré » au titre suffisamment parlant ou « Ether & Wood » dont les choeurs sont assurés par Johanna et Klara Söderberg de First Aid Kit et qui réinvestit avec plus de force la notion de parentalité.

Cusp se montre tout autant intime qu’auparavant mais il est nuancé par une lueur plus optimiste. Qu’elle réside à l’intérieur de soi permet de dépasser la tristesse apparente et de donner coeur aux notions de résilience et de cicatrisation.

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7 novembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire