The Staves: « If I Was »

21 mars 2015

If I Was est le second effort de The Staves après un Dead & Born & Grown dans lequel les trois sœurs Emily, Camilla et Jessica Steveley-Taylor produisaient un opus dans lequel leur utilisation des cordes se mariait avec harmonie avec un registre folk-rock.

Ici encore, on ne peut échapper aux influences que Justin Vernon a pu avoir que ce soit sur leur « debut album » ou sur celui-ci. L’isolation coutumière du bonhomme se retrouve sur le titre d’ouverture, « Blood I Bleed », qui résonne curieusement comme une chute d’éléments neigeux dont la prégnance est renforcée par des accroches de guitare et des vocaux en crescendo qui ne pourront qu’évoquer des bouffées de vent glacial.

If I Was se voudra un disque où réflexion et introspection auront la part belle avec des compositions comme « No Me, No You, No More », « Let Me Down » ou « Damn it All » capturant toutes ces sentiments qui nous habitent quand nous sentons qu’une relation se détériore, chose peut-être autobiographique dans la mesure où les trois sœurs ont beaucoup tourné.

Le son a été boosté par l’utilisation de synthés délicats et de guitares électrifiées mais le trio conserve de fortes connexions avec la musique folk comme, par exemple, sur « Don’t You Call Me No More » ou « Facing West ».

Fédérant le tout, on retiendra « Teeth White » une chanson rafraichissante au milieu de plages plutôt mélancoliques grâce à sa guitare électrique et à son attitude insouciante ou son pendant contraire, « Make it Holy » avec son climat presque funéraire scandé par un rythme de batterie militaire.

Au total, If I Was est un disque qui bénéficie d’une production toujours claire mais qui s’avère sans surprise. Tout au plus pourra-t-on noter une légère volonté de s’échapper d’un registre folk stritcto sensu auquel il serait temps d’ajouter une armature plus charnue voire masculine.

**1/2


Laura Marling: « Short Movies »

20 mars 2015

On peut difficilement croire que Laura Marling n’a que 25 ans et ceci pour plusiers raisons. Short Movie est en effet son cinquième album, sa façon de chanter a acquis maturité et assurance depuis ses débuts à 16 ans mais elle a surtout réussi à faire en sorte que ses enregistrements et sa persona évoluent au travers de ces nombreuses manifestations. Si Marling a été précoce, elle a constamment raffiné son art et redécouverts de nouvelles manière de se mettre à nu et de montrer les dents.

En 2013, le résultat en a été Once I Was An Eagle, un « breakup album » ambitieux de 63 minutes à la beauté elliptique et aux arrangement acoustiques complexes qui n’empêchait pas au disque de véhiculer une atmosphère aussi lourde que celles de groupes jouant 20 fois plus fort.

C’était une oeuvre difficile à égaler, que ce soit par sa qualité et son envergure (elle a d’ailleurs supprimé de nombreuses suites) et la chanteuse a finalement opté pour le choix d’une direction aux antipodes de Once I Was An Eagle. Short Movie secoue l’engourdissement de ses arrangements acoustiques par un influx de sons électriques ce qui, ce faisant, lui donne un arsenal plus vaste pour mettre en scène son registre fait de menace, de colère rentrée et de ruminations.

Tout au long de ces treize compositions, Marling se confronte à l’agression mais elle le fait de manière modérée même quand ses phrases sont acérées et trempées dans du poison. Il ne faut pas pour autant négliger l’intensité qu’elle met dans ses titres comme sur un « Strange » unplugged et dans lequel elle présente les deux points de vue et les myriades d’émotions nées d’une relation adultère avec ironie, fierté indignée, un soupçon d’empathie et, au bout du compte, un coeur labouré par la douleur.

D’une façon générale, Marling donne à ses morceaux plus d’espace et un relâchement qui ne devient pas pour autant du laisser-faire. La londonienne s’est récemment installée à Los Angeles après une période de huit ans particulièrement erratique aussi Short Movie est le résultat de sa première installation fixe depuis son adolescence. Si elle a ralenti son existence, elle n’en a pas pour autant perdu son goût de l’exploration artistique. Short Movie est la preuve que sa musique ne se repose jamais.

***1/2


Steve Gunn & The Black Twig Pickers: « Seasonal Hire »

5 mars 2015

Steve Gunn et The Black Twig Pickers sont deux talents jumeaux qui opèrent à la lisière de la musique folk américaine. Ils sont séparés par la distance mais ils partagent une approche similaire, une attitude de rébellion contre les principes et la tradition qui encadrent le genre.

Seasonal Hire est un album d’un extrême intensité et il parvient à faire coaguler ensemble les tonalités des deux artistes respectifs et d’en faire un ensemble cohérent et particulièrement intoxicant. Les lignes de guitares de Gunn sont rondes, favorisant la méditation en passant d’un morceau à l’autre alors que The Black Twig Pickers parviennent à y greffer des tonalités bizarres et tordues héritées de leur démarche plus originelle en matière d’époque.

« Dive For The Pearl » ouvre l’album de manière radieuse et vibrante avec de très belles nappes de guitares qui semblent éclabousser une guimbarde nous faisant imaginer sans efforts des champs de blés ou de maïs, une cascade ou une carriole tirée par des chevaux dans un verger du Mid-West.

L’atmosphère est parlante et soutenue tout comme sur « Trailways Ramble » où les vocaux de Gunn transfigurent une composition qui aurait pu tourner au larmoyant tout en parvenant à maintenir un esprit pastoral et rafraichissant. « Don’t Let Your Deal Go Down » nous emmènera vers le « blue note », alors que, au contraire, « Cardinal 51 » utilisera à merveille l’espace, le vide et le silence comme moyens de véhiculer une humeur.

La chanson titre nous présentera une épopée longue de 18 minutes dont l’ambition de capturer la dérive du temps qui passe est parfaitement capturée grâce à une production en analogique et un son naturel, prolixe en craquelures.

Gunn et The Black Twig Pickers se montrent respectueux de la tradition mais ils ne s’en sentent pas prisonniers. L’interprétation permet aux morceaux d’évoluer de façon exponentielle tout au long d’un opus dont la vision ne cesse de s’élargir. Seasonal Hire est un disque fascinant, vintage et moderne à la fois, les (p)artisans de l’un comme de l’autre y trouveront matière à contentement.

***1/2


Idlewild: « Everything Ever Written »

13 février 2015

Idlewild fait partie de ces bons petits groupes écossais, solides et honnêtes, dont la musique à mi-chemin entre l’indie et le rock épique, a fait d’eux un des combos les plus populaires en sa mère patrie. On les croyait séparés, ils reviennent avec ce Everything Ever Written, premier album depuis 5 ans.

Le titre du disque est assez conforme à ce qu’on va y trouver dans la mesure où il semble dresser un panorama assez complet du son du groupe tout en l’étendant vers les pâtures plus folk où leur chanteur Robby Woomble les avait entraînés avant ce hiatus.

Everything Ever Written commence en mode turbo avec un « Collect Yourself » plein de gros riffs de guitares et « Come On Ghost » qui, lui, fait la part belle à des solos de six cordes peut-être un peu trop complaisants. Ce début ne met pas en valeur les meilleurs qualités d’Idlewild dont les morceaux les plus marquant étaient justement ceux où il se montrait, si ce n’est moins âpre, du moins plus nuancé.

Les atouts du groupe se retrouveront par contre dans l’évolution qui avait été la leur lors de leur précédent opus, des ballades tendres et des excursions vers le folk forment un bien joli ensemble ; une sorte d’adoucissement et non pas d’affadissement pour un combo qui a enduré de nombreiuses années d’une vie sur la route.

Aujourd’hui, c’est un son qui leur convient à merveille, par exemple sur le très beau «  So Many Things To Decide », refrain country rock conduit à l’orgue ou avec la gracieuse ampleur de « Every Little Means Trust ».

Bien sûr on retrouvera des passages où la vitalité des années 90 et 00 se rappelle à notre bon souvenir, « On Another Planet » par exemple ou un anthémique et émouvant « Nothing I Can Do About It » qui évoquera les meilleurs moments de leurs débuts.

Everything Ever Written marque donc des retrouvailles, avec tout ce qui a fait la force d’un groupe où l’ensemble a toujours été plus fort que les éléments séparés pris à part. Ça n’est ni une recreation ni une réinvention, juste l’exemple d’un groupe qui a su devenir mature avec élégance et sérénité.

***


Dan Mangan + Blacksmith: « Club Meds »

7 janvier 2015

Dan Mangan est un folksinger de Vancouver et il est de retour sous le nom de Dan Mangan + Blacksmith manière de souligner l’importance qu’avoir des collaborateurs réguliers peut revêtir. Ce quatrième album, Club Meds, survient après un hiatus de deux ans temps de gestation qui explique sans doute les compositions habilement écrites et le climat apaisant d’un disque de la part de quelqu’un plutôt réputé pour des humeurs sombres.

Dès l’entame, « Offred » nous accueille avec un titre lourdement chargé de distorsion et au chorus imposant. Suivra un « Mouthpiece » incroyablement accompli musicalement puis « A Doll’s House Pavlovia » et « XVI » qui nous offrent un entrelacement de cordes, de cuivres et de vocaux et crèent un assemblage pétri d’une atmopshère où preuve est faite que, parfois, moins c’est véritablement plus.

Ce sont des moments de franche qualité, relaxant en fin d’une dure journée sans tomber pour autant dans le « easy listening » grâce à leurs orchestrations intelligemment expérimentales.

La dernière partie de Club Meds sera un peu moins convaincante avec trois titres moins accrocheurs et qu’on oubliera facilement (« War Spoils », « Forgetery » et « Pretty Good Joke ») ce qui est un peu dommage vu la qualité de l’instrumentation.

Le statu quo sera néanmoins restauré avec le final, un « New Skies » magistral de par son mélange de production méticuleuse et de chaos organisé, de vocaux légers mais capables de vous taquiner.

Produit par Colin Stewart qui avait déjà géré Oh Fortune en 2O11, Club Meds sera un album attachant et évocateur de cette trêve que son titre peu suggérer ; c’est en tous cas une des bonnes surprises de ce début d’année.

***1/2


The Twerps: « Range Anxiety »

2 janvier 2015

Après un solide Self Titled en 2011, Twerps sont de retour avec un nouvel album nommé Range Anxiety, disque sur lequel on ne peut que s’interroger qur la direction prise par le combo.

La chanson titre qui ouvre Range Anxiety est un instrumental plutôt mou du genou alors qu’à l’aulne de Self Titeld on s’attendait à ce que le côté laid-back qui préside au morceau préfigurait une confirmation plus magistrale de l’art qu’on les Australiens à assaisonner leur pop.

« I Don’ Mind » qui suit épouse une formulation identique, guitares grattées avec peine et vocaus creux qui n’amènent la chanson nulle part. Bien que la majorité font preuve de maturité dans leur cadence, on a la sensation qu’on attend perpétuellement de savoir où ils veulent aller. « Back To You » en sera un autre exemple, composition qui, à l’introduction, sonne comme un classique de « jangle pop » mais qui n’est suivie de rien dans le domaine des textes et des vocaux.

Le disque n’est pas vraiment mauvais pourtant ; le guitariste et chanteur Jules McFarlane délivre quelques compositions assez bien définies en particulier une qui pourrait devenir un hit dans la scène underground, « Srangers ». « Adrenaline » est même une bien jolie chanson capturant ce que la crise de la quarantaine peut avoir de compliqué mais c’est « Shoulders » qui sera la morceau phare de l’album. Sa structure est aisée d’accès et semble indiquer que le groupe se dirige vers une direction plus folk-rock.

« White As Snow » et « Fern Murderers » sont deux plages où le combo montre comment il est capable de s’emparer de ces influences et d’y adjoindre des tonalités plus modernes sans se perdre dans l’amalgame. Ces passages montrent qu’ils sont capables de fabriquer d’excellents albums, mais celui-ci ne sera pas Range Anxiety.

**1/2


The New Basement Tapes: « Lost On The River »

7 décembre 2014

Des poids lourds du folk rock qui sont réunis pour chanter du Dylan, c’est un peu l’histoire de ce Lost On The River, puisqu’il s’agit d’un album produit par T Bone Burnett, chargé de superviser des compositions issues de textes perdus du chanteur datant de 1967.

Burnett a réuni une sacrée distribution (Elvis Costello, Marcus Mumford, Jim James (My Morning Jacket), Rhiannon Giddens (Carolina Chocolate Drops) et Taylor Goldsmith (Dawes) pour interpréter des titres avec la garantie que ceux-ci seront traduits avec intensité, chaleur et honnêteté.

De ce point de vue, Lost on the River: The New Basement Tapes ne manque pas de répondre à cette attente. Avec un tel effectif, il est miraculeux que chacun des contributeurs parvienne à se retrouver sous les feux de la rampe sans que le tout sonne comme un projet parallèle.

Mumford est particulièrement bon pour mettre en avant un « Get My Hands » pourtant souple et furtif et Rhiannon Gidden dégage une impressionnante aura sur le travail bluegrass qu’est « Duncan and Jimmy ». Jim James, lui, dominera le tout, du moins à chaque fois qu’il s’emparera du micro. Ainsi, « Quick Like A Flashe » est, à bon escient, plus heavy qu’il ne devrait l’être et « Nothing To It » bondira de manière joyeuse et étincelante.

On pourrait, à cet égard, facilement oublier que les textes viennent d’un icône comme Dylan mais des interprétations de « Married to My Hack » « t « Stranger » pourraient être des classiques du Zim tant ils sont pleins de désir, d’humour et de ces émotions que n’importe quel être humain peut traverser.

De ce point de vue là, et même si on ne prend pas en compte le reste, cet album restera une célébration de l’incroyable spectre émotif que Dylan était capable d’évoquer. À quand un Lost on the River #2 ?

***1/2


Hiss Golden Messenger: « Lateness of Strangers »

14 octobre 2014

À suivre la carrière de Hiss Golden Messenger jusqu’à ce cinquième album on n’a pu que constater que le « road trip » country folk qu’il nous propose a été satisfaisant. Chaque nouveau disque semble avoir poussé un peu plus haut la qualité de celui qui a précédé en termes de compositions ce qui montre à quel point MC Taylor le leader du groupe acquis sophistication et confiance.

Haw qui a précédé ce Lateness of Dancers avait déjà été remarqué, ce nouvel opus ne pourra que renforcer l’impact que HGM peut avoir sur un public qui écoute plus volontiers la National Public Radio que les antennes commerciales.

Ceci vaut d’être remarqué pour comprendre à quel point Taylor se situe hors de la scène musicale habituelle. Musicalement déjà, ses partenaires clefs Taylor et Scott Hirsch n’ont pas leur pareil pour creuser un sillon de folk rock électrique parfaitement équilibré entre construction immaculée et énergie entraînante, une recette efficace pour que les mélodies se nichent insidieusement dans notre esprit pour qu’il soit, ensuite, impossible de les en déloger.

Les tribulations et les joies de la paternité sont abordées sur un « Mahogany Dread » , un titre roots rock particulièrement sophistiqué alors que la chanson titre montrera un aspect plus plaintif et douloureux qui n’est pas éloigné de Jackson Browne.

On trouve également d’autres rechapages comme le folk-blues « Lucia »qui ouvre l’album et qui rappelle Count & Spark l’ancien groupe de Taylor tout comme le dernier morceau, le purement country « Drum » qui était déjà apparu sur disque.

« Saturday’s Song », lui, se caractérisera par un piano martelé et une accroche énorme alors que la cadence s’apaisera sur un « Black Dog Wind (Rose of Roses) » qui reprend le ton conversationnel propre au musicien.

Lateness of Strangers montre à quel point Taylor suit une progression incrémentielle d’un disque à l’autre. Se demander jusqu’où il arrivera est un exercice vain, tout au plus peut-on espérer que sa qualité devienne encore plus insurpassable qu’elle ne l’est aujourd’hui.

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James Yorkston: « The Cellardyke Recording and Wassailing Society »

20 septembre 2014

The Fence Collective est, à l’origine, un collectif de musiciens écossais se réunissant dans un peu à Fife et ayant donné à la scène écossaise un nombre considérable de talents (King Creosote, The Beta Band) anisi que d’autres, pourvoyeurs d’une musique élégante et excentrique.

Parmi eux on retrouve James Yorkston, un des artistes les plus cohérents et développés de ce qui est devenu un label de disques. Il a produit un livre en 2011 ( It’s Lovely to be Here: The Touring Diaries of a Scottish Gent) mais assez musicien pour que son goût des mots n’ait jamais supplanté se musique et, sur ce dixième album, il continue de nous enchanter avec ses textures instrumentales rêveuses.

À ce stade d’une carrière on a atteint un âge où on se penche sur sa jeunesse, c’est, sur The Cellardyke Recording and Wassailing Society, ce qu’entreprend de faire Yorston avec Chip Taylior à la production et sa compatriote KT Turnstall qui l’épaule tout au long des seize titre.

Ce chiffre indique que l’artiste a atteint un degré d’assurance et d’inspiration certain et que, s’il explore son passé, il le fait sans nostalgie mais avec grâce et dignité. Les morceaux sont indubitablement des exercice folk; ils sont chaleureux dans les réflexions qu’ils font de la vie familiale ans une petite ville côtière de l’Écosse.

Disque rassurant, baignant dans une lueur élégiaque et confortable même dans des compositions qui peuvent sonner comme des complaintes (« King of the Moles », « Broken Wave ») alors que le mi-récité « Guy Fawkes’ Signature » va être porteur d’une subtile rythmique calypso complémentant les intonations apaisantes du chanteur.

Rien ne va sembler ici s’égarer tant Yorkston est convaincant dans son credo qui est de prendre son temps. Que les titres soient tristes ou édifiants, ils ne sont jamais nombrilistes et l’élégance qui les habite est un exemple pour ceux qui s’adonnent aux regards rétrospectifs sans tomber dans la mélancolie.

***1/2


David Gray: « Mutineers »

11 juillet 2014

David Gray est véhicule une image contrastée mais pas nécessairement contradictoire. Son premier album, White Ladder, peut être considéré comme la bande-son idéale pour les années 2000 avec son interaction de boîtes à rythme et de guitares acoustiques annonçant une résurgence des auteurs-compositeurs et d’un répertoire en mode troubadour morose . Depuis plus de 10 ans, malgré des disques qui s’efforçaient de briser ce stéréotype il demeure fondamentalement associé à ce genre, un peu comme Coldplay, musiciens créant une musique pour des gens qui n’en achètent que peu, idéale à écouter sur les autoroutes ou sur les radios grande écoute.

Mutineers se veut plus intéressant mais, même si on veut s’efforcer d’apprécier cet album venant d’un artiste qui s’est toujours efforcé de se débarrasser d’une étiquette AOR, nous voilà à nouveau confrontés à un album clivant puisque composé de deux parties dans laquelle la deuxième moitié est incontestablement la meilleure. C’est d’ailleurs sur le dernier titre, « Gulls », que ce décalage est le mieux symbolisé avec ce « single » qui est tout bonnement magnifique ; il s’agit ici d’une sorte de morceau avant-folk rappelant King Creosote et Jon Hopkins avec un profond climat mélancolique merveilleusement mis en valeur par ses multiples couches de vocaux hypnotiques qui nous maintiennent en suspension.

Si on commence par le début pourtant, les choses ne sont pas aussi enchanteresses. « Back In The World » ouvre Mutineers sur une atmosphère évoquant Ben Howard et Tom O’Dell et « Last Summer » s’englue rapidement après, pourtant, un bien joli départ et « Snow In Vegas » ne nous ménage même pas cet interstice de qualité avec des textes emplis en outre de clichés. Néanmoins, comme pour tout ce qui est du domaine du folk-rock, les choses peuvent passer insidieusement du mièvre au hantant. À partir de « Cake and Eat It » et sa mélodie en pirouette les compositions acquièrent substance et sur « Incredible » nous nous retrouvons plongés dans ce royaume doux-amer dont Bon Iver semble avoir le secret.

Gray cite John Martyn comme sa principale influence sur cet album et on peut comprendre pourquoi sur une chanson aux synthés dépouillés comme « Girl Like You ». Là l’ambient se combine à l’agitation avec fluidité et c’est dans cette seconde partie que la voix du vocaliste se charge le mieux de gravité et de sens. Qu’il ait fallu attendre la sixième plage pour éprouver empathie pour l’émotion qui est au cœur du répertoire de Gray ne nous fait que plus regretter que l’échelle qu’il a commencé à gravir il y a 15 ans soit encore à mi-chemin.

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