NOFX & Frank Turner: « West Coast VS Wessex »

30 juillet 2020

Les split EPs (EPs partagés) sont malins à bien des égards, ils nécessitent moins de production musicale de la part de chaque groupe/artiste, permettent éventuellement de faire des économies, vous permettent de travailler avec et d’être associé à des personnes que vous admirez, et vous permettent d’accéder à un public plus large. C’est notamment le cas de West Coast vs Wessex, un split dans lequel les punk rockers américains NOFX reprennent les chansons du chanteur folk-punk anglais Frank Turner et vice versa. C’est un exercice qui permet de faire connaître les paroles introspectives de Frank Turner à la masse des fans de NOFX, et la bravoure de NOFX aux fans de Turner.

West Coast Vs Wessex commence avec NOFX qui reprend cinq des chansons de Frank Turner. « Substitute » cdébute lentement, avec un morceau de guitare ska avant de passer à la NOFX dans un style punk rock. Un traitement similaire est donné à « Worse Things Happen at Sea », avec une bonne dose de mélancolie. « Thatcher Fucked The Kids » est relooké en ska et « Ballad of Me and My Friends » est transformée en une chanson punk rock frénétique et au rythme rapide. Alors que « Glory Hallelujah » affiche un chant enjoué, qui inclut les voix de nombreux invités, avant que les 30 dernières secondes ne se transforment en un mur de punk rock.

Les chansons sont très éloignées de votre tarif habituel, les paroles de Turner permettant à NOFX de superposer sa musique avec des chœurs de qualité et de superbes riffs de guitare. Prendre les chansons de quelqu’un d’autre et les faire vôtres semble permettre à NOFX de faire ce qu’ils font le mieux : créer du punk mémorable.

La dernière partie de l’EP commence avec Frank Turner et son groupe, The Sleeping Souls, qui s’attaque à « Scavenger Type », en lui donnant une touche de folk punk britannique. Alors que « Bob » est dépouillé, il devient ce que l’on attend d’une chanson de Frank Turner. « Eat The Meek » a une ambiance gothique des années 80, new wave. La juxtaposition de la musique joyeuse avec les paroles sombres de « Perfect Government » donnera au titre une nouvelle profondeur. L’EP se termine par « Falling In Love », avec son ambiance et ses échos obsédants.

La capacité de Frank Turner à transformer chacune des chansons de NOFX en quelque chose de différent et de varié est un exploit en soi et reflète son talent de musicien. Il a pris des chansons très connues et très appréciées et les a fait siennes.

Le plaisir que vous éprouverez en écoutant cet EP sera directement lié à votre allégeance. Préférez-vous NOFX ou Frank Turner ? C’est ce qui déterminera la partie du split que vous martelerez. Dans l’ensemble, c’est un exercice intéressant, surtout si vous connaissez un ou deux artistes originaux. Si vous êtes un fan, n’oubliez pas d’y préter l’oreille.

***


The Proclaimers: « Let’s Hear It For The Dogs »

12 mai 2015

Le duo constitué des frères Charlie et Craig Reid a suscité un renouveau d’intérêt en 2013 grâce au film Sunshine On Leith. Sur ce 10° album ceux qui restent une conscience de la pop-rock écossaise persévèrent dans une attitude indifférente au « style de vie » rock and roll et nous délivrent un nouvel opus caractéristique de la niche faite de punk émollient et de folk cordial qu’ils se sont créés.

Leur son reste reconnaissable entre tous avec une production (Dave Eringa) fournissant des enluminures occasionnelles comme sur l’orchestration très Manic Street Preachers chapeautant « In My Home » ou l’orgue d’église approfondissant « Ten Tiny Fingers ».

Thématiquement The Proclaimers poursuivent leurs hymnes élogieux de l’Écosse comme sur le nostalgique « Tuesday Afternoon » tout comme leur propension aux vocaux entremêlés qui enjolivent « What School ».

Let’s Hear It For The Dogs respire à juste titre la confiance mais il le fait sans ostentation et avec cette humilité sincère qui n’a rien à voir avec l’arrogance de certains de leurs voisins situés plus au Sud. Ils nous rappellent qu’on peut aimer son pays sans tomber dans la nationalisme obtus, et cela aussi est une belle leçon de savoir vivre.

***1/2


Frank Turner: « Tape Deck Heart »

25 avril 2013

Il s’agit ici du 5° album de ce chanteur folk-punk, (le premier à être distribué en Amérique), un artiste considéré comme établi dans sa mouvance particulière en Grande-Bretagne (il a rempli la Wembley Arena).

Produit par Rich Costey (Muse, Interpol), Tape Deck Heart bénéficie d’un « single », le sautillant « Recovery », qui, grâce à sa rythmique enlevée et sa mélodie entraînante, a provoqué de l’intérêt aux USA. Le reste de l’album est tout aussi accessible et sonne beaucoup plus poli que son effort précédent, England Keep My Bones. Rappelant parfois Dashboard Confessional, on y trouve des détails exquis : mandolines stridentes, piano bar et claviers murmurants. Le jeu de guitare acoustique est riche et l’album procure un parfum d’une méticulosité qui n’a pourtant rien d’apprêtée. Le répertoire aussi s’est étoffé ; du rock débridé sur « Plain Sailing  Weather », des chansons folk dépouillées et poignantes, « Tell Tale Signs » ou « Anymore », un titre férocement punk, « Four Simple Words » ou une simple ritournelle pop à la Billy Bragg, « Losing Days ».

Lyriquement le contenu est tout aussi prégnant, se focalisant sur l’introspection plutôt que sur le sociétal comme précédemment. Une effluve nostalgique imprègne ainsi des textes qui évoquent le passage du temps et les échecs, sentimentaux entre autres, mais elle est contrebalancée par des compositions pop habiles comme « Good & Gone » qui évoque avec esprit Hollywood et Mötley Crüe ou « Oh Brother » traitant ironuiquement de ces souvenirs musicaux reliant les membres d’un groupe incapable encore de jouer « Smells Like Teen Spirit ».

Tape Deck Heart n’a certes plus la stridence des racines punk de Frank Turner mais il sait la remplacer par une analyse de soi et un romantisme qui lui confèrent une signification tout aussi grande.

★★★½☆