The Proclaimers: « Let’s Hear It For The Dogs »

Le duo constitué des frères Charlie et Craig Reid a suscité un renouveau d’intérêt en 2013 grâce au film Sunshine On Leith. Sur ce 10° album ceux qui restent une conscience de la pop-rock écossaise persévèrent dans une attitude indifférente au « style de vie » rock and roll et nous délivrent un nouvel opus caractéristique de la niche faite de punk émollient et de folk cordial qu’ils se sont créés.

Leur son reste reconnaissable entre tous avec une production (Dave Eringa) fournissant des enluminures occasionnelles comme sur l’orchestration très Manic Street Preachers chapeautant « In My Home » ou l’orgue d’église approfondissant « Ten Tiny Fingers ».

Thématiquement The Proclaimers poursuivent leurs hymnes élogieux de l’Écosse comme sur le nostalgique « Tuesday Afternoon » tout comme leur propension aux vocaux entremêlés qui enjolivent « What School ».

Let’s Hear It For The Dogs respire à juste titre la confiance mais il le fait sans ostentation et avec cette humilité sincère qui n’a rien à voir avec l’arrogance de certains de leurs voisins situés plus au Sud. Ils nous rappellent qu’on peut aimer son pays sans tomber dans la nationalisme obtus, et cela aussi est une belle leçon de savoir vivre.

***1/2

Frank Turner: « Tape Deck Heart »

Il s’agit ici du 5° album de ce chanteur folk-punk, (le premier à être distribué en Amérique), un artiste considéré comme établi dans sa mouvance particulière en Grande-Bretagne (il a rempli la Wembley Arena).

Produit par Rich Costey (Muse, Interpol), Tape Deck Heart bénéficie d’un « single », le sautillant « Recovery », qui, grâce à sa rythmique enlevée et sa mélodie entraînante, a provoqué de l’intérêt aux USA. Le reste de l’album est tout aussi accessible et sonne beaucoup plus poli que son effort précédent, England Keep My Bones. Rappelant parfois Dashboard Confessional, on y trouve des détails exquis : mandolines stridentes, piano bar et claviers murmurants. Le jeu de guitare acoustique est riche et l’album procure un parfum d’une méticulosité qui n’a pourtant rien d’apprêtée. Le répertoire aussi s’est étoffé ; du rock débridé sur « Plain Sailing  Weather », des chansons folk dépouillées et poignantes, « Tell Tale Signs » ou « Anymore », un titre férocement punk, « Four Simple Words » ou une simple ritournelle pop à la Billy Bragg, « Losing Days ».

Lyriquement le contenu est tout aussi prégnant, se focalisant sur l’introspection plutôt que sur le sociétal comme précédemment. Une effluve nostalgique imprègne ainsi des textes qui évoquent le passage du temps et les échecs, sentimentaux entre autres, mais elle est contrebalancée par des compositions pop habiles comme « Good & Gone » qui évoque avec esprit Hollywood et Mötley Crüe ou « Oh Brother » traitant ironuiquement de ces souvenirs musicaux reliant les membres d’un groupe incapable encore de jouer « Smells Like Teen Spirit ».

Tape Deck Heart n’a certes plus la stridence des racines punk de Frank Turner mais il sait la remplacer par une analyse de soi et un romantisme qui lui confèrent une signification tout aussi grande.

★★★½☆