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PIcastro: « You »

Si ce disque était un film, on pourrait le comparer à l’équivalent auditif d’un film d’horreur psychologique. Ce cinquième album de Picastro ne s’adresse pas aux esprits sensibles tant il est brut, intense et semble hanté par les pressentiments les plus funestes. Écouter You nous fait vivre une expérience aussi perturbante que profonde.

Après 16 ans d’existence et de nombreux changements de « line up », Picastro est désormais un trio mais demeure toujours identique à ce qu’il a été : une guitariste qui est aussi chanteuse de chansons d’amour ruinés (Liz Hysen), un compositeur qui est aussi violoncelliste (Nick Starring) et un batteur (Brandon Valdivia). Ils créent ensemble ce son qui leur est propre et qui perdure : sombre, exigeant et déconcertant ; une sorte de folk proche du film noir, scandé de façon saccadée et effrayante, un univers dans lequel on trouve pourtant un étrange réconfort.

Ses dix plages semblent suinter de sang, comme s’il s’agissait d’installer un marqueur distinctif pour l’ensemble de l’album et d’insinuer ainsi un sentiment de découragement et de danger imminent. Ceci nous est insufflé dès le titre d’ouverture, « Mountain Relief », tout comme les voix désincarnées de « Two Women » ou la désolation glaçante qui coule au travers des chambres vides de « vampire », semblable à un pendule sonique imprimant son rythme au-dessus d’un puits noir qui rappellerait Espers ou The Third Ear Band. « That’s It » assumera le rôle de madrigal macabre et seul « Baron in the Trees » apportera une coloration inhabituellement épique si on considère l’esthétique de You,

Voilà un album semblable au Blair Witch Project : spartiate et ténébreux, il nous montre comment créer quelque chose de monumental à partir de presque rien. You, avec son côté B-movie à petit budget, est le parfait antidote à la musique « easy listening ».

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18 février 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Chelsea Wolfe: « Pain Is Beauty »

Le monde de Chelsea Wolf est fait d’ombre et de lumière, et sa vision ne vacille jamais. Et sa musique pourrait se définir comme une lente valse entre les deux. Le titre de son troisième album, Pain Is Beauty, le résume à merveille et sa pochette en est fascinante. Wolfe semble frissonner en regardant vers la gauche tranchant avec l’allure impérieuse que pourrait lui conférer sa robe rouge. Les lettres sont clinquantes comme pour faire l’éloge de ces deux extrêmes qui sont les les pendants de notre nature, selon ses mots l’étrangeté et la façon dans la mythologie et nos ancêtres ont façonné notre personnalité.

Le disque ne cesse d’ailleurs jamais de muter, allant vers une direction puis vers un autre et atteignant souvent des proportions épiques. Chealsea Wolfe a souvent mis à profit son sens unique de metal folk et cette fois-ci elle rend encore plus indistinct le drone qui le caractérisait au point de fiser parfois le nihilisme. Il y a un sentiment de désespérance qui suinte en effet au travers de ces synthés en spirales et ce cette sensation de destin funeste qui s’enroule autour des titres, « Kngs » par exemple. « The Waves Have Come » reprend cette image de dénouement inéluctable avec un piano dramatique qui nous emmène en un voyage au cœur d’une âme dont l’environnement serait détruit par un désastre naturel ayant détruit le monde matériel.

Les plages bâties sur l’electro, « The Warden » par exemple, sonnent comme des chuchotements à la beauté glaçante étayés par des arrangements grandioses. « Sick » sera comme une pérégrination au sein de l’obscurité avec une ligne de basse en arpèges et des cordes tendues comme un arc sur lesquelles Wolfe peut délivrer ses vocaux les plus intenses et habités.

IL faudra oublier toute cohérence ici, si ce n’est constance d’une vision. Musdicalement le disque a abandonné sa teinture dépouillée pour virer vers un folk noir plus industriel. S’assemblent ainsi facilement ces notions obscurcies par l’inspiration de Wolfe et son intelligence à les mettre en place. Pain Is Beauty est un album atemporel, non pas simplement d’un point de vue sonique, mais parce qu’il secoue notre conception que nous pouvons avoir d’un monde qui se voudrait tranquillisant. La dissonance et les guitares entrechoquées en sont le prolongement naturel : en heurtant volontairement notre confort d’écoute elle défie celui qui s’abandonne dans le confort de la réassurance, Pain Is Beauty nous rapelle ainsi inlassablement que la Douleur est aussi source de Beauté. Plus qu’un disque de noise-rock claustrophobe, nous sommes confrontés à un opus où les tourments sont générateurs de ce quiil y a de plus poignant dans l’esprit humain, et peut-être aussi de plus pur dans sa noirceur immaculée.

21 octobre 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Un commentaire