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Cat’s Eyes: « The Duke of Burgundy »

Cat’s Eyes est un duo formé de Rachel Zeffira et de Faris Badwan (The Horrors) dont The Duke of Burgundy, leur deuxième album, musique originale du film de Peter Strickland du même nom.

En contraste avec leur premier opus éponyme, l’electro pop a été remplacé par des compositions orchestrales habitées et inspirées de la musique baroque.

Le film raconte l’histoire d’une femme chasseur de papillons et de sa relation SM avec son amant. Pour une œuvre qui s’abstient de tout jugement et adopte la narration libre, Cat’s Eyes est parfaitement parvenu à reconstituer la substance et l’imagerie d’une histoire située au 19° siècle.

Le titre d’ouverture par exemple se présente sous la forme d’un mélange délicat de flutes et de guitares acoustiques, de clavecin et de vocaux fins et épars avec des changements entre mélodies en mode majeur et mineur introduisant des textures qui se retrouveront tout au long de l’album.

L’alternance dans les modes exemplifie à merveille la dualité des émotions face au SM et, tout comme dans le film, la musique progresse au fur et à mesure où l’histoire s’étoffe. L’utilisation d’instruments à vent sur « Moth » véhicule le sens d’une innocence encore présente avant d’être suivie par « Door N°1 » qui offre une vision plus sinistre et sombre soniquement grâce à l’emploi du hautbois.

Le « closer » sera un « Coat of Arme » qui aura intégré parfaitement le climat de l’intrigue en utilisant cordes et choeurs pour véhiculer une atmosphère finale faite de cette hantise que l’on retrouve chez Danny Elfman ou Angelo Badalamenti.

Bien que ce ne soit que leur deuxième collaboration, la voix d’opéra de Zeffira et l’approche gothique de Badwan se mélangent d’autant plus harmonieusement que cette rencontre est plutôt inattendue. Les instruments classiques (clavecin, flute) prennent en charge l’imagerie alors que l’electronica va servir à illustrer l’atmosphère tourmentée qui résulte de ce conflit d’émotions et de désirs ; The Duke of Burgandy a ainsi admirablement illustré la tension dramatique et la substance émotionnelle que quiconque aura vu le film ne pourra que partager.

***1/2

3 mars 2015 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

British Sea Power: « From the Sea to the Land Beyond »

Ce nouvel enregistrement de British Sea Power est une musique de film, un documentaire assez saisissant de Penny Woolcock qui capture des scènes et des drames qui se sont déroulés le long des côtes britanniques de 1901 à nos jours. Cela nous fait traverser deux guerres mondiales, les temps de paix, l’industrialisation ainsi que les changements sociaux. Pour cela, Woolcock utilise des instantanés, des archives et nous raconte la vie de ces gens qui vivaient à proximité de la mer, chevauchant à la fois la narration pure et simple et le souvenir d’un temps révolu.

C’est une manière étrange d’écouter un disque et, en même temps, cela s’inscrit totalement dans la démarche de British Sea Power qui a si souvent enregistré dans de petites villes côtières, comme pour créer une connexion existentielle entre la mer et son histoire. De ce point de vue, rom the Sea to the Land Beyond s’apparente plus à une collaboration entre deux médias qu’une simple bande originale. Comme il n’y a aucun dialogue dans le film, aucun son des scènes elles-mêmes et dans la mesure où les extraits datent d’avant les avancées technologiques, le bande-son musicale acquiert une importance plus importante que ça n’est la cas habituellement.

L’album est fait d’adaptations de certaines compositions de BSP, enregistrées à Brighton et mixées par Ken Thomas (Sigur Rós, Daughter, M83, Cocteau Twins), elles ont pour objectif et parviennent à illustrer la narration du films plutôt que de nous en distraire. Avec des titres comme « The Islanders », « Doclands Renewed » ou « Heroines of the Cliff » l’album forme une partie substantielle du film ; il connecte en effet des images passées de marins se lançant vers l’océan, de filles synchronisant leurs façons de nager avec des sons modernes, des idées subliminales apportant un sens du présent plutôt qu’une nostalgie émotive tournée vers ce qui a eu lieu avant. La notion d’Histoire est alors apportée par l’image de cette marée décrite dans le film et dont le reflux est signe de la fracture d’une chute de film ou instantané d’une catastrophe. On sent ainsi qu’on n’a pas seulement prêté attention au sujet mais qu’on a voulu en devenir une partie fondamentale.

La collaboration entre musique et film est si symbiotique qu’il est difficile de décrire celle-là sans prendre en compte les multiples scènes de celui-ci. La musique entraîne l’audience dans le passé comme s’il s’agissait d’une mémoire collective qui serait à nouveau mise à feu. Il y a ici du Romantisme, mystification et le souffle d’une mythologie moderne que BSP a su si bien recréer instinctivement, comme si la muse inspiratrice n’avait attendu qu’eux.

Film et album nous font nous remémorer non seulement un siècle d’histoires communes mais aussi le fait que la mer fait partie intégrante de notre univers, que l’on soit un insulaire ou pas. Mélancolique et romantique, l’album rappelle ainsi non seulement les histoires racontées dans le film mais aussi les mémoires de tout individu qui a pu en être saisi confronté que nous sommes « à ce courant qui nous ramène inlassablement vers le passé » comme le disait Francis Scott Fitzgerald en inscrivant la touche finale du Great Gatsby.

 

2 décembre 2013 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire