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65daysofstatic: « replicr, 2019 »

Depuis leurs débuts en 2001, 65daysofstatic n’ont jamais arrêté d’innover, de se réinventer. Le groupe a évolué dans le post-rock, le math-rock, l’électro… Et à chaque fois, cela a produit des œuvres admirables. Plus de trois ans après l’excellent No Man’s Sky, bande son créée par le groupe pour un jeu vidéo de science-fiction, ils nous reviennent avec ce replicr, 2019.

La musique de 65daysofstatic n’est pas une musique facile. Elle ne cherche pas à caresser l’auditeur dans le sens du poil. C’est une musique qui se mérite. Ce disque est peut être encore plus complexe que ce que le groupe a produit jusqu’à présent. Le monde est en crise. Cela s’entend dans cet album qui peut apparaître comme la bande originale d’un film de Science-Fiction très sombre ou celui de la fin du capitalisme. Le début est particulièrement ardu, aride. La musique proposée est belle mais il faut un certain temps à l’auditeur pour s’y acclimater. Le morceau qui ouvre l’album, « pretext », est ainsi bien plus proche des expérimentations d’un Steve Reich que du rock. On y imagine combien de temps il a fallu à ses créateurs pour peaufiner une telle œuvre. 65daysofstatic n’ a évidemment jamais été un groupe commercial mais ils sont sans doute arrivés aujourd’hui au point ultime de la musique la moins commerciale qui soit.


Sur le deuxième titre, « stillstellung » ,le groupe délivre un morceau d’électro d’une inventivité et d’une richesse qui laissent sans voix. L’ensemble du disque va se poursuivre à ce même niveau d’excellence avec un groupe capable de passer d’un son électro à des éléments post-rock et même des côtés drum & bass (sur le superbe « five waves »).
replicr, 2019 n’est pas un disque simple. Il n’y a qu’à entendre « bad age », morceau extrêmement intéressant dans sa structure avec ses boucles répétitives mais à la froideur d’un hiver Berlinois. On croirait entendre le Bowie de Low poussé dans ses retranchements les plus expérimentaux.
Il est impressionnant qu’en 2019 un groupe soit encore capable de produire ce genre de musique. Lorsque l’album se conclut dans la beauté cotonneuse et atmosphérique de « trackerplatz, » on croit avoir rêvé. On est ici bien plus proche de Stockhausen que de la pop. Mais c’est cela qui rend 65daysofstatic uniques. Ils sont sans aucun doute l’un des groupes les plus innovateurs et intéressants qui soit et, avec cet album, ils nous offrent encore une fois un travail remarquable qui gardera encore son mystère après cent écoutes.

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28 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

The Touchables: « The Noise Is Rest »

Le terme de « heavy in music » a été repris et approprié par certains rockers à la fin des années 60 et il est resté, jusqu’à aujourd’hui, le symbole d’ une musique chargée de guitare. Par sa définition, on se devait de succomber au poids des sons bruyants garants de source de plaisir. Encore un autre terme, cérébral, a été désigné et délégué à la musique à laquelle on n’attribuait que cette rdestination.

Mais alors, que se passerait-il si le lourd et le cérébral devaient être désignés sur une musique à laquelle vous êtes censés penser et apprécier à la fois sa « lourdeur » de son, encore d’une toute autre variété. C’est l’impression que me donne le duo norvégien à cordes The Touchables. Ole-Henrik Moe et Guro Skumsnes Moe semblent, en effet, être après cette dualité sur de pensée sur leur album avec un titre aussi parlant que The Noise Is Rest.

Qu’est-ce qui se passe ici ? Les deux Moe utilisent deux instruments à cordes qui établissent des registres sonores complètement différents – un violon d’octobre et un picoletto – afin de créer à la fois des basses et des hautes fréquences pour pouvoir faire sentir (tant par eux-mêmes que par les auditeurs) les limites de la hauteur et de la tonalité.

Cela semble compliqué et peut-être un peu trop cérébral, et si the Touchables s’étaient limités à une expérience pure, ils se seraient retrouvés avec un maillage de sons inaudible. Heureusement, pour tous les auditeurs qui veulent penser et ressentir en même temps, le duo a trouvé ici les bonnes fréquences tonales pour vous faire faire les deux.

Oui, c’est à la fois une musique lourde dans un autre sens du terme et cérébrale en même temps. Ils ont évidemment une connaissance et une expérience musicale abondante pour faire fonctionner cette expérience sonore. Après tout, ils ont étudié et travaillé avec Iannis Xenakis, Arditti Quartet, sur le spectre de la musique classique, le pionnier de l’électronique Todd Terje et les rockers (lourds) Motorpsycho, ainsi que composé pour le cinéma et le théâtre de marionnettes français Plexus Solaire et pour le groupe vocal Oslo 14.

Et aussi improbable que cela puisse paraître, tout est entendu (et ressenti) sur The Noise Is Rest, transformant quelque chose qui est censé être le bruit lui-même en une véritable musique sur laquelle on peut réfléchir mais aussi prpre à nous faire ressentir des frissons.

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22 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Sando Perri: « Soft Landing »

Avec sa musique qui défie toute catégorisation, le Torontois Sando Perri fait figure d’ovni dans le paysage indie. Rarement a-t-on vu un artiste passer si facilement d’un genre à l’autre, de l’électro au folk tropical jusqu’à la pop ambiante. Sur Soft Landing, il s’amuse avec les codes du jazz et du soft-rock des années 70 avec une parfaite maîtrise du style.

La parution aussi rapide de ce Soft Landing a de quoi surprendre un brin. En effet, il y a moins d’un an, Perri nous arrivait avec In Another Life, un album lancé après une absence de sept ans et qui lui a valu les commentaires les plus élogieux; en même temps, le musicien et réalisateur n’a jamais été du genre à s’asseoir sur ses lauriers, lui qui a également été actif sous les pseudonymes Polmo Polpo et Off World.

La musique de Perri a toujours été marquée par une économie de moyens. Il utilise la répétition et des structures harmoniques simples pour créer des chansons expansives qui se développent sans se développer, entraînant l’auditeur dans un monde où l’on perd la notion du temps. Ainsi, In Another Life était constitué de la chanson-titre, une odyssée de 24 minutes bâtie sur une seule séquence d’accords, et de trois versions du même morceau, avec trois chanteurs et trois arrangements différents.

Soft Landing se situe dans un registre quelque peu différent dans la mesure où il fait appel à d’autres traditions musicales. C’est un peu plus léger dans le ton qu’In Another Life en s’abreuvant au jazz-funk à la Stevie Wonder (incluant le clavinet) et le soft-rock à la America, The Eagles ou Cat Stevens. En ce sens, ce nouvel album est plus proche sur le plan stylistique d’Impossible Spaces, le disque qui a révélé Sandro Perri en 2011 et qui regorgeait lui aussi d’influences du rock et du jazz fusion des années 70. Cela dit, la signature sonore de Perri demeure toujours la même, avec pour éléments principaux son chant souple et délicat et la finesse des arrangements.

Soft Landing s’ouvre avec une plage de 16 minutes, l’excellente « Time (You Got Me) », sur laquelle Perri médite sur le passage du temps et son impact sur nos relations avec les autres.

Musicalement, la composition évolue lentement au gré d’une séquence d’accords qui semble suspendue dans les airs. Puis, à quatre minutes, Perri se libère des contraintes du format chanson en se lançant dans une improvisation qui rappelle les jams un peu désordonnés des Grateful Dead ou du Velvet Underground.L ’accent n’est pas mis sur la virtuosité, mais sur les textures qui rendent le tout extrêmement fluide et facile à assimiler.

L’album révèle d’ailleurs une autre facette de musicien peu exploitée jusqu’ici dans sa discographie : son jeu à la guitare. On le remarque notamment sur la chanson-titre et sur « Floriana », deux instrumentaux qui évoquent des noms comme Pat Metheny ou Jeff Beck. Et c’est sans compter la très réussie « Wrong About the Rain, » où la guitare semble en parfaite communion avec le clavinet sur un rythme funk.

Comme le reste de l’œuvre de Perri, Soft Landing s’apprivoise lentement, au gré des écoutes, à la lumière d’un bon vin qu’on laisse vieillir. Sans doute le même vin qu’on pourra ensuite déguster en écoutant cet album volontairement sans artifice (malgré la richesse des références et du propos) et avant tout résolument « chill out ».

***1/2

14 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Daniel W J Mackenzie & Richard A Ingram: « Half Death »

C’est quand il est au plus calme que Half Death est le plus impressionnant. L’album se veut une exploration du côté apaisé de la composition mélodique, avec des pianos, des synthés et des arpèges pétillants accompagnant le genre de lueurs réverbérantes qui semble omniprésent dans ce genre de choses. Quand on apprend que ses membres contiennent lichard A Ingram du groupe Oceansize, on comprendra l’environnement spatial et post-post-rock dans lequel Half Death se situe d’un point de vue technique, et ce du début à la fin. Chaque son, chaque subtile incursion auditive, est rendue avec une nuance remarquable, la différenciation tonale et le timbre entre ses éléments formant un paysage sonore riche et immersif. Bien que la musique elle-même soit souvent imprégnante, c’est la retenue incarnée par l’album dans son ensemble qui prime. Half Death ressemble beaucoup au genre de musique de scène qui s’ajoute et, comme c’est souvent le cas, améliore la composition propre des films de science-fiction hollywoodiens, avec des crescendos sans but cédant la place à des silences durs et frappants, tels une toile de tension inassouvie. Son penchant pour la subtilité est tel qu’il était parfois difficile de savoir si les sons perçu proviennent des écouteurs ou du monde qui entoure qui l’écoute, Mackenzie et Ingram placent ainsi leurs sons à la limite de la perception, et c’est quand l’album s’éloigne un peu plus du calme des moments post-rock que les choses souffrent le moins car ce sont qui sont le plus explicitement qui s’avèrent être les moins précieux.

Compte tenu de la force des deux premiers morceaux, les troisième et quatrième, « Victoria I (ruin) » et  « Creeping », beaucoup plus faibles, embrassent le sentiment de néant que le reste du travail, plus court, ne parvient pas à extraire. En revanche, « Jitter » est sans doute la piste qui se démarque. Un bourdon mince et nasal, qui évolue en 7 minutes environ, qui taquine de sa structure une variation presque infinie, pour laquelle le piano lointain et profond pourvoit un accompagnement parfait : il y a quelque chose de semblable à The Caretaker sur ce Half Death, tant son instrumentation et son traitement génèrent cette aura générale de mélancolie mémorable qui est propre à l’œuvre de Leyland Kirby. Parfois, l’équilibre entre quelque chose et rien semble un peu déroutant, et il y a de nombreux moments où, les arrangements déjà réduits auraient pu être appariés encore plus loin. Ceci dit, quand Half Death est une réussite elle l’est avec un aplomb qui produit une vision émotive et articulée qui mélange à la perfection les qualités tonales des instruments ainsi utilisés.

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25 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Lingua Ignota: « Caligula »

La Lingua Ignota, langue inconnue en latin, est un idiome construit au XIIe siècle par la mystique Hildegarde de Bingen. Une langue dont l’usage est inconnu, mais qui changeait les noms des êtres et des choses, avec l’inspiration divine de sa créatrice. Nommer, chanter l’inentendu. C’est sur ce point que la Sainte et Kristin Hayter se rejoignent. La jeune Américaine aurait difficilement pu choisir un nom d’artiste plus proche de son travail.

Survivante à plus de dix ans d’anorexie mentale, de violences domestiques physiques, sexuelles et forcément psychologiques, Lingua Ignota chante et crie l’insupportable et crève les abcès des non-dits. Sorti le jour de la Saint-Valentin en 2017, son premier album, Let The Evil of His Own Lips Cover Him, était une libération. Son chant pouvait enfin recouvrir toutes les épreuves de sa vie. Une voix énorme, irrépressible, brillante à pleurer. Diplômée d’arts appliqués et de littérature, celle qui réalisait une thèse de 10 000 pages, soit l’équivalent de son poids en papier, parvient depuis deux ans à fondre avec la même force ses inspirations et autant de fardeaux dans son œuvre musicale.

Sorti quelques mois après sa collaboration avec The Body,Caligula s’ouvre en incantations étranges, comme une prière prévenant la longue malédiction qui l’accompagne. Sa voix claire et grave s’élance sur des harmonies qui semblent appartenir à un temps très éloigné du nôtre. On ne s’avancera pas sur les croyances potentielles de Lingua Ignota. Entre l’imagerie, les paroles et les titres de ses morceaux, tout indique que c’est compliqué. C’est après cette intro que le chant vrille, poursuivant la problématique majeure de sa discographie : les hommes. Vos amis, vos amants, vos violeurs, votre Jésus dont l’artiste se présente pourtant comme l’amie pieuse et la servante. Pas de distinction, pas d’exception, la condamnation est totale. Ils sont chantés, criés, noyés parfois dans les larmes. L’inentendu évoqué plus haut, Lingua Ignota lui donne forme en hurlant pour que personne ne soit plus jamais sourd.

L’album oscille entre drone et « murder ballads », entre chant lyrique et cris saturés. Tout est cohérent dans une dépression noire qui bave sur le monde. Soutenu par des textures métalliques, Caligula rend le mal par le mal. Dans « Fragrant is my many Flows-ered Crown », Hayter semble timbrer sa voix en avalant sa langue, prête à vomir. L’instrumentation soutient l’angoisse dans un mix qui mêle écho liturgique et compression maximale. Poursuivant les contrastes, elle invoque son seigneur et prie en latin de la même façon qu’elle invoque Aileen Wuornos, travailleuse du sexe condamnée à mort en 2002 pour homicides alors qu’elle plaidait la légitime défense. Par des samples, par son nom, sa mémoire est ravivée dans les trois albums de l’artiste.

Si l’on peut apprendre quelque chose de Caligula c’est que son autrice n’a aucune illusion et n’en permet aucune. Mais on peut lire dans certaines paroles un pardon, et ses efforts quasi sacrificiels en live laissent penser que Lingua Ignota est une artiste qui donne avant tout, inconditionnellement. Qu’elle trouve dans la musique un soin, un secours ou une purge, c’est aussi pour rendre tout ça en concert, devenant alors un canal pour son public. Esclave de son passé, elle porte ses chaînes en majesté sur l’illustration de l’album. Des chaînes sublimées dont « son corps brisé en chacun de ses os » se charge, toujours droit. Il n’y a rien à espérer pour Lingua Ignota, elle connaît mieux ses chaînes que n’importe qui. Rien, si ce n’est qu’elle parvienne à les supporter.

****1/2

24 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Asfast: « Peace In Drifts »

Asfast est le projet musical de Leon Leder qui sortait là son premier album sur un label après 2 auto-productions dans lesquelles l’acoustique tenait une place importante tout en posant les bases de son travail, avec une électronique brute et marquée par ses fractures rythmiques, allant même jusqu’à nous rappeler le travail de Venetian Snares sur WYSIWYG. Avec l’album de Wealth qui sortait un peu plus tôt, le label Ventil nous offre un fort bel aperçu d’un catalogue a priori très cohérent.

Peace in Drifts s’ouvre sur une courte introduction plutôt abstraite, mystérieuse, combinant boucle d’une d’une sirène nasillarde, bribes de percussions et chuintements rythmiques. Un ensemble vif, d’une puissance retenue, qui se déploie progressivement sur « Draft » avec l’adjonction d’une mélodique entêtante. Ce 3ème album est celui de la maturité : fini l’imitation de ses aînés, ici Asfast prend des risques et expérimente avec réussite. C’est à la fois concassé et contrasté mais il tient sa mélodie qu’il dose avec justesse.
Une approche que l’on retrouve sur « Poser », d’abord très épuré avant de dévoiler avec subtilité et classe ses atours mélodiques, et « Drag », bien que plus apaisé avec ses longs louvoiements habités. Toujours dans le calme, mais avec une certaine noirceur, on notera les longs glissements et les bribes mélodiques élancées de « Bump Cut » ou les nappes et infrabasses d’un « Err Err » qui fait office d’interlude glacé.

S’ils sont tout aussi apaisés, « Well » et « Air »s se distinguent par leur épure mélodique. Simplement des errances métallisées et lumineuses pour le premier, et une mélodie franche de cloches pour le second qui laisse une place importante aux silences.
On gardera le gros morceau pour la fin avec deux titres à la fois mélodiques et explosifs, véritable marque de fabrique de Asfast. Il combine ici des mélodies joliment dessinées à des éléments électroniques brutes et secs. Les rapides tintements de « Drift » sont entêtants et prennent tout leur sens quand ils se retrouvent face à ces cassures et textures bruitistes. Les sonorités utilisées sur « Peacepie » sont plus classiques d’une laptop music, mais le résultat est tout aussi convainquant alors que les textures bruitistes, déchirures et hachures viennent froisser cette superbe mélodie.

Sur cet album, Leon Leder assume pleinement l’usage de l’électronique, et le fait avec une maîtrise qui ne peut que nous conquérir.

***1/2

22 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Oh Sees: « Face Stabber »

Il aura fallu une année complète à John Dwyer pour se décider à donner un successeur à Smote Deceiver. Si ce dernier se posait comme une espèce de chimère musicale allant piocher son inspiration dans des influences jazz, prog, space rock, garage voire metal, Face Stabber, lui, va encore plus loin dans l’expérimentation. Dans la volonté immuable de rompre avec toute étiquette que l’on aurait pu leur coller, Dwyer et ses collaborateurs préfèrent en effet s’aventurer sur les terrains plus fantasques du jazz fusion et du heavy-prog, tout en continuant de distiller un garage psychédélique dont eux-seuls ont le secret.

Le « single » « Henchlock », mastodonte de vingt minutes clôturant l’affaire, pourrait bien à lui seul faire office de mise en abîme de ce nouvel album. Porté par une rythmique aux faux airs de kraut sur laquelle vient tout du long s’opérer un dialogue halluciné entre guitares électrisantes et distordues donnant la réplique à des synthétiseurs plus cosmiques, le morceau nous propulse dans une atmosphère spatiale où les notes semblent flotter en suspension au milieu des échos et des réverbérations.

Dans la même veine bien que beaucoup plus court, « The Experimenter » résumera assez bien le tournant opéré par Oh Sees depuis Smote Reverser. En effet, on y retrouve peu ou prou les mêmes ingrédients rythmiques et vocaux, avec un côté garage beaucoup plus marqué dans les guitares. Le tout offre ainsi une progression habilement scindée en deux parties, dont l’énergie latente ne cesse de monter en pression, jusqu’à finalement exploser en un excès de guitares dont la violence ne fait que renforcer le contraste avec la relative tranquillité du reste du titre.

On aurait pu s’y préparer, mais on se laisse prendre au jeu tant le talent du génial Dwyer réside aussi et surtout dans l’interminable jeu de piste qu’il n’a de cesse de développer à travers ses différentes productions. Les motifs se créent, nous emportent avec eux, disparaissent, puis reviennent un peu plus tard, transformés, pour mieux céder la place à d’autres structures en ne laissant à l’auditeur aucune seconde de répit.

Si « Scutum & Scorpius » fait également figure d’odyssée psychédélique aux côtés du beaucoup plus dynamique S.S Luker’s Mom, ce nouvel album sait aussi brosser les amateurs de garage de la première heure dans le sens du poil, en proposant quelques titres nettement plus caractéristiques de la formation. « Gholü » et « Heartworm » par exemple, dont les guitares saturées à souhait venant supporter la colère grondante de Dwyer ne seront pas sans rappeler « Overthrown », tandis que « Face Stabber, » « Fu Xi », et l’incroyable combo « Poisoned Stones/Together Tomorrow », eux, miseront plus sur leur rythmique démentielle que sur leurs accords.

Si Face Stabber se veut d’une variété et d’une originalité rarement égalée dans la discographie de son géniteur, l’album renforce par là sa volonté de s’extraire des carcans sans doute un peu trop rigides du garage qui l’a vu accéder à la consécration. John Dwyer s’envole ainsi vers d’autres horizons, tout en ne perdant jamais vraiment de vue cette griffe si particulière qui donne aujourd’hui à Oh Sees de faux airs d’un Zappa qui aurait malencontreusement eu la main un peu trop lourde sur le cocktail L.S.D/Speed.

***1/2

21 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Seth Nehil: « Skew / Flume »

Seth Nehil ne se repose pas confortablement sur ses lauriers et ses succès passés ; de ceux de Gang of Four qui ont quitté Austin vers vers 1998 ( Michael Northam, John Grzinich, Olivia Block et Nehil) c’est ce dernier qui a le plus progressé et s’est montré le plus aventureux même si ses anciens comparses ne sont pas resté inactifs. Cesrécents disques portent les influences d’artistes ayant oeuvré dans les théâtres d’avant-garde.

La musique est ainsi hautementfragementée hachée, alant de drones cinématographiques à des « field recordings » en perpétuelle mutation. On à l’impression d’une musique créée dans les arrière-cours d’une machine à sampler et certainement pas de quelque chose qui aurait été conçu dans un club ou au travers d’une boîte à rythmes.

Ceux-ci sont hachés et répétitifs, les voix bégayées et l’électronica a ce bourdonnement particulier dont il est difficile d’identifier la source. Rien à voir avec la production de Esplendor Geometrico même si on pourrait se dire que ce dernier aurait pu sonner de cette manière tant les aupoudrages bryitistes se ressemblent. Sur « Veer » on entendra un vieille réminiscence de musique concrète accompagné de ce qui semble être un copier/coller de sonorités ; un condensé emblématique de l’approche radicale qui le caractérise.

***1/2

18 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Owle Are Not: « Radio Tree »

Après avoir été le représentant d’un rock électronique singulier et un tantinet expérimental à travers Isnot en 2016, les Polonais de Owle Are Not sont allés exploiter une autre forme d’art, histoire de désorienter son public. Il y a de quoi l’êtr car Radio Tree est le fruit de six mois de recherches en ethnomusicologie au Malawi et en Tanzanie par son leader Piotr Dang. D’ailleurs, ce dernier a profité de l’occasion pour produire le nouveau disque de Tonga Boys, une figure de la musique malawienne. On assiste donc à une réalisation sous forme de transmission radio combinant musique africaine, programmations électroniques à la fois sophistiquées et dépouillées, et autres fantaisies liées à ses recherches, comme ces travaux de saccades façon techno que l’on se prend en pleine face dès l’introduction du disque.

Ce quatrième album est un vrai travail collaboratif, 4 des 6 titres ont été composés avec des chanteurs de l’Afrique de l’Est et l’ambiance qui s’en dégage nous fait l’effet d’une musique d’un autre temps qu’on aurait jamais eu l’occasion de découvrir avant. On reste donc bouche bée face à des choses qu’on ne maîtrise pas totalement, comme des sessions d’improvisation en direct à la radio sur lesquelles on tomberait par hasard.

***1/2

14 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Mats Eilertsen: « Reveries & Revelations »

Contrebassiste de renom au CV bien garni dans la sphère jazz norvégienne, Mats Eilertsen s’éloigne ici de sa zone de confort en s’aventurant dans l’écriture d’une œuvre différente, dans le fond comme dans la forme. Rien ne préfigurait d’ailleurs un tel revirement à l’écoute de la plupart de ses précédents efforts, en solo comme en trio. En effet Reveries & Revelations tranche clairement avec le reste de sa discographie fraîche de seulement dix ans. Mieux : il fait basculer sa musique vers des formes abstraites difficilement identifiables tout en l’ouvrant à un intimisme à fleur de peau donnant à l’ensemble une intensité nouvelle, viscérale et plutôt remarquable.

Le musicien fait ici littéralement corps avec son instrument, cette contrebasse que l’on entend ici grincer (« Tundra »), vibrer, gronder. Celui-ci s’est comme d’habitude adjoint les services de figures majeures de la scène norvégienne pour parfaire son tableau, ainsi retrouve t-on le guitariste Geir Sundstøl (« Nightride », « Hardanger ») ou le trompettiste Arve Henriksen (« Supersilent ») sur la magnifique crtcvonclusive « Appreciate ». En donnant une impulsion quasi incantatoire voire obsessionnelle (« Endless) » à ses nouvelles compositions, Mats Eilertsen ouvre son jazz à un champ des possibles qui attise notre curiosité pour l’avenir. Nous nous contenterons pour l’instant de ces quelques percées nocturnes à la beauté saisissante et crépusculaire.

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9 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire