Alex Izenberg: « Harlequin »

Après avoir passé plusieurs années à travailler et à enregistrer sous divers pseudonymes, ce multi instrumentiste sort enfin son premier opus sous sa réelle identité. Comme on pouvait s’attendre de la part de quelqu’un qui aime s’entourer de plusieurs avatars, Harlequin est un disque à la palette étendue nous offrant des matériaux musicaux divers et osés. On pourrait parler d’expérimentation tant Izeznberg ne semble pas vouloir faire l’économie des instruments dont il use avec une constante, le joie de créer qui n’est pas sans évoquer le White Album des Beatles.



Chaque plage semble vouloir s’amuser à feuilleter un livre d’idées et d’inspirations, sans retenue aucune d’autant que Izenberg ne manque pas d’habileté à nous faire entendre des choses qu’on ne rencontrerait chez personne d’autre. Ce serait lui faire injure que de vouloir le mettre dans une case ou le qualifier de faiseur ; on pourrait juste avancer qu’il emprunte à Eno et à Lou Reed mais qu’il est avant tout un musicien talentueux.

Harlequin est un disque intéressant, s’adressant à ceux pour qui curiosité va de pair avec innovation.

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Juana Molina: « Wed 21 »

À écouter Juana Molina, on aurait peine à croire qu’elle fut avant tout comédiennen dans sa native Argentine. Son style vocal est décalé et il a plus à voir avec le scat jazzy qu’à l’étiquette singer/songwriter dont on l’a affublée.

Celui-ci est atténué par ses syllabes en Espagnol et, sur ce sixième album, Wed 21, elle opère un virage vers l’électronique qui rend sa musique encore plus atypique. On a droit donc à un curieux mélange avec une instrumentation traditionnelle ce qui accentue encore le côté chaud et organique de sa musique. En effet, ayant produit également le disque, son style introspectif prend le pas sur toutes les sources sonores qu’elle utilise et ses murmures et ses rythmes flottants volettent comme un accompagnements à ses soupirs et chuchotements.

On a qualifié la musique de Molina d’onirique, il ne s’agit pas pour autant de cette rêverie qui incite à la berceuse ou à la « chamber pop ». Bien au contraire, le registre de son spectre musical est très condensé, comme si, en son intérieur, l’artiste prenait en compte et privilégiait la nature fuyante des rêves et qu’elle les laissait se déployer presque sans son intervention.

La nature séduisante et charnelle de la langue espagnole apporte profondeur organique aux couches harmoniques (« Sin Guia ») et enrobent, conjuguée à des loops, le disque de qualités hypnotiques. « El Oso De La Guarda » celle-ci se fait presque insignifiante, obligeant l’auditeur à une qualité d’écoute inhabituelle contrastant avec la frénésie de « La Rata » ou le côté western de « Final Feliz. Palette étroite mais dotée pourtant d’une amplitude saisissante, c’est sans doute l’atout maître de la chanteuse que de nous permettre d’apprécier une musique qui ne sera définie ni pas un genre ni par des mots.

★★★½☆