The Arthur Brothers: « Nine »

3 octobre 2020

Nine est le premier album des Arthur Brothers et c’est un opus accrocheur endiable et excellement bon pour les oreilles.

Leur voyage a commencé lorsque les talentueux frères Matt et Danny Arthur ont rencontré le producteur/compositeur et multi-instrumentiste J. C. Wright, et qu’ils se sont lancés collectivement dans une entreprise créative colossale, une aventure musicale sinueuse…. ; une entreprise qui ne peut être décrite que comme… de l’art pour l’art. Enregistré dans un vieil entrepôt délabré du nord de Londres – aujourd’hui connu sous le nom de ClearLight SoundCave – avec des fenêtres brisées, du béton fissuré, du parquet et une cage d’escalier art-déco aux sonorités caverneuses, qui figurent collectivement en bonne place dans la tonalité et l’ambiance de l’album. Une approche bricolée qui s’épanouit finalement en une majestueuse proclamation sonore.

Les neuf morceaux qui en résultent, d’une durée de 51 minutes, sont un hit psychédélique et intergalactique du rock n roll. Les fans de Flaming Lips, Ennio Morricone, Pink Floyd, Tears For Fears ou The Velvet Underground devraient se presser pour assister à ce remarquable premier album.

S’ouvrant sur le tonnerre tribal viscéral de « Ninth », sur la pop lumineuse et électrique de « Lovesunk », sur le récit schizophrène de  « Violet Hum » et sur l’opéra rock post-moderne qu’est « Watson », Nine est guidé par des mélodies vocales captivantes et des thèmes lyriques fascinants. Un son cinématographique éclectique : grandes cordes, guitares charismatiques, pianos grandioses, vaste batterie, cuivres percutants, chœurs éthérés, quatuors de barbiers, et des arrangements complexes en constante évolution avec des surprises à chaque coin de rue…boîtes à rythmes de machines à écrire, violons cambodgiens, vibraphones, pianos à pouces, accordéons, harmoniums, harpes, synthés cosmiques, mégaphones jouets…tout et l’évier de la cuisine.

Les albums de cette envergure sont une véritable rareté, surtout sous la forme d’une première sortie. The Arthur Brothers ont livré l’un des premiers albums les plus remarquables depuis des années et des années. Goutteux de sang, de sueur et de larmes, Nine obtient définitivement la note maximale de 10, aluant ainsi un disque qui fera l’affaire de tous ceux qui découvrent ce « debut » album essentiel à à ce qui constitue l’espace, terrestre ou autre.
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Underground Lovers: « A Left Turn »

17 novembre 2019

Les Underground Lovers sont de retour avec leur dixième album studio, leur troisième depuis leur réactivation après une pause au cours de la première décennie du 21e siècle. Ce retour montre qu’ils sont toujours en pleine forme avec leur mélange d’indie-rock psychédélique et d’electronica et qu’ils ont de nouveau produit un album fort qui réunit ces éléments dans une parfaite harmonie hypnotique.

Leur dernier album Staring At You Staring At Me s’est concentré sur le son de guitare du groupe, lui donnant une touche plus rock. Cette fois-ci, ils ont relancé les explorations électroniques, rapprochant l’album du travail qu’ils avaient produit sur Cold Feeling à la fin des années 90.

Dès le début, Bells vise le cœur de l’esprit et, tout aussi viablement, le dancefloor. Son Krautrock bourdonnant s’étend sur plus de six merveilleuses minutes. Ils ont la capacité – comme Spiritualized et Wooden Shjips – de trouver le sweet spot d’un groove et de lec hevaucher sans fin. Hooky fait monter la barre du rock, tout en restant chaleureux avec les mélodies de la guitare de Glenn Bennie et les incantations vocales de Vincent Giarrusso. Shoegaze a toujours été un autre pilier du son du groupe et sur Dunes and Lusher, Philippa Nihill sonne comme une sœur de rêve pour My Bloody Valentine et Cocteau Twins. La musique scintille, brille et frémit doucement derrière elle. Le single Seven Day Weekend est un hymne dans son rythme à la batterie et ses guitares à bascule déformées. Giarrusso voyage en mode Shaun Ryder sur l’ode à la socialisation insouciante.

Au moment où nous arrivons à la conclusion de l’épopée épique de neuf minutes de « Rocky Endings (A Left Turn) », on aura un sentiment d’exaltation dans le sillage des pics propulsifs de l’album et dde ses vallées flottantes. La chanson serpente pendant quatre minutes avant de s’envoler dans la stratosphère pour une mission spatio-rock interstellaire de guitares carillon, de basses pulsées et de percussions métronomiques qui s’étirent et s’amplifient magnifiquement. A Left Turn est un autre joyau sonore de l’une des plus belles merveilles psychédéliques d’Australie.

***1/2


Masasolo: « Bridges »

28 octobre 2019

Embarquement immédiat pour le Danemark avec le quatuor Masasolo. Leur nouvel album Bridges vous fait voguer vers les confins du rock psyché, à tendance expérimental. Leurs penchants pour cette musique alternative sont plus que louables, mixant avec habileté les codes des années 70 avec ceux d’aujourd’hui.

Comment, à cet égard, ne pas se déhancher sur « Gimme gimme gimme » ? L’énergie musicale de Masasolo se distille au fil des variations de rythme de la batterie et des synthés, ponctuant avec délicatesses paroles et émotions. Bref, une bande-son organique.

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Froth: « Duress »

12 juin 2019

En 2017, Froth était sorti des sentiers battus avec son album Outside (Briefly). Le groupe californien tente de se réinventer en passant de la pop psychédélique des années 1960 à des allures shoegaze et noise-pop, et ce, sans jamais aliéner son auditoire. En effet, certains éléments montrent que le combo souhaite rester dans cette veine pour Duress.

Ainsi, Froth marche sur les pas de son prédécesseur mais avec une pointe d’expérimentation en prime. S’ouvrant sur le captivant « Laurel » avec ses synthés analogiques et sa rythmique implacable et obsédante, le groupe de Los Angeles mené par Joo Joo Ashworth reste de nouveau égal à lui-même en ne laissant rien traîner. Il en est de même pour la pop psychédélique efficace de « Catalog » qui suit ou bien même le semi-instrumental bien menaçant et noisy nommé « A2 » avant que n’intervient le chant sur les dernières secondes qui ont de quoi faire frémir.

Donc plus expérimental et plus ambitieux que ça, tu meurs. Froth redéfinit les codes de sa musique avec précision et ingéniosité. Que ce soit sur les loops insolents du menaçant « 77 » conviant Isabella Glaudini suivi de l’interlude bien étange nommé « John Peel Slowly » où les samples et la noise ne font qu’un ou sur des moments plus libérés comme les allures Spiritualized de « Xvorth » ou celles plus Beach House de la dream-pop éthérée « Slow Chamber », l’audace des Californiens n’a plus à être questionnée. Froth continue de creuser le sillon afin de faire parler au mieux sa créativité et son originalité, et ce Duress en est la preuve concrète.

***1/2


The Brian Jonestown Massacre: « The Brian Jonestown Massacre »

5 avril 2019

Bon an mal an, ce magnifique givré d’Anton Newcombe revient inlassablement avec un nouvel album sous le bras. Et 2019 ne fait pas exception à la règle. Voilà la courte liste de ce que le bonhomme a produit dernièrement avec son véhicule de création, The Brian Jonestown Massacre : Aufheben (2012), l’incursion dans le krautrock Revelation, le superbe Musique de Film Imaginé en 2015, le tout aussi bon Third World Pyramid (2016), Don’t Get Lost (2017) et finalement, Something Else en 2018.

Newcombe est ici de retour avec un 18e album studio au compteur; une création éponyme constituée de chansons issues des mêmes sessions d’enregistrements que Something Else. L’homme était tellement inspiré qu’il a préféré lancer deux albums plutôt que de réunir toutes ces pièces au sein d’une seule et même production.

Évidemment, Newcombe joue de tous les instruments, mais le créateur est quand même épaulé par Sara Neidaf (batterie), Heike Marie Radeken (basse), Hakon Adalsteinsson (guitare) ainsi que Rieke Bienert qui est à l’avant-scène, vocalement parlant, dans l’excellente « Tombes Oubliées ». Pour cette énième création, Newcombe s’est inspiré de ses nombreuses lectures contextualisant la Première Guerre mondiale (1914-1918); un conflit qui sombre de plus en plus dans l’oubli et qui fut l’un des plus violents et meurtriers de l’histoire moderne.

Pour celui ou celle qui connaît bien The Brian Jonestown Massacre, cet éponyme ne surprendra personne. Sans atteindre les standards établis avec Musique de Film imaginé ou encore Third World Pyramid, la formation nous propose, encore une fois, un bon disque. On y retrouve quelques relents de blues rock psychédélique (« A Word ») et un peu de folk rock dépressif (« We Never Had a Chance »). Pour ce qui est du reste, Newcombe demeure dans sa zone de confort.

En revanche, ce disque n’est pas aussi « tripant » qu’à l’accoutumée. Pourquoi ? Tout simplement parce que le principal compositeur de la formation a de la difficulté à s’extirper de son schéma compositionnel… ce qui fait que certaines chansons peinent à se démarquer tant elles sont semblables les unes des autres.

Cela dit, les fans de la formation seront en terrain connu et y trouveront un certain plaisir à réentendre les tics musicaux de Newcombe. Parmi les meilleurs moments, on note l’entrée en matière titrée « Drained » ainsi que « Cannot Be Saved; » du Brian Jonestown Massacre pur jus. Coup de chapeau enfin à la conclusive « What Can I Say » qui donne sérieusement envie de plonger à nouveau dans les vapeurs narcotiques exhalées par Newcombe et ses acolytes ; une formation qui propose toujours et encore un voyage musical des plus agréables.

***1/2


Electric Würms : « Musik, Die Schwer Zu Twerk »

21 septembre 2014

Electric Würms est un effort collaboratif entre Wayne Coyne et Steven Drodz des Flaming Lips et Linear Downfall, un groupe expérimental psychédélique de Nashville. Coyne y joue de la basse, Drodz de la guitare et s’attelle à des choses qui ressemblent vaguement à des vocaux.

Musik, Die Schwer Zu Twerk est leur premier opus et il a une durée (29 minutes) qui le ferait être assimilé plus à un EP qu’à un véritable album. Son écoute réjouira tous les fans des Butthole Surfers et ceux qui se sont intéressés aux récents travaux électroniques schizophrènes de John Frusciante. Cette chose dite, le décollage s’impose naturellement.

Sur « I Could See The Clouds » la sensation sera celle qu’une tribu ancienne à mis la main sur une collection de vieux samples de Aphex Twin et, au milieu de cette atmosphère indéfinissable, les vocaux de Drozd apporte une couche moelleuse et lustrée assez paradoxale, un peu comme certains morceaux de Gorillaz quand ils s’échappaient du domaine du hip hop.

« The Bat » va rappeler le « Careful With That Axe, Eugene » du Floyd et « Futuristic Hallucinations » est un instrumental se révèlera encore plus langoureux avec ces accords distants au point qu’on se demande si on est encore dans la musique psychédélique ou le jazz « ambient » (le rythme inchangé de « The Second Time » rendu hypnotique par le tempo de la la percussion).

Plus d’énergie se manifestera dans « Transform ! » et sa ligne de basse ; ce sera le seul titre qu’on pourra apparenter à une chanson rock, tout halluciné qu’il puisse sonner.

Malgré son titre, on ne trouve dans Musik, Die Schwer Zu Twerk, quelque chose qui puisse voisiner avec le krautrock et s’il est une influence qui est revendiquée ce sera dans cette reprise du « Heart of the Sunrise » tirée de l’album de Yes Fragile en 1971.

On comprend que Electric Würms ont essayé l’étrangeté non pas pour le plaisir de l’être mais pour s’aventurer dans l’expérimentation. Qu’ils ys oient parvenus en termes d’inventivité est discutable ; peut-être leur manque-t-il tout simplement un peu plus de focus.

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