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Jambinai: « Onda »

La stupéfiante et atypique formation Jambinai est de retour et, le moins que l’on puisse dire, c’est que leur troisième album intitulé Onda ne diverge pas de leurs habituelles déferlantes venant secouer une rivière aux retombées post-rock, sur laquelle vient fondre la transcendance d’un folklore ancestral coréen.

Dès l’entame « Sawtooth », la livraison est brûlante, fracassante et grinçante pour un assemblage des plus singuliers. La récidive nous laisse songer à une transposition folle des canadiens de Godspeed You! Black Emperor en plein trip asiatique ! C’est un « opéra lourd », quasiment sans parole, même si « Square Wave » vient briser subtilement l’exclusivité instrumentale du dogme.

Elle est peut-être nichée ici la nouveauté proposée, dans l’expérimentation d’un chant énigmatique que nous retrouvons sur les bases narcotiques de « Son.Tears.Red », parfaite jonction entre les accélérations d’un vacarme qui se défoule et une seconde partie de l’œuvre bien plus assouvie (toute proportion gardée).

Quelques soudainetés bestiales amplifiant la furie rampent alors en direction d’« In The Woods », morceau de bravoure rempli d’accablement avant de se métamorphoser en rage contenue. L’escalade est sublime et l’abstraction en haute voltige se distille grâce à un sacré voltage !

***1/2

5 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Enablers: « Zones »

Enablers ne reste jamais inactif très longtemps. Partageant son temps entre le studio et la scène, le quatuor américain refaisait parler de lui en fin d’année dernière avec un titre de 17 minutes composé à distance, qui annonçait un nouvel album à venir. Nous y sommes : Zones se laisse imprégner de l’affection que ses auteurs portent à l’improvisation et aux expérimentations musicales diverses. Pas de dépaysement donc puisque post rock, noise rock et spoken word s’unissent une nouvelle fois à merveille tout au long de ces neuf titres accidentés, libres comme l’air, et sans conteste les plus chaotiques de sa discographie.

Soutenues par les rythmiques équilibristes de Sam Ospovat, les guitares mélodieuses et/ou bruitistes du duo Kevin Thompson/Joe Goldring tissent alors un grand filet dans lequel le charismatique et habité Pete Simonelli jette en toute confiance sa poésie parfaitement écrite et articulée. Complexe en filigrane, notamment pour le tout-venant peu familier à son habileté tortueuse (« Cha Cha Cha », « Squint »), la musique du quatuor s’applique – malgré ses humeurs changeantes – à rester audible et compréhensible (« Furthermore »), séduisante même parfois (« Goon Seat », « Broke) ».

C’est grâce à cet équilibre parfait, atteint à chaque album, qu’Enablers dessine une suite d’ascenseurs émotionnels qui déposent l’auditeur avec, en fin de course, la sensation d’être plus vivant que jamais. En attestent « Bill, in Consideration » et » In McCullin’s Photograph », deux incarnations parfaites de l’identité unique et exigeante du groupe, solide ambassadeur d’une musique qui, après s’être longtemps jouée des étiquettes réductrices, n’accepte plus désormais que celle de moyen d’expression.

***1/2

23 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Lust For Youth: « Lust For Youth »

Il y a clairement eu deux moments dans la carrière de Lust For Youth.  Au départ, le projet emmené par Hannes Norrvide proposait un post-punk lo-fi assez rigide, avec une voix très en retrait, quand les plages n’étaient pas entièrement instrumentales. Après avoir enchaîné trois albums sur cette lignée entre 2011 et 2013, le groupe a opéré un virage radical sur International et Compassion sortis respectivement en 2014 et 2016 sur Sacred Bones Records. Le post-punk rêche des débuts a laissé place à une synth-pop aux influences assumées : Depeche Mode et New Order en tête de celles-ci.
Opérant désormais à deux, Hannes Norrvide et Malthe Fischer reviennent avec un nouvel album éponyme qui frappe fort d’entrée avec « New Balance Point », un concentré de synth-pop 80’s avec la touche de modernité qui fait la différence et l’empêche de tomber dans la caricature. Plus sombre, « Great Concerns » fait des ravages avec son beat ultra efficace tout en s’interrogeant sur le changement climatique. Le « single » « By No Means » sera également l’une des grandes réussites du disque, notamment grâce à sa ligne de guitare imparable.


Lust For Youth n’hésitera pas à proposer des directions différentes sur cet opus. « Insignificant » en est une bonne illustration : si la première partie du morceau est assez classique, il se transforme ensuite en une plage expérimentale éblouissante, à grands coups d’envolées de synthés et de boucles lancinantes. On retiendra également deux titres plus mélancoliques : le touchant éVenus de Milo » et le très beau « Fifth Terrace » chanté par Soho Rezanejad, véritables moments lumineux de l’album mais sur lesquels la grisaille n’est jamais loin. 
Le nouvel album des Danois est donc un très bon cru, surtout lorsque le groupe sort de sa zone de confort pour s’aventurer vers de nouveaux territoires. Après avoir digéré ses influences, Lust For Youth démontre ici sa capacité à s’en extraire et laisse présager le meilleur pour la suite.

***1/2

11 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire