Wolgang White & The Lonely Hearts: « Infatuated »

20 avril 2020

Malgré le nom « and the… » Wolfgang White est un artiste solo qui fait les choses comme il le souhaite, avec le même sens de la singularité qu’un artiste comme Daniel Johnston.

On a donc le plaisir de découvrir un album dans lequel White nous emmène dans un voyage musical érudit à travers plusieurs genres et avant-postes musicaux, alors que ses paroles dirigent ses affections et ses désespoirs vers et loin de nombreux destinataires romantiques.

Bien qu’ils soient rayonnants et introspectifs dans l’abondante bizarrerie lo-fi de la chanson- titre et de « Visit My Dreams » ou le fuzz rock garage de « I Want You », le meilleur de l’album se voit dans les morceaux où il amène sa guitar-pop standard à d’autres niveaux.

Ainsi, on voit la juxtaposition de la guitar-pop mélodique avec le carillon et les rythmes ensoleillés/chants échos du surf rock moderne émerger à des degrés divers dans « Everytime », « Friends » et « Van Gogh ».

Il y a aussi des moments d’une véritable beauté qui étonnent par l’ampleur de leur chatoyante disparité, dans des titres comme « In The Park » et le style comprifié de « Tell You (If I Could »), qui semblent tous profiter au maximum de l’équipement de production rétro et ce qui donnent ainsi à l’ensemble une étrange impression de 8 pistes des années 70 et un sens très subtil d’assurer une telle continuité. White se joint, ici, à des artistes récents comme Mo Troper pour rendre ce son lo-fi alt.jangle expérimental de plus en plus essentiel.

***1/2


Edwyn Collins: « Badbea »

29 mars 2019

Edwyn Collins revient avec son dixième album solo, Badbea. Enregistré aux Clashnarrow Studios situés à Helmsdale en Ecosse, ce nouvel album de l’ancien leader d’Orange Juice tire son nom d’une falaise qui obsède Collin. D’ailleurs, Badbea reprend les choses où Understead es avaient laissées en 2013. Ce disque est brut de décoffrage et laisse au final peu de temps morts. Edwyn Collins fonce, tête baissée dans la mêlée et fait sauter le verrou pop. Connaissant son métier comme personne, il arrive à sortir encore quelques lignes mélodiques ahurissantes.

Inspiré par son grand-père et par le village de Badbea ce lieu fétiche qui donne à l’album sa vigueur et par son élégance naturelle. De l’aveu même de Collins, c’est la première fois qu’il fait un disque en regardant dans le rétroviseur et c’est pour cette raison que Badbea est le frère cadet d’Understead. Les puritains de la pop auront donc peut-être quelques réticences à écouter ce disque, mais les amoureux d’Orange Juice y trouveront sans peine leur compte.

***


Helado Negro: « This Is How You Smile »

14 mars 2019

Chaque année qui passe, Helado Negro fait son nid petit à petit sur la scène musicale actuelle. Se faisant discret depuis ses débuts, sa popularité a gentiment monté en flèche en 2016 avec la parution de son sixième album Private Energy contenant entre autres les morceaux « Young, Latin and Proud » et « It’s My Brown Skin » .

Cette année, le musicien venu tout droit de Brooklyn enfonce le clou avec This Is How You Smile. A mi-chemin entre indie pop, pop expérimentale et sonorités latines exotiques, Helado Negro arrive à nous emmener dans son jardin secret parsemé de mystères en tous genres. Dès lors, la magie est de mise à partir des premières notes de « Please Won’t Please » résolument planant et touchant avec un Roberto Carlos Lange au sommet de son art. On peut également citer l’atmosphérique « Imaging What To Do » qui suit où le duo guitare acoustique/piano s’invite à la rêverie ainsi que la valse pianistique de « Running » qui se rapproche des allures yacht rock. Qu’il fait bon de se laisser emporter par tant d’harmonie et de beauté musicale.

Entre deux compositions mélodiques et touchantes, on ne pourra pas faire l’impasse sur des interludes instrumentaux pour les moins étranges comme « Echo for Camperdown Curio » ou bien même « November 7 » avant de repartir de plus belle. Partagé entre pop expérimentale sur les chaleureux « Fantasma Vaga » et « Pais Nublado » où notre hôte chante dans sa langue natale (comme sur les allures samba de « Sabana de luz ») ou indie folk débridé sur « Seen My Aura » ou sur la chanson de rupture amoureuse qu’est « Two Lucky », Helado Negro ne laissera personne indifférent. Avec ce septième opus, il prouve qu’au milieu de toutes les épreuves difficiles que l’on peut rencontrer tout au long de sa vie, il y a toujours un moyen de garder le sourire et de se reconcilier avec les autres et soi-même.

***1/2


Haiku Salut: « Etch And Etch Deep »

6 août 2015

Il existe un état entre le fait d’être mi-éveillé et mi-endormi ; c’est en ce lieu que Haiku Salut s’introduit furtivement, jouant sur un état où la conscience est fragile et y tissant de subtiles liens issus de notre psyché.

Ces créations éthérées, parfois sinistres, parfois sensuelles et ensorcelantes sont comme une bande son imaginaire et elles font allusion à des paysages sonores à vous mettre en appétit à la manière d’un Yann Tiersen qui aurait parsemé ses compositions aux couleurs d’un arc-en-ciel mis en nuances par Aphex Twin.

Mais ce disque vaut bien plus que ces analogies ; les dix compositions qui émergent ici vont de la beauté folk de leur « debut album » Tricolore, et mêlent des textures nous offrant des mélodies savoureuses mais imperceptibles ; la valse qui émerge pendant « Bleak And Beautiful (All Things) » est presque aussi parfaite que les harmonies vocales qui embaument l’electronica de « Hearts Not Parts » semblables à des rayons de soleil matinaux traversant des persiennes volatiles.

Plus qu’une bande son, c’est un monde imaginaire dans lequel on séjournerait qui offrirait une expérience spirituelle unique, toute brève qu’elle puisse être.

***1/2