No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

HEALTH: « Death Magic »

Get Color était, pour HEALTH, une façon d’appliquer une politique de la terre brûlée à la musique « dance ».
C‘était un disque bordélique, brutal qui parvenait à construire quelque chose de beau au milieu de fragments déchiquetés de synthés créant des paysages infernaux.

Six ans plus tard, Death Magic nous présente la même façon violente qu’a HEALTH de réinterpréter la pop music. Cela reste toujours un peu effrayant (« Stonefist » et « New Coke » sont incroyables dans les excès monstrueux) et le disque donna cette sensation déchirer les paillettes de Los Angeles ou du rêve hollywoodien.
C’est un album jonché d’étoiles, certaines sont dans nos yeux mais d’autres abandonne la béatitude « bliss out » pour nous emmener dans un univers post-apocalyptique où le deuil fait figure de table de loi.
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4 août 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

L. Pierre: « The Island Come True »

Tout au long d’une carrière qui s’étend sur plus de quinze ans, que ce soit avec Arab Strap, en solo ou dans ses collaborations avec d’autres musiciens (par exemple sur Everything’s Getting Older, album écossais de l’année avec Bill Wells) le travail d’Aidan Moffat s’est toujours caractérisé par une exigence de qualité et, par conséquent, une grande attention prêtée à la finition de ses divers enregistrements.

Le pseudonyme de L. Pierre lui permet de s’adonner à ce qu’il y a de plus expérimental au sein des différentes facettes qui composent son univers. The Island Come True est le quatrième album sous ce patronyme et il s’agit, à nouveau, d’une œuvre séduisante ce qui tend à indiquer que c’est quand il travaille dans ces conditions particulières que son inspiration est la plus féconde.

Le titre du disque vient d’un chapitre de Peter Pan dans lequel on découvre pour la première fois Neverland et il se révèle pertinent pour le monde fantastique et enchanteur que Moffat y a créé. Les onze plages sont constituées de captures prises à vif et de sons et de samples qu’il aura récupéré au hasard de sa sensibilité. Il y a donc une démarche visant à la spontanéité dont tout embellissement ou additions soniques sont exclues. Les sifflements, crépitements et bourdonnements de vielles bandes enregistrées se révélant un thème constant tout au long du disque, celui-ci se voit parcouru alors de l’atmosphère spectrale qui serait celle d’un univers autre et décalé.

Si on s’imagine en train de l’écouter dans une pièce sombre avec un casque sur la tête, il est indéniable que ce serait une expérience qui transcenderait notre monde tangible, mais, même dans des conditions « normales » l’effet désiré serait atteint.

La nature des collages sonores permet, en effet, à l’auditeur de s’approprier l’album et d’en faire un appendice de soi, un appendice dont les manifestations seraient multiples et différentes. La fonction de la musique expérimentale, qui plus est instrumentale, est d’ouvrir notre imaginaire et de l’autoriser à flotter dans un état onirique dont on perçoit qu’il est distinct du réel.

C’est un des succès de de The Island Come True de générer une telle sensation, de s’emparer d’un état de nature pour en faire chose abstraite mais de parvenir, toutefois, à y infuser de l’émotion. S’il en est une qui sse fait perméable, ce sera celle de la mélancolie, voire de l’abattement.

On décèle ainsi une beauté presque funéraire dans les sinistres cordes qui transforment « The Grief That Does Not Speak » en lamentation ou, dans la stylisation classique de « Sad Laugh », une morosité intrusive qui prend le pas de façon drastique sur le bruit d’enfants qui jouent en arrière fond.

Mais tout en étant émotionnellement poignant, cet opus est également nimbé d’un climat surréaliste qui se veut inquiétant. La sonorité qui émane d’un camion vendant des glaces sur « Now Listen ! », toute familière qu’elle soit, introduit une toute autre atmosphère, plus dérangeante, tout comme les voix qui murmurent en sourdine des paroles indistinctes et obscures sur « Dumburn ».

Cet assemblage est cohérent par sa beauté certes mais aussi par le soin, presque artisanal, qui semble avoir été pris à le confectionner. « Harmonic Avenger » et la grâce de son piano de ballet en est un pendant tout comme « KAB1340 » avec ses chants d’oiseaux et ses bruits de la nature est est un autre.

Tous ces éléments forment une œuvre musicale impérieuse dans laquelle on ne peut qu’être contraint à trouver délice et envoûtement.

20 janvier 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

John Cale: « Shifty Adventures in Nookie Wood »

Il n’y a que l’âge qui pourrait faire que l’on considère John Cale comme un dinosaure du Rock. Celui-ci n’a, en effet, jamais cessé de vouloir évoluer dans d’autres styles que le sien propre (en a-t-il un d’ailleurs?) et se frotter à la pop, au rock pur et dur et à la musique expérimentale. Ne serait-ce que cette démarche devrait suffire à évacuer certains commentaires irrévérencieux sur son nombre de printemps.

Ayant eu une éducation classique, cela lui a permis d’aborder différents genres avec habilété mais aussi cette distance presque clinique qu’il a avec la musique populaire. Dilettantisme affiché donc qui se traduit sur Shifty Adventures In Nookie Wood par un disque fait, une fois de plus, de coups de poings soniques percutants et de compositions prêtes à nous faire entrer dans une ère glaciaire.

En ouvrant, voix tranchante et guitare funk, avec un « I Wanna Talk 2 U » déclamatoire, Cale pourrait presque faire penser qu’il souhaite émuler Prince mas sa voix de baryton, glaciale, coupe là toute comparaison. S’il se saisit de ce titre pour demander à son auditoire de se réveiller, on n’en est pas pour autant certain de quoi il souhaite nous dégriser. Libre choix nous est donné en fait, tout comme la manière dont il agence musicalement ce nouvel opus.

« Scotland Yard » résonne comme un refrain tribalo-futuriste et « Decembers’ Rain », dans une veine voisine, fait penser à ces arrangements dont Giorgio Moroder était coutumier avec ces « beats » minimalistes et de brusques et brèves lacérations aux synthés.

Ce disque, au fond, est l’appréciation que Cale fait des nouvelles avancées technologiques, incessantes (‘shifty » = « changeant ») et de la façon dont il les appréhende. Son instrument de prédilection, la viole, est, à cet égard, utilisé avec parcimonie et de façon le plus souvent acoustique (« Living With You ») et même l’élégance mélancolique qui se dégage du morceau est contrebalancée par un jeu presque robotique. D’une façon similaire, « Sandman (Flying Dutchman) », morceau clôturant l’album passe d’un chuchotement folk avec des environnements beaucoup plus nébuleux.

On le voit, Cale n’a pas son pareil pour tordre le cou à la pop mais, son approche distanciée faite de sarcasmes, de textes cryptiques, semble ici marquer le pas au profit de climats post-industriels, de samples qui étayent sentiment d’isolation et d’aliénation. C’est en cela, sans doute, qu’on peut parler de message explicite : l’emprise de plus en plus grandissante que la technologie peut avoir sur nous. Cela explique le peu de présence d’instrumentation organique, cela accentue en outre une de ses particularités , l’attrait pour l’inconfort (une production qui semble être comme mise en boîte), une habileté à s’emparer des mixes et n’en faire qu’à sa tête (ceux-ci sont utilisés sans soucis de détails, de manière presque iconoclaste).

Bref Cale continue, avec Shifty Adventures In Nookie Wood, à etre fidèle à sa ligne de conduite intrépide et changeante. Il avait un jour déclaré : « J’ai l’ambition … de réaliser tout mon potentiel… Et je ne suis pas certain d’y être encore parvenu. » En manipulant (au sens propre et figuré) ainsi les auditoires, chose que son aisance technique lui permet, il n’est certes pas à cours d’imagination ni d’inspiration, il n’en demeure pas moins qu’en s’imposant une distance de plus en plus grande avec son art, il risque de se retrouver en état « d’auto isolation ». Peut-être est-ce la conclusion à laquelle il arrive et qu’il assume en s’inclinant, de plein gré ou pas, devant le modèle technologique dominant qui nous menace; elle n’en est pas pour autant convaincante et susceptible d’emporter notre adhésion.

17 décembre 2012 Posted by | On peut faire l'impasse | , | Laisser un commentaire

The Intelligence: « Everybody’s Got It Easy But Me »

The Intelligence est un groupe noisy-pop basé à Seattle dirigé par Lars Findberg. Il s’est toujours distingué de la scène « grunge » par une musique où voisinaient influences « new wave », soins mélodiques, reverb accouplée à la « low fi » et un approche quelque peu humoristique et distanciée (intelligente?) à mille lieues de ce qu’on a l’habitude d’entendre à Seattle.

En 2011, Findberg a déménagé à Los Angeles et Everybody Got It Easy But Me en est le premier produit. Dès son entame, « Happy Provider », le son est plus propre, avec sans doute, un soin plus important apporté à la production. Celle-ci est en effet plus lisse et pleine, plus entraînante aussi dans la mesure où elle est moins marquée par une approche « bruitiste ». « Reading And Writing About Partying » est à ce titre exemplaire par son riff ravageur, sa mélodie entraînante et le phrasé délicieusement sarcastique de Findberg commentant ce qu’est un certain mode de vie nocturne à Los Angeles.

Presque tout le disque baignera dans ainsi un climat enjoué qui ne peut que faire sourire tant il est trompeusement simple (« They Found Me In The Back Of The Galaxy »).

Conscient, pourtant, de ce que l’album pourrait avoir de monocorde (ce que « Return To Foam » pourrait véhiculer de potache) , Findberg sait étayer ses compositions de feed back et de percussions latines (« Dim LImelights »), les rendre plus discursives (des guitares acoustiques, trompettes et mlelotrons sur « Techno Tuesday » ou à contre emploi avec une sensationnelle version du classique de Del Shannon, « Little Town Flirt ».
Même un titre comme « Sunny Backyard » parvient à glisser un parfum de légèreté dans une composition sombre et étrange et le final est tout bonnement somptueux. Il s’agit d’une ballade épique s’étirant sur près de six minutes (« Fidelity ») débutant à la guitare acoustique , se construisant progressivement et permettant au groupe de s’en emparer peu à peu pour le transformer en une démonstration de délicatesse instrumentale avec ses claviers et ses choeurs lumineux dont on aimerait qu’ils se fassent point d’orgue.

The Intelligence est un groupe bien nommé, ce septième album en est, une fois de plus la preuve. Si la définition de l’intelligence est aussi de savoir s’adapter, cet enracinement dans la Cité des Anges, montre que Finberg sait, une fois de plus, extraire ce qui constitue la moelle d’un environnement sans en être prisonnier.

13 décembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire