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Yeasayer: « Erotic Reruns »

Yeasayer nous avait laissésen bonne compagnie avec Amen & Goodbye en 2016. Le groupe de pop expérimentale de Brooklyn a affiché un visage plus décomplexé qu’à l’accoutumée afin de gagner un plus large public. C’est dans cette optique qu’ils reviennent trois ans plus tard avec Erotic Reruns.

Fini donc les aventures fantaisistes et bizarroïdes que nous a concocté Yeasayer auparavant, Erotic Reruns placé sous le signe du sexe et de l’érotisme se veut plus cohérent et accrocheur. Le groupe de Brooklyn se montre en effet pop et direct avec des morceaux comme « People I Loved » qui ouvre le bal et synthétise l’ambiance générale tout comme « Crack A Smile » et « Blue Skies Dandelions » aux accents psyché-folk.

Si l’aspect avant-gardiste et farfelu est mis de côté, il est tout de même dilué par le pep’s et la bonne humeur que dégage ce nouvel opus. Le pivot en sera un groove insoupçonné comme les sonorités R&B de « I’ll Kiss You Tonight » ou d’autres, plus synthétiques avec « Ecstatic Baby » et « Ohm Death ». N’oublions pas non plus ces messages politiques dénonçant les dérives de l’administration Trump sur « 24 Hour Hateful Live! » avant que l’amour et la sensualité reviennent au premier plan avec une judicieuse conclusion nommée « Fluttering In The Floodlights ».

***

12 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

We Show Up On Radar: « Zanzibar Whip Coral »

La participation de Darren Hayman (ancien leader des « cultissimes » Hefner) à un titre du précédent disque de We Show Up On Radar ne pouvait que nous mettre la puce à l’oreille. Ce n’est pourtant qu’à l’occasion de ce troisième album que nous découvrons enfin le projet passionnant mené par le multi-instrumentiste britannique Andy Wright. Établi à Nottingham et épaulé par quelques musiciens du cru, Wright appartient à une catégorie de musiciens qui, animés par un imaginaire foisonnant, refusent les trajectoires rectilignes et les chemins tout tracés.

Avec Zanzibar Whip Coral, We Show Up On Radar ouvre en grand les portes de son bazar folk-pop chimérique, évoquant tour à tour Tunng, Mercury Rev ou encore les oubliés Magic Arm. Sous leurs constructions abracadabrantes, « Willow Tree », » A Theogony », « The Lion’s Skul »l ou « Crumbs For Erin » abritent un chapelet de mélodies vibrantes et joueuses, magnifiées par une approche doucement expérimentale. We Show Up On Radar pourrait bien entendu s’éparpiller, à vouloir explorer un aussi grand nombre de plages, y compris au sein d’un seul et même morceau, à l’image de la symphonie de poche  qu’est « Giant Dinosaur vs. Sea Monster ». Pourtant, et sans que l’on parvienne vraiment à s’expliquer comment, les chansons équilibristes de Zanzibar Whip Coral finissent toujours par retomber sur leurs pattes. Un véritable tour de magie.

***1/2

29 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

St. Vincent: « St. Vincent »

Peut-être que la manière la plus efficace de résumer ce quatrième album éponyme de St Vincent est de dire que c’est l’expérience la plus viscérale et captivante à laquelle s’est soumise cette artiste d’avant-garde que ses amis connaissent sous le nom de Annie Clark. Ce pourrait être un disque « live » tant il sonne de manière organique, aux antipodes de ses disques précédents méticuleusement confectionnés, y compris le dernier qui l’avait vue collaborer avec David Byrne. Celui-ci était presque surréaliste, avec une qualité presque de verre presque translucide, St Vincent, a contrario, se complaît dans son étrangeté, une étrangeté qui voit le disque être parcouru d’histoires éprouvantes agrémentées de toiles d’araignées qui éclateraient sous des éclairs de joie profonde.

En vérité, le disque n’est pas aussi immédiat que son premier « single », « Digital Witness », pourrait le suggérer. Ce dernier introduit ces coulées extatiques d’arrangements de cuivres qui ponctuaient son travail avec Byrne, Love This Giant, et en faisait une composition où chaque bribe de vie virtuelle que nous nous construisons est illustrée par une instrumentation pléthorique qui lui correspond.

C’est cela qui rend néanmoins St Vincent d’autant plus intéressant. « Rattlesnake » ouvre ce spectacle avec une ligne de synthé en staccato et des vocaux distordus qui demeurent curieusement fascinants voire charmeurs alors qu’ils nous enfoncent dans une discordance qui semble épouser les contours sinueux de son titre. C’est une histoire vraie bien évidemment tout comme « Birth In Reverse » pourrait très bien concerner la routine et l’agoraphobie si on met de côté la mélodie chaotique mais infectieuse qui court tout au long du titre et que « I Prefer Your Love » est un hymne à l’amour maternel dont le côté spacieux et confortable donne la sensation qu’il dure plus longtemps que les quelques trois minutes trente auxquelles il a droit.

Soi on ajoute qu’elle est, à juste titre, considérée comme une des guitaristes contemporaines les plus douées, le plus étonnant sera de voir avec quelle frugalité Annie Clark décide de faire une démonstration de ses dons. Il faudra tendre l’oreille pour remarquer ses riffs sur « Bring Me Your Loves » ou « Every Tear Disappears » tant ils sont habilement mêlés à des synthés et des beats électroniques.

St Vincent est ainsi un disque luxuriant non pas par sa surabondance mais pas la richesse de sa paradoxale discrétion instrumentale et, quand on arrivera au dernier soupir qu’est « Severed Crossed Fingers », ce sera avec la sensation qu’aucune respiration n’aura été étouffée.

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3 mars 2014 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire