Emptyset: « Blossoms »

Le projet Emptyset formé des Londoniens James Ginzburg et Paul Purgas défriche des territoires inconnus de la musique électro depuis bientôt quinze ans, repoussant leurs propres frontières sonores en expérimentant sur un nouveau concept à chaque album. Le duo nous avait offert Borders il y a deux ans, un album cru monté à partir de performances en direct et de réverbération de lieux. Ils sont maintenant de retour et l’expérience auditive de leur sixième album Blossoms requiert un avertissement. C’est que les deux scientifiques ont créé une interface dont les composantes permettent d’interpréter une quantité phénoménale d’échantillons sonores, à partir desquels le programme tisse des liens (similaire à l’intelligence artificielle) selon leurs propriétés acoustiques propres, de sorte à générer ensuite des événements sonores qui sont finalement passés à travers un filtre/broyeur.

« Petal » frappe fort dès la première seconde avec un impact lourd suivi d’une ondulation saturée, forme qui passe à un segment plus léger dont la matière sonore semble étirée à un seuil itératif, créant un effet de frottement brillant/étouffé (qui deviendra la texture principale de l’album). « Blossom » repart de façon plus ponctuée, laissant la réverbération occuper brièvement les silences pour créer le phrasé de la pièce. Le montage fait penser à un convoi industriel qui broie la matière, réduisant celle-ci en fragments bruts rejetés dans le creux de l’oreille. Bloom continue ça sous une forme de signal scintillant multiplié par lui-même, générant des résonances dans les aiguës qui simulent des sifflements de ptérodactyles cachés dans une grotte, genre.

« Pollen » ouvre au loin en tournant en boucle, reprenant le montage d’impact suivi d’une ondulation saturée. La densité évolue d’une répétition à l’autre pour atteindre sensiblement la même intensité que la première pièce, mais ça ne va pas plus loin musicalement. « Blade » commence étonnamment doucement comme une trame minimaliste drone qui oscille plus lentement. L’atmosphère est méditative en comparaison aux pièces précédentes et permet d’apprécier (beaucoup) plus l’esthétique sonore de l’album, et de laisser les oreilles prendre une pause. Axil ouvre quant à elle sur un impact en forme de coup de chaîne réverbéré dans un tunnel, ouverture qui passe ensuite à un nouveau mécanisme en trois mouvements s’apparentant à un tambour de sécheuse industrielle.

« Filament » débute comme un changement de poste de radio, mais devient nettement plus granulé par la suite, renouvelant le relief de la boucle en variant la hauteur du filtre, sans plus. « Bulb » revient à la trame minimaliste drone, bien plus savoureuse avec ses vagues de radiations cosmiques. On constate que l’esthétique sonore de l’album ressort probablement mieux au ralenti, et élimine en grande partie l’effet de répétition de la séquence. Stem apparaît subitement comme un murmure sortant des profondeurs, le segment évolue comme un monologue codé de robot qui parlerait dans un vocodeur. « Clone » ouvre de façon presque tonale, mais s’étouffe brièvement pour passer à un vrombissement bien clair et texturé qui reste en suspend jusqu’à une dernière boucle de tension électrique.

Blossoms se termine et les oreilles peuvent d’interroger qur la nature de leur masochisme ; plus sérieusement pourtant, la démarche artistique de l’album est très intéressante, et requiert plusieurs écoutes avant de révéler ses subtilités. C’est malheureusement un défi d’écouter l’album au complet dans une seule séance. Il faudra donc un bon moment avant d’apprivoiser l’esthétique sonore de frottement brillant/étouffé placé en premier plan, de passer à travers pour pouvoir apprécier ici et là les marmonnements d’échantillonnage qui nous sont servis.

***1/2

Telefon Tel Aviv: « Dreams Are Not Enough »

Telefon Tel Aviv est un groupe qui a contribué à façonner la direction et le son de la musique électronique expérimentale dans les années 2000. Avec le boom de l’EDM qui bouillonnait dans les dernières années, Telefon Tel Aviv avait quelque chose de différent ete générait un grandissant. Après trois albums influents, Charlie Cooper, membre fondateur, est décédé tragiquement en 2009 et a mis un terme au projet – probablement pour toujours.

Plus tôt cette année, le co-fondateur Josh Eustis a annoncé qu’il avait fait un nouvel album sous le nom de Telefon Tel Aviv et qu’il était prêt à le sortir. Il avait passé la décennie qui avait suivi la production et le mixage de Cooper pour des groupes de tous types, mais il était temps pour lui de faire revivre le nom de Telefon Tel Aviv avec Dreams Are Not Enough.

L’album se veut une continuation des parties les plus mélodiques dImmolate Yourself. L’album a un côté pensif, réfléchi et mesuré. Les chansons grandissent lentement en elles-mêmes, se construisent avec des éléments disparates et se transforment ensuite en quelque chose de nouveau comme une tache extraterrestre qui prend vie.

L’album commence, comme tout au long du disque, par une ligne de synthé oscillante qui se développe à la fin du morceau. Il devient légèrement plus glitchier sur « une version plus jeune de moi-même », avec un piano faible flottant de temps en temps dans le fond avant de céder la place à la sombre et lente atmoshère aquatique qui donne l’impression qu’un poids lourd est assis sur votre poitrine.

Le centre de l’album se trouve au milieu d’un bourbier de pistes de synthés sombres et sombres qui se construisent lentement avec des synthés de plus en plus bruyants et intenses au fur et à mesure que le faible son d’une voix se fait entendre en arrière-plan.

L’album prend un virage à gauche dans un morceau  étouffant qui aurait pu venir de leurs deux premiers albums avec des 808s et des tambours plats qui tiraient tout autour de vous. C’est un club sombre ou un outil de « rave » qui se démarque quelque peu. L’album se termine finalement par le synthé lourd et ambient toujours aussi « stone in a watery fane », avec des sonorités sauvages de cordes mécaniques et de synthétiseurs ascendants.

Telefon Tel Aviv est un nom qui a acquis un statut de culte mineur après trois grands albums, puis le projet s’est arrêté peu après la mort de l’un de ses fondateurs. Il peut être difficile de répondre à ces attentes lorsque les carrières sont interrompues à leur apogée de façon soudaine et inattendue. Eustis avait la lourde tâche d’essayer de garder le nom en vie et c’est exactement ce qu’il a fait avec un excellent album.

***1/2

Akio Suzuki: « Resonant Spaces »

Né des cendres de Farmacia901, le label italien Editions901est une source de découvertes inespérées, mettant en avant des artistes expérimentaux dont les riches palettes laissent nos oreilles ébahies.

L’album de l’artiste culte japonais Akio Suzuki, Resonant Spaces, enregistré lors d’une tournée en Ecosse et les Orcades, dans divers lieux choisis pour leurs particularités sonores, aux cotés du saxophoniste John Butcher.

L’expérience est d’une poésie sans égale, que ce soit dans la plus grande grotte costière du Royaume-Uni (Smoo Cave), en passant par un énorme réservoir d’essence, dans une maison de glace (Tugnet Ice House), au milieu du cercle de pierre de Ring Of Brodgar ou dans le Mausoleum Hamilton dont la réverbération dure 15 secondes.

Utilisant une foule d’objets, cailloux, bouteilles de poche, tige de bambou, éponge, plaque de verre et le célèbre Analopos, inventé par Akio Suzuki, les deux hommes multiplient les pistes ouvertes par les échos résultant de chaque endroit dans lequel se tiennent les performances.

Les improvisations donnent naissance à des instants uniques, où le silence se voit enrobé de souffles et de frottements, de caresses et percussions, mélodies éphémères mettant en avant l’acoustique de chaque terrain d’expérimentation, où les diffusions se font denses ou légères, impalpables ou directes. Fascinant.

***1/2

Matmos: « Plastic Aniversary »

La musique électronique s’est longtemps débattue pour atteindre un statut équivalent à celui de la musique que l’on pourrait qualifier d’« organique ». La noblesse du bois qui résonne au son de l’archet de crin de cheval, le cuir tendu du tambour, la flûte d’os ou la calebasse creusée à même le fruit, contre la musique synthétique qui reproduit les sons des instruments faits de bois, de métal, de plantes ou de parties d’animaux, mais qui s’astreint aussi à les déformer ou à les amplifier au moyen de courant électrique… L’opposition simpliste continue de se rejouer à l’infini, dans un duel imaginaire où les adeptes des sonorités classiques et des productions sonores électroniques se regardent en chiens de faïence ou s’ignorent superbement. Évidemment, la réalité est plus complexe, et bon nombre d’instruments dits « classiques » ont depuis longtemps intégré des composantes de plastique et de nylon, et les catégories musicales autrefois plus franches sont perméables comme jamais.

En cette ère où l’on prend conscience partout dans le monde de l’envahissement du plastique et de ses potentiels ravages environnementaux, ce duo de Baltimore

nous offre un cadeau on ne peut plus approprié pour dévoiler le potentiel musical de ce matériau omniprésent : un objet sonore 100 % plastique. Leur opus précédent, Ultimate Care II, était, de ce point de vue, une création sonore décapante, élaborée à partir des tribulations d’une machine à laver.

Le duo de Baltimore que forment Drew Daniel et Martin « M. C. » Schmidt fait, aujourd’hui, paraître son Plastic Anniversary. Et le titre de cette nouvelle galette n’est pas anodin : on met à profit une panoplie de sonorités insoupçonnées créées à partir d’objets dérivés du pétrole, et il en résulte des pièces percutantes aux textures à la fois familières et étranges, mais on fait aussi la fête au plastique dont les vibrations se glissent dans nos oreilles pour nous chatouiller les tympans. En écoutant l’album, on s’émerveille à plusieurs reprises du résultat qui défie ce qu’on pourrait anticiper d’une œuvre recourant exclusivement à des polymères. Les sons, couinements, grincements, frottements, percussions et la résonnance des divers matériaux qu’on triture sont magnifiquement agencés en des pièces à la fois surréalistes et captivantes. Et on retrouve en prime une performance du batteur Greg Saunier deDeerhoof dans l’excellent « Silicone Gel Implant ». Cela n’est pas surprenant outre mesure, Matmos s’entoure de collaborateurs hors pair depuis bon nombre d’années, dont de grosses pointures comme Björk.

Certaines compositions comme « Thermoplastic Riot Shield » mêlent des rythmes dansants et syncopés aux accents de house à des alarmes, des bruits d’outils et des rythmes vaguement tribaux pour créer une ambiance inquiétante et déconstruite. D’autres, comme « Fanfare for Polyethylene Waste Containers », évoquent un univers plus sombre, toujours en misant sur des rythmes entraînants, alors que la chanson titre, « Plastic Anniversary, » flirte du côté de l’arrangement orchestral à grand déploiement.

Matmos s’est imposé un nouveau défi technique, et il le relève haut la main. Cela dit, le produit fini, dans son ensemble, ressemble davantage à une exposition de possibilités qu’à un objet cohérent. Il n’y a évidemment aucun mal à cela, le concept d’album étant de toute manière de plus en plus mouvant. Les pièces concoctées par le duo sont brillantes et témoignent de leur audace compositionnelle, mais elles sont tout de même regroupées en une parution à la forme classique (divisée en portions dont la longueur varie entre 2 min 30 sec. et 5 min), même si elles auraient peut-être gagné à être fusionnées en une production continue comme c’était le cas pour Ultimate Care II. S’astreindre à un tel exercice aurait dans tous les cas donné un résultat plus organisé et conféré plus de profondeur au projet.

Plastic Anniversary reste néanmoins un disque extrêmement plaisant à écouter, d’autant qu’il nous permet de profiter de toutes les subtilités sonores dont il est pourvu.

***1/2

Puce Mary: « The Drought »

La Danoise Frederikke Hoffmeier alias Puce Mary, sort son nouvel opus The Drought, opérant une transition par rapport à son album précédent, le bien nommé The Spiral, un opus fait d’ambiances torsadées et chargées d’effluves industriels et de bruitisme trépidants.

Puce Mary semble s’être assagie livrant des titres moins frontaux qui font place à des atmosphères plus chargées de détails, travaillant le son différemment avec plus d’éléments et une spatialisation tournoyante.

The Drought porte bien son nom, tant l’aridité de l’ensemble laisse parfois un peu sur sa faim. En effet, la trop grande uniformité de l’ensemble et le manque de disparité donne la sensation que le disque n’évolue pas vraiment, malgré la grande qualité de réalisation sonore.

Puce Mary semble moins acharnée que par le passé, oubliant parfois de changer de braquet pour nous surprendre,offrant un disque qualitatif mais sans véritable surprise, ses compositions s’inscrivant dans les codes du genre.

Un disque mi-figue mi-raisin qui sera l’occasion pour les néophytes d’apprécier les talents de la jeune danoise, dans sa version la plus abordable, en attendant quelque chose de plus entreprenant et convaincant.

***

Holly Herndon: « Platform »

Herndon prétend qu’un ordi portable peut recéler plus de contenu émotionnel qu’un violon ; cette remarque provocatrice n’est pas loin d’être prouvée sur son deuxième album, Platform.

L’artiste souhaite explorer de nouvelles façons d’explorer l’interface homme-machine et une de ses particularités est de mêler des bribes de conversations humaines de manière abruptes comme le démontre un « Chorus » tout bonnement vecteur d’extase par le talent qu’elle a d’extraire des structures en nappes qui vont se superposer les unes aux autres.

Le résultat est à la fois familier et semble venir d’un autre monde par son habileté à véhiculer profondeur à partir d’une technologie numérique.

Foin d’abstraction pourtant, Holly Herndon a étudié au Stanford University’s Centre for Computer Research in Music and Acoustics et elle a un discours, si ce n’est politique, du moins articulé sur l’inégalité ou notre société de surveillance. Simplement elle le fait non pas au travers de polémique mais d’idées souvent nichées dans un sous-texte comme sur ce «  You know me/Better than I know me » (un « Home » qui se réfère à la NSA).

Voilà un disque de pop expérimentale exemplaire par son intelligence et son âme.

****

John Carpenter: « Lost Themes »

Selon John Carpenter, il n’y avait aucuns inédits nichés dans ses armoires provenant de ses musiques de fims. Même si cela peut paraître étrange, pour son « debut album » solo à 67 ans, le réalisateur nous offre selon lui des compositions enregistrées pour le mal nommé Lost Themes.

Ses musiques étaient toujours liées à des images, ici nous avons affaire à une expérience purement auditive ce qui, dit-il, lui a donné plus de liberté qu’auparavant. Il a travaillé avec son fils Cody et le compositeur Daniel Davies et, si il a sans doute eu plus de latitude pour créer, ce qu’il produit ici ne diffère pas essentiellement de ses musiques de films précédentes enregistrées avec Alan Howarth.

Il compose toujours à partir de ces synthés qui ont constitué la touche dominante de son œuvre et il semblerait que, ici comme ailleurs, Carpenter ne soit pas capable d’échapper la structure de la bande musicale cinématographique. À l’écoute, il est impossible de ne pas songer à un film d’horreur macabre ou à une vision post-apocalyptique austère comme sur « Fallen » où les accords puissants sonnent comme une pluie diluvienne ou avec le titre d’ouverture, un ahurissant « Vortex », qui fait penser à ces génériques de films passant devant nos yeux, introduction parfaite ou conclusion funèbre à un film où nos nerfs sont mis à l’épreuve.

Oui Lost Themes est presque construit comme au cinéma avec un « closer », « Night », qui va résonner en nous laissant avec une finalité où ne reste que la désolation.

Quand Carpenter a présenté « Vortex »en ligne, il l’a d’ailleurs fait avec un montage de ses vieux films, démontrant ainsi que ses compositions sont taillées, qu’il le veuille ou non, pour le visuel. L’intérêt de ce disque est que ça n’est pas absolument nécessaire et que Lost Themes pourra être considéré comme une bande-son qui n’a pas besoin d’un film pour exister. L’artiste prouve une fois de plus qu’il existe dans sa propre sphère, avec une vision futuriste teintée de paranoïa mais une approche basée sur la vieille école hollywoodienne de la musique de film. Il nous donne ici, une fois de plus, exactement ce que l’on attend de lui.

****

Ghost Culture: « Ghost Culture »

Quand Erol Alkan,  DJ réputé mais également directeur du fameux label « electro »  Phantasty Sound, a signé Ghost Culture sur la base d’un seul titre, la scène house a immédiatement prêté l’oreille. En entendant « How » Alkan aurait émis une analogie avec le choc qu’a créé une première écoute des Strokes et, quelque part, il n’a pas tort.

Avec une voix aux chuchotements fragiles et une instrumentation minimaliste, l’artiste a été comparé à Arthur Russell pour son art à composer des mélodies sombres susceptibles de retenir votre attention ou à d’autres ensembles de la synth ballad des 80’s comme Depeche Mode.

Ghost Culture parvient ainsi à réunir ces deux facettes de l’electronica, le petit génie oeuvrant dans les « back rooms » et le roi du dance-floor. La tonalité générale du disque demeure chaude et et nostalgique, à mille lieues des hits machistes à la Daphni mais aussi du kitsch « nu-disco » de Giorgio Moroder. Si on doirt chercher des emprunts, ce sera plutôt du côté des groupes expérimentaux allemand des années 70 et 80 qu’il faudra puiser.

En effet, chacune des dix plages semble, à chaque écoute, se dilater et devenir de plus en plus complexe malgré un décor ostensiblement minimal. Cela ne l’empêchera dpnc pas de créer des paysages soniques impressionnants d’ampleur, « Mouth » par exemple qui atteint des proportions épiques proche de Kraftwerk. « The Fog » et Glaciers » nous engloutissent également mais sous forme de ballades douloureuse d’où le mélodrame n’est jamais loin. Ghost Culture est un album rempli de délicatesse dans sa narration et il n’hésite pas à revendiquer une coloration pop qui fait de l’album quelque chose d’immédiat et d’accrocheur.

Ce palimpseste sonore est désorientant parfois, mais exaltant également. Il s’apparente à une aventure « electro » d’une telle diversité qu’elle en devient presque irréelle, voire surréaliste comme celle d’Alice au Pays des Merveilles, là où tout est curieux et que rien n’est ce à quoi il ressemble. Mais où tout est délicieux.

****

Jon Hokins: « Asleep Versions »

Immunity a été nominé aux Mercury Awards l’année dernière et il a marqué un bond en avant dans la carrière déjà illustre de Jon Hopkins. Quand on a su qu’il allait sortir Asleep Versions, on aurait très bien pu penser que c’était une tentative de l’artiste pour capitaliser sur le succès de Immunity en lui offrant un tout nouveau packaging et quelques compositions inédites.

Mais, au lieu d’étendre le matériel original, Hopkins a décidé de les raccourcir et de nous donner des versions plus élaguées et re-imaginées. Seul « Open Eyes Signal » échappera à ce traitement pusqu’il voisine les 11 minutes désormais.

Les vocaux de King Crosote sur Immunity étaient triturés jusqu’à en être méconnaissables ; ici ils occupent le devant de la scène et les ré-interprétations, plus courtes, sont également plus plaisantes car elles sont dénuées des crescendos constants originaux. L ‘ajout de la vocaliste de Braids and Blue Hawai, Raphelle Standell-Preston, est particulièrement judicieuse sur « Form By Rirelight » qui est ainsi transformé en ballade capricieuse dont sels les accords de pianos et les beats rappellent l’original sombre et tourmenté.

« Breathe The Air », le morceau phare de Immunity, ne fait que trois minutes pour ne mettre en exergue que l’instrumental qui y figurait et qui est ici transformé par des loops en percussion.

« Open Eye Signal » enfouira l’auditeur dans un univers en expansion auquel Hopkins l’invite, il est question de profondes cavernes, d’arbre mutantss et de rivières qui s’écouletn en flux et reflux, comme pour signifier que, séormais, on appartient au monde de Hopkins.

Asleep Versions montre que ces recréations ne sont pas paresseuses mais qu’elles fournissent une belle apothéose aux qualités de caméléon artistique de Hp^kins, tout en lui permettant de renforcer la thèse qui était sienne sur Immunity.

***1/2

Anjou: « Anjou »

Ce début du trio expérimental Anjou est dense et marqué d’un sombre présage. Les anviens memebres de Labradford, Mark Nelson et Robert Donne, se réunissent pour la première fois depuis 2001 et leur effort dépouillé Fixed::Context. Dans les années 90 le travail de ce groupe avait révolutionnaire dans son exploration de la texture et du minimalisme mais leur climat indistinct et menaçant créaient très souvent une ambiance de « space rock » craquelé.

On en arrivait à mésestimer la profondeur de la relation qui unissait les deux hommes avec les sons, qu’ils soient charmants ou inquiétants.

Anjou va s’attacher à s’emparer de ce dernier élément présent dans un travail commencé il y a deux décennies en nous offrant un brouillage rampant lentement composé de rafales de bruits de synthétiseurs modulaires et de couches ambiantes boueuses. Le tout va souvent à la rencontre d’une instrumentation « live » aussi abîmée que le dérangement qui la croise ; bref Anjou n’est pas fait pour la transe.

Les percussions de Steven Hess accentuent encore ce climat en surajoutant rythmiquement un climat qui donne à la musique une connotation quasiment extra-terrestre. Les batteries sont ampoulées puis s’effacent partiellement (« Readings ») véhiculent un sens d’ébriété comme si on avait affaire à un vagabond apportant la disruption dans un paysage paisible en un matin brouillassé.

Le brouillard est, en l’occurrence, constitué de bruits de synthés agressifs ou de sons statiques suggérant la confrontation (« Specimen Question), une lueur crépusculaire moelleuse (« Adjustment ») ou un mélange des deux (« Sightings »).

On n’oubliera pas la façon dont les guitares sont profondément travaillées d’un point de vue sonique apportant une couche supplémentaire d’obscurit éet de confusion à des mélodies déjà difficilement discernables ; entre l’agitation, l’avant-garde et la recherche d’une ambiance mélodique, ce « debut album » apporte une facette ésotérique de plus à la démarche de Labradford.