Melody’s Echo Chamber: « Bon Voyage »

Ce deuxième album de Melody Prochet s’est fait désirer mais Bon Voyage méritait bien qu’on l’attende tant il est un audacieux pas en avant. Il ne déconcertera toutefois pas ceux qui avaient apprécié son premier opus puisqu’il s’appuie sur les mêmes climats néo-psyche et dream pop de son premier disque éponyme de 2012.

On y retrouve les mêmes éléments mais mixés différemment, un peu comme un ingrédient qui aurait décidé de s’essayer à des recettes inattendues.

Moins de titres mais ceux-ci sont plus longs comme pour accompagner richesse des influences et nous inviter dans un voyage où les comparaisons se multiplient. Le spectre des guitares et de la psychedelia électronique va jusqu’à se référencer à des ensembles comme Pond, Stereolab, Broadcast,  Amorphous Androgynous et autres. Bon Vayage est un disque qui ne tient jamais en place, qui s‘engouffre dans des changements rythmiques imprévisibles et des tempos qui feront penser aux staccatos irréguliers de Flying Lotus.

La musique se repose parfois mais ça n’est jamais pour longtemps et ces pauses ne sont en fait là que pour nous préparer à des brusques changements de direction.

L’écoute de cet effort est gratifiante à condition d’être prêt à affronter la complexité de son architecture et la diversité des influences qui vont d’obscurs groupes acid folk de la fin des années 60, au krautrock des seventies et à l’acid-jazz.

Ce « bon voyage » peut sonner déstructuré mais le « song writing » de Prochet et les arrangements vocaux emplis de délicatesse fournissent à ces méandres un point d’ancrage à une musique qui se veut ambitieuse de par ses nappes soniques.

Voilà un bel exemple de psychedelia moderne et remise aux goûts du jour, que ce soit pour fans anciennement convertis et ceux qui sont en phase de l’être.

***1/2

Pfarmers: « Gunnera »

Pfarmers est un groupe bigarré mais dont la crédibilité indie n’est pas à démontrer puisqu’il est constitué de membre de The National, Memonema et de musiciens ayant travaillé avec St. Vincent et Sufjan Stevens.

Le combo avait envoyé un « teaser » sous la forme d’un « single », « The Ol’ River Gang » suivi d’un « You Shall Know The Spirit » qui avait intensifié l’intérêt qu’un tel « line up » pouvait susciter.

L’album, Gunnera, offre un cortège assez conventionnel de climats moroses, légèrement accrocheurs où les synthés se paient la partie belle. Ceux-ci sont disloqués comme pour générer une ambiance onirique (le disque est censé avoir surgi à la suite d’un rêve) et le concept de réincarnation.

Le titre de l’album se fait alors explicite puisque Gunnera est une plante poussant aux bords du Jourdain, la Terre Promise selon la Bible. Bien que l’album nous enrobe dans un aréopage de tonalités, on s’y noie assez vite ce qui est un comble pour un disque censé symboliser une renaissance. On retiendra la singularité du projet sans être particulièrement affecté par son exécution.

**1/2

A Sunny Day In Glasgow: « Sea When Absent »

Encore un groupe qui fait mentir son titre, puisque A Sunny Day In Glasgow est un collectif de dream pop de six musiciens originaires de Philadelphie, Sydney et Brooklyn. Leur approche par rapport au genre à a toujours été excentrique et abordée de manière plus destructive que celle de la plupart de leurs pairs.

Ce quatrième album intervient une pause de quatre ans et cette pause semble leur avoir servi à abandonner certaines de leurs tendances avant-gardistes pour une démarche plus raisonnable d’une pop qui demeure néanmoins toujours aussi pensée.

Sea When Absent, de ce point de vue, marque une amélioration toute azimuthe en particulier dans des mélodies et des vocaux plus de clarté et d’espace pour grandir et avoir un réel impact. La reverb’ est mise un peu plus en sourdine et, même si la production est toujours aussi riche en termes d’effets sonores, les bruits de guitares passés au moule d’un processeur figurent désormais à l’arrière plan d’un « songwriting » basé sur sur les synthétiseurs.

« Golden Waves » et « Crushin’ » par exemple sont de parfaites illustrations de ce modèle mono-genre, mêlant des vocaux emprunts de béatitude à des effets shoegaze et R&B ; avec une vocaliste, Jen Goma, faisant véritablement la différence.

Sa voix flotte comme celle de Liz Fraser sur l’élégiaque « Never Nothing (It’s Alright [It’s Ok]) » et dirige tendrement un fracassant « Bye Bye, Big Ocean (The End) » conduit à la guitare.

C’est avec bonheur que l’on constate que le groupe ne se résout pas néanmoins à une écriture conventionnelle ; bien au contraire les collages de ce collectif sont toujours présents. On y retrouve de la chamber pop (« The Body It Bends »), des hymnes stadium rock stylisés dans la dissonance (« Golden Wave »), bref tout un tas de compositions et d’arrangements qui donnent à ce disque un brillant bien moins rare qu’un jour de soleil à Glasgow.

***1/2